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ment. Ne pas écrire et se taire, telle était la condition faite alors aux coperniciensen Italie, et Joseph de Maistre s’étonne que Galilée ne s’en soit pas contenté ! Mais, comme pour détourner l’attention, Tardent apologiste de la cour de Rome s’empresse d’ajouter que, Vannée même de la condamnation de Galilée, celte cour, protectrice des sciences, s’efforça d’attirer le copernicien Kepler à l’université de Bologne. Contre cette assertion sans preuves, il y a un fait décisif : Galilée a été condamné le 22 juin 1635 ; Kepler était mort à Ratisbonne plus de deux ans et demi auparavant, le 5 novembre 1630. S’il avait vécu et si la proposition lui avait été faite en 1633, il aurait fallu qu’il fût fou pour accepter, lui copernicien et protestant, de venir enseigner l’astronomie à Bologne, dans les États de l’Église, au moment où Galilée, catholique sincère, venait d’être condamné à Rome pour avoir soutenu la doctrine copernicienne à Florence. Si, à une époque quelconque depuis le décret du 5 mars 1616, Kepler a reçu cette proposition de la cour de Rome, c’est évidemment à condition d’obéir à ce décret, c’est-à-dire de se taire sur le système de Copernic. A cette condition, tous les coperniciens auraient pu venir se fixer en Italie, c’està-dire y enterrer leur système sous la garde de l’inquisition romaine, ou bien s’exposer, comme Galilée, à une condamnation et à la nécessité d’abjurer. De la part de la cour de Rome, l’invitation adressée à Kepler n’aurait donc pas été du tout une preuve de tolérance. De la part de Kepler, l’acceptation aurait été une renonciation au droit de soutenir ses convictions scientifiques.
En résumé, Joseph de Maistre, comme sir Brewster/a eu tort de vouloir expliquer la condamnation de Galilée par des
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fautes qu’il n’a pas commises. Cette condamnation s’explique par la résolution que les péripatéticiens avaient inspirée à Urbain VIII, de s’opposer à la propagation du système de Copernic en Italie. Pour éviter les persécutions, Galilée n’auruit eu qu’un moyen, c’était de renoncer à ce système , comme l'inquisition le lui avait expressément enjoint en 1616, ou du moins de s’abstenir de le soutenir d'aucune manière par parole ou par écrit, suivant les termes de la seconde partie de la même injonction. N’avoir pas obéi jusqu’à la fin de sa vie à cet ordre de silence, et avoir hasardé, avec beaucoup de circonspection et de réserve, mais avec une grande habileté, dans un livre examiné et approuvé à Rome par l’autorité ecclésiastique, de forts arguments sans conclusion en faveur du nouveau système du monde et de faibles arguments contraires, télle est la seule faute, si c’en est une, qui reste à la charge de Galilée, quand on révise consciencieusement son procès.
Quant à l’abjuration de Galilée, certains écrivains catholiques d’Angleterre 1 ont la charité d’espérer, pour le salut de son âme, qu’il a fait cette abjuration en toute sincérité, et que, dans son for intérieur, il a reconnu humblement que son système astronomique avait été justement condamné comme faux, c’est-à-dire non démontré, et comme hérétique, c’est-à-dire scandaleux par sa contradiction apparente avec l’Écriture sainte. Mais ces étranges casuistes ajoutent qu’en conscience il ne lui était pas défendu d’espérer secrètement que son système faux et hérétique pourrait un jour devenir vrai et orthodoxe. En présence d’une opinion si douce
* V. notre Notice bibl., n° XLIV, et notre Note tuppl. A.
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et si naïve, faut-il argumenter gravement? Non, il suffit de sourire.
