ENTREVUE DU CAMP DU DRAP D'OR. — 7 JUIN
Débat fils. — iSSy. "
Une rivalité inévitable devait éclater entre François I* et Charles-Quint, depuis que le choix des électeurs avait mis sur la tête du dernier la couronne impériale. Cependant l'un et l'autre , dans l'attente de la lutte qui allait s'ouvrir, s'efforçaient de gagner l'alliance du roi d'Angleterre. « Qui je défends est maître, » disait Henri VIII;
' Mémoireê de Bayard, chap. l\, p. 383.
et les empressements des deux monarques rivaux témoignaient combien il y avait de vérité dans cette orgueilleuse devise qu U avait inscrite dans ses armes.
François P' se flatta qu'il lui suffirait d*ime entrevue avec le roi d'Angleterre pour en faire son ami. Mais, dans son imprudence chevsderesque, il n'imagina rien de mieux pour le gagner à ses intérêts que de rivaliser avec lui de magnificence. Alors eut lieu entre les deux petites villes d'Ardres et de Guines la fameuse entrevue du camp du drap £ot.
«Avoit fait le roi de France, dit le maréchsd de Meuranges dans ses Mémoires, les plus belles tentes qui furent jamais vues et le plus grand nombre, et les principales étoient de drap d'or frisé dedans et dehors, tant chambres que salles et galeries, et tout plein d'autres di'aps d'or ras et toiles d'or et d'argent. Et avoit dessus lesdites tentes force devises et pommes d'or, et quand elles étoient tendues au soleil îl les faisoit beau voir. Et y avoit sur celle du roi un saint Michel tout d'or, afin qu elle fût cognue entre les autres , mais il étoit tout creux. Ov quand je vous ai devisé de l'équipage du roi de France, il faut que je vous devise de celui du roi d'Angleterre, lequel ne fit qu'uiie maison; mais elle étoit trop plus belle que celle des François et de plus de coûtance; et étoit assise ladite maison aux portes de Guines , assez proche du château , et étoit de merveilleuse grandeur en carrure, et étoit ladite maison toute de bois, de toile et de verre; et étoit la plus belle verrine que jamais Ton vit, car la moitié de la maison étoit toute
de verrine; et vous assure Vju'il y faisoit bien clair. Et y avoit quatre corps de maison, dont au moindre vous eussiez logé un prince. Et étoit la cour de bonne grandeur, et au milieu de ladite cour et devant la porte y avoit deux belles fontaines qui jetoient par trois tuyaux, iun rhypocras, lautre le vin et Tautre Teau... Et étoit la chapelle de merveilleuse grandeur et bien étofifée , tant de reliques que de tous autres parements. Et vous assure que. si tout cela étoit bien fourni, aussi étoient les caves; car les maisons des deux princes, devant le voyage, ne furent fermées à personne. »
Les deux monarques se rencontrèrent à cheval, et s'embrassèrent le lundi 7 juin, jour de la Fête-Dieu. Le cérémonial de cette première rencontre avait été réglé tout entier par une convention diplomatique, suivant les lois d'une sévère étiquette, et de manière à donner des garanties égales à la dignité et à la sûreté de chacun des deux monarques. Mais dès le lendemain matin, le roi de France, qai n était pas ïtomme soupçonneux, aUa faire visite à Henri VIII , à Guines , sans être attendu , réveilla lui-même et ïaida à s habiller. Henri lui rendit confiance pour confiance , les deux cours se mêlèrent , et trois semaines se passèrent en fêtes et en réjouissances. « Les deux rois , raconte Martin du Bellay, laissant négocier les affaires à ceux de leur conseS, par douze ou quinze jours courrent Tun contre l'autre, et si trouva audit tournoi grand nombre de bons hommes d'armes, ainsi que vous pouvez estimer; car il est à présumer qu'ils n'amenèrent pas des pires... Je ne m'arrêterai à
dire les gi^ands triomphes et festins qui se firent là, ni la grande dépense superflue, car il ne se peut estimer: tellement que plusieurs y portèrent leurs moulins, leurs forêts et leurs prés sur leurs épaules. »
Charles-Quint trouva un moyen plus habile de s'assurer i alliance de Henri VIII : il flatta son oi^eil en Tailant lui-même visiter en Angleterre, et il fit briller aux yeux du cardinal Wolsey Tespoir de la tiare.
ANDRÉ DÛRfA, AMIRAL DE FRANÇOIS T', DISPERSE LA FLOTTE ESPAGNOLE DEVANT L EMBOUCHURE DU VAR. — 1524.
La rupture avait éclaté entre François I*' et Charles- Quint. Le connétable de Bourbon, poursuivi par la haine de Louise de Savoie, entra avec Henri VIQ et l'empereur dans un odieux complot, dont le but était le démembrement de la France. Découvert, il se réfiigia auprès de Charles-Quint, auquel il conseilla d'entrer en Provence. L'empereur lui associa le marquis de Pescaire , et leur fit passer le Var avec quinze mille hommes. Lannoy , Vice-roi de Naples , devait bientôt les suivre avec six mille hommes d'armes, et Hugues de Moncade devait assurer les transports de vivres et d'artillerie, avec une flotte de seize galères. De son côté, lé roi de France chargea le Génois André Doria, alors à son service, de veiller siu: les côtes avec sa flotte, tandis qu'U rassem-
blait une armée pour venir délivrer la Provence envahie. La flottille de Doria rencontra, le 4 juillet, Philibert de Challon, prince d'Orange, l'un des seigneurs français qui avaient suivi la fortune du connétable > revenant de Barcelone avec deux vaisseaux. Us furent captiu'és par i amiral de François I". Le prince d'Orange, fait prisonnier avec plusieurs seigneurs espagnols, fut enfermé dans la tour de Bourges. La même flotte attaqua, le 7 juillet, devant ^embouchure du Var, la flotte espagnole de Hugues de Moncade; elle lui coula à fond trois galères, et força le reste à abandonner les côtes de Provence. Cet échec, joint à l'approche de François P', qui venait par terre avec trente mille hommes de troupes et quinze cents hommes d'armes, détermina le duc de Bourbon à lever le siège de Marseille qu*il avait entrepris : le sire de Ghabannes le poursuivit dans sa retraite, et lui enleva une partie de ses équipages.