PROCÈS : INSTRUCTION, INTERROGATOIRES ET CONDAMNATION
On avait consenti, par déférence pour le grandduc, à ce que Galilée eût pour demeure le palais de l’ambassadeur; mais le commissaire du saint-office, chez qui Galilée s’était présenté sans le trouver, lui fit signifier qu’il eut à s’abstenir soigneusement de
PROCÈS ET CONDAMNATION DE» GALILÉE. 24 7 toute relation à l’extérieur du palais, à ne recevoir aucune visite et à ne se laisser voir par personne du dehors, ni môme de la maison autant que possible.
A partir de ce moment et pendant toute la durée du procès, le silence le plus absolu se fit autour de Galilée; aux questions de vive voix, aux lettres de recommandation , les inquisiteurs ne répondirent ni par une parole, ni par une ligne. Le pape seul ouvrit de temps en temps la bouche, sur les instances de l’ambassadeur, pour formuler des refus et pour faire valoir les adoucissements qu’il apportait à des rigueurs nécessaires , par égard pour le grand-duc et malgré l’indignité de Galilée.
Le silence avait été prescrit à l’ambassadeur et au grand-duc par le pape. 11 fut imposé, sous la menace ordinaire de l’excommunication, à Galilée qui, après son premier interrogatoire, refusa de rendre aucun compte de ce qui s’était passé, et ne consentit même pas à dire si on lui avait défendu de parler.
Du vivant de Galilée, et longtemps après sa mort, on n’a connu d’une manière certaine que la pénitence publique qui lui fut imposée, la sentence du tribunal et la formule de l’abjuration. La main redoutable de 1 Inquisition ne se retira pas de lui de sou vivant et lui ferma la bouche jusqu’au dernier moment. Depuis ce temps et même jusqu’à nos jours, une sorte d’obscurité mystérieuse n’a pas cessé d’envelopper le procès de Galilée , et il sera peut-être à jamais impossible
Die
218 DIALOGUE StiR LES SYSTÈMES DU MONDE, d’obtenir historiquement, sur quelques-unes de ses particularités les plus importantes, la vérité tout entière.
Une occasion précieuse a été perdue sous le premier empire. L’original du procès de Galilée fut transporté de Rome à, Paris en 1809 avee les archives des congrégations romaines. Un rapport présenté au ministre des cultes proposa d’imprimer les pièces originales avec une traduction française en regard. L’auteur inconnu de ce rapport avait préparé l’édition qui devait former un volume de 7 à 800 pages, et avait traduit plusieurs pièces. Delambre, qui a donné ces renseignements à Venturi en lui envoyant copie des extraits du procès que lui-même avait pu se procurer, a attribué aux événements politiques l’oubli dans lequel fut laissé ce projet. D’après Delambre, en 1820, les pièces originales avaient disparu, soit qu’on les eût emportées de Paris, soit qu’on les y eût cachées (1) .
En effet, de 181 h à 1818, M* T Marini, qui avait été chargé de revendiquer du gouvernement français tout ce qui appartenait au saint-siège, ne put parvenir à obtenir le procès de Galilée. Il fut renvoyé du ministère de l’intérieur au ministère de la maison du roi. Une lettre du comte de Plaças, du 2 février 1815, l’informa que, le roi ayant désiré parcourir le procès
(i) Lettre de Delambre à Venturi, 30 juin 1820.
Procès et condamnation dé gaulée. 2 tu de Galilée, le manuscrit était dans le cabinet de Sa Majesté et ne pourrait être immédiatement rendu. Il ne s’y trouvait plus en novembre 1815 ; au moins le comte de Pradel, chargé de l’intérim du ministère de la maison du roi, affirma-t-il que toutes les recherches avaient été inutiles. En août 1817, nouvelles instances de M sr Marini ; nouvelle réponse de M. Pradel, qui affirme que le manuscrit 11 ’existe pas au ministère de la maison du roi, et qui indique les archives du Louvre comme un lieu où il aurait pu être déposé. Le comte de Gazes, ministre de la police, à qui M* r Marini s’adressa, le renvoya au ministère de l’intérieur, c’est-à-dire au point de départ des réclamations du commissaire papal, qui les reproduisit auprès du duc de Richelieu et de M. Lainé avec tout aussi peu de succès.
Enfin le manuscrit, on ne sait comment ni par qui, fut restitué à Grégoire XVI et déposé en I 8 / 18 , par Pie IX, dans les archives du Vatican.
Les documents communiqués par Delambre à Venturi étaient incomplets. La relation du procès s’arrêtait au 30 avril 1633 et n’en comprenait pas la partie la plus importante , les deux derniers interrogatoires et la fin.
M sr Marini affirme que le manuscrit dont il a été mis en possession, après les infructueuses recherches par lui longuement racontées , est parfaitement authentique et complet. Il prétend que si le gouvenie-
220 DIALOGUE SUR LES SYSTÈMES DU MONDE, ment français a renoncé à le publier, c’est qu’on a reconnu qu’on ne pourrait atteindre le but souhaité, qui était de déshonorer l’Inquisition. Il assure que la publication du procès aurait glorifié la sagesse et la clémence de ce tribunal si injustement décrié.