Au contraire, quelques savants peu soumis à l’Église et quelques catholiques ardents s’accordent à blâmer durement l’abjuration de Galilée, comme un acte de honteuse faiblesse. M. Arago, par exemple, lui reproche de ne s’être pas fait brûler par l’inquisition, plutôt que de consentir à cet acte humiliant; il fait valoir seulement le grand âge de Galilée comme .circonstance atténuante. Le jugement deM. Philarète Ghasles n’est pas moins dur. Celui de M. Challemel-Lacour est plus dur encore. Le R. P. de Gabriac n’hésite pas â l’adopter, et un italien très-catholique, M. Cesare Canlù, ne craint pas de dire que, par cette abjuration, Galilée s’est déshonoré *. Ces deux derniers critiques ne voient donc pas que juger si sévèrement Galilée, c’est provoquer un jugement plus sévère sur ses juges, rédacteurs inexcusables de cette pièce, dont il faudra bien que nous parlions tout à l’heure.
Certainement Galilée ne joua pas du tout dans son procès le rôle d’un héros de tragédie : il ne se posa pas devant les inquisiteurs en défenseur du système de Copernic et de la liberté de l’esprit humain dans la science; il s’en serait trouvé mal, quoi qu’en dise sir Brewstêr; une attitude plus humble lui réussit mieux ; il ne fut pas torturé, comme on s’est obstiné à le répéter; on ne lui creva pas les yeux, comme l’ont dit quelques auteurs, dont Montucla s'est moqué ; il ne fut pas retenu dans les prisons du saint-office cinq ou six ans, comme l’ont prétendu le P. Domenico Ber-
* Voyez notre Notice bibl., n"’ XI. VI, LII et LXIV, M. Cantù, Hist. des liai., trad. fr., t. IX, p. 452, et M. Challemel-Lacour, Revue des Deux Mondes . mars 1807, p. 500.
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nini dans son Histoire des hérésies et Moreri dans son Graïul dictionnaire biographique, ni un an, comme le disent Montuela et sirBrewsler, mais seulement trois jours, grâce à sa soumission complète et à son abjuration. M. Libri, qui a rendu à Galilée un mauvais service en plaidant sa cause sous l’inspiration de passions haineuses et à l’aide de nombreuses faussetés dont elle n’avait nul besoin, a cherché vainement à faire du savant florentin un martyr ; c’est par une flagrante contradiction avec lui-même, el par une contradiction moindre, mais très-réelle, avec la vérité historique, que sir. Brewster l’inscrit parmi ses Martyrs de la science; caries martyrs n’abjurent pas, même dans les tortures, et Galilée, qui ne fut pas torturé, adressa à ses juges, dans tous ses interrogatoires, des réponses qui furent une longue abjuration secrète, suivie d’une abjuration publique. Concluronsnous, avec M. Arago, sir Brewster et M. Philarète Chasles, que Galilée fut pour la science un lâche apostat? Dironsnous, avec M. Challemel-Lacour et le R. P. de Gabriac, qu’il est « un de ces savants qui, par les misères de leur conduite et l’inconsistance de leur caractère, nous dispensent du respect » ? Non, ces appréciations me paraissent trèsinjustes, et je ne puis que me ranger à l’opinion plus équitable de Georges Cuvier, deM. de Reumont et deM. Trouessart.
D’abord, nous avons vu que l’attitude et le langage soumis de Galilée devant l’inquisition lui étaient commandés par son faible protecteur le grand-duc de Toscane, et lui étaient conseillés par tous ses amis, dont nous avons les lettres. Niccolini nous a dit dans quel profond et long abattement il le vit plongé, après lui avoir arraché la promesse de suivre ce conseil. Ajoutons que dans tout son procès il n'a fait que
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se conformer aux avis du vénitien Fra Micanzio, ami et successeur de Fra Paolo Sarpi. Telle était la souplesse des plus fermes caractères en Italie au dix-septième siècle.
