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EXÉCUTION DE LA SENTENCE DE GAULÉE

Un décret du 30 juin assigna à Galilée, pour lieu de réclusion, le palais de l’archevêque de Sienne, lui enjoignant de s’y rendre directement, de se présenter à l’archevôque dès son arrivée, de demeurer près de lui, d’obéir aux ordres qu’il lui donnerait et de ne pas quitter la ville sans l’autorisation du saintoffice (1).

Le 6 juillet, Galilée se rendit à Sienne. Malgré l’inexprimable bonté avec laquelle il y fut reçu et traité par l’archevêque Piccolomini, Galilée, qui, après une séquestration de plus de six mois, désirait ardemment recouvrer la liberté et revoir sa patrie, insistait dès le 23 juillet auprès du ministre Cioli pour obtenir du grand-duc une démarche personnelle en sa faveur.

Le grand-duc montra le plus grand empressement ; mais l’ambassadeur connaissait les intentions du pape et fut d’avis qu’il fallait attendre (2).

Ce n’est qu’en novembre qu’une demande expresse pour la libération de Galilée fut transmise, au nom du grand-duc, k la cour de Rome. Le Saint-Père, pressé par Niccolini, se plaignit de ce qu’on publiait encore des écrits en faveur de l’opinion de Galilée et renvoya la décision à la congrégation du saintoffice. Tout ce que purent obtenir l’intervention du

(1) Marini, p. 135.

(2) Lettre de Galilée à Cioli, 23 juillet 1633,

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grand-duc et les démarches multipliées de l’ambassadeur, ce fut un nouveau décret du 1 er décembre, qui « concéda à Galilée la faculté d’habiter sa maison » de campagne à la condition d’y vivre comme dans » une solitude, de n’y appeler et de n’y recevoir per- » sonne pour des entretiens (1). »

Ces adoucissements à la rigueur de la peine édictée par la sentence de condamnation ont été présentés comme des preuves de l’extrême indulgence '• avec laquelle Galilée aurait été traité.

Bergier, avec son audace ordinaire, n’a pas hésité à affirmer qu’ après la sentence rendue et la rétractation de Galilée, «il fut le maître de retourner dans sa » patrie». . ... . .

Plus tard, Tiraboschi put de bonne foi invoquer le témoignage de Galilée lui-même, rendant compte à Vincent Renieri de l’issue de son procès.

« Une pitié généreuse me donna pour prison l’ha- » bitation de l’ami le plus cher que j’eusse à Sienne,

» monseigneur l’archevêque Piccolomini. Sous le » charme de sa conversation, le calme et la satisfac- » tion rentrèrent dans mon âme, au point que je pus » reprendre mes études et mener à fin d’importantes » recherches sur la résistance des solides et diverses » questions mécaniques. Après cinq mois environ,

» l’épidémie ayant cessé de sévir sur ma patrie, vers

(i) Marini, p. 138. — Procès, p. 535.

EXÉCUTION DE LA SENTENCE DE GALILÉE. 269 » le commencement de décembre de cette année » 1633, Sa Sainteté a substitué à l’étroitesse de » cette habitation la liberté des champs, à laquelle » j’aspirais tant, et je me suis rendu dans la villa de » Bello-sguardo et ensuite à Arcetri, où je respire en » ce moment cet air salubre de la patrie, près de ma » chère Florence. »

En 1816, quand M. Biot écrivit sa première notice biographique sur Galilée, on ne savait pas encore que la lettre à Renieri était l’œuvre d’un faussaire qui, sans doute par zèle pour la gloire de l’Inquisition, avait cherché et réussi à tromper, au moment opportun, l’auteur de l’histoire littéraire de l’Italie. Les appréciations de l’illustre biographe français ont été évidemment influencées par la teneur du document apocryphe.

« S’il ne recouvra pas d’abord une entière liberté, » a dit M. Biot, du moins sa captivité fut aussi douce » quelle pouvait l’être, puisqu’il eut pour prison le » palais de l’archevêque de Sienne, Piccolomini, son » ami et son élève, palais magnifique et entouré » de superbes jardins. Enfin , au commencement de » décembre 1633, le pape lui donna la permission » de venir librement résider à la campagne, près de » Florence ; et plus tard l'entrée de cette ville lui fut » accordée, quand ses infirmités l’exigeaient (1). » '

(1) Biogr. univ., t. XVI, p. 328.

