LEVÉE DU SIÈGE DE L'ILE DE RHÉ. — 8 NOVEMBRE
Tableau du temps oommandé par le cardinal de Richdieu pour son ch&teau de Richelieii, et exécuté sur les dessins de Gallot.
Tous les récits du temps parlent de la passion romanesque du duc de Buckingham pour la reine Anne d'Autriche, et des folies qu'elle lui inspira. La plus grande
de toutes fut de jeter son pays dans une guerre contre la France.
Louis Xm, qui n ignorait pas les audacieuses galanteries de sa première ambassade , refusa de le recevoir une seconde fois à Paris avec le même titre. L'orgueilleux favori jura , dit-on, d'y revenir si bien accompagné qu'on ne pourrait lui en refuser l'entrée ; et , prenant aussitôt en main la cause des protestants français menacés par Richelieu, il obtint du parlement anglais des subsides, et de Charles I* un manifeste de guerre contre le roi de France. Le a o juillet 1627 une flotte anglaise parut sur les côtes de Bretagne, et le 22 elle était maîtresse de l'île de Rhé, malgré l'héroïque résistance du gouverneur Toiras, qui fut obligé de se retirer dans le fort Saint-Martin.
Ce vaillant capitaine y soutint avec une poignée de soldats un siège de plus de trois mois. Buckingham, impatient d'être si longtemps arrêté devant une petite forteresse, offrit aux assiégés une capitulation honorable : elle fut rejetée. R leur livra un furieux assaut : il fut repoussé. Enfin arriva le maréchal de Schomberg avec des renforts considérables, et les Anglais furent forcés de lever le siège. La flotte et l'armée françaises les poursuivirent dans leur retraite.
«Â un endroit nommé la Coharde, les Français firent mine de voidoir charger ; mais la contenance des Anglais fut si bonne que l'ennemi s'an^êta tout à coup, quoique le lieu lui donnât de l'avantage. On continue la marche de part et d'autre. Les Anglais tiennent la
plaine, et les Français les dunes qui bordent la mer. Quand ceux-là fiirent arrivés à une digue qui, traversant les marais, aboutit au pont appelé de VOye, leurs bataillons commencèrent à se presser et à prendre leur défense : i'avant-garde et le corps de bataille enfdent le chemin étroit; mais Tarrière-garde, chargée par le maréchal de Schombei^, fut aisément défaite. Les Anglais perdirent sept ou huit cents hommes ; le duc de Buckingham et quelques seigneurs de sa nation se battirent bravement en cette rencontre. Puysegur était sur le point de faire Buckinghani prisonnier. Mais les soldats anglais Tenlevèrent promptement en Tair, et le passèrent de main en main au delà du pont de TOye. Milord Moimtjoy, colonel de la cavalerie; Grey, lieutenant général de fartillerie; cinq colonels et plusieurs officiers demeurèrent entre les mains des Français. Le roi paya leur rançon à ceux dont ils étaient prisonniers, et les renvoya peu de jours après à la reine d'Angleterre, sa sœur ^. » -