D’un autre côté, bien loin de s’imaginer, avec sir Brewster, que le danger était dans la soumission, il ne faut pas croire que Galilée ait cédé à une vaine frayeur : il espérait qu’il n’y aurait pas de péril pour sa personne, s’il se soumettait; mais, s'il résistait obstinément, il pouvait tout craindre. 11 savait comment deux hérétiques avaient été traités à Rome, .l’un trente-deux ans, l’autre huit ans seulement avant son procès: il devait se souvenir de Giordano Bruno, brillé vif à Rome, en 1600, sous Clément VIII, et de Marco Antonio de Dominis, mort en prison préventive au château Saint-Ange, mais condamné après sa mort, et dont le cadavre exhumé fut brûlé avec ses écrits à Rome, en 1624, sous Urbain VIII. Galilée n’était pas hérétique, comme Bruno, ex-moine dominicain, qui avait renoncé ouvertement au catholicisme à Genève, et qui, outre le système de Copernic et la pluralité des mondes habités par des hommes, enseignait la métempsycose et une sorte de panthéisme. Galilée n’était pas hérétique relaps, comme le savant mathématicien et physicien Dominis, ex-archevêque de Spalatro, puis chanoine protestant à Windsor, revenu au catholicisme, et accusé de professer de nouveau des doctrines protestantes en Italie. Mais la sentence rendue en 1633 contre Galilée, sans articuler expressément comme motif de la condamnation la qualification d 'hérétique relaps , insinuait implicitement cette qualification funeste dans le préambule de la sentence et dans l’acte d’abjuration, de manière à présenter la doctrine de Galilée comme une hérésie déclarée telle en 1616, et Galilée comme
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un hérétique averti personnellement en 1616 et récidiviste en 1632, et auquel on faisait grâce seulement à cause de sa sa soumission et de son repentir. Si Galilée avait refusé d’abjurer, il aurait dû craindre que la qualification d’hérétique relaps et impénitent ne se formulât avec toutes ses conséquences, telles que Bruno les avait subies.
Les martyrs croient fermement que leur mort sera utile à la cause pour laquelle ils meurent, à la religion, qu’ils ne pourraient renier sans manquer à Dieu et à leur conscience. Ils sont des témoins, dont le témoignage serait détruit par leur rétractation. Au contraire, une démonstration mathématique ou physique, une fois publiée, subsiste avec toute sa valeur, malgré le désaveu forcé de celui qui l'a donnée. Galilée savait bien que ses preuves resteraient bonnes après’ son abjuration. Sa mort sur le bûcher n’aurait été utile ni à la science, ni à la religion, qu’il aimait toutes deux. D’une part, il désirait de vivre encore et de servir encore la science, comme il l’a fait si utilement jusqu’à sa mort; car il ne faut pas oublier que son chef-d’œuvre a été fait en grande partie et publié depuis sa condamnation : ce sont ses Dialogues sur les sciences nouvelles. D’autre part, en se perdant par une résistance inflexible, il aurait nui beaucoup à la religion. Je suis convaincu qu’il n’aurait pas subi le dernier supplice : ni Urbain VIII ni les inquisiteurs n’auraient voulu aller jusque-là; mais il aurait été retenu dans les prisons du saintoffice toute sa vie, comme un novateur dangereux et incorrigible. Par cette conséquence odieuse d’une erreur judiciaire, les intérêts de la religion auraient été encore bien plus compromis qu’ils ne l’ont été par une sentence moins rigoureuse.
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Malgré les calomnies de Gaccini, réfutées par l’enquête de 1615, répoussées alors par l'inquisition, puis rétractées par leur auteur, mais reprises et aggravées à l’aide de vaines suppositions par sir Brewster et à son exemple par M. Madden et par M. de la Rallaye, nous soutenons que Galilée était sincèrement chrétien et catholique. Nous en trouvons la preuve dans ses écrits, même dans ceux qui ont été incriminés et condamnés, mais surtout dans sa correspondance la plus intime et nullement destinée par lui à la publicité. Il est vrai qu’il avait eu des erreurs de conduite; mais étaient-elles rares dans ce pays et à cette époque? A Padoue, une union illégitime lui avait donné trois enfants; mais, après avoir rompu ce lien, il fut pour ses enfants un bon père et garda une grande tendresse à ses deux filles, devenues religieuses, et à son fils, héritier de sa petite fortune. Eu 1624, Urbain VIII, qui connaissait bien alors Galilée, louait dans une lettre au grand duc de Toscane, non-seulement le mérite scientifique et le caractère personnel de l’illustre savant, mais expressément sa piété et ses vertus 1 . Jamais, ni avant ni depuis sa condamnation, Galilée n’a laissé échapper dans ses ouvrages, dans ses notes, dans sa correspondance, soit avec des catholiques, soit avec des protestants, soit avec Fra Paolo Sarpi, théologien très-suspect de la république de Venise, mais savant très-distingué, soit avec son successeur Fra Fulgenzio Micanzio, soit avec les indifférents en matière de religion, un mot qui autorise un doute sur la sincérité de sa foi catholique, hautement et souvent exprimée. Mais, depuis’ comme avant sa condamna-
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tion, il a toujours cru que cette foi n’était pas contredite par le système de Copernic, puisque, comme il l’avait dit dans son mémoire à la grande-duchesse, et comme le P. Campanella, dans son éloquente Apologie pour Galilée, l’avait répété en se servant des expressions mêmes du concile de Latran, deux vérités ne peuvent pas se contredire.