Dans l’impossibilité de se servir d’une pièce reconnue fausse, pour faire attester par Galilée luimême la bénignité de ses juges, M sr Marini a espéré atteindre le même but en détachant des pièces du procès une lettre inédite, dans laquelle Galilée, peu de jours après son arrivée à Arcetri, se crut obligé de remercier officiellement le cardinal Barberini pour la part que son affectueuse et puissante intercession avait eu dans la faveur qui venait de lui être accordée (1).

Sans contredit, après la sentence du 22 juin 1633, on avait le droit de retenir jusqu’à sa mort Galilée dans les cachots de l’Inquisition. Il est équitable de tenir compte à ses persécuteurs de ce qu’ils ne lui ont pas fait tout le mal qui était en leur pouvoir.

Mais c’est dans les lettres où Galilée a pu exprimer sa pensée plus librement que dans un billet officiel d’action de grâces à joindre au dossier de son procès, c’est dans les faits, tels qu’ils se sont réellement passés, qu’ii faut chercher jusqu’à quel point il est permis de contester la mansuétude de l’Inquisition et la générosité d’Urbain VIII.

On ne se contenta pas de l’humiliation personnellement imposée à Galilée dans la cérémonie publique de Rome. L’Inquisition chargea les nonces apostoliques de faire connaître dans le monde entier la senti) Marini, p. 140. — Procès, p. 541,

EXÉCUTION DK LA SENTENCE DE GALILÉE. 27i tence et l’abjuration. Des mandèments d’évêques, pour l’annoncer à tous, furent promulgués et affichés dans les principales villes de l’Italie. La défense d’enseigner la doctrine condamnée fut signifiée aux universités, sous la menace des poursuites de l’Inquisition.

A Florence, le 1 2 juillet, les principaux élèves de Galilée, Mario Guiducci, le sénateur Pandolfini, Francesco Rinuccini et les professeurs Nicolo Aggiunti et Dino Péri, durent, sur l’ordre de l’inquisiteur, se rendre à l’église de Sainte-Croix, pour y entendre la lecture de la condamnation et de l’abjuration.

Pendant que le silence était imposé aux défenseurs de la vérité, on tolérait, on encourageait les publications destinées à la combattre. Des réfutations du système de Copernic et du dialogue de Galilée par Scheiner et Inchofer à Rome, par Antonio Rocco à Venise, par Claude Berigard et Chiaramonti à Florence, étaient accueillies avec faveur, et quelquesunes patronées par le cardinal Barberini et même par le grand-duc, qui en acceptaient la dédicace.

On a vu combien il fallut d’insistance et d’efforts pour obtenir d’Urbain VIII les premiers adoucissements apportés aux rigueurs de la peine infligée à Galilée. La ténacité de son ressentiment, que rien ne put fléchir, confirme les témoignages historiques

(1) Lettre de M. Guiducci, 27 août 4633,

d’après lesquels le Dialogue sur les systèmes du monde aurait blessé sa vanité de bel esprit plus encore que sa conscience de catholique.

Ce ressentiment s’étendit tout d’abord jusque sur ceux qui avaient favorisé ou autorisé la publication de cet ouvrage. Urbain Vlll destitua de leurs charges Ciampoli et Riccardi, qu’il accusait injustement de l’avoir trompé ou de s’être laissé tromper, et l’inquisiteur de Florence qui n’avait eu d’autre tort que d’obéir aux ordres de la cour de Rome.

On le retrouve malveillant et irrité en toutes circonstances, pendant tout le reste de la vie de Galilée et même encore après sa mort.

Les plus vives instances pour obtenir la grâce entière de Galilée furent faites auprès de lui, à diverses reprises durant dix années, par les plus honorables et les plus grands personnages, entre autres par l’ambassadeur de France, comte de Noailles, et par le roi de Pologne. Urbain VIII demeura inflexible et refusa, non-seulement sa pleine liberté, mais même la faveur d’achever ses jours dans sa maison de Florence à un vieillard accablé d’infirmités et aveugle. Et quand, après sa mort, ses amis et les admirateurs de son génie voulurent lui ériger, à leurs frais, un tombeau dans l’église de Sainte-Croix de Florence, Urbain VIII s’y opposa, prétendant que ce serait donner au monde un mauvais exemple que d’ honorer ainsi un homme qui avait été reconnu coupable par

le saint-office et qui, en soutenant une opinion fausse, avait scandalisé l’univers chrétien (1).

Ce n’est pas sans motif que Galilée et ses amis ne se lassaient pas de solliciter cette liberté qui lui fut si opiniâtrément refusée.

Les restrictions exprimées dans les décrets qui lui assignèrent pour prisons l’archevêché de Sienne et ultérieurement la villa d’Arcetri, ne demeurèrent pas lettre morte.

