‹ Galeries historiques du Palais de VersaillesChapitre 253 sur 299 · VOITURE (VINCENT · texte numérisé non relu

VOITURE (VINCENT

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( V im.) Ancienne collection de l'Académie.

Né à Amiens, en 1 598. — Mort en 1 668.

Voiture fut la (leur du bel esprit au temps de Louis XIII. Il y eut un moment où, en prose comme en vers, il tint à Paris le sceptre de la littérature. Tout ce qu'il y avait de doctes et de lettrés à l'hôtel de Rambouillet s'inclinaient devant lui comme devant leur maître, et, chose rare alors, sa fortune ne fut pas moins brillante que son esprit.

Vincent Voiture entra dans le monde riche et tout

formé aux belles manières. Les grâces de sa conversation , le sel piquant de sa flatterie le firent goûter des seigneurs et des dames de la cour, et il était un homme à la mode avant detre l'arbitre du goût littéraire. Aussi trouva-t-il dès l'abord les plus puissants protecteurs pour le pousser dans les voies de la fortune, et il entra, comme introducteur des ambassadeurs , auprès de Gaston , duc d'Orléans. D y avait quelque chance à s'attacher à la destinée de ce prince, dont la vie fut une conspiration perpétuelle contre l'autorité de son frère. Il fallut que Voiture le suivît à Nancy, pour assister à son mariage clandestin avec Marguerite de Lorraine; puis à Bruxelles, et enfin jusqu'en Languedoc, en traversant toute la France. La pusillanimité de Gaston épargna à ses serviteurs les périls de la bataille de Castelnaudary (i63a), et Voiture, mieux fait pour négocier que pour combattre, fut envoyé au comte-duc d'Olivarez pour unir les intérêts de son maître à ceux de l'Espagne contre la France. Il fut goûté à Madrid comme à Paris , et ce ne fut pas de sa faute si la mission dont il était chargé ne réussit point. On trouve dans ses lettres le récit ingénieux et amusant du voyage qu'il fit en 1 633 dans le midi de l'Espagne, et jusque chez les Barbaresques. 11 y avait beau à conter alors sur ces pays. Gaston était toujours hors de France, et son fidèle agent, pour le rejoindre à Bruxelles, eut à traverser l'Angleterre et la Hollande. Ce ne fut qu'en 1 635 que les portes de leur patrie furent rouvertes à l'un comme à l'autre par le cardinal de Richelieu. Le puissant ministre ne laissa pas Voiture, dont il prisait

grandement l'esprit et le renom littéraire, retomber sous les mauvaises influences du duc d'Orléans. Il le mit en faveur auprès de Louis XIII , et le chargea en 1 638 d aller à Florence notifier au grand-duc de Toscane la naissance du dauphin, qui fut Louis XIV. On voit dans les années suivantes Voiture accompagner Loiûs XIII et le cardinal en Dauphiné, en Languedoc et devant Perpignan ( 1 689-1 6 4 2). La régence d'Anne d'Autriche n'arrêta pas l'essor de sa fortune; au contraire, eUe le rendit plus rapide et plus brillant : il fut nommé maître d'hôtel du Roi , interprète des ambassadeurs auprès de la reine, et reçut en outre, de l'amitié du comte d' A vaux, l'emploi sans fonctions de premier commis des finances. En même temps il continuait à faire figure à la cour, distribuant comme autant de faveurs ses lettres et ses petits vers aux personnes les plus qualifiées, et hasardant jusqu'auprès de la régente ses familiarités poétiques. Il n'y avait pas plus beau joueur que lui, et sa libéralité était celle d'un grand seigneur. Cependant, parmi toute cette vie d'opulence et de plaisir, Voiture ne cessait pas d'être fidèle à sa vocation littéraire, et il travaillait, comme ses contemporains et ses amis Vaugelas et Balzac , à cet enfantement de la langue française , qui devait être le fruit de leurs communs eflbrts. Il était entré en 1 635 à l'Académie lorsqu'elle fut créée, et cette com pagnie était si fière de le posséder dans son sein qu'elle porta son deuil quand il mourut, en 1668. Nul autre après lui n'a obtenu cet honneur. Voiture, malgré tout son esprit et les services incontestables qu'il a rendus à

la langue, n'est pas resté auprès de la postérité ce qu'il fut pour ses contemporains.

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