ENTRÉE DES CHEVALIERS DE L'ORDRE DE SAINT-JEAN A VITERBE
Rhodes, arrachée à Mahomet II par fintrépidité de Pierre d'Aubusson, était tombée aux mains de Sohman, malgré l'héroïsme du grand maître Viliiers de Tlsle- Âdam. Aussi illustre dans* son malheur que son prédécesseur l'avait été dans sa victoire , TIsle-Adam recueillit
avec une soigneuse humanité les débris de Tordre et de la population rhodienne , puis il alla montrer à TEiu^ope sa grande infortune , et s achemina vers Rome pour intéresser le pape au maintien d'un ordre qui avait rendu tant de services à la chrétienté. La querelle de François P' et de Charles-Quint, qui tenait en suspens tous les intérêts de la politique européenne , ne laissait guère alors aux pontifes romains d autre pensée que celle de l'indépendance du saint-siége et de l'Italie, et Clément Vil, prisonnier de l'emperem', ne pouvait être qu'un bien faible médiateur auprès de ce puissant monarque , arbitre des destinées de l'ordre. C'est sdors (iSay) que Villiers de risle-Adam réunit ses chevaliers àViterbe en un chapitre général. Dispersés sur les divers points de l'Europe où la guerre était allumée, tous ne purent se rendre à la convocation du grand maître. Cependant ce fut à ce chapitre que fut remis le soin de décider si l'on courrait les chances d'une expédition pour reconquérir Rhodes, ou si Ton accepterait l'île de Msdte , offerte à l'ordre par Charles-Quint. Ce dernier parti prévalut; mais l'Isle- Adam, gardien soignçux des hautes prérogatives qui lui étaient confiées, ne consentit à recevoir le don de l'empereur qu'à condition (jue la religion aurait l'entière souveraineté del'fle, sans autre charge que celle de faire dire une messe tous les ans en mémoire de ce bienfait.
CLin.
LORDRE DE SAINT-JEAN PREND POSSESSION DE VlLZ DE MALTE. — 26 OCTOBRE 1550.
Bbhtboh. — iSSg.
Ce fîit avec une amère douleur que ViUiers de Tlsle* Adam renonça à Tîle ^e Rhodes , si riche et si florissante^ pour le stérile rodier de Malte , à peine couvert de quelques cabanes de pêcheurs. Ses regards étaient toujours tournés vers TOrient , et il y rêvait la conquête de la vflie de Modon, en Morée, qui eût rapproché Tordre de l'ancien théâtre de sa puissance , et lui eût fourni Tespoir d'y rentrer un jour. Mais l'acte de donation de l'empereur avait été revêtu des dernières formalités, et «il ne manquait plus, dit Vertot, pour l'entier établissement des chevaliers dans Malte , que le passage du grand maître ^ du conseil et de tous les chevaliers dans cette île. On embarqua d'abord sm* cinq galères, deux grandes caraques et différents vaisseaux de transport , ce peuple de Rhodes , qui s'était attaché à la fortune et à la suite de la religion. On mit dans les vaisseaux les effets et les titres de Tordre , avec des meubles, des vivres et des munitions de guerre et de bouche. Un grand nombre de chevdiers et de troupes qui étaient à leur solde passèrent sur cette petite flotte qui, avant d'arriver, essuya une furieuse tempête, dans laquelle une galère, qui échoua contre un écueil, fiit entièrement brisée. Une des caraques pensa aussi périr en s'enfonçant dans le sable; mais im vent 1. i3
contraire la releva, et on la remît à flot... Ceux qui tournent tout en augures ne manquèrent pas de publier que le ciel, par cet événement particulier, semblait désigner la destinée de Tordre qui, après avoir essuyé tant d'orages et de périls, se fixerait enfin heureusement dans Tile de
Malte
« Le grand maître, le conseil et les principaux commandeurs entrèrent dans le grand port le a 6 ectobre, et, après être débarqués, ils allèrent droit à T^ise paroissiade de Saint-Laurent. Après y avoir rendu leurs premiers hommages à celui que Tordre reconnaissait pour son unique souverain, on se rendit au bourg situé au pied du château Saint-Ange^ etc. »
EN'rREVUE DE FRANÇOIS I" ET DU PAPE CLÉMENT VII A MARSEILLE. — 15 (XITOBRE 1555.
Lariyiâre et X. Dupné. — iSS?.
Clément VII, jaloux de rétablir en Italie Téquilibre violemment rompu par le traité de Cambrai, en iSag, songeait à s'allier le plus étroitement possiUe avec le roi de France. H lui avait fait offrir sa nièce, la Êimeus^ Catherine de Médicis, pour le jeune duc d'Orléans, depuis Hemî II , et s était engagé, malgré ses infirmités et son grmd âge, à venir trouver François I" à Marseille.
