ENTRÉE DES FRANÇAIS A BORDEAUX. — 25 JUIN
ViNGHOH. — 1837.
Après la Normandie ce fut la Guyenne, dernière province restée aux Anglais , qui leur fut enlevée. Là les cœurs n'étaient point français. On se souvenait encore de la longue antipathie qui avait séparé la France du midi de celle du nord, et les seigneurs surtout trouvaient bien mieux leur compte à la domination d un prince étranger, dont Téloignement même était une garantie pour leur indépendance, qu*à la suzeraineté plus voisine et bien autrement redoutable du chef de la monarchie française. Cependant telle était dès lors la
prépondérance acquise à Charles VU par ses victoires , que son lieutenant, le comte de Dunois, n'eut presque qu'à montrer son armée en Guyenne pour réduire cette province. Bordeaux, après toutes les autres villes du duché, traita de sa soumission, mais en stipulant pour le maintien de ses anciennes libertés et s assurant le bien&it d'une amnistie générale.
c(Le 2 3 juin ià5i le comte de Dunois se présenta avec la brillante et nombreuse compagnie des seigneurs de France et des capitaines de son armée, devant les portes de Bordeaux. Le héraut de la ville cotnmença par sommer trois fois à haute voix les Anglais de venir porter secours aux gens de Bordeaux. Nul ne comparaissant, les jurés de la ville , l'archevêque, son clergé et les principaux seigneurs du pays remirent les clefs du lieutenant générai du roi... L'entrée fut brillante et solennelle : on y vit chacun à la tête de sa troupe, et dans le plus brillant équipage. Le sire de Pensach, sénéchal de Toulouse, capitaine des archers de l'avant-garde; les maréchaux de Loheac et de Culant, avec trois cents hommes d'armes; tes comtes de Nevers, d'Armagnac, et le vicomte de Lautrec, de la maison de Foix, avec trois cents hommes de pied ; les archers du comte du Maine, sous les sires de la Boessière et de la Rochefoucauld; puis chevauchaient trois des conseillers du roi, l'évêque de Langres, l'évêque d'Alais et l'archidiacre de Tours, avec plusieurs secrétaires du roi. Après marchaient Tristan l'Hermite, prévôt des maréchaux, et ses sergents; ensuite venaient le chancelier
Juvénal, avec un manteau court de velours cramoisi par dessus sa cuirasse; le sire de Xaintrailles , bailli de Berry , grand écuyer; le comte de Dunois, lieutenant général du roi; les comtes d'Ângoulême et de Clermont, avec leurs armures blanches, accompagnés de leurs pages et de leurs serviteurs; les comtes de Vendôme et de Castres. Jacques de Ghabannes, bailli de Bourbonnais , grand maître de la maison du roi , conduisait les quinze cents lances du corps de bataille, et Geoffrcri de Saint-Belin , bailli de Ghaumont , lés hommes d'armes du comte du Maine. Enfin i arrière-garde , dont Joachim Rouault était capitaine, était commandée par Abel Rouault, son frère. Tout ce superbe cortège, si nouveau pour les gens de Bordeaux, sujets du roi d'An- ^eterre depiiis tant d années, arriva jusqu'à la cathédrale. L archevêque porta à baiser les saintes reliques au comte de Dunois et aux principaux seigneurs de France^ puis ils entrèrent dans Téglise^ Après la messe , messire Olivier de Goetivi présenta au chancelier les lettres du roi qui le nommaient sénéchal de Guyenne, et prêta serment de loyalement garder et faire garder justice dans le duché et dans la ville. Les jurés et la bourgeoisie jurèrent aussi d'obéir désormais audit sénéchal, comme à la personne du roi. Ensuite les seigneurs du pays, les sires de Duras, de Rauzan, de Lesparre, de Montferrand et autres, prêtèrent serment et hommage entre les mains du chancelier, et promirent d'être bons et loyaux Français ^ »
' Histoire des ducs de Bourgogne , parM. le baron de Barante, t. VII, p. 3 a 4.