‹ Galeries historiques de VersaillesChapitre 6 sur 31 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

ffr tëranîr et le petit ®r'ianon.

D'autres bosquets nous attendent encore: le rond vert; — dans la charmille sont cachées quatre statues, Diane, Bacchus, deux Faunes. Dans le bosquet qui entoure le rond vert, le satyre Marsyas et un buste antique. — Très-près de là , le bassin des enfants : six enfants s'abandonnent à leurs jeux au milieu d'une île, l'île est un jet d’eaude quarantehuit pieds. — La salle de l’Etoile : quatre statues antiques, Mercure , Uranus, Apollon, une Bacchante. — Puis enfin le bassinée l'Obélisque et P immense colonne d’eau qui s'échappe de ces tuyaux ; mais , encore une fois , ce n’est pas notre tâche de vous décrire tous ces bosquets , tous ces gazons, tous ces bronzes, tous ces marbres, toutes ces eaux jaillissantes, toutes ces allées immenses, tous ces chefs-d'œuvre de l’art, du goût , de 1 imagination, toute cette immense et

poétique création d’André Lenôtre. Cet homme de tant de génie , aidé de la volonté de Louis XIV, des trésors de la France, de l’imagination de Mansard, du génie des Puget , des Coustou , des Coysevox , et des Girardon.

Quand vous êtes à bout de toutes les merveilles du parc et du jardin de Versailles, d’autres merveilles vous attendent. Tout au bout de l’allée d’Apollon, à votre gauche, une grande avenue se présente. Suivez cette avenue, elle va vous conduire à une autre maison royale, au grand Tria non. Après le palais de Louis XIV, Trianon, c’est le calme, le repos, c’est le silence. A Trianon, le Roi échappait à sa propre grandeur. Trianon est encore l’ouvrage de Mansard, l’architecte a voulu cette fois charmer les yeux plutôt par l’élégance que par la majesté de Lédifiee. On dirait une maison de marbre : les deux ailes sont réunies par une galerie ou péristyle qui figure la façade principale. Ce péristyle , percé de sept grandes arcades, présente dans son milieu huit colonnes ioniques et dans toute sa longueur quatorze pilastres ; les deux ailes sont également ornées de six pilastres à chacune de leurs extrémités.

Tout le palais n’a qu’un étage au rez-de-chaussée ; il est surmonté d’une frise en marbre; au-dessus de cette frise, une balustrade en pierre ; derrière cette balustrade, une corniche à l’italienne. — Dans l’intérieur du péristyle, quatorze colonnes ioniques sont engagées dans le mur du côté du jardin ; ce péristyle est pavé en larges carreaux de marbre blanc et de marbre noir; il y a un vestibule aux deux ailes du palais.

Le petit Trianon n’est qu’un simple pavillon de forme carrée , percé de cinq croisées en face , et construit avec beaucoup d'élégance par l'architecte du roi Louis XV,

SUR VERSAILLES

Gabriel. Quatre colonnes le décorent du côté de la cour, quatre colonnes aussi de l'ordre corinthien, ornent la principale façade; son comble à I talienne est décoré d’une balustrade ouverte comme est décoré le grand Trianon.

