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LES ÉLECTIONS

« Cet ancien grand seigneur a su mériter la considération de tous les partis. — Il a trop de préjugés de caste.

« Mais cet orateur qui brilla tant de fois dans nos tribunes? — Craignez ses habitudes révolutionnaires.

« Eh bien ! ce magistrat équitable et ferme ? — Non, c'est un homme en place et dépendant.

« Fort bien : prenons donc celui-ci ; depuis vingt-cinq ans il n'a voulu rien faire. — Et qu'en ferez-vous donc ? s'il n'a rien fait il n'a rien appris.

« Me voilà décidé ; je ne nommerai que des cultivateurs. — Gardez-vous en bien ; ils ne songent qu'à payer le moins d'impôts possible, et les besoins du trésor sont les plus urgents à satisfaire.

« M'y voici : je vais choisir les hommes les plus savants, les plus distingués parleur esprit et parleurs talents ; l'Institut me fournira ma liste. — Juste ciel ! c'est le pire de tous les partis ! vous n'y trouverez que des philosophes, des idéologues, des hommes à théories creuses et sans pratique.

« Désolé de toutes ces objections, et ne sachant plus comment naviguer entre tant d'écueils, je vous avoue qu'au moment où vous m'avez interrompu dans ma rêverie, j'examinais si je ne ferais pas bien d'imiter ces juges de Touraine dont parle Rabelais, qui , las de voir tous leurs arrêts blâmés malgré leurs efforts pour n'en rendre que de justes, décidèrent secrètement entre eux de juger dorénavant les causesaux dés. Le hasard seul dicta les arrêts, et le bon curé observe que rien n'en alla plus mal. »

« Belle conception ! s'écria dans ce moment un petit vieillard que je reconnus sans peine : c'était un homme que m'avait fait remarquer son langage sévère et laconique : belle conclusion î Los folies des autres vont donc vous faire renoncer à votre raison et vous rendre i[ulifférent sur l'accomplissemenl du jilus important de vos devoirs ? Chaque chose a deux faces ; il n'est point de lumière sans ombre, d'avantages sans inconvénients , de qualités sans défauts, d'hommes sans

l'école de l'adversité. 491

erreurs et sans faiblesses : si vous voulez pour députés des êtres parfaits , cherchez-les donc dans le ciel et non sur la terre ; mais, puisque tout le monde se mêle de vous donner des conseils, écoutez aussi le mien.

« De quoi la France a-t-elle besoin ? de repos et d'union. Choisissez donc des hommes modérés et conciliateurs , qui préfèrent l'intérêt général à tout intérêt privé ; et pour ne pas vous tromper, donnez votre suffrage, non à ceux qui possèdent le plus de science , mais à ceux qui montrent le moins de mémoire ; à ceux qui, éclairés par tant de malheurs, tant de discordes, tant de fautes et tant d'erreurs de tous les partis, ont senti le besoin d"un oubli général et mutuel.

« Croyez-moi, les hommes les plus capables de guérir les maux de l'État, de le rendre libre et tranquille au dedans, respectable au dehors, et de réunir enfin tous les Français en faisceau autour de la Charte et du trône, ce sont des hommes qui ont appris à oublier ; cherchez-les, et après les avoir trouvés, arrêtez-vous.»

« Il a raison, dit mon ami en nous quittant; je rejette de ma liste les vindicatifs, les factieux, les égoïstes qui n'oublient rien , et je n'y placerai que ceux qui veulent et savent tout oublier. »

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