‹ Galeries historiques du Palais de Versailles (volume 5)Chapitre 121 sur 155 · ENTRÉE FHENRI IV A PARIS. — 22.MARS · texte numérisé non relu

ENTRÉE FHENRI IV A PARIS. — 22.MARS

Le baron GÉRARD. —^ 1817.

Henri IV avait abjuré la religion protestante dans l'église de Saint-Denis le 2 5 juillet iSgS, et le 27 février de Tannée suivante il avait été sacré dans la cathédrale de Chartres. H n y avait plus désormais d'obstacle entre lui et le cœur de ses sujets. Ce ne fut donc plus les armes à la main, mais par voie d'accommodement qu il travailla, cette fois à entrer dans Paris. Les portes lui en furent ouvertes par le comte de Brissac qui y commandait.

Le 22 mars 1 SgA, à sept heures du matin, Henri IV entra dans la capitale , par la porte Neuve , près des Tuileries : c'était par cette • même porte qu'en était sorti Henri III, six ans auparavant, après la fatale journée des barricades. Les troupes de la ligue occupaient encore la ville : les Espagnols étaient au faubourg Saint-Antoine, le régiment napolitain au faubourg Saint-Germain, les Allemands au fattbourg Saint-Honoré. Aussi le roi fit-il son entrée en grand appareil de guerre , le casque en tête, la cuirasse sur la poitrine et son cheval bardé de fer; sa noblesse, qui l'entourait, était, comme lui, en tenue de bataille, et des lansquenets, l'arquebuse sur l'épaule, éclairaient sa marche. Mais Henri reconnut bientôt qu'il n'y avait point d'ennemis accourus sur ses pas, et que tout ce qui l'entourait était un peuple enivré

du* bonheur de. le voir et de le posséder; dès lors son âme noble et confiante s'abandonna avec une entière effiision aux impressions de cette heureuse journée.

((Estant arrivé sur le pont Nostre-Dame, dit TËstoile, et oîant tout le peuple crier si alaigrement vive le Roy, dit ces mots : « Je voy bien que ce pauvre peuple a été tyrannisé. » Puis, ayant mis pied à terre devant Téglise Nostre-Dame, estant porté de la foule, ses capitaines des gardes voulant faire retirer le peuple, il les en garda, disant qu'il aimoit mieux avoir plus de peine, et qu'ils le vissent à leur aise; car ils sont, dit-il, affamés de voir un roy. »

Pendant ce temps on publiait ime dédaration du nu, datée deSenlis, qui pardonnait à tout le monde, même aux Seize. On connaît Tinnocente vengeance tirée par Henri de son implacable ennemie , la ducihesse de Montpensier, et comment le soir de cette belle journée il s'en alla voir à la porte Saint-Denis passer les Espagnols qui sortaient de la ville, (dis le saluaient tous, dit Péréfixe , le chapeau fort bas et avec une profonde inclination. H rendit le salut à tous les chefs avec grande courtoisie , ajoutant ces paroles : ((Recommandez-moi bien à votre maître; aflezrvous-en , à la bonne heure ; mais n'y revenez plus. » Henri IV se trouva alors vraiment maître au sein de sa capitale heureuse et libre.

HSNRI IV lÉÇOIT DES GHEVÂUERS DE Lt)RDBE DU SAINT- ESPRIT. — 8 JANVIER 1595.

JEÀlf-FRAtfÇ OIS DBtaoT.

Le dimanche 8 janvw i S^S Henri IV tint pour Hl pi^mière fois le chapitre de Tordre da Saint-Esprit. C'était onze jours après qu^ii eut été ^atteint du cou* teau de Jean i^lhastei, et cette t^irconstancé ajoutait k rintérét toujours si vivement excité par une aussi brillante cérémonie. «Après que le roy eut om vêpres q(dans r^;lise dés Âugustins, à Paris), il partit tle sdn si^e, tous les officiers de Tordre marchant devant lui, et s'en alla près de Tautél s'asseoir dans une chàdre piféparée à cest effet, ayant à sa dextre M« le diancdier 'de France, chancelier de Tordre, M. de Beatulieu-Ruzë^ ' grand trésorier de Tordre,. et M.Tévéque dé Boûrges^, comme grand aumosnier de Tordre, et à sa gauche ib sieûr de TÂuhespine , greffier de l'ordre, n Les deux prélats éliis furent reçus d'abord; ^t aloi^ « M. de iUiôdés*, maistre des cérémonies^ aecompagné de Thiâniier et^du , hérault, aBa advertir MM. le prince de -Gbnty etle duc de Nevers, commandeur et chevalier ^dindit ordre , d'afler prendre MM. les ducs de Montpensier, duc de Longuevflle et comte de Saint-Paul , princes élus et reçus pour entrer audit ordre, lesquels ils amenèrent aussi Tun après Tautre au roy. Après que M. le duc de Mont-

