QUATRIÈME CROISADE
GEOFFROY DE ViLLEHABDOUIN DEMANDE X VENISE DES VAISSEAUX POUR TRANSPORTER LES CROISES EN PALESTINE.
Rehocx. — iSBg.
Innocent III avait fait prêcher la quatrième croisade pour appeler sur la terre sainte un .nouvel eflTort de la chrétienté. La voix de Foidques de Neuilly fiit aussi puissante que Tavait été celle de Termite Pierre ef de saint Bernard, et la noblesse de France, toujours plus ardente que celle des autres contrées, s'enrôla de toutes parts pour la croisade. On ne songeait plus alors à se nehdre en Orient par terre : la Méditerranée, incessamment sillonnée depuis un siècle par les navires européens, offrait une route plus courte et plus sûre : on se décida à demander des vaisseaux à Venise. Henri Dandolo était à la tête de cette république. Le vieux doge, devenu aveugle sur les champs de bataille, écouta les propositions des* croisés en soldat et en marchand ; il était prêt à se jeter d'ans la guerre sainte, mais avec des bénéfices à en recueillir. Les députés de la croisade, h qui il ne fallait que des vents qui les conduisissent en Palestine, souscrivirent à toutes les conditions qu'il leur dicta. Mais ces conditions mêmes, pour être validées, durent être portées devant l'assemblée générale du peuple; car à cette époque la voix du peuple était encore comptée dans les conseils de Venise.
L'assemblée se réunit dans Téglise de Saint-Marc, «lune des plus belles et des plus magnifiques qui se puissent voir,» et Ton commença par y célébrer îa messe du Saint-Esprit; puis les députés furent introduits» «Alors Geoffroy de Villehardouin, maréchal det Champagne , prenant la parole pour ses compagnons et de leur consentement, dit : « Seigneurs, les plus grajids et «les plus puissans barons de France nous ont envoyés « vers vous pour vous priqf au nom de Dieu d avoii* « compassion de Hiérusadem qui est en servage des Turcs «et de vouloir les accompagner en cette occasion pour «'venger Imjure faite à notre Seigneur Jésus-Christ, ayant «jeté les yeux sur vous comme ceux qu'ils savent être « les plus puissans sur la mer. Et nous ont chargés dé «nous prosterner à vos pieds, sans nous relever que « vous nous ayez octroyé d'avoir pitié de la terre sainte « d'outre-mer. »
« Là-dessus les six députés s'agenouillent à leurs pieds pleurant à chaudes larmes, et le duc et tout le peuple s'écrièrent tous à une voix en tendant leurs mains en haut : « Nous l'octroyons, nous l'qctroyons. » Puis s'éleva si grand bruit et si grdxid noise qu'il sembla que terre fondist^»
* Geoffroy de Villebardouin , de la Conquête de Consiantinople, ch. X\ et XVII.
PHILIPPE-AUGUSTB CITE LE ROI JEAN DEVANT LA COUR DES PAIRS. — 30 AVRIL 1205.
ÂLAcx. — iSSy.
L an 1 2o3 Philippe-Auguste convoqua à Paris la cour des pairs pour juger son vassal félon, Jean d* Angleterre , que la voix publique accusait d'avoir fait périr par trahison son jeune neveu, Arthur, duc de Bretagne. Le roi Jean , sommé, de comparaître dans le. délai de deux mois, ne déclina point la juridiction de son suzerain; il chercha seulement à s assurer un sauf-conduit, et, n ayant pu Tobtenir pour le retour, au cas où là sentence de ses pairs lui serait contraire, il refusa de se rendre à la citation. • ' *
La coui* féodale ne s en rassembla pas moins à l'époque fixée , dans la tour du Louvre. Les grands vassaux de la couronne, tels que le duc de Bourgogne et le comte de Champagne , étaient venus y prendre place à côté des vassaux directs du domaine royal, comme les sires de Coucy, de Montmorency, de Nanterre, etc. Jamais le parlement da roi (la cour des pairs portait également ce nom) n'avait été plus nombreux et plus éclatant. Pendant cpie les nobles juges y siégeaient pompeusement sous l'hermine, des hérauts d'armes parcouraient les placer publiques , sommant à haute voix le roi Jean de venir répondre pour cause de félonie. L'accusé n'ayant pas comparu, on 'procéda contre lui par défaut, et un
arrêt de confiscation le dépouilla de tous les fie& qu^il tenait en France; La Normandie, le Poitou et-TAnjou étaient ainsi adjugés à la couronne : les armcs.de Philippe-Auguste ne tardèrent point à exécuter cette- sentence. «^ .
PRISE DE œNSTANTINOPLE PAR LES CROISÉS.— 1204.
£o6. Dblagboix. — iSSg.
Le pieux enthousiasme qui avait enlevé le peuple vénitien à lui-même ne se soutint pas, et quand les croisés, furent réunis dans les lagunes pour faire voile vers TOrient, Venise oublia les malheurs de la terre sainte pour ne plus se souvenir que du prix auquel elle avait mis ses vaisseaux. Il fallut que les chevaliers de France et dltalie payassent de leur sang ce qu'ils ne pouvaient payer de leur or, et qu'ils servissent les projets ambitieux de la république contre la ville de Zara en Dalmatie. Cette ville prise, une ambassade grecque y vint invoquer la médiation armée des croisés dans les affaires de l'empire d'Orient. Ils l'accordèrent ^ croyant s'ouvrir par là une route plus sûre vers les saints lieux. Mais témoins de la faiblesse du vieil empire, qui, au milieu de ses perpétuelles révolutions de palais, semblait près d'expirer sous leurs yeux, irrités d'aUleurs contre les perfidies de l'esprit grec, d'auxUiaIres ils devinrent conquérants.
Toute l'armée se transporta sur la flotte , et , le i a avril
lîio/i, Constantinople fut attaquée avec un merveilleux concert d'habileté et de coumge par les Français et les Vénitiens. Deux vaisseaux que montaient les évêques de Soissons et de Troyes, poussés par le veiit du nord vers les murs de la ville, furent les premiers qui abattirent leur pont4evis , et un moment après on vit la bannière des deux prélats se déployer sur une des tours. Bientôt trois des portes de la ville s écroulent sous les coups du bélier; les cavaliers sortent des navires avec leurs chevaux, et larmée des croisés s élance tout entière dans Constantinople, qui devient leur proie. La flamme accompagne leurs pas : peuple et soldats fuient devant eux , et cependant , étonnés de leur victoire , ils s'arrêtent et craignent de s engager à la poursuite des vaincus dans Timmense capitale. Mais la nuit, au lieu de rendre aux Grecs le courage, augmente leur frayeur : à la vue de Imcendie qui a dévoré une grande partie de la ville, ils ne parlent plus que de serendre. En vain un nouvel empereur, plus résolu que celui qui vieiit de les abandonner, leur montre le petit nombre des croisés, et s'efforce de les ramener au combat. Ils ne savent aborder l'ennemi qu'avec des gémissen>ents et des voix suppliantes. Ce sont des femmes , des enfants , des viefllards précédés du clergé , avec la croix et les images des saints , qui viennent en procession implorer la pitié du vainqueur, Constantinople, reçue à merci, n'en eut pas moins à subir pendant plusieurs jours toutes les horreurs du massacre et du pillage.