‹ Galeries historiques du Palais de VersaillesChapitre 289 sur 299 · RU BEN S (PIERRE-PAUL · texte numérisé non relu

RU BEN S (PIERRE-PAUL

CINQUIÈME FILS DE JEAN Rl'RENS , DOCTEUR ES LOIS À ROME, ET ECHEVIN DE LA VILLE D'ANVERS, ET DE MARIE PIPELINCX.

(iV 2478.) Ancien tableau.

Né à Cologne, le 29 juin 1577. — Marié, i°en 1 6 1 3 , à Isabelle Brant, fdle de Jean Brant, docteur en droit et échevin de la ville d'Anvers, et de Claire de Moy; a* le l\ décembre i63o, à Hélène Froment, dame d'Attewoorde et de Steen. — Mort le 3o mai 1 6/jo.

Rubens est le peintre le plus illustre de l'école flamande ; il résume en lui dans leur plus haute expression les caractères de cette école , en même temps qu'il l'honore par l'étonnante fécondité de son génie. Né d'une famille noble et riche et élevé avec soin , il était destiné à siéger dans la magistrature de la grande cité d'Anvers; mais sa vocation fut plus forte que la volonté de sa mère,

et il obtint d'elle, non sans peine, d'étudier la peinture. Après avoir passé quatre ans dans les ateliers de Van Oort et d'Otto Venius, il ne se contenta pas de la supériorité qu'il avait acquise sur ses deux maîtres; il voulut aller chercher en Italie de plus hautes leçons et de plus parfaits modèles (1600). La pente de son génie l'entraîna d'abord à Venise , pour s'y mettre à l'école du Titien et de Paul Véronèse , grands coloristes dont il devait être le rival. De là il se rendit à Mantoue , fut comblé de dons et de caresses par le duc Vincent de Gonzague, et finit par aller à Rome. Il était venu pour y étudier, et déjà il faisait des ouvrages que se disputaient les amis les plus éclairés des arts. Il n'en prolongea pas moins son séjour pendant sept années dans les principales villes d'Italie, à Rome surtout et à Venise, et ne retourna qu'en 1 607 dans sa patrie, où le rappela la mort de sa mère. Ici commence pour Rubens l'existence la plus brillante peut-être qu'un artiste ait jamais eue. Les deux archiducs qui gouvernaient les Pays-Bas lui donnèrent, avec la clef de chambellan , une pension considérable. Mais toutes leurs faveurs ne purent le fixer à Bruxelles : Anvers était sa patrie d'adoption , et il s'y établit en 1610 dans une maison qu'il décora avec une magni licence toute royale et dont il fit le véritable sanctuaire des arts. On le voit alors, pendant dix ans de travaux dont rien ne vient le distraire» peupler de ses chefs-d'œuvre les églises et les châteaux ' des Pays-Bas. En 1620, Marie de Médicis l'invita à se rendre à Paris pour embellir des richesses de son pinceau le palais du Luxembourg : on sait avec quel succès

Rubens s'acquitta de cette tache, et par quelle fatalité malheureuse il ne put joindre à l'histoire de Marie de Médicis celle des hauts faits de Henri IV. Cependant la familiarité du grand peintre avec ce que l'Europe avait de têtes les plus illustres ne tarda pas à lui donner le rôle d'un personnage politique. L'infante Isabelle l'envoya à Madrid pour porter à Philippe IV des ouvertures de paix entre les couronnes d'Espagne et d'Angleterre. Rubens fut accueilli avec la plus haute distinction par le roi catholique et son ministre Olivarez, et il resta dixhuit mois à Madrid, tour à tour artiste et diplomate, et remplissant l'une et l'autre tâche avec une égale supériorité. Philippe IV l'avait nommé dès l'abord secrétaire du conseil privé de l'infante Isabelle; il lui remit lors de son départ des lettres de créance pour la cour de Londres et lui fit les présents les plus magnifiques. Arrivé en Angleterre , Rubens fut reçu comme peintre par Charles Iw (i6a8), puis se fit connaître à lui comme négociateur, et eut l'honneur de conclure le traité de paix qui réconcilia les deux cours ennemies. Charles I* lui prodigua des faveurs plus éclatantes encore que celles de Philippe IV : il le créa chevalier en plein parlement, lui passa au cou une chaîne d'or avec son portrait, et ajouta à lecu de Rubens le lion d'Angleterre. Libre en i63o du fardeau de ses missions diplomauques, le grand artiste rentra dans sa maison d'Anvers pour n'en plus sortir. Après la mort d'Isabelle-Claire- Eugénie, le cardinal-infant, nommé gouverneur des Pays-Bas, fit son enU'ée dans Anvers au milieu des ma-

gnificences inouïes d'une fête dont Rubens avait tracé les plans et à laquelle il ne manquait que son ordonnateur ( 1 635 ). Le prince se fit un devoir de visiter dans son atelier le peintre malade et de le combler des témoignages de son admiration. C'est peu après cette époque que Rubens fut forcé de quitter ses pinceaux : la goutte ne cessait de le tourmenter de ses attaques, et il finit par y succomber le 3o mai î ti.'jo, dans la soixante- troisième année de son âge. Treize cent dix de ses tableaux reproduits par la gravure suffisent à témoigner de cette fécondité qui est un des caractères les plus merveilleux de son génie.

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