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CHAPITRE III

Enseignement et travaux divers.

Galilée se rendit à Venise au commencement de septembre 1592, et fut nommé le 26 à la chaire de mathématiques de l’université de Padoue, pour six ans, avec un traitement de 180 florins, le double environ de ses appointements de Pise.

Après avoir obtenu l’agrément du grand-duc, il prit possession de sa nouvelle chaire le 7 décembre 1592, et débuta dans son enseignement par un discours qui, justifiant une nomination motivée dans le décret du doge Pascal Ciconia sur ce que Galilée pouvait être

2G VIE, DÉCOUVERTES ET TRAVAUX DE GALILÉE, considéré comme le premier de sa profession, obtint un immense succès universitaire et valut à son auteur les éloges de Gassendi et l’amitié de Tycho.

Galilée fut accueilli à Padoue avec bienveillance, et il ne tarda pas à y contracter des liens d’amitié avec plusieurs personnages de distinction appartenant soit à la noblesse de Venise, entre autres Giacomo Contarini et Benedetto Giorgini, soit aux lettres, aux sciences et aux arts : Vincenzo Ponelli, littérateur éminent de qui il accepta la table et le logement ; Paolo Gualdo, archiprêtre de Padoue; Lorenzo Pignoria, physicien et antiquaire.

Pendant les premières années de son enseignement, Galilée composa un traité des fortifications, d’abord très-sommaire à la date du 25 mai 1593, puis plus développé et demeuré manuscrit jusqu’à la publication qui en a été faite par Venturi en 1818; un traité de gnomonique qui a été perdu, et un abrégé de la sphère qui aurait éprouvé le même sort, si l’on devait considérer comme apocryphe le traité de la sphère publié en 1656, sous le nom de Galilée, par Urbain Davis ; enfin un traité de mécanique qui n’a été publié en italien qu’en 1GA9, à Ravenne, par LucaDanesi, et qui avait été, dès 163/i, traduit en français par le père Merseime sous ce titre : Les méchaniques de Galilée (1). Au milieu de ses travaux de profes-

(1) Nelli, t. I, p. 52-53.

GAULÉE PROFESSEUR A L'UNIVERSITÉ DE PADOUE. 27 seur et de savant, Galilée n’a jamais perdu de vue le but pratique qui représente la plus grande utilité des recherches scientifiques.

D’après le témoignage de Viviani, il inventa pour le service de la république de Venise diverses machines qui lui firent le plus grand honneur. On a la preuve que le sénat de Venise lui accorda, le 15 septembre 159Z», un privilège de vingt ans pour l’application exclusive, dans les États de la république, d’une machine de son invention destinée à l’arrosement et mise en mouvement par un seul cheval de manière à élever l’eau et à la distribuer par vingt bouches d’écoulement.

En 1596 il inventa un compas de proportion, destiné surtout aux militaires, au moyen duquel on pouvait commodément et sans calcul réaliser diverses opérations indispensables aux ingénieurs, aux architectes, aux géographes : la division des lignes, leur réduction à diverses échelles, la solution des règles de trois et de proportion, l’extraction des racines carrées et cubiques, etc.

Selon sa généreuse habitude de communiquer immédiatement aux autres les fruits de son travail, Galilée fit de son instrument ce qu’il faisait de ses autres ouvrages, il le montra, il le donna, il en expliqua publiquement à ses élèves et à ses amis les principes et les applications, et ne songea à s’assurer la propriété de son invention que le jour où un Balthasar Capra

28 VIE, DÉCOUVERTES ET TRAVAUX DE GALILÉE, qui, en 160â, l’avait violemment attaqué dans une question astronomique, eut l’audace de lui voler son instrument et de s’en déclarer publiquement l’inventeur, en publiant, en 1607, un traité de l’usage et de la construction du compas de proportion. Galilée fit rudement porter au coupable la peine de son méfait. Il obtint à Venise, après un débat contradictoire devant le tribunal des réformateurs des études, une sentence qui déclarait Capra convaincu de plagiat et d’ignorance. Et il perpétua le châtiment dans la postérité, en publiant son propre ouvrage et les pièces du procès, donnant, pour la première fois, la preuve écrite de ce redoutable et admirable talent polémique qu’il mit d’une manière permanente au service du progrès scientifique dans une lutte incessante contre le péripatétisme, et auquel la haine et l’envie ne lui donnèrent que trop souvent l’occasion de recourir pour sa défense personnelle.

