‹ GaliléeChapitre 11 sur 41 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Vie et travaux de Galilée, depuis i’avénement d’Urbain VIII jusqu’à son second procès. — Ses relations avec Urbain VIII. — Publication de son Dialogue sur les systèmes du monde. — (1623 à 1632.)

En 1625, Galilée fut rassuré par P avènement du pape Urbain VIII, c’est-à-dire de ce cardinal florentin Maffeo Barberini, qui lui avait témoigné, en 1615 et 1616, une grande bienveillance, tout en repoussant son système du monde. Ce cardinal avait même composé, et avait envoyé à Galilée,

le 28 août 1620, avec une très-aimable lettre, une pièce de vers latins en l’honneur de ses découvertes astronomiques. Lié avec le prince Cesi et avec divers membres de l’académie des Lincei, le nouveau pape s’annoncait comme le protecteur des lettres et des sciences.

Alors Galilée osa écrire son chef-d’œuvre de polémique, l'Essayeur ( il Saggiatore), en réponse à la Balance du P. Grassi. Ses amis de l’académie des Lincei obtinrent une permission d’imprimer et une approbation très-flatteuse du P. Riccardi, examinateur l, et publièrent l’ouvrage. Galilée y défend victorieusement les services qu’il a rendus à la science; il prend, contre certaines attaques maladroites, la défense de Copernic et de Kepler. Il dit que, si leur système est condamné par la foi, cela ne dispense pas les savants qui le rejettent de lui opposer de bonnes raisons scientifiques, et de justifier ainsi la condamnation. Il montre que ce système est en parfait accord avec les observations télescopiques, qui réfutent les hypothèses des adversaires. Mais, comme il serait dangereux d’avoir trop raison, il conclut que, ce système étant condamné par l’autorité ecclésiastique, il faut en chercher un autre, qui ne soit ni l’hypothèse désormais insoutenable de Ptolémée et des péripatéticiens, ni le système , trop incomplet suivant lui , de Tyeho Brahe. Ensuite, il arrive aux comètes. Embarrassé de soutenir son opinion, d’après laquelle elles seraient produites par des exhalaisons terrestres, il glisse adroitement sur ce point faible, et prend l’offensive en se rejetant sur les défauts des preuves de son adversaire. Si ce dernier avait

1 IX, 22 et 25-2G.

prouvé que les comètes fussent des corps, il aurait le droit d’essayer de leur appliquer le calcul des parallaxes pour obtenir leurs distances ; mais il n’en est pas de même, si les comètes peuvent être de simples phénomènes optiques, produits, comme les halos et les parhélies, dans un milieu réfringent. Or, cette hypothèse, dit-il, n’a pas été réfutée. De plus, il met habilement en relief d’autres défauts des calculs de parallaxes, tels qu’ils ont été appliqués jusqu’alors aux comètes par divers auteurs, et les résultats énormément différents auxquels ces auteurs sont arrivés pour une même comète; il montre que, d’après le calcul des chances d’erreur, il n’v a aucune moyenne à prendre entre ces résultats, ni aucune conclusion certaine ou seulement probable à en tirer. Cependant il admet volontiers que les comètes sont plus éloignées de nous que la lune, mais il ne veut pas qu’on les compare aux planètes: il les en distingue par leur disque mal terminé et nébuleux, par la très-petite densité de leur substance, qui de près, dit-il, serait peut-être invisible, et par l’absence d’orbites à peu près circulaires. Il va jusqu’à soutenir, avec Képler, que leur marche apparente, vue de la surface de la terre, peut s’expliquer par un mouvement réel des comètes en ligne droite. Enfin, il combat l’opinion du P. Grassi, qui, tout en plaçant, malgré Aiistote, les comètes dans la région des étoiles, veut, comme Aristote, qu’elles soient composées de matières qui brûlent lentement. Mais surtout il relève une à une toutes les fausses citations, les fausses interprétations , les erreurs de logique , de géométrie, de perspective, d’optique, de physique et d’astronomie, que le pseudonyme Sarsi avait commises, soit dans ses discussions sur les comètes, soit dans ses attaques