Pendant son séjour à Sienne on lui refusa la permission d’accompagner l’archevêque à une maison de campagne du voisinage de la ville.

Il dut se soumettre réellement à l’interdiction des réunions académiques, des réceptions, des repas d’amis.

L’inquisiteur de Florence fut chargé de s’assurer si ses habitudes de vie demeuraient humbles et tristes, et si ses élèves ne se réunissaient pas dans sa maison.

On tint à lui interdire jusqu’à l’espérance.

L’ambassadeur de Toscane avait demandé dans un mémoire qu’il fût permis à Galilée de rentrer à Florence.

En revenant de visiter, à son couvent près d’Ar-

(1) Lettre de Niccolini à la secrétairerie d’Etat, 25 janvier 1642. Nelli, p. 85i. — Non publiée dans l’édition de Florence.

(2) Lettre de Boccherini, 16 septembre 1633. Nelli, p. 554. — Non publiée dans l’édition de Florence.

274 DÎALOGUË SÜR LES SYSTÈMES DÜ MONDE.

cetri, sa fille mourante, Galilée trouva dans sa maison la réponse du saint-office. C’était le vicaire de Tinquisiteur qui venait lui signifier l’ordre de s’abstenir dorénavant de faire demander la permission de retourner à Florence, sous peine d’être réintégré à Rome dans la vraie prison du saint-office. Galilée dut en conclure « qu’il n’y aurait d’autre terme à sa » prison actuelle que la prison plus étroite et plus » durable qui est réservée à tous les hommes (1). » Sa fille Succomba le lendemain.

Peu de temps après, le 27 avril 1634, Galilée rendait à Boccherini compte de son état en des termes qui prouvent que le but de l’Inquisition était largement atteint. « Ma hernie est revenue plus volumi- » neuse que par le passé. Mon pouls est intermittent. » J’ai des palpitations de cœur, une tristesse, une » mélancolie immense, une inappétence absolue. Je » me suis odieux à moi-même et je m’entends inces- » samment appeler par ma fille bien-aimée... Une » perpétuelle insomnie me jette dans l’épouvante...

» Je ne me sens pas le courage d’écrire à l’ambas- » sadeur Albizzi... Je suis tellement hors de moi » que je ne peux même répondre à mes meilleurs » amis... (2). »

En 1637, Galilée perdant la vue de l’œil droit, de

(1) Lettre de Galilée à Diodali, 25 juillet 1634.

(2) Lettre de Galilée à Boccherini, 27 avril 1634.

EXÉCUTION DË LA SËNTËNCË Dfi GALILÉE. 27a cet œil qui, comme il avait le droit de le dire, « avait » accompli tant de glorieux travaux (1) , » était menacé d’une cécité complète par l'affaiblissement de son œil gauche; et bientôt « cet univers, dont il avait » reculé les limites cent et mille fois au delà de ce » qu’avait fixé la science des siècles passés », devait se réduire pour Galilée « à l’espace occupé par sa » personne » (2).

A tant de motifs qu’il avait pour souhaiter son retour à Florence s’ajoutait le besoin pressant de se faire soigner.

Il se décida à faire solliciter cette faveur par l’entremise de Castelli et de l’ambassadeur de Toscane (3).

Les démarches de Castelli, d’ailleurs infructueuses, eurent au moins cet avantage de faire savoir que l’interdiction de demander des faveurs au saint-office ne s’appliquait qu’à des tiers, et que Galilée pouvait dans ses nécessités s’adresser directement à la congrégation suprême (4) .

Galilée souscrivit un modèle de pétition que Castelli lui avait donné en ces termes: « Galileo Galilei, » serviteur très-humble de leurs Eminences, leur

(1) Lettre (le Galilée à Diodati, A juillet 1G37.

(2) Du môme au même, 2 janvier 1G38.

(3) Lettre de Castelli, 13 juin 1637.

(4) Lettre de Castelli, 12 décembre 1637. . *

» expose respectueusement que se trouvant séquestré » depuis quatre ans, par ordre de la sainte congré- » gation, hors de Florence, ayant, après une longue » maladie qui a mis sa vie en danger, perdu complé- » tement la vue, comme l’attestent les certificats raé- » dicaux ci-joints, et ayant ainsi le plus pressant » besoin de se faire traiter, il a recours à la clémence » de leurs Eminences et les supplie de lui accorder » la grâce de sa libération dans son état de misère » extrême et de vieillesse décrépite (1). »

La supplique fut remise par Castelli vers la fin de janvier.

