‹ Galeries historiques du Palais de Versailles (volume 5)Chapitre 90 sur 155 · BATAILLE DE CASTILLON. — 17 JUILLET L · texte numérisé non relu

BATAILLE DE CASTILLON. — 17 JUILLET L

LABiTiiat. — 1839.

Cluuies Vn, maître de la Guyenne, voulut la gouverner comme le reste de la France. Mais cette uniformité blessait les privilèges de la province : la taille des geni/amm Surtout excitait un mécontentement général. Après avoir inutilement porté au roi leurs doléances , les peuples n'eurent plus qu'à se jeter dans la révolte, et appelèrent les Anglais.

Lord Talbot, malgré ses quatre-vingts ans, prit le commandement de cette expédition, et débarqua dans le Médoc au mois d'octobre 1 452. Bordeaux se souleva aussitôt en sa Êiveur, quelques viUes l'imitèrent, et le reste de la province eût suivi, si de prompts renforts ar* rivés au comte de Clermont n'eussent arrêté l'entraînement de la révolte. Toutefois ce ne fut pas avant l'été de l'année suivante que l'armée royale put entrer en campagne. Gharies VU la commandait lui-même.

Il assiégeait G^stillon, petite place située sur la Dordogne, qui devait lui livrer le cours de cette rivière, lorsque Talbot, cédant aux téméraires instances des gens de Bordeaux, sortit de cette ville et tomba àl'improviste sur les postes avancés de l'armée française : en un instant il les eut délogés d'une abbaye qu'ils occupaient, et où il s'établit lui-même. Comme il y entendait la

messe, on lui apporte la fausse nouvelle que les Français ont quitté leur camp et sont en pleine retraite. L'aventureux vieillard, enivré de son premier succès, n attend pas de savoir la vérité , fl la repousse même avec hauteur dans la bouche d*un de ses vieux compagnons d'armes, et, sortant brusquement de la chapelle, il se Iwce sur les retranchements ennemis et y fait planter son étendard. Mais là, au Heu d'une armée en fuite, il trouve pour le recevoir une artillerie formidable. En vain criet-il à sa gendarmerie de mettre pied à terre pour assaiUir avec plus d'avantage les palissades du camp français; en vain appelle-t-il les Bretons pour appuyer de leur opiniâtre vaillance les Anglais qui reculent : un coup de cordevrine abat par terre le héros octogénaire , et sa chute entraîne le destin de la bataille. Lord Lisle, son fils, et trente autres seigneurs, la fleur de la jeimesse anglaise, se font tuer auprès de lui sans pouvoir détourner le coup fatal qui l'achève. Le combat n'est plus dès lors qu'un afireux carnage : lord Molines, lieutenant de Talbot , rend son épée , et lés débris de l'armée anglaise se réfugient dans la forteresse de Castillon , qui le lendemain ouvre ses portes. Bordeaux, forcé de se rendre à son tour, paya sa révolte au prix d'une amende de cent mille écus d'or et de la perte de ses privilèges. Calais et Guines furent alors îes seules villes qui restèrent aux Anglais dans le royaume.

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