BATAILLE DE RAVENNE. — 11 AVRIL
Art ScHBPrER. — 182^.
Raymond de Cardonne avait reculé devant l'impétuosité de Gaston de Foix. H voulait à tout prix éviter la bataille , attendant le moment où Fédit de Maximilien , qui rappelait les lansquenets, éclaircirait les rangs de Tarmée française. Mais Gaston , en menaçant Timportante ville de Ravenne, le contraignit à en venir aux mains pour la sauver.
Les premiers succès de la journée furent poiu* les Espagnols, dont TartiUerie ravageait les rangs de l'infanterie ennemie, pendant que la leur, couchée sur le ventre , ne soufifrait aucune perte. Cette habile disposition était l'œuvre de Pietro Navarro, dont les inventions perfectionnèrent beaucoup alors l'art militaire. Mais le chef de la gendarmerie italienne, Fabrizio Colonna, impatient de voir ses cavaliers exposés seuls à tout le feu des batteries françaises , fit un mouvement en avant, que Navarro fut forcé de suivre avec ses fantassins. L'impétuosité redoutable des gendarmes français reprit par là tous ses avantages. Eln un instant la cavalerie espagnole fut rompue et dispersée, et l'infanterie elle-même, qui avait déjà entamé le corps de lansquenets, rudement chargée , céda le champ de bataiUe. Cependant elle se
retirait en bon ordre, et*Gaston de Foix, irrité du mas-
tocre qu'elle avait fait des siens et de ropiniâtre résistance qu'elle lui opposait encore , ordonne contre elle une dernière charge. Il est blessé et renversé de cheval, et un soldat espagnol lui traverse le corps de son épée. L'honneur de la journée n'en resta pas moins aux Français, mais trop chèrement acheté par la perte du héros qui seid pouvait alors soutenir et faire triompher leur cause en Italie.
VICTOIRE DES FRANÇAIS SUR LA FLOTTÉ ANGLAISE DEVANT BREST. — 25 AVRIL 1515.
GuDiN. — iSSg.
œMBAT DE LA œRDELIERE ET DE LA RÉGENTE DEVANT SAINT-MATHIEU. — 10 AOUT 1515.
Pendant que l'Italie était le théâtre de ces sanglantes guerres , Henri VIII , entré dans la sainte Kgae contre la France, préparait une descente sur les côtes du royaume. Louis XII, pour écarter ce danger, fit, selon le récit de du Bellay, « passer par le détroit de Gibraltar quatre galères sous la charge du capitaine Prégent, poui' résister aux incursions que faisoient les Anglois sur la mer de Ponant, le long des costes de Normandie et Bretaigne; l'amiral d'Angleterre, lequel avoit donné la chasse aux galères dudit Prégent, jusque près de Brest,
fut combattu par lesdites galères, et fut blessé ledit amirai, qui mourut peu de jours après. De rechef, devant Saint'Mathieu en Bretaigne , le jour de saint Laurent , fut combattu par quatre-vingts navires angloises contre vingt, bretonnes et normandes , et estant le vent pour noUs et contraire aux Anglois , fut combattu en pareille force : et entre autres le capitaine Primauguet , Breton , capitaine de la Cordelière, navire surpassant les autres en grandeur, que la royne Anne avoit fait construire et équipper, se voyant investy de dix ou douze navires d'Angleterre , et ne voyant moyen de se développer, voulut vendre sa mort; car ayant attaché la Régente d'Angleterre, qui estoit la principale nef des Anglais , jeta feu , de sorte que la Cordelière et la Régente furent bruslées, et tous les hommes perdus , tant d'une part que de l'autre ^ »
CHAPrrRE GÉNÉRAL DE L'pRDRE DE SAINT-JEAN, A RHODES. CONVOQUÉ PAR LE GRAND MAITRE FABRICE GARETTE.
Jacquand. — iSSg.
Le sultan Sélim, conquérant de la Syrie, de l'Arabie et, de l'Egypte, ne voyait plus en Orient d'autre obstacle à sa puissance que la. petite île de Rhodes et les chevaliers qui l'occupaient. Tous ses projets se tournèrent de ce côté. C'est alors que Fabrice Carette ( Fabrizio Caretto , d'une illustre &mUle romaine) fut élevé à la grande mai-
» Da Bellay, ïiy.ly^. 19.
trise de Tordre de Saint-Jean. Réparer les mines entassées pendant le siège que la ville avait soutenu trentetrois ans auparavant , relever et agrandir les fortifications , rappeler tous les chevaliers dispersés dans les commanderies d'Europe, lever de l'argent et des troupes, enfin faire tête par tous les moyens possibles à Torage qui allait fondre sur Rhodes, tel était le premier devoir du grand maître, telle fut sa première pensée, et, pour l'accomplir, presque au lendemain de son élection il convoqua le chapitre général de l'ordre.
