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SES ÉTUDES SUR LE SYSTÈME DE COPERNIC

soulever, et devant les accusations d’absurdité et d’impiété qu’il prévoyait. Il s’était demandé plus d’une fois s’il ne valait pas mieux imiter les pythagoriciens et d’autres savants, qui n’ont fait connaître leurs opinions que par tradition dans un cercle d’amis.

S’étant enfin décidé, sur les instances d’amis haut placés dans l’Église, à publier son livre, il crut devoir le sauvegarder en le dédiant au pape, en insistant sur le caractère hypothétique du système, et en allant au-devant des interprétations fâcheuses par ce remarquable passage de sa dédicace :

« Si quelques-uns de ces mathcologues qui, mal- » gré leur entière ignorance des mathématiques, se » permettent pourtant d’en juger, avaient l’audace, » en s’appuyant sur quelque passage de l’Écriture » torturé dans une intention malveillante, de blâmer » et d’attaquer mon œuvre, je n’hésiterais pas â leur » opposer mon mépris pour leur personne et pour » leurs jugements téméraires. Il est assez connu que » Lactance, écrivain renommé mais pauvre matlié- » maticien, n’a énoncé que des puérilités sur la forme » de la terre, quand il s’est avisé de tourner en déri- » sion ceux qui soutenaient que cette forme est celle » d’une sphère. Les savants ne devront pas s’étonner » s’il arrive que de telles railleries viennent aussi à » m’atteindre. Les mathématiques s’écrivent pour les » mathématiciens. »

Copernic avait étudié à Bologne; en 1500, il avait enseigné les mathématiques à Rome. Il avait été appelé, sous Léou X, à participer aux travaux préparatoires de la réforme du calendrier. L’évêque de Fossombrone, à qui la direction de l’entreprise avait été confiée, chargea Copernic des études et des recherches nécessaires pour obtenir une connaissance plus exacte de la juste mesure de l’année et du mois lunaire.

Les travaux gigantesques exécutés par Copernic fondèrent justement sa réputation de grand astronome. C’est conformément aux résultats de ses travaux que fut plus tard réglé le calendrier, et que furent construites les tables des mouvements des planètes.

Copernic était catholique; il était prêtre et chanoine. Son ouvrage fut publié sur les instances de prélats éminents, sous le patronage du pape Paul III.

Toutes ces circonstances, que Galilée a rappelées quand il repoussait l’accusation d’hérésie dont on voulait flétrir ce grand homme, semblaient de nature à le mettre à l’abri d’une telle injure.

Elles concoururent en effet à sauvegarder le traité des Révolutions célestes pendant de longues années. Mais ce qui le mit réellement à l’abri des censures ecclésiastiques jusqu’au temps où Galilée entreprit de faire accepter par tous la vérité qui y était contenue, ce furent le caractère purement mathématique de

SES ÉTUDES SUR LE SYSTÈME DE COPERNIC. 39 l’ouvrage, la forme hypothétique de la doctrine qui n’était guère admise que comme un sujet de curiosité pour les savants de profession, et surtout la spécialité d’une question purement astronomique qui ne se liait pas encore à la réforme d’où devaient sortir la chute du péripatétisme et la rénovation des sciences physiques.

Si ce que l’un des interlocuteurs du Dialogue sur les systèmes du monde , Sagredo, raconte des circonstances qui le portèrent à considérer le système de Copernic comme digne d’une étude sérieuse, peut avec quelque vraisemblance s’entendre de ce qui serait arrivé à Galilée lui-même, l’examen de ce système aurait commencé à le préoccuper dès sa première jeunesse et peu après la fin de son cours de philosophie.

Son attention aurait été attirée sur ce sujet par le retentissement de deux ou trois leçons faites dans une Académie par un étranger, sectateur de Copernic, Christian Wurstissen de Rostoc. Détourné d’assister à ces leçons par l’idée préconçue qu’ elles ne pouvaient se rapporter qu’à quelque insigne folie, Galilée n’aurait pas tardé à regretter l’effet de sa prévention, en apprenant d’un auditeur, dont le jugement était pour lui d’un grand poids, qu’il n’y avait rien de moins fondé que les railleries qui avaient généralement accueilli ces leçons et leur sujet.