N’est-il pas étrange que, prétendant fonder sur ce document historique la réhabilitation du saint-office, il se soit précisément abstenu de le publier et se soit contenté d’en intercaler quelques extraits dans son plaidoyer pour l’Inquisition contre Galilée?
N’est-il pas encore plus extraordinaire que l’édition la plus récente des œuvres de Galilée, celle que leurs auteurs ont cru pouvoir appeler la première édition complète, ne contienne, en ce qui concerne le procès, que ce qui avait été publié par Riccioli et Venturi, et un résumé de l’historique emprunté à M Kr Marini, et que les éditeurs, après avoir, comme ils le disent, obtenu de la courtoisie de ce prélat, alors qu’il était vivant, les plus larges exhibitions, se soient trouvés réduits, après sa mort, à emprunter à la bibliothèque palatine de Florence, des extraits de la traduction française du procès envoyée par Delambre à Venturi (1)?
Ge n’est donc encore qu’avec des fragments épars et incomplets qu’il est possible de tenter la reconstruction historique du procès de Galilée.
(1) Supplemenfo , p. 3U3.
La copie du procès communiquée à Delambre et par lui transmise à Venturi ne paraît différer du manuscrit déposé auVatican, qu’en ce qu’elle s’arrête au feuillet 83 et à l’interrogatoire du 30 avril.
Elle comprenait les pièces qui ont fait partie de l’enquête commencée en 1615 sur la dénonciation de Lorini.
Dans cette dénonciation Lorini, demandant le secret et faisant, à ce qu’il prétendait, œuvre de charité aussi bien que de zèle, envoyait une copie de la lettre de Galilée au père Castelli, signalait la témérité des galiléistes dans leurs interprétations de la sainte Ecriture et le danger de leurs attaques contre la philosophie d’Aristote, et demandait qu’on fît ce qui paraîtrait nécessaire pour empêcher qu’une erreur, légère au début, ne devint grande à la fin. Il donnait en outre avis qu’au sujet de la lettre de Galilée le père Caccini avait fait une ou deux leçons publiques dans l’église de Sainte-Marie-Nouvelle (1).
Caccini commença sa déposition du 20 mars 1615 par un exposé des motifs qui l’avaient déterminé à profiter de l’examen qu’il faisait en chaire du livre de Josué, pour combattre, « avec la modération eon- » venable», une opinion jugée par les théologiens contraire aux saintes Écritures et quasi-hérétique, opinion qui, déjà soutenue par Nicolas Copernic,
(1) Supplément o, p. 307, 308, 309.
222 DIALOGUE SUH LES SYSTÈMES DU MONDE, était dans ces derniers temps, suivant le bruit public, soutenue et enseignée à Florence par Galilée. A la suite des rumeurs suscitées par les galiléistes, il crut devoir rendre compte de sa conduite à l’inquisiteur de Florence et l’avertir « qu’il serait bon de mettre » un frein à certains esprits pétulants, disciples du » susdit Galilée, qui, suivant le rapport de Ferdinand » Ximenes, régent de Santa-Maria-Novella, auraient » osé soutenir, devant ce révérend père, ces trois pro- » positions : Dieu n’est point substance mais acci- » dent; Dieu est sensitif ; les miracles qu’on dit avoir » été faits par les saints ne sont pas de vrais mi- » racles (1) . »
Ce n’est qu’après tout cela que le père Lorini lui montra une lettre de Galilée à Castelli.
Sa déposition se terminait ainsi : « Je dépose donc » devant le saint-ofiice que le bruit public est que le » susdit Galilée soutient ces deux propositions : 1“ la » Terre se meut tout entière autour d’elle-même et » cela d’un mouvement diurne; 2° le Soleil est im- » mobile; propositions qui, selon ma conscience et » mon intelligence répugnent aux divines Ecritures » exposées par les saints Pères, et conséquemment » répugnent aussi à la foi qui nous enseigne qu’on » doit croire comme vrai tout ce qui est dans l’Kcri- » ture (2). »
(1) Supplemento, p. 309, 310, 311.
(2) Ibid., p. 311, 312.
Dans ses réponses à diverses questions, Caccini déclara qu’il avait lu cette doctrine dans un livre imprimé à Rome, sur les taches solaires et sous le nom de Galilée; que, pour certaines personnes, Galilée est suspect dans les matières de foi, parce qu’il est très-lié avec ce Fra Paolo servite si fameux dans Venise pour ses impiétés ; que les propositions attribuées aux disciples de Galilée ont été entendues par le père Ferdinand Ximenes en divers lieux ; que Galilée a beaucoup de partisans qui se donnent le nom de galiléistes.
Caccini dut promettre avec serment de garder le silence sur les demandes qui lui avaient été faites (1) .
C’est contre les mensonges et les calomnies dont cette déposition, écho des accusations de ses ennemis, avait saisi la justice inquisitoriale, que Galilée obtint gain de cause dans son voyage à Rome en 1616.
