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CHAPITRE II

GALILÉE PROFESSEUR A L’UNIVERSITÉ DE PISE (1589 à 1592).

On avait déjà sans succès tenté de faire nommer Galilée professeur à l’université de Bologne, lorsque la chaire de mathématiques à l’université de Pise vint à vaquer.

Le cardinal del Monte, à la sollicitation de son frère le marquis Guidubaldo qui aimait Galilée et l’appelait l’Archimède de son temps, obtint du grandduc Ferdinand, la nomination de son jeune protégé à cette chaire, dans le cours de l’été de 1589.

Galilée avait vingt-cinq ans accomplis ; son traitement était de 60 écus par an; Mercurialis en recevait, dans la même université, 2000.

L’enseignement et les travaux de Galilée, pendant son professorat à l’université de Pise, eurent un grand retentissement et, tout en augmentant sa célébrité, lui suscitèrent de nombreux et implacables ennemis. Partant de ce principe généralement admis, que qui ignore le mouvement ignore la nature, il fit du mouvement et de ses lois l’objet principal de ses méditations et de ses recherches. Il révisa, discuta et réfuta toute la doctrine péripatéticienne sur le mouvement. Contrairement aux enseignements d’Aristote, il démontra : que les corps tombent de la même hauteur dans des temps égaux ; que dans la chute des corps les vitesses sont proportionnelles aux temps ; et que les espaces parcourus sont entre eux comme les carrés des vitesses.

Ces propositions, comme le remarque Libri, sont la base de la dynamique, science que Galilée créait ainsi à vingt-cinq ans.

Ce n’est pas seulement au raisonnement et aux preuves géométriques que Galilée demandala démonstration de ces vérités, mais aussi et principalement à l’expérimentation par lui introduite dès ce temps comme élément essentiel de la méthode dans la solution des problèmes physiques.

C’est du haut du Campanile de Pise que furent faites, devant un grand concours de professeurs et d’étudiants, les expériences sur la chute des corps, qui démontraient la vérité des lois nouvelles et qui au-

raient dû convaincre même les péripatéticiens qu Aristote n’était pas infaillible.

Galilée consacra à la critique des dogmes d’Aristote et à l’exposition de ses propres vues deux dialogues qui n’ont pas été publiés, qui existent à Florence, et dont la substance se retrouve dans ses publications ultérieures, et principalement dans ses dialogues sur les sciences nouvelles et sur les systèmes du monde.

A l’envie de ses rivaux et au dépit des péripatéticiens se joignit, pour troubler la sécurité de Galilée et compromettre sa position, le ressentiment d’un grand seigneur. Jean de Médicis, fils naturel de Gôme I r , qui se flattait de l’excellence de ses talents d’architecte et d’ingénieur, avait proposé au grandduc son parent de remplacer la machine à draguer du port de Livourne par une machine de son invention, plus puissante et moins dispendieuse. Galilée, consulté par le grand-duc, déclara consciencieusement qu’à son avis l’épreuve de la machine réussirait mal, ce que l’événement justifia.

11 fut facile aux courtisans d’envenimer la blessure de l’orgueil. Galilée se sentit menacé, au moment où il venait de perdre son père, 2 juillet 1591, et où tombait à sa charge une nombreuse famille ; il pouvait craindre de ne pas obtenir même son maintien dans un emploi si pauvrement rétribué.

Les efforts que Galilée pouvait avoir tentés pour

trouver dans la pratique de la médecine quelques ressources complémentaires ne pouvaient pas être bien fructueux.

11 se décida à quitter une patrie où ceux qui auraient eu le devoir et qui en avaient le pouvoir, se souciaient peu de le retenir, et à aller solliciter à Venise la place de professeur à l’université de Padoue, laissée vacante par la mort de Moleti.

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