Galilée fut condamné par l’inquisition romaine : voilà pourquoi certains catholiques plus ardents qu’éclairés ont été portés à le trouver coupable ; ils ne lui ont pas pardonné l’injustice commise contre lui. Galilée, malgré ses fautes, fut toute sa vie un bon chrétien, au moins par sa croyance : voilà pourquoi, suivant la remarque de M. Trouessart, il n’a obtenu que très-peu de sympathie de la part de nos encyclopédistes français et de leurs adhérents. Ces hommes, si indulgents pour l’hypocrisie volontaire et sacrilège du seigneur de Ferney, trouvaient que Galilée s'était mis dans son tort en faisant de la théologie en 1615, et qu’il avait été mou devant l’intolérance en 1653. Pour leur plaire, il aurait fallu qu’il eût attaqué le christianisme, ou du moins qu’il se fût fait brûler comme hérétique par l’inquisition*.
Je connais peu de lectures plus affligeantes que celle de la formule d’abjuration imposée à Galilée par la majorité de
• Dans V Encyclopédie de Diderot et Dalcmbert, Galilée est à peine mentionné, soit dans la préface de Dalembert, soit aux articles Astronionie et Méchaniquc. Seulement., dans le Supplément de la première édition, l'on a inséré, en 1775, la traduction française de V Éloge de Galilée qui venait d’être publié en italien par le savant barnabite Frisi. Les mérites de Galilée y sont assez bien appréciés ; mais Frisi se tait sur les persécutions qu’il a subies. L 'Encyclopédie méthodique a comblé cette lacune, mais c'est par l'article Science, dans le tome III, publié en 1790, du Dictionnaire théologique de Bergier, c’est-à-dire par un extrait des mensonges de Mallet du Pan contre Galilée.
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ses juges 1 . On voit, dans cette formule même, que Galilée n’a pas dû seulement la souscrire, mais que, de plus, à genoux, les mains sur les saints Évangiles, il a dû la lire à haute voix dans le couvent de la Minerve, en présence des cardinaux inquisiteurs, le 22 juin 1653. MM. Libri et Parchappe, sur la foi d’une note anonyme, ajoutent que Galilée était en chemise : la pièce officielle ne le dit nullement, et par conséquent il ne fallait pas l’ajouter. Au contraire, M. Trouessart veut que toute la scène n’ait eu lieu que sur le papier, et que tout se soit réduit pour Galilée à une apposition de signature. Rien ne me paraît motiver cette supposition, qui a contre elle le témoignage de l’ambassadeur de Toscane. Si l’abjuration prescrite n’avait pas été accomplie, Niccolini aurait pu ne rien dire de cette omission, mais il n’aurait pas dit que Galilée « fut conduit à la Minerve devant les seigneurs cardinaux et prélats de la congrégation, » et que « là, non-seulement on lui lut la sentence, mais on lui fit encore abjurer son opinion ». M. Trouessart croit appuyer son assertion en disant que -plusieurs mois après sa condamnation Galilée eut bien de la peine à se procurer, par l’intermédiaire de Buonamici*, un exemplaire de la sentence et de l’abjuration. Cela prouve seulement que Galilée n’avait pas gardé mot à mot dans sa mémoire six pages de latin lues devant lui et deux pages lues à haute voix par lui-même au couvent de la Minerve. Il ne faut rien ajouter aux faits, mais il n’en faut rien retrancher.