Quant à l’accusation d’avoir soutenu la doctrine de Copernic qu’on se décidait à condamner, il n’échappa à la responsabilité qu’elle entraînait qu’en s’engageant à ne plus la soutenir à l’avenir. Et le grief fut conservé comme élément du procès qui, après la publication du dialogue, lui fut intenté pour avoir manqué à ses engagements en soutenant de nouveau une opinion condamnée par l’Église.
En obéissant à l’injonction qui lui fut faite, le
(1) Supplemenlo, p. 315.
23 septembre 1632, de se rendre à Rome pour s’y présenter devant le saint-office, Galilée avait le désir et l’intention de se défendre. Il se croyait en état de le faire victorieusement. Mais la nécessité et ses amis lui imposèrent un rôle bien pénible qui lui a été durement reproché : la soumission absolue et l’abandon de toutes ses convictions.
« Obéissez et soumettez -vous à tout ce qui vous » sera ordonné ; c’est le seul moyen d’amortir l’ar- » deur de celui qui, dans l’excès de sa passion, a fait » de cette persécution son affaire personnelle. Ne vous » souciez pas de vos convictions; ne les défendez » pas ; soumettez-vous à tout ce qu’on voudra vous » faire croire et soutenir sur cette question du mou- » vement de la Terre (1). » Voilà les conseils et les instructions que lui donnait, au milieu des témoignages et des preuves du plus vif intérêt, son principal protecteur l’ambassadeur de Toscane (2) .
Dans la première semaine qui suivit l’arrivée de Galilée à Rome, un consulteur du saint-office nommé Serristori vint, sous prétexte de visite, causer avec Galilée de son affaire en vue de pressentir l’attitude et d’éventer les moyens de défense de l’accusé (3).
(1) Lettre de Niccolini, 16 février 1633.
(2) Du même, 9 avril 1633.
(3) Du même, 19 février 1633.
Au bout d’un mois le pape fit connaître à l’ambassadeur la nécessité où l’on serait de mander Galilée au saint-office au moment où il faudrait l’interroger, et refusa persévéramment aux instances réitérées de l’ambassadeur l’autorisation qu’il sollicitait pour Galilée de revenir, après l’interrogatoire, coucher à l’ambassade (1) .
L’ordre de se constituer prisonnier au saint-office fut en effet signifié à Galilée, et les efforts de Niccolini pour faire revenir le cardinal Barberini et le pape sur cette décision furent infructueux (2).
Trois chambres du logement du Fiscal du saintoffice, la faculté d’avoir un serviteur, de sortir de son appartement pour se.promener dans la cour et de se faire nourrir par l’ambassade, tels furent les adoucissements apportés à cette incarcération.
La nécessité de quitter l’ambassade jeta Galilée dans une profonde douleur et un abattement extrême. «Nous « le consolons, nous l’encourageons de notre mieux, » écrivait son noble protecteur; en vérité il mérite- » rait toute espèce de bien ; toute ma maison l'aime » extraordinairement et ressent une indicible afflic- » tion. »
Le 12 avril Galilée fut mandé au saint-office et y subit son premier interrogatoire.
(1) Lettre de Niccolini, 13 mars 1633.
(2) Du môme, 9 avril 1633.
Aux interpellations qui lui furent faites, il répondit qu’il croyait avoir été mandé à Rome pour rendre compte du dialogue sur les systèmes du monde, imprimé à Florence en 1(532 et par lui composé depuis dix ou douze ans. 11 déclara qu’il n’avait pas cru nécessaire de faire connaître au maître du sacré palais, quand il demandait l’autorisation de publier son livre, la défense qui lui avait été faite en 1616 de soutenir la doctrine de Copernic. Il affirme que « dans » son livre, il n’avait ni soutenu, ni défendu l’opinion » de la mobilité de la Terre et de l’immobilité du » Soleil; qu’il avait môme démontré l’opinion con- » traire en faisant voir que les raisonnements de » Copernic sont sans force et non concluants (1). »
Le 30 avril, dans un second interrogatoire, Galilée se défendit d’avoir sciemment contrevenu à la défense de 1616. Il insista en produisant le certificat du cardinal Rellarmin, sur ce que la défense d’enseigner la doctrine de Copernic, qui y était exprimée, ne contenait pas plus que le décret publié delà congrégation del’index, les termes d’une manière quelconque qui, depuis quatorze ou seize ans, étaient complètement sortis de sa mémoire. Il continua à affirmer que dans son livre il s’était conformé aux obligations qui lui avaient été imposées par le décret, telles qu’il avait dû
(1) Venturi, t. II, p. 197. — Delambre, p. xxv. — Marini, p. 127. — Procès , p. 74.
