PRISE DE DAMIETTE PAR LES CROISÉS
H. Delaboâdb. -^ 1839.
Innocent III, après avoii* vainement menacé des foudres de Téglise les croisés qui étaient allés prendre Constantinople au lieu de Jérusalem , ne tarda pas à concevoir ridée d*une cinquième croisade. La puissante sommation adressée par le concile de Latran aux peuples et aux rois remua encore une fois l'Europe. Le roi de Hongrie, André, prit la croix; mais aussi empressé de quitter la terre sainte qu'il l'avait été de s y rendre , il laissa bientôt au roi titulaire de Jémsalem, Jean de Brienne, le commandement de l'expédition. Cette fois ce fut sur l'Egypte que se porta tout l'effort de la guerre sainte , et les croisés allèrent mettre lé siège devant Damiette^ vers la fin du mois de mai de Tailnée 1218. Ce siège ne dura pas moins de di^t-huit mois, et les succès en furent très-divers. Vingt fois , au dedans comme au dehors de la ville , le décoiu-agement se mit dans les deux armées: «Pourquoi, disaient les chrétiens, nous a-t-on amenés sur ce sable désert? Notre pays manquait-il de tombeaux? — Et à peu près au même temps le gouverneur de la ville, faisant parler Damiette elle-même dans le langage figuré de l'Orient, écrivait en vers au sultan du Caire : «O souverain de l'Egyptô, si tu tardes à me «secourir, c'en est fail de moi.*. Je ne suis plus qu'un (( sépulcre fermé. » Il fallut toute la patiente énergie du
cardinal Pelage, légat du pape, il faillit réloquence entraînante de saint François d'Assise, qui vint prêcher aux croisés les vertus chrétiennes au milieu de leur licence, pour ranimer leur zèle sans cesse défaillant, et presque malgré eux les traîner à la victoire.
Dans les premiers jours du mois de novembre 1219 tout était prêt pour un dernier assaut : « Des hérauts d'armes, dit M. Michaud, parcoururent le camp et ré^ pétèrent ces paroles : «Au nom du Seigneur et de la «Vierge, nous allons attaquer Damiette : avec le secours « de Dieu nous la prendrons. » Tous les croisés répondirent : «Que la volonté de Dieu soit faite! » Le légat traversa les rangs en promettant la victoire aux pèlerins; on préparait les échelles; chaque soldat apprêtait ses armes. Pelage avait résolu de profiter des ténèbres de la nuit pour une entreprise décisive. Quand la nuit fut avancée, on donna le signal J Un violent orage grondait, on n'entendait aucun bruit sur les remparts ni dans la ville : les croisés montèrent en silence sur les murailles et tuèrent quelques Sarrasins qu'ils y trouvèrent. Maîtres d'une tour ils appelèrent â leur aide les guerriers qui les suivaient, et, ne trouvant plus d'ennemis à combattre, ils chantèrent à haute voix : Kyrie eleison. L'armée, rangée en bataille au pied des remparts, répondit par ces mots: Gloria in excehis. Le légat, qui commandait l'attaque, se mit aussitôt à entonner le cantique de la victoire : Te Deam laudamas. Les chevaliers de Saint- Jean, les templiers, tous les croisés accoururent. Deux portes de la ville, brisées à coups de hache et consu-
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mées par le feu, laissèrent un libre passage à la multitude des assiégeants. «Ainsi, s'écrie un vieil historien dont nous suivons le récit, Damiette fut prise par la grâce de Dieu. »