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CHAPITRE PREMIER

NAISSANCE, ÉDUCATION ET DÉBUTS SCIENTIFIQUES (156* à 1589).

La famille de Galilée appartenait à la noblesse de Florence, et avait, depuis le commencement du xiv® siècle, sous son nom patronymique de Bonaïuto, fourni à la république plusieurs magistrats, des Bons hommes et des Prieurs de la liberté.

L’un d’eux, médecin et philosophe, professeur à l’université de Florence, prieur de la liberté de 1430 à 1434, gonfalonier de la république en 1445, dont les titres et les mérites sont rappelés par une pierre et une inscription tumulaires dans l’église de Sainte- Croix de Florence, semble avoir consacré par l’illustration donnée à son prénom de Galilée, l’adoption déjà faite de ce nom dans sa famille.

Un autre philosophe, résumant dans ses nom et prénom toutes les distinctions honorifiques qu’y avaient attachées les souvenirs d’une famille et d’un pays, était destiné à, imprimer, à ce nom de Galilée, en sa personne, une gloire impérissable et universelle.

Galileo Galilei naquit à Pise le 18 février 15 Qh.

- Son père Vincent, fort versé dans les mathématiques et les lettres grecques et latines, s’était adonné avec prédilection à l’étude théorique et pratique de la musique. Ses talents d’instrumentiste, et plus particulièrement son habileté à jouer du luth, lui avaient acquis, de son temps, une grande célébrité.

Il publia plusieurs ouvrages importants sur la théorie de la musique, entre autres un dialogue sur la musique ancienne et moderne (1581) , qui, suivant le jugement de Viviani, n’était inférieur, ni pour l’érudition ni pour la science, à des ouvrages plus récents et plus renommés.

Réformateur et créateur dans son art, qu’il appliqua le premier à Florence, comme compositeur, à des essais de musique dramatique sur le texte des lamentations d’Ugolin dans le Dante, et des psaumes chantés dans la semaine sainte, Vincent Galilée portait déjà, dans ses études scientifiques, cette indépendance d’esprit, qui est la condition du progrès.

A l’un des interlocuteurs de son dialogue, sur la musique ancienne et moderne, il prête ces paroles :

NAISSANCE, ÉDUCATION ET DÉBUTS SCIENTIFIQUES. 17 « A mon avis, ceux qui, pour prouver une affirmation,

» comptent exclusivement sur le poids des autorités,

» sans recourir à aucun autre argument, doivent être » taxés d’absurdité.

» Pour moi, je désire que les questions soient » librement posées et librement discutées sans aucune » sorte d’adulation, et comme il convient à quiconque » cherche sincèrement la vérité. »

Galilée fut l’aîné de six enfants que Vincent eut de son mariage avec Julie Âmmanati (de Pescia), de l’antique et noble famille des Ammanati de Pistoie.

Le parents de Galilée avaient peu de fortune. Son éducation littéraire se fit dans l’école publique ouverte à Florence, rue dei Bardi, par Jacques Borghini.

Son père, qui l’avait destiné au commerce, frappé de l’excellence de ses aptitudes intellectuelles et de ses remarquables progrès dans les lettres grecques et latines, résolut de lui faire embrasser la profession de médecin, qui avait conduit si haut l’un de ses ancêtres, et s’imposa de grands sacrifices pour envoyer à l’université de Pise Galilée, âgé de seize ans. Galilée, dont l’éducation s’était complétée par des leçons de logique, reçues d’un moine de Vallombreuse, et surtout par les enseignements et l’exemple d’un père savant et lettré qui lui communiqua ses talents de musicien hors ligne, s’était fait remarquer par une habileté exceptionnelle dans les arts du dessin et, en outre, dès sa première enfance, par une aptitude

18 VIE, DÉCOUVERTES ET TRAVAUX DE GALILÉE, extraordinaire pour les inventions mécaniques. Il employait le temps des récréations à construire de petites machines qu’il modifiait suivant les diverses vues qui lui étaient suggérées par son imagination ou par les désirs de ses camarades, et qu’il perfectionnait sans cesse jusqu’à ce qu’ elles lui eussent donné la satisfaction de se mouvoir à son gré.

C’est dans de semblables jeux que devait se révéler aussi, dès l’enfance, le génie de Newton. Au milieu des manifestations variées d’une aptitude universelle qui aurait pu conduire Galilée aux premières places parmi les littérateurs, les musiciens et les peintres, cette industrieuse habileté de mécanicien est le seul indice de la vocation irrésistible, liée à une capacité prédominante, qui devait l’entraîner de la médecine aux mathématiques et à la physique.

Entré à l’université de Pise le 5 novembre 1581, Galilée suivit simultanément les cours de physique et de médecine. L’enseignement de la philosophie consistait alors essentiellement dans l’exposition des doctrines d’Aristote. Parmi les quatre professeurs de philosophie, un seul, Jacopo Mazzoni da Cesena, tenait compte, dans son enseignement, des opinions de Platon et des autres philosophes.