épisodiques contre diverses doctrines de Galilée. Ce dernier trouve ainsi l’occasion d’éclaircir un grand nombre de questions de science et de méthode. Par exemple, il montre que, lorsque des distances très-différentes pour un même corps ont été trouvées par le calcul des parallaxes, il ne faut pas prendre une moyenne entre les distances calculées, mais entre les parallaxes observées, et qu’une différence minime entre les plus faibles des parallaxes trouvées, produit entre les distances calculées une différence énorme1. Citons encore un exemple: les vues erronées du P. Grassi sur les effets du télescope, par rapport aux objets très-éloigués, fournissent à Galilée une occasion, qu’il saisit, d’expliquer comment cet instrument, tout en augmentant le diamètre apparent de tous les corps sans exception, produit des effets si différents, et qui semblent si contraires, suivant qu’on l’applique à l’observation des étoiles fixes, qu’il fait paraître comme des points brillants sans étendue, parce qu’il supprime Pirradiation sans leur donner un diamètre appréciable, ou bien à l’observation du soleil, de la lune et des planètes, dont il amplifie le disque, mais dont il diminue d’autant l’éclat pour chaque unité de surface apparente2.

Urbain VIII, à qui Galilée avait dédié l'Essayeur , se faisait lire à table cet ouvrage plein d’esprit et de savoir, et y prenait grand plaisir3. Pourtant l’Essayeur fut dénoncé à l’inquisition romaine comme contenant une approbation dissimulée du système de Copernic, et nous venons de voir qu’en effet telle était la tendance bien réelle d’un passage du livre. Un

1 IY, 264-205. Comparez I, 314-317. — 2 iy, 192-204, 210-217, 349- 355. — 3 IX, 43-44.

G A L l LEE,

cardinal, chargé de faire un rapport sur l’affaire, prit pour consulteur le P. Guevarra, général des théatins, qui lui fit un grand éloge de l’ouvrage, et lui remit une note pour établir que, lors même que la doctrine du mouvement de la terre y serait soutenue, il n’v aurait pas lieu de poursuivre l. Le 18 décembre 4625, Guiducci, maintenant fixé à Rome, écrit à Galilée que le nouveau pape et le nouveau cardinal neveu Francesco Barberini désirent sa présence. Tous ses amis l’appellent à Rome. Vers Pâques de l’année 1624, Galilée, muni d’une lettre de recommandation de la grandeduchesse Christine de Lorraine pour son fils le cardinal de Médicis, partit pour Piome, afin de rendre ses hommages à Urbain VIII, et de profiter des circonstances pour obtenir de ce pape, si bien disposé en sa faveur, la tolérance qu'il désirait pour son système du monde2. Nous verrons qu’il n’atteignit pas ce second et principal but de son voyage.

Cependant le séjour de Galilée à Rome, en 1624, ne fut pas inutile pour la science. Galilée vit à Rome, pour la première fois, un microscope à deux lentilles convexes, inventé par le hollandais Drebbel, et envoyé de Provence à Àleandro par Peiresc, mais dont personne à Rome ne savait se servir3. M. Rezzi a démontré qu’en 1610 Galilée avait inventé, non pas le microscope avant Drebbel, comme l’avait dit Viviani4 mal informé, mais que, comme il résulte du témoignage de Wodderborn, disciple de Galilée àPadoue, Galilée, en 1610, avait trouvé seulement la manière d’employer le télescope au grossissement des objets petits et rapprochés, comme il

1 IX, 79. — 2 YI, 289-291; IX, 42-45, 48-50, 51-55, 55-50. — 3 Voyez M. Rezzi, p. 8-10, et les lettres de Peiresc citées par lui, p. 50-40. — 4 XV, 549.