Le pape, avant de rien décider, voulut qu’ôn s’assurât de l’état de la santé de Galilée et de la nature de ses occupations et de ses relations, en vue de préjuger ce qu’on pourrait avoir à craindre de son séjour à Florence pour la propagation de sa doctrine (2).

L’inquisiteur général Fanano, chargé de cette mission, se transporta à l’improviste à Arcetri, se faisant accompagner d’un médecin étranger, son affidé. Voici ce qu’il constata dans son rapport du 13 février 1638:

« Je l’ai trouvé totalement privé de la vue et com- » plétement aveugle, et, bien qu’il se flatte encore de » guérir les cataractes n’ayant pas plus de six mois,

(1) Lettre de Castelli, 9 janvier 1638.

(2) Du mime, 30 janvier 1638

EXÉCUTION DE LA SENTENCE DE GALILÉE. 277 » l avis du médecin est, qu’à raison de l’âge de » soixante-dix ans, le mal doit être considéré comme » incurable. Il a une très-grave hernie, des douleurs » continues pour la vie et une insomnie, qui, d’après » son affirmation et le rapport des gens de sa maison, » ne lui laisse pas une heure de sommeil sur vingt- » quatre. 11 est du reste tellement exténué qu’il res- » semble plus à un cadavre qu’à un vivant.

» La villa est éloignée de la cité et d’un accès peu » commode. Les visites de médecin ne peuvent » être obtenues que rarement, difficilement et à » grands frais.

» Les études de Galilée ont été interrompues par » sa cécité, bien qu’il se fasse faire encore quelques » lectures. „ •

» On ne recherche pas sa conversation ; dans son » état de maladie, il ne peut guère que se plaindre » de ses souffrances et entretenir de ses infirmités » ceux qui viennent parfois le visiter.

» Je crois donc que si Sa Sainteté, dans son infinie » bonté, lui accordait la faveur de séjourner à Flo- » rence, il n’aurait pas l’occasion de faire des réu- » nions, et, s’il l’avait, son abattement est si extrême » qu’il suffirait, pour s’assurer de lui, de le tenir en » bride par un bon avertissement (I). »

Le 9 mars, l’inquisiteur général annonça à Galilée

(1) Lettre de Fanano au cardinal Barberini, 13 février 1638.

que Sa Sainteté lui permettait de se transporter de sa villa dans sa maison de Florence, pour s’y faire traiter de sa maladie, et lui enjoignait de se rendre, à son entrée en ville, directement au saint-office, pour y recevoir communication de ce qui lui serait prescrit (1).

La prescription consistait essentiellement dans la défense, sous peine d’incarcération réelle pour la vie et d’excommunication majeure, de sortir en ville et de s’entretenir avec qui que ce fût de son opinion condamnée sur le mouvement de la Terre (2).

L’inquisiteur s’appuyait, pour garantir au cardinal Barberini l’efficacité des injonctions faites à Galilée, sur l’état misérable de sa santé, sur sa frayeur extrême de perdre la faveur obtenue, sur la situation de sa maison dans un quartier reculé et isolé. Il ajoutait qu’on pouvait compter aussi sur l’intérêt personnel qu’aurait le fils de Galilée, qui demeurait constamment auprès de lui, à exécuter l’ordre qui lui avait été donné de n’admettre auprès de son père aucune personne suspecte et de faire promptement retirer les personnes admises à le visiter. L’inquisiteur devait d’ailleurs veiller personnellement à ce que tous les commandements de Sa Sainteté fussent strictement observés.

(1) Lettre de Fanano au cardiaal Barberini, 9 mars 1638.

(2) Du même, 10 mars 1638.

L’inquisiteur y veilla en ellët (1). Ainsi, ce n’est que sur une permission expresse du saint- ollice et du pape que Galilée fut autorisé à sortir de sa maison le jeudi, le vendredi, le samedi saints et le jour de Pâques, pour aller faire ses dévotions à sa paroisse ou à l’église la plus voisine. Au premier avis qu’un envoyé des États de Hollande devait venir à Florence pour conférer avec Galilée sur son projet relatif à la détermination des longitudes, l’inquisiteur donna à Galilée un avertissement qui le décida à refuser persévéraminent, dans la crainte de se compromettre, les lettres et la chaîne d’or que lui envoyait le gouvernement hollandais (2) .

Pans la prévision qu’une mort prochaine enlèverait au inonde le glorieux martyr de la science, la cour de Toscane accueillit la généreuse pensée de chercher à sauver dans l’intérêt public les résultats de ses travaux dont la maladie et la cécité lui avaient rendu l’achèvement impossible.