Les ressources qu'il demandait lui furent toutes accordées, et Rhodes, sortie de ses ruines, fut en état de soutenir Tefiort de la puissance ottomane. Mais ce n'était point à Fabrice Carette quHï était réservé de défendre cette ville, non plus qu'à Sélim de l'attaquer. L'un et l'autre légua cette redoutable tâche à son successeur.
FRANÇOIS r TRAVERSE LES ALPES. — 10 AOUT 1515.*
MoisiAO. — iBi6.
François I", à peine monté sur le trône, songea à reconquérir le duché de Milan, où régnait Maximilien Sibrza, sous la protection des hallebardes suisses. B eut bien vite ramassé une armée, composée de l'élite de la gendarmerie française, en même temps que d'une puisssoite infanterie de lansquenets et de Gascons, pendant que ses envoyés resserraient avec le sénat de Venise
cette vieille alliance , commandée par là politique , que Louis .XII lui-même avait fini par renouer, après l'avoir rompue dans une vaine fantaisie de conquête. François se rendit alors à Grenoble, et, pour descendre sur les terres de son allié, le marquis de Saluées, s engagea, à gauche du mont Genèvre, entre Barcelonette et TArgentière, par un sentier des Alpes ({ue jamais grande armée n avait encore franchi.
On était au i o août , et il ne restait plus de neige dans les gorges des montagnes; mais le moindre retard dans ces lieux déserts eût fait périr Tarmée faute de vivres. La sagesse du vieux maréchal de Trividce et l'intrépidité française triomphèrent de tous les obstacles : on fit sauter des roches, on jeta des ponts sur Tabime, on construisit des galeries en bois le long des pentes les plus escarpées, et toute cette pesante cavalerie, avec soixante et douze pièces de grosse artillerie et les bagages , arriva le cinquième jour dans les plaines du marquisat de Saluées.
FRANÇOIS r LA VEILLE DE LA BATAILLE DE MARIGNAN. — 15 SEPTEMBRE 1515,
MCLARD. 1817.
On négocia d'abord avec les Suisses, et François I* s'efforça par tous les moyens de les faire rentrer dans son alliance. Mais une seconde armée de ces montagnards venait de descendre en Italie ^ demandant impatiemment la guerre et le pillage^ et le cardinal de Sion, «n s'ap-
puyant sur ces nouveaux venus, eut bientôt i^amené les autres sous la bannière de Sforza. «Prenez vos piques, leur criait-il; battez vos tambours, et marchons sans perdre de temps, pour assouvir notre haine sur ces Français et nous abreuver de leur sang ^. »
A ce cri de guerre, les Suisses, au nombre de trentecinq mille, s ébranlent et sortent de Milan, pour aller au-devant du roi de France , dont les quartiers touchaient presque aux murs de cette capitale. C'était une mauvaise position que celle des troupes françaises en avant de Marignan, à San-Donato et Sainte-Brigitte; mais on ne s attendait pas à y être attaqué. Aussi les Suisses, arrivés au déclin du jour, conunencèrent par tout renverser devant eux. Ni les coups d'une batterie dirigée par le fameux Pietro Navarro , passé au service de France , ni les charges impétueuses de la gendarmerie ne les arrêtèrent; et, après quatre heures de combat, à la lumière de la lune, tout ce que purent gagner les Français fut de se replier sur une meiïleure position, et de relever leurs batteries, en attendant le jom\ Cest sdors que, selon le langage de Martin du Bellay , «coucha le roi toute la nuist, armé de toutes ses pièces, hormis son habillement de teste , sur TaSust d'un canon. Et demanda à boire, ledit seigneur, ajoute Fleiu^anges dans ses Mémoires, car iLétoit fort altéré; et y eut un piéton qui lui alla quérir de Teau qui étoit toute pleine de sang 2... »
* Guicciardini , Storia dltalia, lib. XII.
« Ihid.