BAYARD SDR LE PONT DE G ARIGLIANO; — DÉCEMBRE 1W
Labiyiâre. — 1837.
Les Français faisaient un dernier efiFort pour Teconquérir le royaume de Napies, enlevé à Louis XII par la perfidie de Ferdinand le Catholique et Thabileté guerrière de Gonzalve de Cordoue. Les armées, en face lune de 1 autre, couvraient les deux rives de Garigliano, dans Tattente d'une action décisive ; c'étaient chaque jour de nouvelles escarmouches entre le^ chevaliers des deux nations. Ce fut dans Tune de ces rencontres que Bayard se signala par un fait d armes si merveilleux que Ton se refiiserait dy croire s'il n'était attesté par le naïf témoignage de son écuyer, historien fidèle de sa vie.
Un parti de cavalerie espagnole s'avançait à la dérobée pour surprendre le camp finançais. Bayard, dont l'œil était toujours ouvert, s'en aperçut, a Si commencea à dire à Tescuyer Basco, son cbmpaignon : «Monseigneur « Tescuyer, mon amy, allez vistement quérir de noz genz a pour garder ce pont, ou nous sommes tous perduz; «ce pendant je mettray peine.de les amuser jusques à «votre venue : mais hastez-vous. » Ce qu'il fist. Et le bon chevalier, la lance au poing, s'en va au bout dudit pont, où de l'autre costez estoient desjà les Espaignolz prestz à passer; mais comme lyon fiirieux va mettre sa lance en arrest, et donna en la troppe, qui desjà étoit
sur ledit pont. De sorte que trois ou quatre se vont est branler, desquelz en cheut deux dans Teau, qui oncques puis n'en relevèrent, car la rivière estoit large et profonde. Cela fait, on luy tailla beaucoup d affaires; car si durement fut assailly, que sans trop grande chevalerie n eust sceu résister : mais comme ung tigre eschauffé s acula à la barrière du pont, à ce qu'iiz ne gaignassent iê derrière, et à coups d'espée se deffendit si très-bien que les Espaignolz ne sçavoient que dire, et ne cuydoient point que ce feust un homme, mais ung ennemy (un diable). Brief, tant bien et si longuement se maintint que Tescuyer le Basco, son compaignon, luy amiena assez noble secours, comme de cent hommes d*armes; lesquelz arrivez firent auxdits Espaignolz habandonner du tout le pont, et les chassèrent un grand. mille de là ^ »