C’est à l’époque de cette première période de l’enseignement de Galilée que Viviani (1) rapporte l’invention qu’il lui attribue des thermomètres ou instruments de verre propres à mesurer la chaleur au moyen de l’air et de l’eau.

Le 29 octobre J 599, un décret du doge Grimani confia de nouveau pour six années à Galilée la chaire

(I) Viviani, p. 337.

de mathématiques de l’université de Padoue, et éleva son traitement à 320 florins.

L’enseignement, comme le dit le décret, avait été d’une grande utilité pour les étudiants et plein de gloire pour le professeur.

En efl'et, l’aflluence des auditeurs à ses leçons était considérable. On accourait pour l’entendre non-seulement de tous les États de l’Italie, mais encore de toutes les contrées de l’Europe, France, Allemagne, Pologne, Danemark, etc.

Parmi ses disciples , on put compter les personnages les plus illustres par leur naissance et par leur rang, des princes souverains, de grands seigneurs de tous les pays. Et ce qui glorifie davantage son enseignement, ce sont les savants nombreux qui se formèrent à son école et qui continuèrent après lui le mouvement scientifique.

Le 9 octobre 1 C0/i , l’apparition d’une étoile nouvelle dans la constellation du Serpentaire jeta l’étonnement dans le monde savant et donna à Galilée l’occasion d’entrer dans une carrière où il devait bientôt conquérir d’ éclatants titres de gloire.

Galilée observa le phénomène, reconnut que, contrairement à l’opinion générale, il s’agissait bien d’une étoile nouvelle, et se fit de ce grand événement astronomique une arme contre la doctrine péripatéticienne de l’immutabilité des cieux. Il consacra à l’exposition de ses vues sur l’étoile nouvelle trois leçons qui réu-

30 VIE, DÉCOUVERTES ET TRAVAUX DE GALILÉE, nirent autour de sa chaire jusqu’à mille auditeurs, et qui soulevèrent de la part des péripatéticiens, contre le professeur de Padoue, une guerre désormais sans trêve, dans laquelle se signalèrent avec le plus de véhémence, Cremonino, Lodovico delle Colombe, et ce Balthazar Capra qui ne tarda pas, comme on l’a vu, à porter, à propos d’un autre méfait, la peine de son ignorance et de sa mauvaise foi.

A l’expiration de la seconde période du professorat de Galilée, le sénat de Venise se fit un devoir de conserver l’illustre savant en l’attachant de nouveau, pour six ans, à l’université de Padoue, avec un traitement de 720 florins, par un décret du doge Léonardo Donati, à la date du 5 août 1606.

Galilée avait trouvé dans le traité de Gilbert sur l’aimant, publié en 1600, deux choses qui durent vivement obtenir ses sympathies, la réfutation de divers principes aristotéliques et une nombreuse série d’expériences sur un sujet de physique jusque-là entièrement neuf.

Il entreprit immédiatement des recherches sur les propriétés de l’aimant, que d’autres préoccupations ne lui permirent pas de pousser aussi loin qu’il l’aurait pu , mais qui néanmoins le conduisirent tout d’abord à imaginer pour les aimants un mode d’armature propre à en augmenter considérablement la puissance.

Sur une demande de Picchena, ministre du grand-

GALILEE PROFESSEUR A L’UNIVERSITE DE PADOUE. 31 duc de Toscane, Galilée dut s’ingénier à satisfaire le désir de son souverain en lui procurant une de ces pierres merveilleuses, dont un intérêt de pure curiosité faisait alors vivement rechercher la possession.

Il en trouva une que son ami Sagredo consentit à céder, et qui fut envoyée à Florence en même temps qu’un autre aimant moins volumineux et pourtant très-puissant, que Galilée était parvenu à se procurer à Venise.