PROCÈS ET CONDAMNATION DE GAULÉE, les cou) prendre. Il ne prétendait pas se disculper de toute erreur, mais de toute mauvaise intention, a Ayant » réfléchi, disait-il, aux questions qui m’ont été laites » relativement à l’ordre de ne soutenir, défendre, ni » enseigner d’une manière quelconque la doctrine » condamnée, je me suis mis à relire mon livre, que » je n’avais pas vu depuis trois années, afin de m’as- » surersi, contrairement à mes plus pures intentions, » j’avais laissé échapper de ma plume des choses qui » pussent être considérées comme des preuves de » désobéissance ou d’une volonté de contrevenir aux » ordres de la sainte Eglise. Je l’ai minutieusement » examiné, comme si le livre était nouveau et d'un » autre auteur. J’avoue sincèrement (pie dans plu- » sieurs passages, pour un lecteur qui ne me connai- » trait pas bien, les arguments favorables à l’opinion » fausse que j’avais l’intention de réfuter, sont déve- » loppés et présentés de manière à entraîner la con- » viction plutôt qu’à laisser le libre choix. Les deux » preuves tirées des taches solaires et des marées » notamment, se trouvent exposées de manière à » s’imposer aux lecteurs par une apparence de rigueur » logique qui dépasse la* pensée de l’auteur, réelle- » ment convaincu de leur insuffisance et disposé à les » rejeter.
» Pour m’excuser d’être tombé dans cette faute, si » éloignée de mes intentions, je ne me bornerai pas » à dire que l’exposition des arguments de la partie
» adverse, dans un ouvrage où l’on se propose de les » réfuter, et surtout quand on a adopté la forme du » dialogue, doit être aussi exacte que possible sans » qu’il soit permis de rien ôter de leur force au détri- » ment de l’adversaire. J’invoquerai encore une autre » excuse, la complaisance avec laquelle chacun ac- » cueille naturellement les suggestions de son propre » esprit, et l’ambition de montrer plus de pénétration » que les autres dans l’invention d’arguments ingé- » nieux et spécieux, môme en faveur des plus fausses »> propositions.
» Pour moi, bien que, comme Cicéron , je sois réelle- » ment plus avide de gloire qu’il ne convient, si j’avais » aujourd’hui à produire les mômes raisons, je les » énerverais de manière à leur ôter ces apparences de » force, qui ne sont qu’une illusion. Ma faute n'a >» donc été, je le confesse, qu’ignorance et inadver- » tance. »
Galilée s’aperçut sans doute qu’il n’en disait pas assez pour satisfaire ses juges, car ramené le jour même devant eux, il ajouta : «Pour prouver que je n’ai » pas soutenu et que je ne soutiens pas cette opinion » du mouvement de la Terre et de la fixité du Soleil, » je suis prêt, si on me le permet, à le démontrer de la » manière la plus éclatante. L’occasion est favorable.
» Dans le livre que j’ai publié, les interlocuteurs tom- » bent d’accord de se réunir de nouveau après un » certain temps pour discuter divers autres problè-
Digil
PROCÈS ET CONDAMNATION DE GALILÉE. 229 » mes de physique. Je prends l’engagement d’y » ajouter une ou deux journées dans lesquelles,
» reprenant les arguments exposés en faveur de
» l’opinion fausse et condamnée, j’en donnerais la » réfutation la plus complète qu’il plaira à Dieu de » m’inspirer. »
Enfin l’infortuné priait humblement ses juges de prendre en considération ses soixante-dix ans, et en pitié les infirmités de son corps, les tourments de son esprit depuis dix mois, les souffrances de son voyage et les calomnies dirigées par ses ennemis contre son honneur et sa réputation (1).
Certes l’humiliation du grand homme était bien profonde et bien complète. 11 y avait dans cette soumission poussée jusqu’à l’abdication des plus énergiques convictions du savant et dans ces supplications de l’homme vaincu par la souffrance et la crainte du bûcher, de quoi désarmer les plus ardentes colères.
Un éclair de pitié sembla avoir traversé le cœur de quelques-uns de ses juges. Le cardinal Barberini prit sur lui de faire cesser l’incarcération et de faire renvoyer Galilée à l’ambassade. Il y fut accueilli le 30 avril, au moment où l’on s’y attendait le moins, par l’inaltérable dévouement du généreux Niccolini, qui put se faire encore un peu d’illusion sur l’issue du procès.
(1) VeiHuri, t. II, p. 197, 198, 199. — Delambre, Disc, prélimin ., p. 25, 26, 27.
Suivant M gr Marini, Galilée fut appelé de nouveau devant l’Inquisition le 10 mai; et c’est dans cette séance qu’il aurait produit le certificat du cardinal Bellarmin et développé sa justification relativement à ce qu’avait eu d’absolu, d’après les termes, « d’une » manière quelconque », la défense d’enseigner la doctrine de Copernic, circonstance que Venturi, suivant la copie du procès transmise par Delambre, rapporte à l’interrogatoire du 30 avril (1).
En relevant cette erreur Al gr Marini prend soin de citer le passage du procès-verbal du 10 mai, qui constate qu’aprôs avoir signé sa déclaration, Galilée fut renvoyé au palais de l’ambassade du grand-duc (2).
M sr Marini relève mie autre inexactitude de Venturi, qui aurait apporté quelques changements dans les explications de Galilée, en vue d’en améliorer l’ordre et les termes. Les extraits du procès, cités par Marini, olfrent en effet quelques légères et insignifiantes différences avec le texte qui leur correspond dans la version française reproduite par Delambre et la citation italienne publiée par Venturi. Tout porte à croire que le texte italien de Venturi est une traduction de la version française fournie par Delambre. Pour mériter qu’on accordât plus de foi à ses citations, M gr Marini aurait dû les faire complètes et ne pas supprimer les touchantes paroles adressées au cœur de ses juges
(1) Marini, p. 128 et suiv.
