BATAILLE DE SBDINAM (HAUTE ÉGYPTE).— 7 OCTOBRE
CouiiiT «t Jvu» Vkikw. — tSSf.
Après la bataîlte des Pyramides, le Caire ouvrit ses
poi Irs au vainqueur. Ihialuiii, ( liordc l'adminish'ation civili' , alla cliercher un asile en Syrie près de Djczzar, pacha de SainWean-dAcre, son coliègue. Mourad-fiey, qui avait mené les mameluks au combat, se retira dans la liante Egypte, où Desaix eut ordre de le poursuivre. Il partit du Caiie le a 5 août i y (^8 (b &uctidor an vi), s embarqua sur le Nil , et alla rejoindre sa division le 99(12 fructidor), à Al-Fieli, d*où il se mit aussitôt en marche.
Les mameluks s'étaient réfugies dans le Faioum, d'où ils suivaient tous les mouvements de Tarmée française. Harcelée par un ennemi qui se présentait sans cesse devant elle et qui refrisait toujours le combat, elle eut à sunii onler des obstacles et à supporter des privations de tous genres. Le général Desabt prit successivement possession de Béné, d'Aba-Girgé, de Siouth, de Menekîa et de Manzoura. Le 6 octobre 1798 (i5 vendémiaire an vti) , « informé par ses espions que Mourad-Bey avait 1 iiitentiun de l attendrc à Sciliuam el de lui livier bataille, il se disposa à iattaquer lui-même.
• Le 16, au lever du soleil, la division se met en mouvement; elle est formée en carré, avec des pelotons
de flanc : eUe suit rînondatton et le bord du désert. A
Imit IjcLiros ot) aperçoit M lur ul-Bey h h tetc âe son armée, composée d'environ trois miJie mameluks, et huit à dix mille Arabes. L'ennemi s'approche , entoure la division, et la charge avec la plus grande impétuo^ sité sur toutes ses faces ; mais de tous côtés il est vivement repoussé par le feu de rartillerie et de la mousqueterie; les plus intrépides des mameluks, désespérant d'entamer la division , se précipitent sur Tun des pelotons de flanc commandé par le capitaine Lavalette, de la vingt et unième légère. Furieux de îa résistance qu'ils éprouvent et de l'impuissance où ils sont de l'enfoncer, les plus braves se jettent en désespérés dans les rangs , où ils expirent après avoir vainement employé à leur défense les armes dont ils sont couverts, leurs carabines, li ui s javelots, lem' lance, leur sabre et leurs pistolets. Us tâchent du moins de vendre chèrement leur vie, et tuent plusieurs chasseurs.
« De nouveaux détachements de mam^uks saisissent ( e nionuMil pour charger deux fois le peloton entamé; les chasseurs se battent corps à corps , et , après des prodiges de valeur, se replient sur le carré de la division. Dans cette attaque les mameluks perdent plus de cent soixante lionnnes; elle coûte au\ braves chasseurs treize hommes morts et quinze blessés.
tt Mourad-Bey, après avoir fait charger les autres pelotons sans plus de succès, divise sa nombreuse cavalerie, qui n'avait encore agi que par masse, et feit entourer la division. 11 couronne quelques monticules de sable,
lOÔ GALERIES iil^^TOIlIQUES
sur Yun desquels U démasque une batterie de plusieurs
pièces de canon placées avec avantage, et qui font un feu meurtrier,
«Le généra] Desaix, devant un ennemi six fois plus fort que lui» et dans une position où une retraite diffic3e sur ses barques le forçait À abandonner ses blessés , ju^e qu'il faut ou vaincre on se battre jusqu au tleiiiier homme. Il dirige sa division sur la batterie ennemie, qui est enlevée à la baïonnette.
« Maitre des hauteurs et de rartiUerie de Blourad-Bey , Desaix fait diriger une vive canonnade sur i'ennemi, qui bientôt fuit de toutes parts. Trois bcys et beaucoup de kiacbe& restent sur le cbamp de bataille , ainsi qu'une grande quantité de mameluks et d'Arabes. La divi-. sion ramène ses blessés , prend quelque repos et se met en marche à trois heui*es après midi pour Sedinam , où elle s'empare dune partie des bagages de i ennemi, que les Arabes commençaient à pilier ^ »
DCCLXVII.