Galilée, dont l’esprit indépendant et chercheur ne pouvait consentir à subir servilement le joug de l’autorité, et dont la solide et pénétrante raison ne pouvait se contenter des solutions illusoires données par

NAISSANCE, ÉDUCATION ET DÉBUTS SCIENTIFIQUES. 19 les péripatéticiens aux problèmes physiques, s’attacha au professeur Mazzoni. L’étudiant se permit de discuter et de réfuter les dogmes aristotéliques avec une hardiesse et une fermeté qui furent par ses maîtres taxées de témérité et d’amour de la contradiction.

C’est dans le cours de ses études médicales que Galilée signala, pour la première fois, la sagacité d’observation et la puissance d’induction qui devaient enfanter tant de découvertes.

Les mouvements d’oscillation d’une lampe suspendue dans la cathédrale de Pise attirèrent son attention. Il crut reconnaître l’isochronisme de ces mouvements; il le vérifia immédiatement au moyen des battements de son pouls, puis ultérieurement par des expériences répétées. Il comprit aussitôt l’application qui pouvait être faite des oscillations du pendule à la mesure du temps, mais ne la tenta pourtant d’une manière générale qu’ après un intervalle d’un grand nombre d’années (1). Pour le moment, la direction de ses études le conduisit à y chercher et à y trouver un procédé pour mesurer exactement le nombre des pulsations artérielles au moyen du premier pendule qui ait été construit (2). Cet instrument se trouve au nombre de ceux que Sanctorius a publiés et décrits sous le nom de pulsilogium, dans un ouvrage publié

(1) Œuvres de Galilée, t. XV. — Vie de Galilée, Viviani,p. 332.

(2) Ibid., Nelli, 1. 1, p. 31. — Drinkwater, p. 5.

en 1607, à Venise, sous ce titre : Methodi vitandorum errorum omnium qui in arte medica contin gunt. Sanctorius, sans tenir compte de l’idée première qui appartenait à Galilée et qu’il avait pu lui emprunter dans leurs relations de collègues à l’ université de Padoue, s’est attribué l’invention du pulsilogium , dont l’application pratique paraît avoir été réellement due à son initiative.

Le père de Galilée, à qui la médiocrité de ses ressources rendait fort onéreux l’entretien de son fils à l’université de Pise, sollicita et ne put obtenir pour lui l’une des quarante places d’élèves gratuitement admis au collège de la Sagesse à Pise.

Il se résigna à de nouveaux sacrifices , et Galilée accomplit sa quatrième année d’études.

Il revint à Florence en 1686.

Jusque-là, et parvenu à l’âge de dix-neuf ans, Galilée n’avait encore pris aucune teinture des sciences mathématiques dont il avait pourtant compris la nécessité pour l’intelligence complète des lois de la musique et de la perspective. Mais son père tenait à ce que rien ne le détournât de ses études médicales.

On a prétendu que le hasard, en lui donnant l’occasion d’entendre une leçon de géométrie du professeur Hostilius Ricci, décida d’une vocation qui, tout porte à le croire, a eu pour point de départ la volonté de Galilée.

Quoi qu’il en soit, l’entraînement vers une science

NAISSANCE, ÉDUCATION ET DÉBUTS SCIENTIFIQUES. 21 qui donnait immédiatement satisfaction à sa passion, jusqu’alors inassouvie , de prendre possession de la vérité, devint dès lors irrésistible. D’abord en secret, cachant Euclide sous Hippocrate et Galien, puis bientôt ouvertement et même du consentement de son père forcé de reconnaître une véritable vocation, seul, ou avec le secours des leçons de Ricci, il eut promptement acquis toute la science des anciens.

Si, durant ces travaux, Galilée négligea de poursuivre les études qui auraient pu le conduire au titre de docteur en médecine, qu’il n’avait pas obtenu à la fin de ses cours à l’université de Pise , en revanche, il s’était approprié la science et le génie d’Archimède. Il avait de sa première étude des œuvres du grand géomètre de Syracuse fait sortir l’invention de la balance hydrostatique (1586), et s’était convaincu qu’on pouvait, sous un tel guide, marcher hardiment sur la terre et dans le ciel.

A l’occasion même de ses travaux, Galilée ne tarda pas à établir des relations avec les mathématiciens les plus illustres de ce temps : le marquis Guidubaldo del Monte, auteur de divers ouvrages sur la mécanique, la perspective, l’astronomie ; le Père jésuite Cristoforo Clavio, de Ramberg, chargé de la réforme du Calendrier à Rome; Moleti, professeur de mathématiques à l’université de Padoue ; Michel Coignct, d’Anvers, mathématicien d’Albert et d’Isabelle d’Autriche.

Il leur communiquait les résultats de ses études, des solutions nouvelles de problèmes géométriques, des recherches sur le centre de gravité, des manuscrits qu’il n’avait pas le moyen de faire imprimer.

Il s’efforçait de mériter une place qui lui permît de subvenir à ses besoins et devenir en aide à sa famille.

Sa réputation de mathématicien éminent était déjà faite à vingt-quatre ans.

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