(2) Ibid.
PROCÈS ET CONDAMNATION DE GAULÉE. 231 par Galilée, en les remplaçant par ces mots : « Il » termina cette défense écrite de sa main, en implo- » rant la commisération du tribunal (1) » .
La résolution d’infliger à Galilée ce que, dans la langue du saint-office, on appelait une pénitence salutaire, était arrêtée dans l’intention du pape et du tribunal, ainsi que le pape le fit savoir le 22 mai à l’ambassadeur.
Il ne s’agissait plus pour les amis de Galilée que de presser la conclusion de ce procès dont la prolongation devenait de plus en plus intolérable. En attendant on obtint pour Galilée, dont la santé souffrait beaucoup de la séquestration rigoureuse qu'on lui avait imposée dans son appartement à l’ambassade, la permission de sortir dans une voiture à demi fermée (2).
Le 18 juin l’ambassadeur, qui sollicitait de nouveau du Saint-Père l’expédition du procès, apprit de sa bouche que l’affaire était terminée, et que, dans le courant de la semaine suivante, Galilée serait mandé au saint-office pour entendre la sentence. À de nouvelles prières le pape se montra inflexible. « Il avait » fait par déférence pour le grand-duc tout ce qui » était possible. La doctrine devait être condamnée » parce qu’elle était contraire aux saintes Écritures
(1) Marini, p. 133.
(2) Lettre de Niccolini, 29 mai 1633.
» dictées par la bouche de Dieu. Galilée devait subir » la prison pour avoir contrevenu à la défense de » 1616. Après la publication de la sentence on avi- » serait, mais on ne pourrait pas faire moins que de » le renfermer dans quelque couvent (1). »
Le pape parlait alors de la condamnation de Galilée comme d’une chose faite à l’unanîmité des juges, et pourtant l’accusé n’avait pas encore subi l’interrogatoire sur l’intention que, suivant M gr Marini, le pape lui-même avait ordonné par décret spécial du 10 juin 4632 (2).
Cet interrogatoire eut lieule21 juin. On n’a d’autres données sur ce qui se passa ce jour-là entre Galilée et ses juges que celles qui ont été récemment fournies par M Kt Marini dans un passage de son livre qu’il est important de reproduire textuellement. Les questions, dit M gr Marini, sont en latin et les réponses en langue vulgaire, ce qui s’observe dans tous les actes du procès.
Le 21 juin, sur la demande qui lui fut faite en présence des officiers de l’Inquisition, s’il tenait ou s’il avait tenu, et depuis quel temps, l’opinion copernicienne, il répondit : « Depuis longtemps, c’tst-à- » dire avant la décision de la sacrée congrégation » de l’index et avant l’injonction qui m’a été faite, je
(1) Lettre de Niccolini, 18 juin 1633.
(2) Marini, p. 61 . — Procès, p. 451 .
PROCÈS ET CONDAMNATION DE GALILÉE. 233 » restais indifférent et je considérais les deux opi- » nions de Ptolémée et de Copernic comme soutena- » blés, parce que l’une ou l’autre pouvait être vraie » dans la nature; mais depuis la décision susdite, » convaincu par la sagesse de mes supérieurs, toute » ambiguïté a cessé en moi, et j’ai tenu comme je » tiens pour très-vraie et indubitable l’opinion de » Ptolémée, c’est-à-dire la stabilité de la Terre et la » mobilité du Soleil. »
A l’objection qui lui fut faite qu’il était présumable qu’il avait encore, depuis l’époque indiquée, suivi ladite opinion, puisqu’il avait imprimé le livre desdialogues; qu’en conséquence il dise librement la vérité (dieut libéré veritatem) , s’il la suit toujours, il répondit :
« Quant au dialogue publié, je ne me suis pas dé- » terminé à l’écrire parce que je tenais pour vraie » l’opinion copernicienne , mais c’est en croyant » rendre service au public que j’ai exposé les raisons » physiques et astronomiques qui peuvent être pro- » duites en faveur de l’une et de l’autre opinion; » m’ingéniant à montrer que ni les unes ni les autres » n’ont la valeur de preuves démonstratives pas plus » pour l’une que pour l’autre ; et que par conséquent, » pour procéder avec sûreté, il faut recourir à la dé- » cision tirée de doctrines plus sublimes, ainsi qu’on » le voit manifestement dans beaucoup de passages » du dialogue. Je conclus donc que, dans mon for » intérieur, je ne tiens pas et je n’ai pas tenu, depuis
» la décision de mes supérieurs, l'opinion con- » damnée. »
Mais il fut dit qu’au contraire, d’après ce même livre et d’après les raisons qui y sont alléguées à l’appui de l’opinion qui y est affirmée, c’est-à-dire que la Terre se meut et que le Soleil demeure immobile, on devait présumer qu’il suivait l’opinion de Copernic, ou au moins qu’il l’avait suivie depuis la défense qui lui avait été faite; qu’en conséquence il se décidât à confesser la vérité, qu’ autrement on recourra contre lui aux remèdes opportuns de droit et de fait ( devenietur contra ipsum ad remedia juris et facti opportuna).
