POUSSIN (NICOLAS
( V 2432. ) Lkieudecker, d'après un tableau
de la galerie du Musée royal.
Nicolas Poussin , l'un des plus grands peintres de son temps , est regardé comme le chef de l'ancienne école française. Né de parents pauvres, il dut à la persévérance qu'inspire une vocation irrésistible les premiers développements de son génie. Ce ne fut qu'à trente ans, après avoir signalé en France la fécondité plutôt que la perfection de son pinceau , qu'il put enfin accomplir le projet longtemps médité de se rendre à Rome. Là l'étude approfondie et la pratique journalière de l'art élevèrent par degrés son talent à une maturité qui porta les plus beaux fruits. Rome ne vit plus en lui un étranger venu à son école; elle l'admira comme un de ses enfants, et la renommée publia si haut les louanges du Poussin que Richelieu ne se crut plus permis de laisser à l'Italie une des plus belles gloires de la France. Mais pour le peintre philosophe les honneurs et les récompenses n'étaient rien, et la patrie des arts était tout. Aussi ne se rendit-il qu'après une longue résistance aux vœux de Louis XIII et de son ministre. Il arriva à Paris en 1 64o, et reçut avec le titre de premier peintre du Roi , un logement au Louvre, une pension de 3,ooo livres, et la direction de tous les travaux d'art qui devaient décorer les maisons royales. Mais tant de génie et tant de faveur excitèrent la jalou-
sie de Vouet, et il suscita au Poussin de misérables tracasseries devant lesquelles le grand artiste s'empressa de fuir, trop heureux de revoir Rome et d y retrouver son indépendance (i6£a). Son titre et les avantages qui y étaient attachés lui furent conservés sous Louis XTV, et il ne cessa pas d'envoyer à Paris plusieurs de ses plus belles compositions. Les conseils que reçurent de lui Lesueur, Mignard et Lebrun peuvent être comptés aussi comme des services qu'il rendit à la peinture en France. Mais il ne quitta plus Rome , et ce fut là qu'au milieu des modèles et des souvenirs de l'antiquité, son talent, nourri des graves pensées de l'âge mûr, atteignit toute sa perfection. On ne peut pas plus juger ici que citer les ouvrages sans nombre du Poussin ; il suffît de dire qu'il n'abandonna ses pinceaux qu'à la dernière année de sa vie, lorsque les souffrances de lame jointes à celles du corps ne lui permirent plus de les tenir. Il se recueillit alors pour mourir, et rendit à Dieu son àme en philosophe et en chrétien le 1 9 novembre 1 665 , à l'âge de soixante et onze ans.