L’aimant cédé par Sagredo pesait cinq livres, et pouvait soutenir un poids de six livres et demie ; par uite de perfectionnements apportés dans son armature, Galilée le rendit capable de soutenir plus de douze livres.

Cet aimant offrait une propriété que Galilée n’a retrouvée dans aucune autre pierre. Par le même point, il exerçait sur un même morceau de fer une action contraire, l’attirant à la distance de quatre ou cinq doigts, le repoussant à la distance d’un doigt.

Leibnitz a regretté, dans l’intérêt de la science, que ce curieux aimant ait été perdu.

Galilée s’était appliqué à le rendre, par la disposition de son armature non-seulement très-puissant, mais de plus propre à se prêter à des expériences sur les changements qu’il pouvait éprouver dans sa force suivant les lieux.

11 admettait qu’une différence de distance par rapport aux pôles devait avoir pour effet d’augmenter la

32 VIE, DÉCOUVERTES ET TRAVAUX DE GALILÉE, force attractive dans l’un des pôles de la pierre et de la diminuer dans l’autre pôle , les deux pôles de la pierre devant offrir une force égale sous la ligne équinoxiale. Et persuadé que le plus puissant des deux pôles de la pierre devait soutenir à Padoue un poids plus lourd qu’il ne pourrait le faire à Florence ou à Pise, il exprima le désir qu’on vérifiât, avec le plus grand soin, si, dans une localité plus méridionale, le pôle austral ne serait pas réellement plus fort, et le pôle boréal moins fort qu’à Padoue (1).

Il est permis de croire que les recherches de Sagredo et de Castelli sur les phénomènes magnétiques furent provoquées ou encouragées par Galilée, et que les vues du maître sur l’influence de la distance au pôle inspirèrent les observations sur les variations dans la déclinaison de l’aiguille aimantée, dont Sagredo lui rendit compte tout en lui laissant le soin d’en déterminer la cause. A Alep , où il était consul, Sagredo avait constaté que la déclinaison était de 7 degrés et demi vers le Nord et différait au moins de 15 degrés par rapport à Venise, et il avait envoyé aux Pères jésuites de Goa une bonne aiguille en les priant d’obtenir pour cette localité d’exactes observations (2) .

Le rôle assigné par Gilbert dans les phénomènes magnétiques, à la terre assimilée à un grand aimant,

(1) Lettre à Vinta , 3 mai 1608.

(2) Lettre île Sagredo, 18 octobre 1609.

avait fait sur l’esprit cle Galilée une forte et durable impression.

Il eut l’idée de consacrer l’importance de cette grande découverte dans une médaille qu’il proposa de frapper en commémoration du mariage du prince Cosme avec l’archiduchesse Madeleine d’Autriche. Sous le nom commun de Cosmos, on aurait symboliquement associé la figure du prince et une houle d’aimant, soutenant plusieurs pendentifs de fer, avec ces devises : Vim facit amor et Magnus magnes cosmos (1).

Mais, tout en rendant hommage h la gloire de Gilbert, il reconnut que ce grand physicien n’avait fait qu’ouvrir une carrière d’où l’avenir pourrait faire sortir de grandes richesses scientifiques, à la condition qu’on apportât dans les recherches, avec plus de rigueur dans les observations, une méthode plus solidement appuyée sur les mathématiques (2).

Galilée continuait à embrasser le vaste champ de la science en poursuivant ses recherches sur l’isochronisme du pendule, sur le centre de gravité et l’équilibre des corps plongés, sur la chute des corps, sur la théorie de la musique ; et en approfondissant de plus en plus ses découvertes sur les lois du mouvement, dont la connaissance exacte, liée à la plupart

(1) Lettre de Galilée à la grande-duchesse, 1608.

(2) Dialogue sur les systèmes du monde , 3 e journée, p. 439.

34 VIE, DÉCOUVERTES ET TRAVAUX DE GALILÉE, de toutes ces études, lui devenait de plus en plus indispensable pour l’intelligence des phénomènes astronomiques, et pour la vérification du système de Copernic auquel il s’était dès longtemps rallié.

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