JEANNE DARG PRÉSENTÉE A CHARLES VII. —FÉVRIER
Papett (d'après Saint-ëvre). — iSSy.
Toute la France jusqu'à la Loire était aux mains des Anglais, et Charies VII, réduit à Tétroite souveraineté de quelques provinces du centre du royaume, recevait de ses ennemis le titre dérisoire de roi de Bourges. Le duc de Bedford résolut de lui enlever ce titre même , et , pom* s ouvrir le midi de la France, une armée anglaise vint mettre le siège devant Orléans. De vaillants capitaines, le sire de Gaucourt, Dunois, Xaintraiiles , etc., s'étaient enfermés dans cette ville : les habitants rivalisaient avec les hommes d armes de constance et de bravoure. La résistance fut héroïque. Mais, depuis la honteuse journée des Harengs, qui avait privé la place d'un secours devenu nécessaire , le découragement commençait à entrer dans les âmes ; les bastilles de l'ennemi resserraient la ville de toutes parts; la famine était menaçante, et Charles immobile ne songeait qu'à préparer sa retraite vers les provinces méridionsdes.
C'est alors que parut cette jeune et simple fille des champs, dont le patriotisme, échauffé au feu de l'enthousiasme religieux , fit des miracles et sauva la France. Jeanne d'Arc, accueillie d'abord avec incrédulité aux lieux où elle était née, finit par prouver sa mission à force de sainteté , et le sire de Baudricourt se décida à
renvoyer au roi. Les courtisans de Charles Vil refiisaient à l'héroïque vierge 1 accès de son souverain; mais de plus nobles inspirations prévalurent auprès du roi, et il consentit à la voir.
«Pour réprouver, il ne se montra point d'abord, et se tint à l'écart. Le comte de Vendôme amena Jeanne, qui se présenta bien humblement, comme une pauvre petite bergerette. Cependant elle ne se troubla point, et, bien que le roi ne fût pas aussi richement vêtu que beaucoup d'autres qui étaient là, ce fut à lui qu'elle vint. Elle s'agenouilla devant lui , embrassa ses genoux. « Ce n'est pas moi qui suis le roi, Jeanne, dit-il en montrant un de ses seigneurs : le voilà. — Par mon Keu, gentil prince,* reprit-elle, c'est vous, et non un autre.» Puis elle ajouta: u Très-noble seigneiu* dauphin, le roi des cieux vous mande par moi que vous serez ^acré et couronné en la ville de Reims , et serez, son lieutenant au royaume de France ^ »
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