« Je ne tiens pas, répondait-il, et je n’ai pas tenu » cette opinion de Copernic, depuis qu’on m’a signi- » fié l’ordre de l’abandonner. Au surplus, je suis ici » dans vos mains ; faites de moi ce qu’il vous plaira. » Je suis ici pour faire ma soumission. Je n’ai pas » tenu cette opinion depuis quelle a été condamnée, » comme je l’ai déjà dit. »
Ainsi se termine le procès-verbal qui a été le dernier acte du procès. Les poursuivants ajoutèrent ensuite : « et cum nihil aliud posset haberi, remissus fuit ad locum suum; «comme on n’en pouvait rien tirer de plus, il fut renvoyé en son lieu, c’est-à-dire , ajoute M er Marini, au palais dummistre de Toscane (1) .
(1) Marini, p. 61, 62. — Procès, p. 452.
Le lieu où fut reconduit Galilée n’était pas, comme M br Marini l’a avancé contrairement à la vérité, le palais de l’ambassadeur de Toscane, c’était quelque dépendance du saint-office, on ne sait laquelle, peutêtre le logement qu’il y avait précédemment occupé. L’ambassadeur de Toscane dit expressément dans sa lettre du 26 juin : u Galilée a été mandé lundi » soir au saint-office; il s’y est transporté mardi » matin conformément à l’ordre qui lui avait été » donné pour entendre ce qu’on pouvait désirer de » lui et, y ayant été retenu, il fut conduit le mercredi » devant messieurs le cardinaux et les prélats de la » congrégation h Sainte-Minerve pour y entendre sa » sentence et faire abjuration (1). »
Ainsi du mardi 21, jour de l’interrogatoire sur le chef de l’intention ordonné par le pape, jusqu’au mercredi 22, jour de la condamnation et de l’abjuration, Galilée a été retenu dans ce lieu indéterminé du saint-office. •
Dans cet intervalle de temps et dans ce lieu, ou ailleurs, l’interrogatoire sur l’intention a-t-il été, selon l’usage, selon la menace du procès-verbal publié par M ïr Marini et selon les termes sacramentels de la sentence définitive, continué sous la forme d’examen rigoureux jusques et y compris la torture? Les uns l'ont cru et même affirmé ; d’autres l’ont nié.
(1) Lettre de N'iccolini, 26 juin 1638.
M gr Marini a prétendu avoir prouvé que Galilée n’avait pas subi la torture ; M. Biot s’est cru en droit de résumer en ces mots la vérité sur le procès de Galilée : « Non, Galilée ne fut pas alors physiquement » torturé dans sa personne. »
Avant d’examiner cette difficulté, il est indispensable de reproduire la sentence de condamnation.
Sentence du tribunal de P Inquisition contre Galilée.
« Nous;
» Gaspard, du titre de Sainte-Croix de Jérusalem, » Borgia ; Frère Félix Centino, du titre de Saint- » Anastase, dit d’Ascoli ; Guido, du titre de Sainte- » Marie du peuple, Bentivoglio ; Frère Didier Scaglia, » du titre de Saint-Charles, dit de Crémone; Frère » Antoine Barberino, dit de Saint-Onuphre ;
» Louis Zacchia, du titre de Saint-Pierres-ès-liens, dit de Saint -Sixte ;
» Berlingero, du titre de Saint-Augustin, Gessio;
» Fabrice de Saint- Laurent au pain;
» Verospi dit le Prêtre ;
» François de Saint- Laurent de Damas, Barberino » et Martin de Sainte-Marie-Nouvelle, Ginetti, dia- » cres:
» Par la miséricorde de Dieu, cardinaux de la sainte » Église Romaine et inquisiteurs généraux contre le » crime d’hérésie dans l’universalité de la république
» chrétienne, spécialement délégués par le Saint- » Siège :
» Attendu que toi Gatilei, fils de feu Vincent Ga- » lilei de Florence, âgé de 70 ans, as été dénoncé en » 4615 au saint-office, comme tenant pour vraie » une fausse doctrine admise par un grand nombre » savoir : que le Soleil est au centre du monde et im- » mobile et que la Terre se meut d’un mouvement » quotidien ;
» Attendu que tu avais plusieurs disciples à qui tu » enseignais cette doctrine; item, que tu entretenais » à son sujet une correspondance avec des mathéma- » ticiens allemands; item, que tu avais mis au jour » certaines lettres sur les taches du Soleil, dans les- » quelles tu expliquais cette doctrine comme vraie, » et qu’aux objections, qui étaient empruntées contre » toi à la sainte Écriture, tu répondais en interpré- » tant l’Écriture dans ton sens ;
» Attendu que plus tard on a produit une copie » d’un écrit, sous forme de lettre, qui t’était attribué » comme adressé par toi à l’un de tes disciples, et » dans lequel était adoptée l’hypothèse copernicienne » et se trouvaient plusieurs propositions contraires au » véritable sens et à l’autorité de la sainte Écriture ;
» Le saint tribunal voulant mettre obstacle aux » inconvénients et aux dommages qui provenaient de » là et se multipliaient, au détriment de la sainte foi, » d’après l’ordre de notre seigneur et des éminen-
» tissimes cardinaux de cette suprême et universelle » Inquisition, les théologiens qualificateurs qualifiè- » rent les deux propositions sur la fixité du Soleil et » le mouvement de la Terre, ainsi qu’il suit:
» Que le Soleil soit au centre du monde et immobile » de tout mouvement dans l’espace, c’est une pro- » position absurde et fausse en philosophie, et for- » mellement hérétique en tant qu’ expressément con- » traire à l’Ecriture sainte ;
» Que la Terre ne soit pas le centre du monde et » immobile, et quelle se meuve d’un mouvement » quotidien, c’est une proposition absurde et fausse » en philosophie et théologiquement au moins erro- » née en la foi.
