PRISE DE SMYRNE PAR LES CHEVALIERS DE RHODES
Vaochblbt. — i83g.
Les papes comprirent de bonne heure combien était menaçante pour la chrétienté la nouvelle puissance des Turcs ottomans, et ce ne fiit point leur faute si l'Europe ne renonça pas aux guerres qui la déchiraient pour aller au secours de l'empire d'Orient. Clément VI, voidant purger la Méditerranée du brigandage des vaisseaux d'Orkhan, envoya au grand maître de Rhodes, Hélion de Villeneuve, quatre galères pontificales, cinq du roi de Chypre et autant de la république de Venise,
' Les Chroniuues de Jean Froissart, 1. 1, cb. lxxx.
pour se joindre à celles de Tordre. Cette flotte fut mise sous les ordres de Biandra, prieur de Lombardie, habile homme de mer.
Smyme, avec sa rade si commode et si sûre, était alors le principal repaire des corsaires musulmans. Biandra conçut la pensée d'enlever cette ville aux Turcs, et Texécution fut presque aussi rapide que la pensée même : « Tout ce qui se trouvait de soldats turcs et arabes fiit taillé en pièces. Le grand maître en ayant reçu la nouvelle, et connaissant rimportance de cette forteresse, y envoya aussitôt de nouvelles troupes, avec des vivres et des armes, pour en augmenter la garnison. On voit encore sur les portes du château , quoique tombé en ruines, les armes de Téglise, qui y fiirent mises comme un monument de cette conquête, dont on rapportait tout rhonneur au pape, comme au chef de la ligue, quoique les chevdiers de Rhodes y eussent eu la meilleure part^. »
BATAILLE NAVALE D*EMBRO, GAGNÉE PAR LES CHEVALIERS DE RHODES SUR LES TURCS. — 1546.
Dieudonné de Gozon, le vainqueur du terrible serpent qui avait épouvanté Rhodes pendant quelques années, venait de remplacer Hélion de Villeneuve à la tête de Tordre, n voulut tout aussitôt justifier son élé-
» Vertot, Histoirt de Màlie, Hv. V.
vatioii par quelque action éclatante. Grâce à ses soins la ligue chrétienne fiit ranimée, et le commandement de la flotte rendu au prieur de Lombardie. Biandra eut bientôt frappé un coup aussi hardi que la prise de Smyme. Les Turcs, qui croyaient les chrétiens encore renfemiés dans leurs ports, étaient négligemment à Tancre, dans la petite île d*Embro, à douze milles des bouches des Dardanelles. Biandra les surprit lorsqu'ils ^attendaient rien moins que le combat, et qu'une partie des équipages était même répandue dans Tile, « Ce fiit, dit Vertot, nïbins un combat qu'une déroute générale : les soldats qui étaient sur cette flotte Tabandonnaient pour chercher un asile dans l'ile, et ceux qui étaient descendus à terre auparavant accouraient pour se rembarquer. Les uns et les autres ne faisaient que s'embarrasser, et, dans ce désordre et cette confusion, le général de Rhodes leur prit cent dix-huit petits vaisseaux, légères frégates, brigàntins, felouques et barques armées,» qu'il ramena triomphalement à Rhodes.
COMBAT DE TRENTE BRETONS œNTRE TRENTE ANGLAIS AU CHENE DE MI-VOYE. — 27 MARS 1551.
Le combat des Trente est un des épisodes les plus célèbres de la guerre qui s'éleva au xiv* siècle pour la succession du duché de Bretagne. Il y avait alors trêve entre
les rois de France et d'Angleterre; mais les chevaliers des deux ns^tions nen cherchaient pas moitis toutes les occasions d'échanger en champ clos de beaux coups de lance et d'épée en Thonneur de leurs princes et de leurs dames. Animé de cet esprit, Robert de Beaumanoir» seigneur breton, qui commandait le château de Josselin , s'en alla défier un jour Bramborough (Froissart lappelle Brandebourg, et les historiens bretons Bremi>ro), châtdain de Ploërmei, «à jouster de fer de glaives pour l'amour de leurs amies. » Bramborough accepta le défi, et , le a 7 mars 1 55 1 , au chêne de Mi-Voye, entre Josselin et Ploërmei, se rencontrèrent les trente champions de la cause de France et de celle d'Angleterre. Le combat ftit long et opiniâtre; et, selon le terme de Froissart, « se maintinrent vaillamment d'une part et d'autre , aussi bien que tous fussent Rolands et Oliviers. » Mais la mort de Bramborough décida enfin le succès de la journée : huit de ses compagnons restèrent à côté de lui couchés dans la plaine. Vers la fin du combat, Beaumanoir, blessé et dévoré d'une soif ardente, demandait, dit-on, à boire : a Bois ton sang , Beaumanoir, lui cria un de ses chevaliers ; la soif te passera. »
LE DAUPHIN CHARLÏS (DEPUIS CHARLES V) RASSEMBLE A COMPÏÈGNE LES ÉTATS GÉNÉRAUX DU ROYAUME. — 1558.
AtAux. — iSâg.
La captivité du roi. Jean avait été , pour la France ,
le signal de désordres et de maux sans nombre. Le dauphin , qui plus tard , sous le nom de Charles V , régna avec tant de sagesse et de gloire, n avait point osé saisir le pouvoir d'une main forte et assurée; il abandonnait ie soin de guérir les plaies du royaume aux états généraux, qui siégeaient alors à Paris, et les états, dans leur impuissante volonté de faire le bien, n'avaient pas tardé k tomber sous le joug des factions. Paris était devenu un sanglant théâtre d'anarchie et de violences : c'était le prévôt des marchands, Etienne Maricel, qui, poursuivant avec im fol enivrement le triomphe impossible de la liberté populaire ^ poussait au crime avec^ce grand mot une midtitude souffrante et crédule. Et en même temps que le sang ruisselait dans les rues de la capitale, les campagnes étaient livrées aux horreurs de la Jacquerie : des milliers de . paysans s'étaient levés sur tous lés points du royaume pour venger par le meurtre et l'incendie l'excès de leurs misères, et bientôt, par un ten'ible retour, ils étaient tombés, comme de faibles troupeaux, sous le glaive impitoyable de leurs seigneurs. •
C'est dans ces tristes circonstances que le dauphin, sorti de Paris où son autorité était méprisée, convoqua à Compiègne les états généraux delà Langue-d'Oil. Là, furent révoqués les actes séditieux des états de Paris; là, justice fut solennellement demandée du meurtre des maréchaux de Normandie et de Champagne, dont le sang avait rougi les degrés du palais et rejailli jusque sur la robe du dauphin; là enfin, ce prince, légitime-
ment investi du titre de régent du royaume, réclama hautement ia soumission de Paris, et se prépara à l'assurer par les armes.