L’ambassadeur de Toscane fut chargé officiellement au nom du grand-duc, d’inviter le père Castelli avenir passer deux mois à Florence, pour y recueillir de la bouche du maître ce qu’il ne voudrait certainement confier qu’au plus cher de ses disciples (3) .

(1) Lettre de Fra Agabilo, vicaire de l’Inquisition, 28 mars 1G38.

(2) Lettre de Fanano au cardinal Barbcrini, 2:1 juillet 1G38.

(3) Lettre de Cioli à Niccolini, 9 septembre 1G38,

Castelli s’adressa, pour obtenir l’autorisation nécessaire, à Urbain VIII lui-même, qui déclara ne pouvoir consentir à ce que Castelli pût entretenir Galilée autrement qu’en présence d’un tiers (1).

L’inquisiteur signifia au père Castelli qu’il lui était permis de visiter Galilée aussi fréquemment qu’il conviendrait pour le bien de son âme, et pour acquérir une connaissance entière du moyen denaviguerà l’aide de la longitude du pôle, maisqu’il lui était défendu, sous peine d’excommunication majeure, de parler de l’opinion condamnée du mouvement de la Terre (2) .

Telles furent les grâces et les faveurs accordées à Galilée par l’Inquisition et par le pape Urbain VIII. Telle fut la liberté dont il put jouir dans ses réclusions à Sienne, à Arcetri, à Florence.

Quant aux sentiments que cette conduite de ses adversaires et de ses juges suscita en lui, il serait facile de les deviner, lors môme qu’il ne les aurait pas laissé entrevoir dans sa correspondance, où la crainte qu’une lettre ne s’égarât ou ne fût interceptée comprimait, même vis-à-vis de ses plus intimes amis, l’expansion de son indignation.

On a vu avec quelle amertume de douloureux désespoir il ressentit le coup dont l’Inquisition le frappa au moment où la mort lui enlevait sa fdle.

(1) Lettre de Niccolini à Cioli, 25 septembre 1638.

(2) Lettre de Fanano au cardinal Barberini, 4 octobre 1638.

EXÉCUTION DE LA SENTENCE DE GALILÉE. 281 On retrouve le chagrin profond de la perte de la liberté et la conscience d’une infortune imméritée, dans un grand nombre de ses lettres et jusque dans la dernière qui ait été conservée et qu’il fit écrire de son lit de mort, à une parente qu’il remerciait de sa sympathie pour ses misères et pour ses disgrâces (1) .

Il ne faudrait pas croire pourtant qu’au milieu de tant de souffrances physiques que dépassaient encore, d’après son témoignage, ses souffrances morales, il ait manqué d’énergie morale, de courage scientifique et de résignation religieuse (2) .

Peu de temps après sa condamnation, à Sienne, il mit la dernière main à la plus grande, à la plus glorieuse de ses œuvres, qui a créé la mécanique.

De l’état d’accablement désespéré dans lequel le plongea, à Àrcetri, la mort de sa sainte et digne fille, ne tarda pas à se relever.

1 17 août 163â, en remerciant Bernegger de sa iction du Dialogue sur les systèmes du monde , ait: « Que l’étroitesse de l’espace dans lequel il lit condamné à traîner sa chaîne ne pouvait arrêr ni comprimer l’essor de son esprit, incessamment gité de pensées viriles, et qu’il supportait avec ésignation la solitude de son étroite demeure, dans

(1) Lettre à Alexandra Boccherini, 20 décembre 1641.

(2) Lettre à Diodati, 7 août 1638.

» l’espoir qu’il soutiendrait plus fermement l’arrivée » probablement assez prochaine de la mort, préparé » qu’il serait par 9es quelques arpents de terre aux « trois brasses du tombeau, où son nom ne s’enseve- » lirait pas avec son corps (1). »

Devenu complètement aveugle, il n’abandonna pas le travail de la méditation, et il ne renonça même pas à la réalisation de son projet de détermination des longitudes,

Enfin, celui qui, suivant l’inquisiteur Fanano, ressemblait plus à un cadavre qu’à un vivant et qui devait bien plutôt songer à reposer sa tète dans le tombeau qu’à élever sa pensée jusqu’aux études mathématiques, trois mois avant sa mort appelait à lui Torricelli pour discuter avec lui les problèmes de physique qui lui restaient à résoudre, et lui transmettait en mourant ses dernières pensées et son génie.

(1) Lettre à Bernegger, 17 août 1634,

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