VI. ORIGINE PES IDÉES SUIVANT GALIEN
Comme complément des doctrines psychologiques de Galien, je vais citer un passage curieux sur ce qu’il pensait de l’origine des connaissances et des idées (,'i) :
« La base de toute science est la distinction entre les choses qui se ressem- » blent et celles qui ne.se ressemblent pas ; les moyens dé faire cette distinction » sont, selon les sectateurs de la nouvelle académie, la perception non-seule- » ment probable, mais la perception qui considère l’objet sous toutes ses faces » et n’en est distraite par aucune autre (5) ; selon les sectateurs de Chrysippe,’
» la perception compréhensive (xaraÀr,™^^) - selon le vulgaire, la sensation et ” la P erce P tl0n évidente. Il semble que ces expressions, continue Galien, diffè- » rent entre elles ; cependant, si on y regarde de plus près, elles signifient ab- » solument la même chose. »
Galien connaissait-il assez peu l’ancienne philosophie pour ne pas savoir que l’expression des nouveaux académiciens était le fruit d’un système d’après lequel es sens ne pouvaient jamais nous fournir une science certaine, mais seulement un degré plus ou moins grand de probabilité; qu’au contraire, celle de Chrysippe et des stoïciens procédait d’un système qui regardait les sens comme le seul moyen capable de nous conduire à des connaissances certaines ; que par conséquent ces deux expressions étaient, par leur essence, éminemment différentes, et pour ainsi dire opposées ? Cela nous paraît peu probable ; nous croyons plutôt que Galien, méprisant à tort ces différences, les estimait des puérilités oiseuses qui ne contribuaient en rien à élargir le domaine de la pensée humaine.
(1) Voy. Dedogm. Hipp. et Plat., m, 7, t . V, p. 337.
(2) Metii. med., 11, 3, t X, p. 87.
(3 ) Phys, aüsc., v, 2.
(4 ) De dogm. Hipp. et Plat., ix, es 7, t. V, p. p. 777—78.
(5) -bavràatav où (Wvoy -n,„ , , „ - .
Lui-même semble pencher vers l’opinion stoïcienne ; car, dans le premier livre Sur les éléments d’après Hippocrate (t), on lit: « En vérité, s’il n’y a ij» .point de plaisir ni de douleur, ni même de sensation dans les éléments impas*
,i sibles, il n’y aura pas de mémoire non plus, ni de réminiscence, ni de per- ;i> ce pl ion ; car la sensation est la racine et, pour ainsi dire, la source de ces facul- « tés ; s’il n’y a rien de tout cela, il n’existera plus aucune des fonctions de « l’âme, de sorte qu’il n’ÿ aura pas d’âme non plus. »
Cependant, revenant à ses habitudes d’bésitation et de doute en matière philosophique, il ne se prononce pas aussi ouvertement dans le premier livre . Sur les facultés naturelles (2) ; on serait même tenté de croire qu’il désapprouve la psychologie matérialiste. «Suivant les uns, dit-il, la nature existait « avant le corps des plantes ou des animaux, elle les formait et les? conservait «après la formation; suivant les autres (les épicuriens), tout cela est faux ; il » n’y a pas non plus dès le commencement d’idées innées dans l’âme, ni celle » de la conséquence, ni celle de la contradiction, ni celle de la distribution et » de la combinaison, ni celle du juste et de l’injuste, ni celle du beau et du laid,
« mais ils disent que tout ce qui se fait en nous dérive de la sensation, et que «les animaux sont gouvernés par certaines réminiscences èt certaines per- » ceptions. Quelques-uns d’entre eux disent même sans détour qu’il n’y a « dans l’âme aucune faculté qui nous fait penser, mais que nous sommes à la « mercides sensations comme des brutes sans pouvoir consentir et Dous oppo-