» Attendu qu’il nous convenait alors de procéder » envers toi avec bénignité ;
» Il a été décrété dans la sainte congrégation du » 25 février 1016, tenue devant notre seigneur, que » l’éminentissime cardinal Bellarmin t’enjoindrait » d’abandonner cette fausse doctrine ; et qu’en cas » de refus de ta part le commissaire du saint-ofiice » t’ordonnerait d’abandonner ladite doctrine, avec » interdiction de l’enseigner, de la défendre et d’en » traiter; et qu’en cas de non-soumission k cet ordre, » tu serais jeté en prison.
» Pour l’exécution de ce décret, le jour suivant, au t palais par-devant l’éminentissime cardinal Bellar- » min, après une bénigne admonestation du susdit
» cardinal, il t’a été, par le commissaire du saint- » ollice alors en fonction, en présence d’un notaire et » de témoins, ordonné de renoncer absolument à cette » fausse opinion et de t’abstenir à l’avenir de la dé- » fendre ou de l’enseigner d’une manière quelconque, » ni de la voix ni par écrit ; et ayant promis obéis- » sauce, tu as été relaxé.
» Attendu que, pour détruire entièrement une si » pernicieuse doctrine et empêcher qu’elle ne se ré- » pandit de nouveau, au grave détriment de la vérité » catholique, la sainte congrégation de l’index a pro- » îqulgué un décret qui a prohibé les livres qui trai- » tent de cette doctrine et l’a déclarée fausse et en- » tièrement contraire à la sainte et divine Écriture ;
» Attendu enfin que l’année dernière parut à Flo- » rence ce livre, dont le titre indiquait que tu en » étais l’auteur, puisqu’il est intitulé Dialogue de » Galileo Galilei sur lesdeux principaux systèmes du » monde de Plolémèe et de Copernic , et que la sainte » congrégation fut informée que la publication de ce » livre avait eu pour effet d’accroître de jour en jour » cette fausse opinion du mouvement de la Terre et » de la fixité du Soleil ;
» Le susdit livre fut examiné avec soin et l’on y rc- » connut une évidente transgression du susdit ordre » qui t’avait été signifié : en ce que, dans ce livre, tu » défendais la susdite opinion déjà condamnée et dé- » clarée telle en ta présence, bien que dans ce livre
» tu aies recours à toutes sortes de détours pour faire » croire que tu l’abandonnes comme non prouvée et » seulement probable, ce qui est également une très- » grave erreur, la probabilité ne pouvant en aucune » manière être attribuée à une opinion déclarée défi- » nitivement contraire à l’Écriture divine.
» C’est pourquoi, par notre ordre, tu as été rappelé » devant le saint-office, où, interrogé, tu as reconnu » sous serment ce livre connue ayant été par toi écrit » et livré à l’impression.
» Tu as avoué avoir commencé à écrire ce livre, il » y a douze ans, c’est-à-dire depuis que l’ordre ci- » dessus t’avait été intimé; item, avoir demandé le » permis d’imprimer, sans faire connaître à ceux qui » te l’ont accordé, qu'il t’avait été ordonné de ne » tenir, défendre et enseigner une telle doctrine d’une » manière quelconque.
» Tu as également avoué que cet écrit était com- » posé, en plusieurs passages, de manière que le » lecteur pût croire que les arguments, invoqués en » faveur de l’opinion fausse, étaient de nature plutôt » à forcer la conviction par leur puissance qu’à comj> porter une réfutation, t’excusant d’être tombé dans » une faute, si éloignée selon ton dire de tes inten- » tions. sur ce que tu avais adopté la forme du dialo- » gue et sur ce que tu aurais cédé au penchant natu- » rel à chacun, de se complaire dans les subtilités de » ses propres raisonnements, et de chercher à mou-
» trer plus de pénétration que les autres en inventant, » même pour la défense des propositions fausses, des » raisons ingénieuses et spécieuses.