Cette entrevue eut lieu comme elle avait été conve-
> Hîitoire de Malte. \\\.\\,
nue. François P, en prodiguant au chef de relise les plus humbles marques de respect, trompa Tespoir de Henri VIII , qui s'était flatté de Tentraîner dans sa révolte contre le saint-siége. Il resta fidèle en toute chose au titré de roi très-chrétien. Le mariage du duc d'Oiiéans avec Catherine fiit conclu; seulement la dot de la jeune princesse se borna à cent mille écus en aident comptant , et les trois magnifiques joyaux que promettait d y joindre la forfanterie de lambassadeur pontifical, Gênes, Milan et Naples, ne sortirent pas des mains de l'empereur.
UNE FLOTTE ÉQUIPÉE PAR ANGO, ARMATEUR DIEPFOIS, BLOQUE LISBONNE. — 1553.
GuDiN. — iSSg.
Ângo s'étah enrichi par ses voyages et par d'heureuses spéculations, et était devenu le plus puissant armateur de Dieppe. Sa fortune était si considérable, son hôtel si magnifique, son train de vie si somptueux, qu'à l'époque de l'un des voyages de François I" sur les cotes de Normandie, ce prince logea dans i'hotel d'Ango, et celui-ci se chargea seul de la réception du monarque. Pbur prix de sa magnifique réception, il reçut la nomination de gouverneur de la ville et château de Dieppe. Cependant les Portugais avaient, en pleine paix, attaqué et pris un des vaisseaux de larmateur dieppois. Sans s'effiayer de la grandeur de l'entreprise, Ango résolut de tirer vengeance
de cet acte déloyal , équipa dix-sept bâtiments , tant grands que petits, et fit bloquer le port de Lisbonne, pendant que les Sottes portugaises étaient occupées dans les Indes. Parvenue à rembouchure du Tage , l'escadre dieppoise s'empara d'une foule de petits bâtiments , fit une descente i ravagea la côte, et, se portant rapidement d'une rive à l'autre, déjoua toutes les opérations militaires d'un ennemi qui était loin de s'attendre à une telle activité. La rivalité entre les Dieppois et les Portugais venait de leurs expéditions dans l'Inde et FAfrique, où, dès l'an i36ii, les navigateurs dieppois avaient été chercher le poivre et l'ivoire dans des contrées jusqu'sdors inconnues. Ango ne cessa ses hostilités que lorsque le roi de Poitugal eut adressé un ambassadeur au roi de France, qui le renvoya â Dieppe pour qu'il entrât en négociation avec l'auteur de l'expédition.
JACQUES CARTIER, AVEC TROIS BATIMENTS, REMONTE LE FLEUVE SAINT- LAURENT QU'IL VIENT DE DÉCOUVRIR.—
GuDin. — iSSg.
Jacques Cartier, navigateur de Saint-Msdo, s'était proposé à Philippe de Chabot, grand amiral de France, pour aller visiter les terres de l'Amérique septentrionale désignées sous le nom de Terre-Neuve. Cette demande ayant été présentée au roi par le grand amiral, François I" avait chargé Cartier lui-même d'exécuter ses projets; et dans un premier voyage, en i53/i, û avait dé-r
couvert le golfe Saint-Laurent et Tembouchure de ce fleuve. Mais lapproche de la mauvaise saison l'avait rappelé avant qu'il eût eu le temps de pousser plus loin ses découvertes. Sur le récit de son Voyage, le roi ordonna lin armement plus considérable cpie le premier : on équipa un bâtiment de cent vingt tonneaux, que Cartier commanda ', on en mit sous ses ordres un autre de soixante tonneaux, et un troisième de quarante, propre à entrer dans les rivières où il n y aurait pas assez d eau pour les deux autres. Plusieurs jeunes gens de distinction s'embarquèrent avec Jacques Cartier en qualité de volontaires. Cette campagne commença par un acte public de religion. Le jour de la Pentecôte les capitaines et les équipages firent ensemble leurs dévotions dans la cathédrale de Saint-Malo , et reçurent ensuite la bénédiction de l'évêque. Ils mirent à la voile le 1 9 mai 1 535. Leur trajet pour se rendre à Terre-Neuve fut long et pénible ; le mauvais temps sépara les bâtiments ; mais ils se réunirent dans le détroit de Belle-Isle , où l'on avait assigné im rendez-vous. Cartier, dans sa première campagne, avait prolongé les côtes du golfe Saint-Laurent qui sont au sud du détroit de Belle-Isle; dans celle-ci, il ne s'écarta pas de la côte septentrionsde , et pénétra, presque en ligne droite, dans l'intérieur du fleuve. H le visita avec soin, et s'avança à sept à huit lieues au delà de l'ehdroit où depuis la ville de Québec a été bâtie. La rivière près de laquelle la flotte mouilla reçut le nom de Sainte-Croix; mais la postérité lui a donné celui de Jacques Cartier. Cartier remonta avec ses canots jusqu'à