GAULÉE.

l’indique lui-même dans un passage de V Essayeur1. En 1624, Galilée vit tout de suite l’usage de l’instrument de Drebbel, le perfectionna, et fabriqua des microscopes, qu’il envoya do tous côtés à ses amis, comme il avait fait pour son télescope. 11 ne s’attribua jamais l’invention première du microscope2.

Urbain VIII accueillit Galilée à Rome avec la plus grande bienveillance, mais ne se montra pas disposé à laisser enseigner le système de Copernic comme vrai. 11 disait5 au cardinal Hohenzoller, qui le répétait à Galilée, que la sainte Eglise n’avait pas condamné et ne se proposait pas de condamner l’hypothèse du mouvement de la terre comme hérétique , et qu’elle l’avait condamnée seulement comme téméraire. Ce langage était plus qu’inexact. L’hypothèse du mouvement de la terre n’avait été condamnée par l'Eglise ni comme hérétique, ni comme téméraire, puisqu’elle n’avait pas été condamnée du tout par l'Église : en 1616, cette hypothèse avait été condamnée, non pas seulement comme téméraire, mais comme fausse et tout à fait contraire à l'Écriture sainte, par la congrégation de l’index, sans ratification du pape. Urbain VIII, dont la mémoire était si peu fidèle sur ces faits accomplis sous ses yeux huit ans auparavant, ne se trompait pas moins dans ses prévisions sur l’avenir de cette hypothèse astronomique, lorsqu’il ajoutait que jamais les astronomes ne prouveraient qu’elle fût vraie. Dans une discussion familière, Urbain VIII voulut même prouver à Galilée que cette hypothèse était fausse4. Galilée ne se laissa pas convaincre.

1 IV, 213 et 215-210. — 2 VI, 297-298; IX, 64-65. — 3 VI, 296. — 4 IX, 421, 437.

Après avoir reçu du pape un tableau, quelques menus dons et la promesse d'nne pension pour son fds, il alla reprendre à Florence ses travaux. Bientôt après, le 8 juillet 1624, Urbain YI1I écrivit au grand-duc une lettre dans laquelle, après avoir exalté les découvertes astronomiques de Galilée, le mérite littéraire de ses œuvres et le haut intérêt de ses doctes dissertations, il louait ses bonnes qualités, sa vertu, sa piété et son amour de la religion. Il ajoutait : « Nous tenons à vous déclarer que nous vous saurons gré de tout le bien que vous pourrez lui taire en imitant ou même en surpassant les effets de notre libéralité paternelle. » En un mot, Urbain VIII aimait et estimait Galilée, mais aurait voulu qu'il renonçât à son système du monde, ou du moins qu’il ne manifestât plus cette opinion, qu’Urbain Vllï ne voulait pas déclarer hérétique, mais qu’il déclarait téméraire et qu’il croyait fausse. Galilée comprit q-ue, même sous Urbain VIH, le décret de la congrégation de l’index contre le système de Gopernic resterait en vigueur : il espéra seulement qu’on en laisserait éluder un peu l’application, comme on l’avait fait déjà pour la publication de son Essayeur.

Pendantle séjour de Galilée à Borne en 1616, lugoli, alors avocat à Ravenne et plus tard secrétaire de la Propagande à Rome, partisan de l'ancien système du monde, mais admirateur de Galilée, lui avait adressé, sous forme de lettre, une série d’objections contre le nouveau système, et en avait répandu en Italie beaucoup de copies. Galiiée avait jugé prudent de ne pas lui répondre. Léo novembre 1616, Campanella, qui avait eu en main une de ces copies, avait écrit à Galilée qu’il se chargerait volontiers de réfuter cet opuscule. En 1618, Kepler, dans son Abrégé de l'astrono -

