MAI
Abbl de Pdjol. — i83g.
La ligue venait de remporter dans Paris un triomphe éclatant. Les troupes royales avaient reculé devant les compagnies bourgeoises, et les barricades , poussées jusqu'aux portes du Louvre, tenaient Henri III prisonnier dans son palais. Le roi, sans autre ressource que la fuite pour sauver les restes de son autorité, courut au galop vers Chartres, et laissa les ligueurs maîtres de sa capitale. Le duc de Guise (Henri de Lorraine), qui avait, dans cette journée, dirigé les mouvements de la multitude, resta chargé de tous les embarras de la victoire popidaire. Il avait compté gouverner avec la signature du roi captif. Déchu de cet espoir, il sentit que la loi, par ses organes réguliers, pouvait seule sanctionner
' Journal de l'Étoile, année 1679.
la rébellion victorieuse. Il se rendit, avec une suite nombreuse, chez le premier président du parlement, Achille de Hariay.
a n le trouva qui se pourmenoit dans son jardin, lequel s'étonna si peu de leur venue, qu'il ne daigna seulement pas tourner la tête, ni discontinuer sa pourmefnade commencée, laquelle achevée qu'elle fut, étant au bout de son allée, H retourna, et en retournant il vit le duc de Guise qui venoit à lui. Alors ce grave magistrat, haussant la voix, lui dit : « C'est grand pitié quand « le valet chasse le maître. Au reste , mon âme est à Dieu , «mon cœur est à mon roi, et mon corps est entre les « mains des méchans : qu'on en fasse ce qu'on voudrai »