IMPORTANCE HISTORIQUE DE LA PUBLICATION ET DU PROCÈS
La connaissance certaine et complète du système du monde et de ses lois n’exigea pas moins qu’un siècle et demi de progrès scientifique, de 1538 à 1687, et que le concours de quatre grands hommes, Copernic, Galilée, Kepler et Newton.
C’est à Galilée qu’appartint le périlleux honneur de démontrer et de vulgariser la donnée fondamentale de ce système, la rotation de la terre sur elle-même et autour du soleil, triomphe de la raison sur les sens et de la science moderne sur les préventions péripatéticiennes et théologiques.
A cette œuvre capitale Galilée rattacha la plupart de ses investigations scientifiques sur les phénomènes terrestres et célestes ; il y consacra les veilles et les luttes de la plus grande partie de sa vie.
C’est dans le tableau des travaux, des écrits et des actions qui furent, durant cette grande entreprise, à la fois ses moyens de succès et la cause de ses infortunes, qu'il est surtout possible de saisir et de fixer les trait9 essentiels et caractéristiques du savant, du philosophe, de l’écrivain et de l’homme, et que se résume Galilée tout entier.
Donner à ce tableau les proportions qu’il comporte, ce n’est pas seulement une nécessité de l’œuvre que j’ai entreprise, c’est aussi une convenance historique justifiée par l’importance du rôle de Galilée dans cette phase décisive du développement des sciences au commencement du xvn e siècle.
On se méprendrait étrangement en restreignant à un dissentiment sur une question astronomique, le conflit des intérêts engagés dans le drame qui eut pour dénomment la condamnation de Galilée par l’inquisition romaine.
La lutte avait un champ plus large et un but plus grand et plus grave.
C’était, dans le domaine des sciences, la question du progrès qui se débattait entre le principe d’autorité et le principe de liberté.
Galilée eut parfaitement conscience de cette situation, dont la réalité n’a pas échappé à ses adversaires, et qui explique en lui l’opiniâtreté du dévouement et dans ses juges l’inflexibilité de la répression.
Les intérêts passionnés qui, au début du xvii* siècle.
HISTORIQUE DE LA PUBLICATION ET DU PROCÈS. 173 firent sortir d’une polémique astronomique la condamnation d’un savant par un tribunal ecclésiastique, ont survécu aux circonstances qui leur avaient donné
l’occasion de se manifester. Ils se retrouvent, depuis deux cent trente ans, à toutes les époques et encore aujourd’hui, dans la plupart des appréciations historiques du procès de Galilée.
Depuis longtemps la question astronomique a reçu une solution définitive que nul n’oserait contester, et qui a donné scientifiquement gain de cause au système de Copernic. Et néanmoins le procès de Galilée se reprend sans cesse par les uns pour flétrir, par les autres pour justifier le tribunal qui l’a condamné.
Si, d’un côté, sans que la gloire de Galilée ait rien eu à y gagner, on s’est fait, d’un arrêt scandaleux, pour combattre les ennemis du progrès scientifique, une arme désormais bien superflue, d’autre part, c’est aux dépens de l’honneur de Galilée et au détriment de la vérité historique qu’on a tenté une réhabilitation de ses juges inutile et impossible.
Une appréciation impartiale des documents que les défenseurs et les adversaires de Galilée ont successivement livrés à la publicité, et que vient de réunir, en les enrichissant d’un grand nombre de pièces inédites, la belle édition des Œuvres de Galilée publiée à Florence de 1842 à 1 856, permet à l’histoire de restituer à Galilée son véritable rôle en même temps qu’au débat sa grandeur réelle.
Quelques efforts qu’on ait tentés pour amoindrir et pour dénaturer les faits, le sentiment publie ne s’est jamais mépris ni sur leur importance, ni sur leur essence. C’est par le procès que suscita à Galilée devant l’inquisition la publication de son Dialogue sur les systèmes du monde; c’est par la condamnation à la prison qui lui fut infligée pour avoir soutenu, contrairement au texte de l’Écriture sainte, que la terre tourne ; c’est par l’abjuration de sa croyance à la réalité du mouvement de la terre qui lui fut imposée, que Galilée, malgré tant d’autres titres de gloire, est principalement et généralement connu; c’est par là que don nom a franchi le domaine de la science pour retentir jusque dans l’histoire et pour s’y populariser parmi les noms des héros de l’humanité.
C’est aussi sur le procès de Galilée, sur les motifs et les circonstances de sa condamnation et en même temps sur la valeur scientifique de l’ouvrage condamné, que se porte encore aujourd’hui l’intérêt des débats ressuscités du passé par la critique moderne.
C’est d’une part dans un livre intitulé : Galilée et l’inquisition , et d’autre part dans un mémoire qui a pour titre : La vérité sur le procès de Galilée , que se rencontrent les deux publications récentes qui ont eu le plus de retentissement.
L'intérêt des questions agitées est attesté par les noms de biot, d’Arago et de Libri, mêlés au débat.
Enfin, les éditeurs de la publication de Florence ont
rendu hommage à l’importance de l’œuvre qui a appelé sur Galilée les rigueurs de l’inquisition, en faisant du Dialogue sur les systèmes du monde le frontispice du monument élevé dans sa patrie à la gloire du philosophe toscan.