‹ Galeries historiques du Palais de VersaillesChapitre 296 sur 299 · GUSTAVE-ADOLPHE · texte numérisé non relu

GUSTAVE-ADOLPHE

ROI DE SUÈDE

(fi* 2493.) Dk Crmsk , d'aprc» un ancien tableau.

Gustave-Adolphe est le héros de la réforme. Pendant les cent années de combats qu'elle eut à livrer, elle n'eut à son service ni un esprit plus élevé, ni un plus grand cœur. Il l'honora par ses vertus, et par son génie la fit triompher sur les champs de bataille.

Gustave-Adolphe avait reçu une si forte éducation, son adolescence semblait déjà si mûre pour le commandement, que, malgré la loi qui fixait à vingt-quatre ans la majorité des rois, les états de Suède le Laissèrent, dans sa dix-septième année , prendre en main les rênes du gouvernement. Le premier acte de son administration fut de placer à la tête de ses conseils le célèbre Axel Oxenstiern , avec le titre de chancelier. Ayant ainsi pourvoi aux affaires du dedans, le jeune monarque se mit à l'œuvre pour faire face à la triple guerre que la Suède soutenait alors contre le Danemarck, la Russie et la Pologne. Une prompte paix , conclue par la médiation de l'Angleterre et des Provinces-Unies , termina sans trop de désavantage sa querelle avec les Danois ( 1 6 1 3 ). Contre les Russes, il fallut tirer l'épée; mais la guerre ne fut pas longue, et le czar Michel RomanofT souscrivit en 1617 un traité qui laissait la Suède victorieuse et agrandie. Restait Sigismond, roi de Pologne et en même temps roi détrôné de Suède , dont les réclamations et les armes étaient menaçantes. Gustave- Adolphe se décida à prévenir son compétiteur, et fit contre lui les préparatifs les plus redoutables (1621). Ce fut alors qu'il commença dans l'ordre et les mouvements de son armée les changements qu'il devait achever plus tard en Allemagne ,

sur le grand théâtre de ses victoires , et qui ont attaché son nom à lune des plus importantes révolutions dans l'art de la guerre. Un code fut publié, qui réglait tous les détails du service militaire et y faisait entrer les rigoureuses observances du culte religieux. Avec vingt-quatre mille combattants ainsi disciplinés et animés de la pensée de leur chef, Gustave-Adolphe eut une suite de succès presque continuels contre les troupes polonaises. La prise de Riga , les deux batailles rangées de Walhof (1626) et de Stum (1629), témoignèrent de la supériorité de son génie et de la forte organisation de son armée, et, malgré les secours de l'empire, Sigismond fut forcé de conclure une trêve de six ans , qui laissait les Suédois en possession de toutes leurs conquêtes (septembre 1629).

C'était par l'habile et puissante médiation du cardinal de Richelieu qu'avait été conclue cette trêve, qui permit enfin au héros du Nord de se jeter sur l'Allemagne pour y relever le drapeau abattu de la réforme. Débarqué en Poméranie le ik juin i63o, Gustave eut bientôt conquis toute cette province , chassé les impériaux du Mecklenbourg et du Brandebourg, et signé à Bernwald , dans cette dernière contrée , le traité qui lui assurait les subsides de la France (s3 janvier 1 63 1 ). L'Allemagne luthérienne, foulée sous les pieds de Wallenstein et de Tilly , hésitait à se déclarer pour son nouveau défenseur, et le sac récent de Magdebourg venait d'ajouter à l'effroi qui la tenait immobile. Mais Gustave- Adolphe, en apprenant cette destruction, comparée avec

joie par son auteur à celle de Troie et de Jérusalem , s'enflamma à la vengeance. Sans tenir compte du nombre de ses ennemis , il se porte en avant , reçoit dans les rangs de son armée l'électeur de Saxe réduit à choisir entre son alliance et celle de l'empereur, et le 7 septembre 1 63 1 il se trouve dans la plaine de Leipsick en face de Tiily, le farouche destructeur de Magdebourg. Le triomphe des Suédois fut complet, et en un seul jour la maison d'Autriche perdit le fruit de onze années de victoires. On s'attendait que Gustave, qui n'avait plus d'armée devant lui, allait s'élancer jusqu'à Vienne et y dicter la paix à l'empereur, ou lui ôter la couronne. Il jugea plus sûr de se porter sur le Rhin pour y briser la ligue catholique et rendre au parti protestant son organisation et sa force dans l'ouest comme dans le nord de l'Allemagne. En moins de huit mois ce but fut atteint : il était parti avec vingt-cinq mille hommes du champ de bataille de Leipsick; il arriva avec soixante mille combattants devant Mayence , entraînant à sa suite la belliqueuse jeunesse de la Saxe, de la Thuringe et de la Franconie qui avait répondu à son cri de liberté et de victoire. L'électeur de Bavière refusa de subir les dures conditions imposées par Gustave aux membres dispersés de la ligue catholique : il appela ainsi la guerre sur ses états , et Tilly, battu au passage du Lech comme à Leipsick, tomba mort aux pieds de son vainqueur. Gustave eut la joie de faire entrer à ses côtés dans Munich l'électeur palatin dépouillé jadis par le Bavarois, son parent; et Ferdi nand II, menacé dans Vienne, n'eut plus d'espoir que

dans 1 epée deWallenstein , que naguère il avait brisée luimême. Alors se trouvèrent en face l'un de l'autre, sous le regard de l'Europe attentive, ces deux capitaines dont les noms remplissaient toutes les bouches , l'un , rénovateur de l'art de la guerre dans les temps modernes, l'autre apparaissant comme le dernier et le plusgrand des condottieri du moyen âge. Ils restèrent trois mois entiers sous les murs de Nuremberg, se tenant l'un l'autre en échec et abandonnant leurs armées immobiles aux ravages de la famine et des maladies. L'impétueux Gustave perdit le premier patience et alla se jeter sur la Bavière; Wallenstein s'ébranla contre la Saxe et força le roi de Suède de revenir à la défense de l'électeur, son allié. Une bataille était devenue inévitable : elle s'engagea le 1 6 novembre i63a. Ce fut cette join-née de Lutzen dans laquelle le monarque suédois, frappé à mort, sembla laisser à ses soldats son courage et son génie pour vaincre un ennemi jusqu'alors invincible. Plusieurs historiens croient que Gustave-Adolphe dut à ce trépas prématuré d'échapper à la séduction périlleuse des conquêtes et de conserver ainsi un nom pur et sans tache auprès de la postérité.

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