Dans les informations que Galilée se serait fait un

devoir de prendre auprès des savants sur la valeur à attribuer au système de Copernic, il aurait été frappé de ce résultat : jamais il ne se serait rencontré avec un partisan du système de Copernic, qui n’eût une connaissance parfaite de toutes les raisons à alléguer pour ou contre dans la question, et qui, en abandonnant le système de Ptolémée n’eût pas cédé à une conviction raisonnée ; et jamais il n’aurait connu un sectateur d’Aristote et de Ptolémée qui eût lu ou au moins compris le livre de Copernic, ou qui fût revenu de la doctrine de Copernic, après l’avoir adoptée, à celle de Ptolémée. Et il en aurait conclu à la nécessité d’une grande supériorité dans les raisons qui peuvent pousser, pour ne pas dire contraindre quelqu’un à abandonner une opinion bue avec le lait et universellement admise, pour en adopter une qui ne compte que de très-rares adhérents, qui est niée par toutes les écoles, et qui s’offre réellement sous les apparences du plus grand des paradoxes (1).

On ne peut douter que Galilée ne se soit de bonne heure livré à une étude sérieuse et soutenue du système de Copernic.

Dans une lettre écrite de Padoue, le 30 mai 1597, à Mazzone, Galilée déclare très-nettement qu’il considère l’opinion des pythagoriciens et de Copernic sur la situation et le mouvement de la Terre, comme

(1) Dialogues sur les systèmes, 2 e journée, p. 143.

SES ÉTUDES SUR LE SYSTÈME DE COPERNIC. 41 beaucoup plus probable que l’opinion d’Aristote et de Ptolémée, et il réfute une objection que Jacob Mazzone avait opposée au système de Copernic en s’appuyant sur ce fait, cité par Aristote, que du haut du Caucase on voit la lumière du soleil durant une partie de la nuit. Mazzone concluait de ce fait que, si quelques milles d’élévation au-dessus du centre de la sphère céleste suffisaient pour rendre visible sur la cime d’une montagne une portion du ciel notablement plus grande qu’un hémisphère, une différence énorme entre la portion visible et la portion invisible du ciel devrait se produire dans le cas où la Terre se déplacerait et s’éloignerait du centre de la sphère céleste de toute la distance représentée par un demidiainètre de l’orbite terrestre.

Au moyen d’une élégante démonstration géométrique, Galilée rend compte de l’influence produite par l’élévation de l’homme au sommet d’une montagne pour agrandir le champ visible de son horizon, et démontre que, conformément à l’explication donnée par Copernic, le déplacement de la Terre dans l’espace, ne peut apporter, dans l’étendue des segments visibles de la sphère céleste, qu’un changement très-faible et rendu, par l’immensité des espaces célestes, tout à fait inappréciable à nos sens.

En 1597, Kepler lui fit parvenir son premier ouvrage, publié en 1596, sous ce titre : Prodrome de

dissertation sur le mystère cosmographique de la merveilleuse proportion des orbes célestes , etc. Dans cet ouvrage, Kepler prenait pour base de ses spéculations sur les rapports qu’il admettait entre les mouvements des corps célestes et les cinq corps réguliers susceptibles d’être inscrits dans la sphère, le système de Copernic, par lui considéré comme plus propre que le système de Ptolémée à expliquer les phénomènes astronomiques.

Le 4 août 1597, quelques heures après avoir reçu l’ouvrage, et n’en connaissant encore que la préface qui révélait un partisan de Copernic, Galilée s’empressa de répondre à Kepler pour le remercier de ce témoignage d’amitié , et pour lui exprimer sa joie d’avoir trouvé un si puissant allié dans la cause qui leur était commune. Après s’être plaint du malheur d’un temps où l’on ne pouvait compter que si peu d’hommes animés de l’amour de la vérité et affranchis d’une méthode de philosopher pernicieuse, il se promet de lire avec plaisir un ouvrage où il est sûr de trouver les plus belles choses. « Je le ferai, ajoute- » t-il, avec d’autant plus d’empressement que, de- » puis un grand nombre d’années, j’ai adopté la doc- » trine de Copernic, et j’en ai déduit les causes d’un » grand nombre d’effets naturels, tout à fait inexpli- » cables dans l’hypothèse commune. J’ai rédigé, en » grand nombre, des démonstrations et des discus- » sions de preuves que je n’ai pas encore osé mettre

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