FILS DE MARTIN TZERCLAES, SENECHAL HEREDITAIRE DU COMTÉ DE NAMUR
Né — Mort le 3o avril i63î.
Jean Tzerclaes, comte de Tilly, né d'une famille distinguée des Pays-Bas, porta l'habit de jésuite avant de se faire soldat. Il commença à se faire connaître en servant contre les Turcs dans les armées impériales ; mais ce fut à la guerre de Trente ans qu'il dut surtout son
illustration. Le duc Maximilien de Bavière, chef de la ligue catholique, le fit son lieutenant, et pendant onze ans Tilly, toujours secondé de la fortune, marcha de victoire en victoire. Ce fut lui qui, en i6ao, contraignit à se soumettre la haute Autriche révoltée contre l'empereur, et qui , marchant de là au cœur de la Bohême , alla détruire devant Prague larmée de l'électeur palatin Frédéric V, et précipita ce prince du trône où il s'était assis pour son malheur. Bientôt le haut Palatinat est envahi et Frédéric, dépouillé et fugitif, n'a plus pour défenseurs que deux chefs d'aventuriers, Ernest de Mansfeld et Christian de Brunswick. Ces audacieux condottieri tinrent en échec pendant près de deux ans les forces de l'empereur et de la ligue catholique ; mais désavoués par l'électeur qu'ils servaient, ils laissèrent le champ lihre à Tilly pour achever la conquête du bas Palatinat , écraser les luthériens de la basse Saxe, et faire triompher partout la maison d'Autriche. L'habile diplomatie du cardinal de Richelieu suscita alors à l'indépendance de l'Allemagne un nouveau défenseur, et le roi de Danemarck, Christian IV, reconnu chef de la ligue du Nord (mars i6a5), vint, à la tête d'une puissante armée, rendre le courage aux protestants abattus. Wallenstein , général de l'empereur, fut chargé , en même temps que Tilly, de tenir tête aux Danois. Ce dernier eut le bonheur de les rencontrer à Lutter et de remporter sur eux, en 16 a 6, une victoire décisive. Ce fut en vain que, l'année suivante, Christian IV, à la tête de quarante mille soldats, essaya de se relever de cet échec : cette
nouvelle armée, harcelée à la fois par Tilly et Wallenstein, fut détruite en détail; le cercle de la basse Saxe posa les armes, les duchés de Mecklenbourg et de Poméranie furent envahis, et la ville anséatique de Stralsund arrêta seule le flot de l'invasion autrichienne. Ferdinand II , après avoir accordé au roi de Danemarck la paix de Lubeck (mai 1629), se crut maître absolu en Allemagne : il en eut moins de peine à céder au cri de la diète de Ratisbonne, qui lui demandait la destitution de Wallenstein , abhorré pour ses exactions et ses violences (i63o). Tilly devint alors le chef des armées impériales; mais ses succès avaient trouvé leur terme. Gustave-Adolphe était descendu en Allemagne à la tête de ses invincibles Suédois , et le roi de neige , comme l'empereur l'appelait avec mépris, refusant une trêve d'hiver, eut bientôt chassé les impériaux de la Poméranie et du Mecklenbourg , et se trouva dans le Brandebourg en face de Tilly. Le vieux capitaine, ne pouvant débusquer les Suédois des bords de l'Oder et de la Sprée, se rejeta sur l'Elbe et alla assiéger Magdebourg, la première des villes d'Allemagne qui eût osé se déclarer pour Gustave- Adolphe. Magdebourg succomba après une héroïque résistance , et la destruction de cette cité , où trente mille habitants périrent par le fer ou par la flamme , a laissé sur la mémoire de Tilly une tache ineffaçable (mai 1 63 1 ). De là le farouche guerrier alla s'abattre sur la Saxe pour contraindre, à force de ravages, l'électeur faible et hésitant à se jeter entre les bras de l'empereur. 11 ne fit que le pousser dans ceux du roi de
Suède, et trouva les Saxons joints à Tannée de Gustave dans la plaine de Leipsick (27 septembre). Aucune des batailles livrées depuis douze ans en Allemagne n'avait égalé celle de Leipsick par l'importance de ses résultats : l'Autriche sembla y perdre tout le fruit de ses victoires et Tilly toute sa renommée. Criblé de blessures, le général des troupes impériales en ramassa avec peine les débris, et se prépara à disputer l'entrée de la Bavière au roi de Suède qui, après avoir détruit sur les bords du Rhin la ligue catholique , accourait pour frapper le duc Maximilien. Tilly s'était retranché sur le Lech, près du confluent de cette rivière avec le Danube. En essayant de se maintenir dans cette position que foudroyait l'artillerie suédoise , il fut atteint d'un boulet qui lui fracassa la cuisse droite, et alla mourir dans les murs d'Ingolstadt (3o avril i63a), assailli à ses derniers moments par les sinistres images du sac de Magdebourg.