V. — OPINIONS DE GALIEN SUR L’AME
Ce qui précède nous conduit naturellement à parler de la physique de Galien ou de ses théories sur l’âme. Aristote (2) définit l’âme : « une substance qui est comme la forme ou l’entéléchie d’un corps naturel, lequel a la vie en puissance. » Galien, par une distinction arbitraire et qui n’est nullement dans l'esprit d Aristote, tâche de nous faire croire (3) que Cette définition signifie positivement que la substance de l’âme est le tempérament dés quatre qualités ou des quatre corps primitifs : le chaud, le froid, le sec et l’humide.
Avec une telle façon de penser, il ne pouvait accepter l’immortalité de l’âme, ou plutôt de la partie pensante de l’âme enseignée par Platon. « Si Platon vivait » encore, dit-il, je voudrais surtout apprendre de lui pourquoi une perte abon- » dante de sang, de la ciguë prise en boisson, ou une fièvre ardente sépare » l’âme du corps; car, selon Platon, la mort arrive quand famé se sépare du » corps (h), b II nè saurait comprendre, dit-il un peu plus loin (5), que l’âme, si elle n’est pas quelque chose du Corps, puisse s’étendre par tout le corps.
(1) lu; I.SI. PART., xi, 14, t. III, p. 905.
(2) De anima, ii, 1-4. Ava-ptodov -.},■> ÿjy);, oùulav eXvài, tb; eX8oç acà^axoç tpusixoü,
vjvàjui -o,~ i/ovTO.;.
(3) Quon AN1MI MORES TEMP. SLQ., Cap. 3, t. IV, p. 173 ét 774.
(4) Lib. sup. cit ., p. 775. -
(5) Ibid., p. 776. Voy. aussi cap. 5, p. 788, bit il est dit que tout tend à prouver que l’âme n’est'pas immatérielle. Dans le traité De Locts afPectis, in, 7, il est dit que la substance de l’âme est le mélange des quatre qualités. — Cf. encore De elem. sec. Hipp., cap. 3, t. I, p. 433—34.
Il .nefaudrait pas croire cependant que Galien ail toujours professé sur la matérialité de l’âme une doctrine aussi positive ; tantôt il déclare ne pas connaître la substance de l’âme (1), tantôt il affirme que cette connaissance importe peu a la médecine et à la physiologie (2) ; ailleurs il penche vers la matérialité (3) ; dans d’autres endroits il veut rester neutre entre les diverses opinions agitées par les philosophes sur la nature de l’âme (4)., Ainsi ledoute et l’hésitation partagèrent longtemps l’esprit naturellement incertain du médecin de Pergame. Lui-meme nous apprend que ce fut seulement avec l’âge, et après de longues études (5),
qu’il parvint à fixer définitivement une opinion qui n’aurait jamais du, ce semble, franchir le seuil de l’antiquité païenne.
On voit, par ce qui précède, combien les idées de Galien sur la nature de l’âme s’éloignent de celles de Platon ; cependant, par une contradiction plus apparente que réelle, ce sont précisément les doctrines exposées dans les Dialo- I GÜBS et en particulier dans le Timée, sur le siège, les divisions et les facultés de l’âmè qui ont inspiré à Galien la profonde admiration qu’il professe pour le chet ded’Àcadémie ; il l’appelle « le prince des philosophes (6). » Les sept premiers livresque Galien a écrits sur les opinions d’Hippocrate et de Platon servent uniquement à exposer la doctrine de Platon sur les trois âmes de l’homme, docrine commune à Hippocrate, d’après Galien, et empruntée en partie aux pythagoriciens : l’âme concupiscible ou femelle (èiuBup-lœ) dont le siège est an. e foie, l’âme mâle ou énergique dont le siège est dans le cœur, et ame
pensante ou commandante ^ ovn*) dont le siège est dans le cerveau (7) Il défend à outrance cette théorie contre Aristote et contre les stoïciens, qui n admettaient qu’une seule âme dont le siège est dans le cœur. Entre l’opinion d Aristote et celle des stoïciens, il y avait cette différence qu’Aristote nommait facultés de l’âme ce que Platon et Galien, d’après lui, appelaient les trois âmes , et qu il
(1) DeusupaRT., vu, 8; - De util. resp., cap. 5, in fine.
(2) DE SUBST. FACÜLT. NAT., t. IV, p. 760-62; - COM. V, IN LIB. VII, DU MORB. VÜLG., § I et V ; — De MED. SIMPL., V, 9.
(3) Voy. surtout Qdod anim. mor. temp. seq.
fi) Dedogm. Hipp. et Plat., ix, 9,
y de puaesag. ex pui.sib., II, 8, t. IX, P. 305. Je sais que dans c(i P» s’agit particulièrement delà nature des forces ; mais pour aien, a q delà nature des forces et de celle de l’âme sont connexes ; on peut donc, sans trop de précipitation, conclure de l’une à l’autre.
(6) De dogm. Hipp. ET PLAT., m, 4, t. V, p. 319 : Ô t*») ^
Com. IN TiM.,8n de uion édit. Paris, 1847, in-8», et les
notes.
les plaçait toutes les trois dans le cœur, tandis que les stoïciens ne reconnais saient pas même des facultés de l’âme distinctes entre elles par leur nature m" Du reste, il y a peu d’opinions particulières à Platon que Galien ait adoptée, préférablement à celles des autres philosophes ; nous citerons seulement le nas sage suivant (2), où Galien nous dit : « Comme il y a deux espèces de mouve' » ments, le mouvement de lieu et le mouvement de qualité, le premier est ap » pelé acheminement ( ? opà), Je second altération. Ce passage offre une cer taine analogie avec un texte du Parménide : .« Ce qui se meut, s’achemine ou se" » change, car ce sont les seuls mouvements. » Aristote (3), au contraire, distingue trois sortes de mouvements : Vagrandissement avec le rapetissement Valtération et l 'acheminement, selon les trois catégories, de la quantité delà qualité et du lieu. ’