OU IL A JETÉ TOUT SON TALENT ET TOUT SON ZÈLE
Ce beau groupe est tout au bout de l’allée qui a nom le Tapis vert. Quand régnait Louis XIV, il y avait, pour servir de pendant au Persée , le Milon de Crotone , autre chefd’œuvre du même artiste. Le Milon est au Musée de Paris ,
où il tient dignement sa place à côté des chefs-d’œuvre de l’art. On raconte à ce sujet que lorsqu’on ouvrit à Versailles la caisse qui renfermait leMilon , la reine Marie-Thérèse, voyant tout à coup cette belle étude du vieil athlète sur le point d’être dévoré par un lion , et faisant de vains efforts pour se délivrer de l’arbre qui le retient captif, s’écria, saisie d’effroi et de pitié : Ali! le pauvre homme !
On voit, non loin du Chilon, Castor etPollux, puis cinq Termes , le fleuve Amélon , Pandore ; c’est la Pandore de Mignard, exécutée en marbre; Mercure, Platon, Circé , au bas de la tablette qui borde la rampe du sud; à gauche, le Gladiateur mourant, belle copie d’un chef-d’œuvre ; adroite, une copie de l’Apollon Pythien , et en remontant la rampe , Uranie, Mercure, Antinous, Silène et Bacchus ; Vénus Callipyge, Tiridate, roi d’Arménie ; le Feu, la Poésie héroïque, le Point du Jour. Entre ces deux rampes, s’ouvre un large perron , qui mène du parterre d’eau dans le parterre de Latone; au sommet de ce perron , deux grands vases en marbre blanc portent, en bas-reliefs, les victoires de Louis XIV. Mais qui pourrait entrer dans tous ces détails? Voici quatre vases en marbre ornés de pampres, deux autres vases consacrés à Mars, le dieu de la guerre; plus haut, sur cinq gradins circulaires, Latone et ses enfants, Apollon et Diane ; Diane encore; Flore, Jupiter et Cérès; les paysans qui ont refusé à la déesse un peu d’eau pour apaiser sa soif sont changés en grenouilles , et vomissent l’eau à torrent. Entre les deux parterres se présente la plus belle allée du parc, le Tapis vert; c’est une large pelouse toujours verte, bordée de douze vases et de douze statues : chacun de ces vases porte son bas-relief ou l’ornement qui lui est propre. Parmi les statues : la Fidélité, la Fourberie, Vénus, Didon, Achille, Junon, Cyparisse et son cerf; le Tapis vert s’arrête
SUR VERSAILLES, au bassin d’Apollon; Apollon s’élance du sein des ondes; son char est traîné par quatre chevaux ; les tritons et les nymphes nagent à la suite du char ; le char est entouré de trois gerbes qui s’élancent, l une à cinquante-sept pieds, les deux autres à quarante-sept pieds dans les airs. Au-delà du bassin d'Apollon s ouvre le grand canal , sur lequel l’œil se repose de toutes ces merveilles et qui sert , pour ainsi dire, de vaste miroir à ce parc, à ces jardins, à ces eaux, à ce ciel, à ce palais.
Vingt-quatre groupes de statues dans le pourtour du bassin. Protée chargé de liens par Aristée : pastor Àristeus; la nymphe Syrinx, couronnée de roseaux ; Jupiter, Junon, le vieux Silène; et plus loin , quand on a traversé l'allée d'Apollon : Orphée, la Lumière, Cléopâtre; puis, en revenantpar le côté du midi : Junon, Hercule, la Victoire, Bacchus, Pan, Ino etMélicerte. Et maintenant, entrons dans l’intérieur du parc en remontant , et commençons par le côté du midi.
