PITHOU (PIERRE
I1IB1MOSMI.TI.
(N* Î168. ) D'après un portrait de l'ancienne collection
de la Sorbonnc.
Pierre Pithou étudia les lettres latines sous Turnèbe et la jurisprudence sous Cujas, et fit honneur à l'un et à ix. 1 1
l'autre de ces deux maîtres. Il débuta, comme avocat, au barreau de Paris à lage de vingt et un ans, fut repoussé par celui de Troyes, sa patrie, parce qu'il était calviniste, et s'en alla rédiger alors, pour la ville de Sedan, un code de lois que lui avait demandé le duc de Bouillon. Il était à Bàle, occupé à des travaux d'érudition et de philologie, lorsque l'édit de pacification de 1570 lui rouvrit les portes de la France. Peu s'en fallut qu'il ne fût , deux ans après , l'une des victimes de la Saint-Barthélemy. Cependant Pierre Pithou ne tarda pas à rentrer au sein de l'Eglise catholique , et telle était sa réputation d'honnêteté , qu'en ce temps de haines religieuses aucune voix ne s'éleva parmi les réformés qu'il abandonnait pour lui reprocher cet acte de conscience. On ne le vit point , en eflet, se frayer par là une route aux honneurs, comme il lui eût été facile de le faire. Toujours simple et modeste dans sa vie, il n'accepta que des fonctions tempo raires , moins pour son propre avantage que pour celui de la royauté, qui réclamait ses services. C'est ainsi qu'il remplit l'office de procureur général à la chambre de justice instituée provisoirement en Guyenne par Henri III; c'est ainsi qu'après la rentrée d'Henri IV à Paris il reçut de ce monarque la même charge auprès du parlement de la Ligue , pour en préparer la réunion avec les deux fractions royalistes qui avaient siégé à Tours et à Chàlons (i5g4). La conduite que Pierre Pithou tint à Paris pendant les cinq années que la Ligue y domina fut à la fois celle d'un patriote toujours fidèle aux intérêts do la France , et d'un cathob'que toujours fidèle à ceux de
la religion. Il sentit sa conscience à l'aise après l'abjuration de Henri IV, et, ne voyant plus dès lors dans la Ligue qu'une faction étrangère, il prit sa part dans la composition de cette satire Ménippée, pamphlet admirable, chef-d'œuvre d'esprit et de bon sens, qui ne profita guère moins à la cause royale que les deux victoires d'Arqués et d'Ivry. Pierre Pithou s'unit avec son frère pour composer le célèbre Traité des libertés de f Église gallicane, en opposition aux prétentions temporelles du saint-siége. Dans sa vie toute laborieuse, les travaux littéraires étaient le seul délassement des veilles savantes du jurisconsulte.. Il mourut à Paris le jour même où il venait d'entrer dans sa cinquante-septième année.