PREMIÈRES ÉTUDES ET LEÇONS DE GAULÉE SUR LE SYSTÈME DE COPERNIC
La conception cosmologique, qui attribue à la terre un mouvement de rotation autour du centre du monde occupé par le soleil, remonte historiquemént jusqu'à Pythagore.
Cette conception s’est successivement développée et précisée.
L’école pythagorienne admettait généralement que la terre n’est pas immobile, quelle n’occupe pas le centre du monde, et quelle tourne autour de la région du feu.
Philolaüs, disciple de Pythagore, pensait que la terre, dans son mouvement autour du feu central, parcourt un cercle oblique à l’instar du soleil et de la lune.
Âristarque de Samos paraît avoir été le premier qui ait positivement conclu de considérations astrono-
SES ÉTUDES SUR LE SYSTÈME DE COPERNIC, iniques à l’immobilité des étoiles et du soleil, et au mouvement circulaire de la terre autour du soleil.
Suivant Théophraste, Platon, dans sa vieillesse, aurait regretté d’avoir assigné pour place à la terre le centre du monde.
Déjà, du temps de Cicéron, s’était fait jour l’opinion astronomique de la rotation de Vénus et de Mars autour du Soleil, plus tard mise en avant par Martianus Capella.
L’opinion pythagoricienne ne demeura pas inconnue durant le moyen âge. Tout porte à croire qu’il y était fait allusion dans l’enseignement astronomique des universités de Bologne et de Padoue, au xiv* et au xv' siècle.
On en retrouve la trace chez les Indiens qui comptèrent parmi leurs astronomes des partisans du système héliocentrique.
Le cardinal Nicolas de Cusa est le premier parmi les modernes qui ait positivement affirmé la réalité du mouvement de la terre autour du soleil immobile. Son traité De docla ignorantia , dans lequel cette opinion est justifiée par quelques arguments qui ont conservé leur valeur, ne fut publié que trente-huit aus après sa mort, en 1502.
Mais la conception n’existait encore, même dans cet ouvrage, qu’à l’état de conjecture sans caractère scientifique et sans preuve.
Nicolas Copernic, né à Thorn, en 1473, reprit
36 VIE, DÉCOUVERTES ET TRAVAUX DE GAULÉE, l’hypothèse, la développa et la confirma au moyen d’observations et de démonstrations réellement scientifiques, et la transforma en un système astronomique qui ajustement reçu et gardé son nom.
Le Traité des Révolutions des orbes célestes , dans lequel il a exposé ce système, n’a été publié par Copernic qu’en 15 A3, l’année même de sa mort. Sa découverte devait remonter au moins à 1507; car il fait allusion, dans la dédicace de son traité, aux trente-six années pendant lesquelles il avait médité sur son œuvre faite.
11 est certain qu’il avait donné communication de ce traité, ou au moins de son contenu, à divers savants, longtemps avant de le faire imprimer. En 1533, sur la demande et en présence du pape Clément Vil, Jean Albert Widmanstad exposa, à Rome, dans les jardins du Vatican, la doctrine copernicienne.
En 1530, le cardinal Schomberg, évêque de Capoue, énumérant, dans une lettre adressée à Copernic, les données fondamentales du nouveau système parvenues jusqu’à lui, le priait vivement de faire part aux savants des résultats de sa découverte, et de lui envoyer, à lui-même, le plus tôt possible, ses recherches et ses tables sur la sphère du monde.
Le retard apporté à la publication de sa doctrine a été expliqué par Copernic lui-même. Il hésitait devant l’opposition quelle ne pouvait manquer de