pensier eut de genoux, les deux mains posées sur le livre des Evangiles que tenoit M. le chancelier, leu à haute voix le vœu du sériaient que lui bailla le greffier de f ordre , lequd il signa de sa main , le prévost et maistre des cérémonies baillèrent à sa majesté le manteau et le mantelet dont il vestit le duc, en lui disant : «L'ordre « vous revest et vous recouvre du manteau de sonamiable « compagnie et union fraternelle; à Tcacaltation de nostrs «Iby et religkm catbdique, au nom du Père, du Fils et « du Sfldnt-Esprit ; » et fit sur lui le signe de la crok : pois le grand trésorier de Tordre présenta le cdlier da f ordre au roi,iequel le mit su cou dudzl sieur duc, cl lui dit : tt Recevez de nostre mnin le collier de noatrv «ordre du benoît Saint-Esprit, auquel nous, comma « souversdn grand maistre, vous recevons... Et Dieu vous a ÛM^e la grâce de ne contrevenir jamaib aux vœux et «sermens que venez de fidre... » A quoy ledit sieur diic hiy répondit : « Sire, Dieu m'en donne la grâce, et piua- «tost la mort que jamais y Ëuiliir, remerciant très-hum- « blement vmtre majesté de Thonneur et bien qu'A vous «a pieu me &ire; » et en achevant il lui baisa la main : autant en firent lesdits sieurs ducs de Longuevflle et comte de Saint-Paul Tun après Tautre... Aux autres chevaliers sa majesté vestit et donna le cdlier de Tordre iqprès qu'ils eurent fait le voeu et aennent en la même fiiçon qu'avoit fait ledit sieur duc de Montpeasier ^. »

' Chronologie nooenaire dePalma Cayet» année 1 59$.

252 GALEBIES HISTORIQUES

œMBAT DE PONTAINE-FRANÇAISE. — JUIN 15Q5.

EuGiNE Detéria. — 1837.

Henri IV avait déclaré la guerre à TEspagne : îl avait ainsi enlevé à Philippe II son beau titre de défenseur de la foi catholique , pour ne plus lui laisser que celui d*en* nemi de la France. Cependant quelques chefs de la ligue tenaient encore., Mercœur en Bretagne, d'Aumale en Picardie, Mayenne en Boulogne , et à chacun le monsùrque espagnol avait envoyé des troupes auxiliaires.

On annonce à Henri IV, qui vient à peine d'entrer à Troyes, que Dijon, ville fidèle et dévouée, est devenue un champ.de bataille entre le maréchal de Biron et le vicomte de Tavannes, et que Tannée du connétable de GastUle s'avance pour donner la victoire au parti de la ligue. Henri ne prend pas le temps de rassembler une arinée : il part avec quelques centaines de gendarmes et d'arquebusiers à cheval, et se flatte par une brillante escarmouche d'arrêter la marche du général espagnol. Mais , en Êdsant une reconnaissance au delà de Fontaine- Française, quelques-uns dé ses cavaliers vont donner étoiu'diment dans les avant -postes espagnols, qui arrivaient à l'instant même à Saint-Seine ; le baron de Lux , le marquis de Mirebeau et le maréchal de Biron lui-même courent en toute hâte pour les dégager. Leur attaque im-

pétueuse£adt un moment reculer Tennemi ; mais, cédant bientôt au nombre , ils reculent à leur tour, et Biron arrive devant le roi, entouré des débris de sa troupe en désordre, et tout sanglant d'une blessure qu*U vient de recevoir à la tête. Il fallut que Henri IV recommençât alors les exploits aventureux du roi de Navarre, n Messieurs , dit-il à ses gentilshonunes qui se pressaient autour de lui; à quartier, ne m*ofiusquez pas, je veux paraître, n Et on le vit le front nu , Tépée à la main , courir de tous cotés pour arrêter les fuyards ^t les ramener à la charge contre un ennemi. dix fois plus nombreux; on le vit, se multipliant à force de vaillance , forcer à la retraite son prudent ennemi, qui croyait avoir affidre à toute une armée, et dans cette retraite même oser le poursuivre pour mieux lui cacher sa Êdblesse. Henri IV disait avoir combattu cette fois non pour la victoire, mais pour la vie. «En cette rencontre, écrivait-il à sa sœur, j'ai eu a&ire de tous mes bons amis , et vous ai yeu bien près d'être mon héritière.»

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