mie de Copernic, avait combattu les objections d’Ingoli, qui avait répliqué dans une lettre adressée à un camérier du pape Paul V. En 1624, pendant son séjour à Rome sous Urbain YI II, Galilée ne craignit plus d’envoyer à Ingoli une remarquable réponse1, qui est comme une préparation du Dialogue sur les systèmes du monde. Se souvenant du décret de 1616, il dit que son but n’est pas de présenter comme vrai unsystème condamné, mais qu’il a deux choses à défendre, savoir : son honneur et celui des catholiques. Il défend son honneur, en prouvant qu’avant d’ètre condamné le système adopté et soutenu autrefois par lui n’était ni invraisemblable, ni absurde. 11 défend l’honneur des catholiques d’Italie devant les protestants d’Allemagne, tous coperniciens, en montrant que la doctrine de Copernic est bien connue et bien comprise en Italie, et que ce n’est pas par ignorance des vraisemblances philosophiques qu’on peut faire valoir en faveur de ce système, mais en vertu des raisons théologiques supérieures, qu’on a condamné à Rome ce système en 1616. Après cet exorde insinuant, Galilée réfuté une à une, avec beaucoup de politesse, toutes les objections d’Ingoli, et termine en lui annonçant qu’il travaille à un traité du llux et du reflux de la mer, conçu dans l’hypothèse du mouvement de la terre, et dans lequel il aura l’occasion de revenir sur toutes ces questions. Malgré les précautions prises pour ne pas se mettre en contradiction ouverte avec le décret public du 5 mars 1616, Galilée eut la prudence de ne pas faire imprimer sa réponse à Ingoli. Mais, le 26 décembre 1625, Mgr Ciampoli écrivait à Galilée que le pape avait pris con-

1 il, 04-115.

naissance de quelques parties de cette réponse manuscrite, et qu’il les avait goûtées. D’après cet essai, Galilée put croire que le pape ne serait pas trop sévère dans l'exécution du décret de 1016. Pour le projet que Galilée méditait, c’était encourageant.

En 1624, Urbain VIII avait promis une pension pourVincenzo, fds de Galilée; cette pension de soixante éeus fut accordée en 1627; mais le jeune homme ne voulut pas l’accepter, à cause des pratiques religieuses qui en étaient la condition. Elle fut transférée sur la tête de Vincenzo, neveu de Galilée, qui devait venir prochainement à Rome. Mais il s’en montra fort indigne, et, rappelé de Rome à Florence par son oncle, il quitta bientôt l’Italie, comme nous l’avons vu, pour se fixer en Pologne. En 1651, cette pension fut portée à cent écus et transférée à Galilée lui-même, à condition qu’il se ferait tonsurer, parce qu’elle était déléguée sur les revenus de deux bénéfices ecclésiastiques à Pise et à Brescia. Le payement en fut très-inexact, et souffrit beaucoup de difficultés de la part des bénéficiers qui devaient la servir ; mais Galilée continua pourtant de la toucher, même après sa condamnation1.

Le traitement que Galilée recevait comme professeur sans fonctions à l’université de Pise se trouva, d’après certains arrangements avec la cour de Rome, être pris sur des fonds ecclésiastiques destinés à rétribuer des fonctions réelles dans l’enseignement. En 1630, les ennemis de Galilée profitèrent de cette circonstance pour essayer de lui faire perdre son

* VI, 295; Suppl., 161-162, 178-179, 186-187; IX, 70, 97-98, 114; Suppl., 195-196, 197, 226-227 ; IX, 200, 204-205, 221-222, 238-239, 286 .

traitement ; mais on para le coup en lui procurant une place équivalente clans la magistrature de la même université1.