QUATRIÈME ET CINOUI^IME COMBAT DK LA FREiiATE LA LOIKB. — 17 ET 18 OCTOBRE 1798.
GSMII.
Épuisée par trois combats, démâtée de ses deux uiàls de perroquet, ia frégate la Loire était poursuivie par la Mennaîd, frégate anglaise de la même force qu'elle. Le
' IMalion Je lexpédiUon d Etffpte, par Berthier, p. ia6.
1 7 octobre, au point du jour, la Mêrmmà se couvrit de voiles pour atteindre et d^mire enfin son ennemie.
Celle-ci, réduite à ses basses voiies et à ses huniers, ne pouvait espérer de s échapper. Segond , qui la commandait, se prépara au combat, et fit clouer le pavillon national au mât d^artimon. D harangua son équipage , rappela aux mai lus et aux soldats It ur brillante conduite dans les trois a£^es précédentes, et leur témoigna la confiance de les voir triompher sans peine d*une firé> gâte dont la force n*était pas supérieure à celle de la Loire, Toutes ses dispositions prises , il établit sa finégate au plus près du vent, et fit carguer la grande voile pour attendre rennemi. Cette contenance ferme dut donner aux Anglais une idée de la résistance qu*ils idlaient éprouver, et ce qui ajouta sans doute & leur étonncment lut ([u on Ips laissa approcher sans tirer un seul coup de canon. Segond savait que chez eux c est une espèce de point d'honneur de ne pas tirer les premiers: il résolut de ne (aire feu que lorsque son adversaire se jugerait lui-même assez proche. B était près de huit heures ; la Mermaid avait cargué ses basses voiies et s'avançait sous une voilure commode pour le combat. Parvenue à portée de pistolet , elle vint au vent pour prendre position et présenter le travers è la Loire, Ct^'lJo-ci, prolUant de ce moment, lui làclia toute sa bordée, accompagnée d'une décharge de mousqueterie. La Mermaid riposta vivement; mais, au lieu de demeurer par le travers de la frégate firançaise , elle voulut profiter de Tavuntage que lui donnait le hon état de sa mâture
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et de ses vofles pour la contourner et tâcher de Tenfiler, soit par Tavant , soit par Tarrière. Gxceflent manœuvrier liii-mcmo, Sogond rendit vaincs toutes les tentatives du capitaine anglais . et le força à reprendre sa première position. Les deux frégates se canonnèrent alors avec le plus grand acharnement; mab comme la JW<prfWiwî s*étatt replacée «n peu plus au large, l'avantage n'était pas poui 1rs ranonniers de la Loire, qui, faute d'adresse, ou, ee qui est plus croyable, par trop de précipitation, n'ajustaient pas aussi bien leurs coups que les Anglais. Au bout de quelques heures, la Loire avait perdu ses trois mâts de hune, cl ne conservait plus que ses deux basses voiles , tandis que la frégate ennemie n'avait pas le plus petit morceau de bois coupé. Le capitaine français résolut alors de tenter à son tour une manœuvre qui pût changer la Êice du combat : il fait eesser le fou partout , duiiuo l'ordre de mettre deux boulets ronds dans chaque mnon et de rései*verla bordée pour le moment où il jugerait â propos de Tenvoyer. Lorsque toutes les pièces sont chargées conune il l'a ordonné , il fait mettre la barre au vent et ordonne une grande arrivée, pour persuader à son ennemi qu'il ne peut plus soutenir son feu. Celui-ci, trompé par ee mouvement, laisse arriver i son tour, afin de suivre la Loire et de lui envoyer une bordée qu'il regarde comme devant mettre fm au combat, mais tout à roup Se<;ond lance sa hégate dans le vent, et, par cette évolution, fait croire à l'Anglais qu'il veut l'aborder. La Mermaid, qui redoute d'autant plus l'abordage qu'elle sait que la
Loire est chargée de troupes , revient au vent cUe-méme