Dans la formule d’abjuration, après avoir avoué qu’en
‘ Dans Riccioli, Almay. nov., t. I, pan. 2, p. 409-500. — * IX, 392; Vit, 139-140.
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somme son dialogue est favorable à la fausse doctrine du mouvement de la terre et de l’immobilité du soleil, et qu’en le publiant il a violé l’injonction absolue, qui lui avait été faite en 1616 , de ne plus défendre ni enseigner d’aucune manière celte doctrine déclarée contraire à l’Écriture sainte, il affirme et jure, la main sur les saints Évangiles, que d'un cœur sincère et d'une foi non feinte, il abjure, maudit et déteste les susdites erreurs et hérésies de l'immobilité du soleil et du mouvement de la terre, pour lesquelles il a été justement condamné comme véhémentement suspect d'hérésie. Non-seulement il promet de s’abstenir désormais de toute doctrine hérétique, mais il jure que, s'il venait à connaître quelque hérétique ou quelque homme suspect d'hérésie , il le dénoncerait au saint-office ou bien à l inquisiteur et à l'ordinaire du lieu.
Tandis que le malheureux Galilée, pour échapper à une peine qu’il n’avait pas méritée, signait et lisait cette œuvre de l’inquisition, certes sa raison opprimée protestait intérieurement en faveur de la vérité qu’on le forçait de renier; sa conscience opprimée protestait contre l’odieuse promesse de dénoncer à ses oppresseurs ses disciples, réputés hérétiques ou suspects d'hérésie, parce qu’ils continuaient de voir clair, comme lui, surune question astronomique. Si, plutôt que de consentir à ces mensonges humiliants, Galilée avait affronté, sans être hérétique, la peine prononcée alors par l’inquisition contre les hérétiques relaps et impénitents, c'est-à-dire le bûcher, il faudrait l’admirer peut-être, tout en déplorant le mal immense qui aurait pu résulter de sa résolution intrépide. Puisqu’il n’a pas eu ce funeste courage, il faut le plaindre, et ne pas le rendre responsable de l'aveu-
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glement des juges qui le forçaient à parler contre sa conscience et contre la vérité; il faut comprendre, comme nous l’avons fait, les motifs d’intérêt général qui, joints à l'intérêt personnel, ont pu le décider à cet acte de soumission apparente.
Mais, en accomplissant cet acte si pénible, Galilée n’aurait pas pu, sans absurdité, se donner la misérable satisfaction de le contredire, au risque de se perdre. On ne sait pas quel est l’inventeur de ce conte tant de fois répété jusqu’à nos jours, suivant lequel, aussitôt après avoir abjuré à genoux sa doctrine du mouvement de la terre, Galilée se serait relevé en disant : « E pur si muove. » Les seuls témoins possibles de ces paroles prétendues de Galilée auraient été ses juges. « Et pourtant la terre se meut » : certes, Galilée le pensait, et les inquisiteurs, qui le forçaient à mentir, savaient bien qu’il le pensait 1 ; mais il ne l’aurait pas dit impunément de manière à être entendu : s’il l’avait dit ainsi, sa détention n’aurait pas fini deux jours après. Rien ne prouve que de vive voix ou par écrit il ait jamais osé démentir expressément son abjuration en professant ouvertement le système du mouvement de la terre. Il ne le fait pas même dans la lettre amère que, le 25 juillet 1634, il adresse à Paris à son ami Diodati sur la violence déployée contre lui et contre ses doctrines par ses ennemis, auxquels il ne peut opposer que le silence. 11 ne le fait pas même dans sa lettre écrite en 1657 à Ladislas, roi de Pologne, qu’il prie de comparer son dialogue avec la sentence que ce dialogue a motivée de la
1 Pendant le procès, Niccolini s’efforçait, mais sans succès, de faire croire à Urbain VIII que Galilée ne tenait plus à la doctrine du mouvement de la terre. Voyez IX, 435, 437.