198 GALERIES HISTORKJUES
un village que les habitants appelaient Hoc^Io^a, et sur les ruines duquel s'éleva plus tard la ville de Montréal , située à plus de cent cinquante lieues marines de l'embouchure du fleuve. Après un hiver rigoureux passé à Sainte- Croix, pendant lequel ses compagnons furent décimés par le scorbut, msdadie encore inconnue aux navigateurs finançais, Cartier se rembarqua, le 6 mai 1 536, avec deux bâtiments , n ayant plus assez de monde pour manœuvrer le troisième, et sortit du fleuve par le canal qui est au sud de rîle d'Ânticosti , et qu'il avait pris , en 1 53 /l , pour un golfe ; il vint ensuite chercher le passage qu'il avait supposé, à la même époque, devoir exister au sud de Terre-Neuve; il le trouva, et compléta, par cette dernière découverte, celle du fleuve et du golfe Saint- Laurent. Les bâtiment^ arrivèrent à Saint-Malo le 1 6 juillet 1 536. Jacques Cartier montra ainsi aux Français la route du Canada ^.
PX)NDATION DU COLLÈGE ÏW)YAL PAR FRANÇOIS 1". r- 1559.
Dblobhi. — 1839.
François I" a reçu de son siècle et de la postérité le surnom glorieux de Restaurateur des lettres. Non content , en effet , d'emprunter à lltalie Téclat des arts dont elle était revêtue, ce prince mit. tous ses soins à faire fleurir en France l'étude des langues et des littératures
> Biographie univerulU, t. VIT, p. 233 et suiv.
de lantiquité. C'est à cette pensée qu est dû rétablissement du collée royal.
François I" en conçut le projet dès les premières années de son règne. En 1 5 1 7 il ordonna que sur le terrain de Thôtel de Nesle s'élevât le collège des trois langues, ainsi nommé parce qu'il devait être spécialement consacré à l'enseignement de l'hébreu, du grec et du latin. Une rente annuelle de cinquante mUle sous était allouée à cette grande fondation , et l'enceinte ne devait pas renfermer moins de six cents écoliers. C'était à Érasme , le plus renommé des savants de cette époque, que François P voulait confier la direction du nouvel établissement. Autour de lui devaient se ranger Gufllaume Budé, Pierre Danès et quelques-uns de ces Grecs fugitifs qui, depuis le milieu du xv' siècle, étaient venus apporter à l'Occident les trésors de la langue d'Homère et de Platon. Mais les grandes distractions de la guerre ne permirent pas à François de réaliser immédiatement et dans toute son étendue cette noble pensée. Il institua d'abord les trois chaires d'hébreu , de grec et de latin; quelques années après il y ajouta l'enseignement des mathématiques , de la philosophie grecque et de la médecine : ce ne fut que vers la fin de 1 589 qu*il approuva les plans sur lesquels le collège devait être bâti.
FRANÇOIS r ET CHARLES -QUINT VISITANT LES TOMBEAUX DE SAINT-DENIS. —JANVIER 1540.
NoftBLiii (d'après le tableau de Gbos). — 18^7.
Charies-Quint, ayant à punir les Gantois depuis trois ans révoltés contre lui, s empressa d'agréer l'invitation qpelui fit le roi de France de traverser son royaume. De la fi:ontière d'Espagne à celle de Flandre l'accueil qu'il reçut fiit partout magnificpe, et la France sembla siC plaire à étaler devant son puissant ennemi tout ce qu'elle avait de grandeur et de richesse. François I" s'avança au-devant de lui jusqu'à Châtellerault, et le conduisit à Paris au milieu d'une succession pompeuse de réjouissances et de fêtes. Sa courtoisie envers son hôte égala sa magnificence : partout on le vit à côté de l'empereur prendre ie second rang, et lorsque en témoignage d'allégresse les prisons fiirent ouvertes, la liberté fut rendue aux captifs au nom de sa majesté impériale. Charles-Quint passa huit jours à Paris. C'est alors quç, suivant les traditions de l'abbaye de Saint-Denis, les deux monarques visitèrent ensemble l'ancienne basilique où étaient déposés les restes des rois de Fraqc^.