avec promptitude et perd presque toute sa vitesse. Segond , qui dans ces difTérentes manœuvres a l'avantage de primer son ennemi, reprend la sienne avant lui, et, par un nouveau mouvement, vient le ranger à poupe et lui lâche la double bordi^e qu'il a réservée. L'effet en est terrible. Le oicît d arlimun cl le grand niàt de hune de la Mermaid tombent en même temp^», et les cris de l'équipage anglais annoncent le carnage qui vient d'avoir lieu. Pendant quelques minutes on semble avoir perdu Ja téte à Lui d de cette iiégate , et Segond lui hèle d'amener ce qui lui reste de voiles; mais la position de œs voiles sur l'avant, et la perte de celles de l'arrière la font arriver toute seule : elle reprend de la vitesse et s*éloigne d''autant plus facilement de la Loire» que les voiles hautes qu elle conserve .m niàt de misaine sont plus favorables , pur le faible vent qui régne , que les basses voiles de la frégate fr^ançaise. L'équipage anglais revient alors de sa stupeur, et [)rofite de cette circonstance heureuse pour fuir ( t ah, indonner Ja victoire aux républicains. En vain i>rgond, qui désespère d'atteindre la Mmnaid dans sa fuite, dirige sur eile un feu bien nourri, pour tâcher de la désemparer de quelqu'une de ses voiles, il n a pas le bonheur d'y réussir et elle lui c( iiappe.
Après ce beau combat , la Loire était cependant réduite à l'état le plus déplorable, et n'avait plus à bord ni bois ni cordages pour remplacer ses mâts supériews. Tout ce que put faiie le capilaine iul de boucher de
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son mieui les trous des boulets reçus k la flottaison,
de jumrller ses bas mâts et de bosser les ralingues des basses voiles coupées en plusieurs endroits.
Le i8, au point du jour» elle découvrit deux bâtiments qui la chassèrent aussitôt. A neuf heures, ils furent reconnus pour le vaisseau rasé l Ailsou n la rurvetle le Kanguroo. Tout espoii* de leur écliappei' eût été vain , et ii n y avait plus à combattre que pour Thonneur du pavillon : Segond et son équipa^ se dispo» sèrent & Thonorer par une vigoureuse résistance. A neuf heures et demie le vaisseau rak;, par\enu à demi-portée de la Loire, n avait pas encore commencé ie feu; il continuait sa route toutes voiles hautes, pour s*en approcher davantage. Lorsqu'il fut tout à hii proche, le capitaine de la Loire s'élança tout à coup au vent, comme s'il eût voulu aborder le vaisseau pai* lavant, et profita de ce moment pour lui envoyer une bordée d*enfiiade. L'Ansom masqua une partie de ses voiles povu' éviter Tabordage , et cette manceuvre permit à la frégate inint;ai«e de Un lâcher, dans une position avantageuse, deux auti es bordées qui eussent été trèsmeurtrières, si la mer avait été moins grosse. Le vaisseau remit bientôt le vent dans ses vofles, et vint engager la Lmre à portée de pistolet par ie travers au vent , pendant que la cor vette la combattait en poupe : le combat dura une heure dans cette position , et l'équipage français y déploya une bravoure au-dessus de tout éloge ; enfin le grand mât et le mdt d*artimon de la &égate ayant été abattus, et le uiàt de misaine ne tenant presque plus à rien, le com-
mandant du vauieaii anglais cria au cafiitainc Segond
qu'il était iiiouï iju'ii persistât encore à se défendre dans une pareille situation, et qu'il avait assez combattu pour sa gloire. Sur le refus que fit celui-ci de se rendre, le combat continua encore un quart d'benie; mais le \aij,srau ennemi ue pointa plus qu'à couler bas. Bientôt i eau remplit la cale de la Loire. Lorsqu li y en eut six pieds, et que le capitaine Segond crut d'ailleurs la firégâte dans un délabrement tel, qu'il paraissait douleun qu'dle pAt servir aux ennemis, il amena son paviHon. Quoique les t ilorts héroïques des défenseurs de la Loire n'aient pu l'empêcher d'être prise , eux et leurs concitoyens n'ont pas moins le droit de s'en enoigueillir« De pareîHes défaites sont aussi glorieuses que des succès.
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