Le grand et le petit Trianon, plus encore que le palais de Versailles, ont été soumis à bien des changements. Le grand Trianon se souvient encore de Louis XIV, le petit Trianon se souvient de Marie-Antoinette. Le jardin du petit Trianon est peut-être le chef-d’œuvre des jardins anglais. C’est un admirable assemblage d’arbres exotiques parmi lesquels s’élève le cèdre du Liban; rien n’égale la fraîcheur des gazons, la beauté des arbres, la limpidité des eaux : ce jardin renferme un village; dans le village , le château du seigneur, le manoir du bailli, la maison du curé. Un petit lac vous conduit à un petit moulin, le moulin renferme une laiterie en marbre blanc; la jeune laitière, c’était ^larie-Antoinette, reine de France. Sur le penchant d’un coteau, non loin de la tour de Marlborough, la ferme et l’étable; non loin de la ferme, une grotte sauvage; c’était le salon de musique de la reine. Le petit Trianon, non content de son jardin anglais, possède aussi un petit jardin français: dans ce jardin français s’élève un pavillon à l’italienne, c’est une salle à manger d’été; elle est ornée de quatre bassins où se jouent des enfants, des poissons et des oiseaux aquatiques. A l’extrémité du jardin français, quand vous avez traversé un pont en fer jeté sur un chemin creux, se trouve un bosquet dans lequel une jolie petite atalanie s'arrête pour écouter le bruit d’un jet d’eau. Vous rencontrez alors une barrière qui s’ouvre sur le jardin du grand Trianon. Le jardin du grand Trianon est un jardin à la française : au milieu d’un vaste bassin s’élève une copie en marbre du Laocoon ; le bassin du Laocoon louche an

bassin de l’amphithéâtre ; dans le fond de l’amphithéâtre de verdure, une colonne en marbre rouge qui supporte un buste d'Alexandre ; danslebassin des baigneuses, quatre bellesnvmphes. La charmilleest entrecoupée de vingt-quatre niches de verdure, qui renferment vingt-quatre bustes antiques ; cette charmille s'appelle la charmille des Empereurs. La charmille des marronniers vient après, ornée à ses extrémités d’un bassin où se jouent des groupes d’enfants. La cascade qui vient ensuite se compose de cinq bassins superposés; au-dessus du premier bassin deux naïades versent les trésors de leurs urnes renversées; le second bassin soutient deux cuvettes blanches d'une riche sculpture ; le troisième bassin représente en bas relief la naissance de Vénus; le quatrième bassin est garni de trois cuvettes de marbre blanc; le dernier est entouré d’une large tablette de marbre rouge. A droite et à gauche de la salle de verdure, Jupiter et Junon, ou, ce qui est plus vrai, Louis XV et la reine de France, Marie Leczinska.

11 faut encore nous arrêter au bassin du rond d'eau , orné de tritons et d'amours. Le bassin du miroir se compose de deux parties. Dans le premier bassin, un groupe d'amours, deux dragons qui jettent de l'eau ; et sur les bords du bassin, une copie du Rémouleur ; dans le second bassin, deux groupes d’enfants qui jouent avec des coquilles.

Vous traversez le grand quinconce, vous êtes au milieu du bas-parterre, sur les bords d’un bassin; le parterre supérieur est orné de deux bassins ; huit vases en marbre blanc décorent ce double parterre , d’où l'on peut voir la façade du château et une élégante colonnade.

Nous ne parlons pas des bosquets, labyrinthes, salles de verdure du grand Trianon. Ce livre n’est pas un itinéraire, c’est une description simple et rapide, faite à vol

SUR VERSAILLES, d’oiseau. Voici déjà bien assez longtemps que le parc et les jardins de Versailles nous arrêtent, n’oublions pas que nous sommes tout simplement les historiens du Musée de Versailles , c’est-à-dire qu’à propos de cet immense chef-d’œuvre, nous avons à écrire toute l’histoire de France depuis les temps les plus reculés de la monarchie jusqu’à nos jours. Rien qu’à décrire les Minerves, les Jupiters, les divinités champêtres, héroïques ou infernales, les vases du grand et du petit Trianon, il nous faudrait encore huit jours.

Comme nous l’avons dit , Louis XIY bâtit le grand Trianon. Trianon était un petit village que le roi acheta aux moines de Sainte-Geneviève; le village et son église furent abattus. Louis XV, qui trouvait le grand Trianon encore trop grand pour sa Majesté, fît bâtir le petit Trianon. Louis XVI donna le petit Trianon à la reine Marie- Antoinette, qui dessina le jardin anglais. Les deux Trianons sont enclavés dans le petit parc de Versailles; on n’ose pas dire combien le grand parc a de lieues de tour.

Comme aussi il est impossible de dire quelles sommes immenses ont été englouties dans ce terrain plus étendu que bien des capitales.

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