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pari du saint-office, eide voir si la doctrine de ce livre est plus scandaleuse, plus détestable et plus pernicieuse à la chrétienté que celles de Luther et de Calvin, comme le pape, dit-il, en reste persuadé. Il ne dit pas un mot du mouvement de la terre dans sa belle lettre à Peiresc, du 21 février 1636 *, où il proteste si énergiquement de son innocence entière et de l'injustice de sa condamnation. Quand un correspondant indiscret voulait l’amener à parler de son système du monde, il se lirait d’affaire par une réponse évasive, ou par une réponse ironique, comme celle qu’il écrivit à Francesco Rinuccini le 29 mars 1641, et que certains critiques ont eu grand tort, comme nous le verrons, de prendre au sérieux. Galilée, qui, par amour pour la science, avait osé publier son Dialogue astronomique, Galilée, quoi qu’en aient dit sir Brewsler, M. de Reumont et M. Philarète Chasles, n’avait pas l'habitude de commettre des imprudences inutiles. Mais, quoique sa correspondance avec les savants d’Allemagne lui eût été reprochée dans le préambule de sa condamnation, comme il n’avait pris aucun engagement à cet égard, il continua cette correspondance, et elle lui servit à faire paraître à l’étranger une traduction latine du Dialogue condamné et le texte avec une traduction latine de la lettre • apologétique à la grande-duchesse, sans qu’on pût le convaincre de sa participation secrète à ces deux publications, et sans que son opinion présente sur le système du monde fût exprimée dans celle correspondance. Elle ne l’est pas même dans ses notes non destinées à la publicité.
Galilée, après sa condamnation et son abjuration forcée,
1 Suppl., ôüi-303.
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crut toujours fermement à la vérité et au triomphe définilif de son système, et à la compatibilité de ce système avec la foi catholique : il pensait qu’en le défendant, en 1652 comme en 1615, il n’avait pas manqué à ses devoirs de catholique. Dans quelques-unes de ses lettres, adressées à des correspondants qui lui inspirent toute confiance, par exemple dans sa lettre du 25 juillet 1654 à Diodati, dans celle du 21 février 1656 à l’eiresc, et dans unè lettre de 1657 au roi de Pologne, il exprime énergiquement, et avec une vraie éloquence, sa conviction profonde de son innocence au point de vue religieux. Après avoir remercié affectueusement Peiresc de son intervention généreuse pour obtenir l’adoucissement de sa peine, il ajoute 1 : « J’ai dit... que je n’espère aucun soulagement; et cela, parce que je n’ai commis aucun délit. Je pourrais espérer et obtenir grâce et pardon, si j’avais failli; car les fautes sont la matière sur laquelle le prince peut exercer la grâce et l’indulgence, tandis qu’envers un innocent condamné il convient de maintenir la rigueur, pour montrer qu’on est sûr d’avoir agi d’après les règles du droit. Mais (crovez-moi aussi pour votre consolation) cela m’afflige moins qu’on ne pourrait le croire, parce que deux encouragements ne me manquent jamais : l’un est que, dans la lecture de tous mes ouvrages, nul ne pourra trouver la plus petite ombre d’une chose qui s’écarte de la piété et de la révérence envers la sainte Église ; l’autre est ma propre conscience, qui n’est connue pleinement que de moi sur la terre et de Dieu dans le ciel, et qui comprend que, dans la cause pour laquelle je
* Suppl., 362.
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souffre, beaucoup d'autres auraient pu procéder et parler plus savamment, mais nul, même parmi les saints Pères, n’aurait pu le faire plus pieusement, ni avec plus de zèle pour la sainte Église, ni, en somme, avec une intention plus pure que je ne l’ai fait. » Tels étaient les sentiments du condamné, sentiments dont la sincérité ne peut être révoquée en doute; car ils sont d’accord avec toute sa conduite, avec toutes ses paroles, avec toutes ses lettres et tous ses écrits. Certes, après une sentence comme celle qu’il avait subie, après une abjuration comme celle qu’il avait été obligé de faire, et dans la situation pénible où nous verrons qu’on le maintenait, c’est un mérite pour Galilée d’être resté sincèrement dévoué à la religion catholique.