TENTATIVE EN FAVEUR DU SYSTÈME DE COPERNIC
En 1(516, lorsque la question était encore soumise au jugement de la congrégation de l’Index, un avocat de Ravenne, François Ingoli, avait adressé à Galilée, sous forme de lettre, et avait fait imprimer une réfutation du système de Copernic. En 1618, il avait reproduit ses objections dans un mémoire où il défendait leur justesse et leur valeur contre la critique que Kepler en avait faite dans son Abrégé d'astronomie copernieienne.
Au moment où Galilée essayait de ramener, de leurs préventions contre la nouvelle doctrine, les grands dignitaires de l’Eglise et le pape lui-même, il jugea opportun de ne pas laisser subsister les prétendues preuves de l’avocat de Ravenne, devenu secrétaire de la congrégation de la Propagande. 11 composa une réponse à Ingoli, dans laquelle, après les plus prudentes réserves, pour ne pas donner théologiquement prise aux censures ecclésiastiques, il faisait justice des objections, dépourvues de toute valeur scientifique, qui étaient propres à l’auteur, et de celles qu’il avait empruntées à Aristote, à Ptolémée et à Tycho.
Mais bien qu’il ne s’agit que de la réfutation d’erreurs astronomiques sur la nature de la parallaxe, sur les dimensions et la nature des étoiles, etc. , et d’erreurs physiques sur les phénomènes de la chute des corps et sur les effets des mouvements communs, réfutation plus tard reproduite par Galilée dans son Lia -
lofjue sur les systèmes du monde, les raisonnements empruntaient à la clarté de l’exposition et à la force des déductions la valeur de preuves positives en faveur de la doctrine condamnée. Le prince Cesi et les amis de Galilée, qui avaient eu à défendre même le Sagyiatore contre la menace ou l’intention de poursuites, s’opposèrent à la publication de la réponse à Ingoli.
De ceux que Galilée aurait voulu convaincre, les uns se souciaient peu de la vérité, témoin le maître . du sacré palais, le dominicain Riccardi que son éloquence (1) avait fait surnommer le père prodige. 11 n’adhérait, dit Galilée, ni au système de Ptolémée, ni au système de Copernic, et se tirait fort commodément d’embarras en laissant aux anges le soin de diriger les mouvements célestes (2) .
D’autres étaient entichés des doctrines péripatéticiennes, et parmi eux au plus haut degré le pape.
On se préoccupait aussi beaucoup de la portée politique de la question, en ce sens qu’on craignait ou de partager avec les protestants une croyance que les plus éminents d’entre eux avaient adoptée, ou de leur donner l’occasion d’accuser le catholicisme d’avoir rejeté une vérité prouvée par la science.
Aux scrupules et aux conseils de circonspection
(1) Ou son obésité.
(2) Lettre à Cesi, 8 juin 1624.
TENTATIVE EN FAVEUR DU SYSTÈME DE COPERNIC. 169 que cette situation des esprits suggérait au cardinal Hohenzoller, le pape répondait que l’Église n’avait pas condamné l’opinion, et qu’il n’y avait pas lieu de
la condamner comme hérétique, mais comme téméraire ; et qu’il n’y avait désormais à redouter aucune tentative ayant pour but de prouver quelle est nécessairement vraie (1).
Galilée retourna à Florence, gratifié d’un beau tableau, de deux médailles d’or et d’argent et d’une grande quantité d'Agnus Dei. Le pape lui avait promis une pension pour son fils, et ne tarda pas à adresser au grand-duc de Toscane une lettre des plus flatteuses.
Après avoir rappelé les découvertes de Galilée dont la gloire brillera aussi longtemps sur la terre que Jupiter et ses satellites dans le ciel, Urbain VIII déclare qu’il a pour un si grand homme une tendresse paternelle. « Nous avons trouvé en lui, dit la lettre, » non-seulement la distinction littéraire, mais encore » l’amour de la religion et toutes les qualités qui » peuvent mériter la bienveillance pontificale. Quand » il est venu nous féliciter de notre élévation, nous » l’avons tendrement embrassé, nous avons pris plai- » sir à écouter ses doctes dissertations qui ajoutent » un nouvel éclat à la gloire de l’éloquence florentine. » Nous n’avons pas voulu qu’il retournât dans sa pa-
(I) Drinkwaler , p. 54.
» trie sans avoir reçu de notre libéralité d’amples » preuves de notre affection pontificale... Et afin que » vous compreniez bien jusqu’à quel point il nous est » cher, nous avons voulu rendre cet éclatant témoi- » gnage à sa vertu et à sa piété. Nous tenons à vous » déclarer que nous vous saurons gré de tout le bien » que vous pourrez lui Faire en imitant ou même en » surpassant les effets de notre libéralité pater- » nelle (1). »
(1) Lettre du 8 juin 1624.