INVENTION DU THERMOMÈTRE, DU TÉLESCOPE ET DU MICROSCOPE
La physique expérimentale n’a pu se développer que par le moyen d’instruments d’observation plus exacts et plus puissants que nos sens. Les faits rigoureusement constatés à l’aide d’instruments propres à mesurer exactement les effets de l’action des causes physiques, forment, en quelque sorte, la matière de la physique expérimentale.
C’est à la profonde intelligence de cette vérité que sont dus les efforts si extraordinairement heureux de Galilée, pour doter la physique de ses principaux moyens d’observations scientifiques : le pendule, le thermomètre, le télescope, le microscope.
11 semble que la postérité, aussi bien que les contemporains, aient redouté le fardeau d’une reconnaissance proportionnée aux services rendus par un seul homme. Nul n’a été plus exposé que Galilée à la contestation de ses découvertes. A propos de chacune d’elles, il s’est constamment rencontré des inventeurs pour lui en disputer, des* historiens pour lui en contester la gloire.
Invention du thermomètre. — Bien que, dès 165/t, Viviani ait positivement affirmé que Galilée, pendant
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la première période de son enseignement à Padoue, de 1592 à 1597, avait inventé les thermomètres, c’està-dire ces instruments de verre qui, au moyen de l’eau et de l’air, permettent de distinguer les changements de chaud et de froid, et les différences de température dans les divers lieux, l’invention du thermomètre a été attribuée à François Bacon, à Robert Fludd, à Sanctorius, à Drebbel, et à Paul Sarpi.
Le témoignage si digne de foi de Viviani est confirmé par deux documents irréfutables qui précisent les caractères et qui fixent l’époque de la découverte de Galilée : une lettre de Castelli, datée de 1638, et une lettre de Sagredo, du 9 mai 1613.
« Je me souviens, dit Castelli, d’une expérience » dont notre Galilée m’a rendu témoin, il y a plus de » trente-cinq ans (en 1602). Ayant pris une petite » carafe de verre de la grosseur d’un petit œuf de » poule, dont le col, du diamètre d’une tige de blé, » avait deux palmes de long; et ayant bien chauffé » dans la paume de ses mains le corps de la carafe, » il la renversa et en plongea le col par son orifice » dans un vase plein d’eau. Aussitôt qu’il eut dégagé » de ses mains le corps de la carafe, l’eau se mit à » monter dans le col, et s’y éleva de plus d’une palme » au-dessus de son niveau dans le vase. C’est d’après » cette expérience que Galilée a construit un instru- » ment pour mesurer les degrés de chaud et de froid. » Dans sa lettre de mai 1613, Sagredo mande à
Galilée ce qui suit : « J’ai fait subir à l’instrument » que vous avez inventé pour mesurer le chaud et le » froid, diverses modifications qui en rendent l’usage » plus commode et plus précis, au point de permettre » de constater, d’une chambre à une autre, une » différence de 100 degrés. J’ai constaté, à l’aide de » ces instruments, divers phénomènes étonnants ; par » exemple, que dans l’hiver l’air est plus froid que » la glace et la neige... »
D’une lettre du même Sagredo, à la date du 7 février 1615, il résulte que Sagredo avait multiplié et perfectionné ses expériences au moyen d’un instrument dont la gradation comprenait 360 degrés, et avait constaté, entre autres phénomènes curieux, un abaissement de 100 degrés produit, relativement à la température de la neige, par un mélange de neige et de sel.
En face de ces preuves si claires et si positives, on a peine à comprendre qu’on ait pu attribuer l’invention du thermomètre à François Bacon, qui n’a parlé, pour la première fois, d’un instrument propre à mesurer la chaleur que dans le Novum organum scientiarum , publié en 1620; à Drebell, dont les œuvres n’ont paru, pour la première fois, qu’en 1621 ; à Paul Sarpi, qui n’a fait mention du thermomètre, dans ses papiers, que sous la date de 1617.
Sanctorius n’a fait allusion au thermomètre que