Nous sommes sur le bord des bassins de ï Hiver et de i Automne; un marbre blanc les entoure. De l’autre côté, du côté du nord, nous trouverons bientôt le bassin de l’Etc et le bassin du Printemps. Chacun de ces bassins est représenté par le dieu dont il porte le nom. Ici l’Hiver, vieillard à la longue barbe, entouré de jeunes enfants; dans un autre bassin, l’Automne, le dieu de la vendange, escorté de fringants satyres : cette allée , parallèle au Tapis vert, s'appelle l’allée de Bacchus et de Saturne. Au sud, et non loin du bassin de l'Hiver, s’élève le bosquet du Roi ; à droite et à gauche de cette enceinte, deux cabinets de verdure recèlent, sous leur feuillage, deux vases de marbre; à l’extrémité d’un frais gazon, une colonne corinthienne porte, sur un chapiteau de bronze, une petite statue de Flore en marbre blanc; aux deux angles des bosquets , l’Hercule Farnèse et
NOTICE HISTORIQUE une belle Flore antique. Tout en face de la barrière d’entrée éclate et brille le bassin du Miroir , en deux immenses gerbes dans lesquelles se joue le soleil; sur la terrasse voisine, quatre statues antiques : Vénus, Apollon, une Vestale, une Impératrice. Que si nous suivons cette belle allée du milieu de l’ouest à l’est, cette allée nous conduira au milieu d’un jardin anglais qu’on appelle /e bosquet de la Reine. Au milieu d’un carré de tulipiers, un vase de granit et quatre amphores en bronze. En traversant une seconde fois l’allée de Bacchus, la salle de Bal : la cour y dansait dans la belle saison ; c’est une salle ovale, entourée d’un double amphithéâtre de gazon et de rocailles. La salle de la Cascade n’est pas loin : c’est une grande salle de verdure; quatre dieux Termes entourent le gazon, quatre autres sont rangés contre les vieux marronniers; Pomone, Hercule, Flore, Neptune, le Dieu des jardins, Pallas, une Bacchante; dans l’enfoncement de la charmille, un beau vase orné de trophées. Au fond , et à peu de distance du bosquet de la Cascade, le bosquet de la Colonnade. C’est une admirable rotonde de trente colonnes et d’autant de pilastres de l’ordre ionique et des marbres les plus précieux : colonnes et pilastre s sont réunis par des arcades qui supportent une attique, et au-dessus de cette attique, trente-deux vases en marbre blanc couronnent ce bel ouvrage : la richesse des bas-reliefs n’est pas inférieure à toute cette grandeur pleine d’élégance. Sous les arcades, vingt-huit cuvettes en marbre blanc lancent au loin un jet d’eau qui retombe dans le chenet creusé tout autour; au milieu de cette enceinte , l’Enlèvement de Proserpine, de Girardon, %
Arrive ensuite la salle des Marronniers . Les beaux arbres ! les beaux bustes et les deux belles statues! Apollon , Alexandre, Othon, Marc-Aurèle, Antinous, Antonin, Septime-
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Sévère, Octavien, Annibal , Méléagre. Aux deux bouts de la salle , deux petits jets d’eau qui retombent dans deux bassins en marbre blanc!
Traversez le tapis vert , vous trouverez de l’autre côté du parc les bassins du Printemps et de l’Eté, dont nous parlions tout à l’heure. Le printemps, c’est Flore portant une corbeille de fleurs, des enfants l’entourent de leurs guirlandes. L’été, c'est Cérès qui tient en main sa faucille. Du milieu de ces deux groupes, qui sont en bronze, deux gerbes d eau s’élancent ; entre ces deux bassins s’étend un grand tapis de verdure traversé par l’allée qui va d’un bassin à l’autre. Là se trouve le bosquet des Dômes. C’est un bosquet rond et fermé; le milieu est occupé par un bassin entouré d une balustrade en marbre blanc, qui laisse échapper une grosse gerbe de soixante-dix pieds. Une terrasse domine ce bassin ; cette terrasse porte aussi sa balustrade en marbre; la plinthe et les pilastres de cette balustrade sont couverts de quarante-quatre bas-reliefs admirables de Girard on , représentant les armes anciennes et les armes modernes. Tout autour et dans l’intérieur de l’enceinte sont rangées huit statues de marbre blanc : Diane , Flore, Arion , lno, le Point du jour, Galathée, Acis, le jeune berger. Pour pendant au bosquet des Dômes, le bassin d'En celade , entouré d’arbres ; tout au milieu , le terrible Titan , sous son rocher, foudroyé par Jupiter; on voit encore la grosse face et les larges mains d’Encelade ; le reste de son corps est écrasé par le roc, la bouche du géant rejette une colonne d’eau de soixante pieds; même le rocher qui l’accable jette l’eau, mais à une moins grande hauteur.
Vous pouvez, du bassin d’Encelade et en repassant parla salle de Flore , gagner le quinconce du nord , orné d’un vase en marbre blanc et de huit Termes ; aux quatre angles du
gazon, T Abondance, un Satyre, Pomone, un Faune ; quatre autres Termes entre les charmilles ; Cérès , la déesse Hygie , Cérès encore , et enfin l’Hiver. Au sortir de ce quinconce , le bosquet cï Apollon; là plus qu’en tout autre lieu du parc, fart s’est efforcé de ressembler à la nature. Cet énorme rocher est-il là de toute éternité ? est-il l’œuvre de Dieu ou l’ouvrage de la main des hommes? Nul ne saurait le dire. Au milieu du rocher, qu’on dirait violemment entr’ouvert par un volcan, est creusée une immense grotte que soutiennent d’épaisses et informes colonnes qui n’ont pu avoir pour architecte que le hasard ; cette grotte est le palais de Thétis, les nymphes s’empressent autour d’Apollon, le dieu du jour ; des nymphes lavent les pieds du dieu , une nymphe verse les eaux dans un bassin , trois nymphes , debout derrière lui, parfument ses beaux cheveux, ces nymphes sont belles et jeunes , et attentives , et pleines de grâce. A droite du dieu, les chevaux qui l’ont traîné sont abreuvés par les Tritons. Les deux chevaux se cabrent et se battent , un Triton les sépare. Les nappes d’eau qui s’échappent en torrent des anfractuosités du rocher donnent à ce lieu beaucoup de fraîcheur et un doux murmure. Des sièges de gazon y invitent à la rêverie. C’est vraiment un endroit enchanté, où sont réunis à leur plus excellent degré toutes les richesses de l’art, toutes les simples beautés de la nature.