» Attendu qu’un délai convenable t’ayant été assi-' » gné pour ta défense, tu as produit un certificat de » la main de I’éminentissime cardinal Bellarmin, qui, » selon toi, t’avait été délivré pour que tu pusses te x défendre contre les calomnies de tes ennemis qui » prétendaient que tu avais abjuré et subi une peine » du saint-office ; dans lequel certificat il est dit : » que tu n’as pas abjuré et que tu n’as pas été puni, et » qu’on t’a seulement signifié la déclaration faite par » notre seigneur et promulguée par la sainte congré- » gation de l’index qui déclare : que la doctrine du » mouvement de la Terre et de la fixité du Soleil est » contraire aux saintes Écritures et ne peut être ni » défendue, ni soutenue.
» Tu as allégué que ce certificat, ne mentionnant » pas les mots enseigner et d'une manière quel- » conque , ces mots de l’ordre qui t’avait été signifié » ont pu, dans le cours de quatorze à seize ans, » échapper à ta mémoire, et que c’est le motif pour » lequel tu n’as pas révélé cet ordre, quand tu as » demandé le permis d’imprimer, allégation que tu » fais, non pour te disculper de ton erreur, mais » pour l’attribuer à une vaine ambition plutôt qu’à » un mauvais dessein.
» Mais ce certificat, produit pour ta défense,
» aggrave ta position, puisqu’il déclare la susdite » opinion contraire à la sainte Écriture, et démontre » que néanmoins tu as osé l’exposer, la défendre et » la présenter comme probable.
» Tu ne peux, d’ailleurs, être disculpé par un » permis d’imprimer que tu as extorqué au moyen » de l’artifice et de la ruse, en dissimulant l’ordre » qui t’avait été imposé.
» Et attendu qu’il nous paraissait que tu n’avais » pas dit toute la vérité relativement à ton intention, » nous avons jugé qu’il était nécessaire de recourir » à un examen rigoureux de ta personne, dans lequel » (sans préjudice aucun des choses que tu as avouées » et qui ont été ci-dessus prouvées contre toi) , en ce » qui touche ta dite intention, tu as répondu catho- » liquement;
» Par ces motifs, ayant vu et mûrement considéré » les mérites de ta cause, en même temps que tes » aveux et tes excuses, et tout ce qui devait être de » droit vu et considéré, nous prononçons contre toi » la sentence définitive ci-dessous transcrite :
» Après avoir invoqué le très-saint nom de Notre » Seigneur Jésus-Christ et celui de sa très-glorieuse » mère Marie, toujours vierge, par cette sentence » définitive, que, siégeant en tribunal, d’après l’avis » et le jugement des révérends maîtres de la théo- » logie sacrée et de nos consulteurs de l’un et l’autre » droit, nous prononçons par cet écrit sur la cause
PROCÈS ET CONDAMNATION DE GALIEÉE. 243 » et les. causes, qui ont été devant nous débattues u entre Charles Sincère, docteur de l’un et l’autre » droit, procureur fiscal du saint-office, et toi Galileo » Galilei, convaincu, conformément à l’acte du procès » ci-dessus transcrit, après enquête, examen et » aveu, comme il a été dit d’autre part, de cette part » nous disons, jugeons et déclarons que toi, Galilée » susnommé, pour les motifs exposés dans cet acte » et avoués par toi comme dessus, tu t’es rendu » pour ce saint-office véhémentement suspect d’hé- » résie, en ce que tu as cru et soutenu une doctrine )? fausse et contraire aux saintes et divines Écritures, » savoir : que le Soleil est le centre de l’orbe ter- » restre ; qu’il ne se meut pas d’orient en occident ; » que la Terre se meut et n’est pas le centre du » monde ; et que cette opinion peut être soutenue et » défendue comme probable, après qu’elle a été » déclarée et définie contraire à la sainte Écriture ; » et tu as conséquemment encouru toutes les cen- » sures et toutes les peines édictées et promulguées » contre les délinquants par les sacrés canons et les » autres constitutions générales et particulières ; des- » quelles peines il nous plaît de t’absoudre à la con- » dition que, préalablement, d’un cœur sincère et » d’une foi sans arrière-pensée, en notre présence, » tu abjureras, maudiras et détesteras les susdites » erreurs et hérésies et toute autre erreur et hérésie » contraires à l’Église catholique, apostolique et
» romaine, selon la formule que nous t’imposons ;
» Et afin que ta pernicieuse erreur et ta grave » transgression ne demeurent pas impunies, et aussi » afin que tu sois à l’avenir plus circonspect et que » tu serves d’exemple aux autres, de manière à les » détourner de semblables fautes, nous décrétons » que par un édit public soit prohibé le livre des » dialogues de Galileo Galilei, et nous te condam- » lions à la prison spéciale de notre saint-office » pour un temps qu’il nous appartiendra de déter- » miner, et nous t’imposons, à titre de pénitence » salutaire, de réciter pendant trois années une fois » par semaine les sept psaumes de la pénitence; » nous réservant le pouvoir de diminuer, de changer » ou de supprimer entièrement les susdites peines et » pénitences.
» Et ainsi, nous disons, prononçons et déclarons » par sentence, décrétons, condamnons et réservons » par cet arrêt et formule et par toute autre voie de » droit, selon notre pouvoir et notre devoir. »