Les sentiments affectueux qu’avant et depuis son avènement Urbain VIII avait manifestés pour Galilée, avaient produit sur les ennemis du savant florentin deux effets différents suivant leurs caractères. Le P. Caccini, ce calomniateur furibond en 1015 et réduit à faire des excuses à Galilée en ICI G, allait répétant partout en 1625 que Galilée aurait passé devant l’inquisition, si la faveur de certains princes ne lui avait pas servi de bouclier : du moins, voilà ce que le P. Castelli avait entendu dire et ce qu’il écrivait de Pise à Galilée le 5 décembre 1625, quelques mois après Pavénement d’Urbain VIII. Mais le P. Grassi, ce violent agresseur de Galilée en 1619, montrait en 1625 des dispositions toutes différentes : encore tout meurtri des rudes coups que Galilée, usant du droit de légitime défense, venait de lui porter dans l’Essayeur, il exprimait cependant à Guiducci son désir de voir bientôt Galilée à Rome, pour lier amitié avec lui , et, le 18 décembre 1625, Guiducci, aussi honnête et aussi crédule que le P. Castelli l’avait été en 1615 devant l'astucieux archevêque de Pise, transmettait, à Galilée l’expression de ce vif désir du bon père. Le 6 septembre 1624, Guiducci, séduit par l’amabilité du P. Grassi, rendait compte à Galilée d’un entretien dans lequel ce père lui avait dit que la théorie de Galilée sur le mouvement de la terre considéré comme cause probable des marées était très-ingénieuse, que Galilée avait raison de ne !a soutenir provisoirement que comme une hypothèse, mais que, si le mouvement de la terre venait à

1 IX, 165-166, 192 ; Suppl., 254.

être démontré, les théologiens devraient changer leur interprétation des textes sacrés sur la stabilité de la terre et le mouvement du soleil. Voilà bien la répétition delà comédie jouée avec le P. Castelli par l’archevêque de Pise, agent secret de l’inquisition, et qui, en 1615, par une conversion soudaine, feignait d’approuver la lettre de Galilée et celle du P. Foscarini en faveur du système de Copernic. Les 15 et 28 septembre 1624, Guiducci écrit à Galilée que des invitations lui arrivent d’aller entendre des lectures au collège romain des jésuites, que le P. Grassi le comble de prévenances et lui témoigne le désir de s’instruire à fond du nouveau système du monde. Guiducci dit qu’il ne désespère pas de convertir entièrement ce père jésuite à la. doctrine du mouvement de la terre. Cependant, dès le 8 décembre 1624, le même Guiducci écrit à Galilée que le mardi précédent on a prononcé au collège romain une violente invective contre les partisans des opinions nouvelles et contraires au péripatétisme l. Bientôt il envoie à Galilée le texte imprimé de ce discours du P. Spinola. Le P. Grassi lui-même, jetant un masque inutile, publie en 1626 à Paris, et en 1 627 à Naples, contre l 'Essayeur de Galilée, une réplique haineuse, intitulée en mauvais latin : De ratione ponderum librœ et simbellce; par exemple, il s’efforce de montrer que la physique de Galilée conduit à la négation de la présence réelle dans l’eucharistie2, et il insinue que Galilée, pensant comme Épicure, ïelesio etCardano sur quelques questions de physique, doit être complice de leurs impiétés3. Ces injustes accusations

i IX, 52, 66-69 ; Suppl., 162-164, 169-170, 175-177. — 2 IV, 486-487, — 3 IV, 590, 475, 494.

d’un jésuite du college romain contre un livre approuvé à Rome allèrent chercher loin de Rome des imprimeurs. Sur ce libelle plein d’insinuations méchantes et calomnieuses et d'erreurs de physique, nous avons des notes de Galilée, d’autant plus vives qu’elles n’étaient pas destinées à 1 impression. La première de ces notes consiste en deux vers italiens que Galilée applique à la douceur feinte du P. Grassi ; en voici la traduction : « Le visage simule la paix ; mais c’est vengeance que crie le cœur au dedans, et il ne se propose pas autre chose. )) De son côté, en 1650, le P. Scheiner, dans son ouvrage astronomique si bizarrement intitulé Piosaursina , attaque injustement Galilée à propos d’une question de priorité pour la découverte des taches solaires, et Galilée repousse énergiquement cette attaque en 1652 dans le Dialogue pour lequel il fut condamné par l’inquisition. Ge fut à 1 influence conquise peu à peu par quelques jésuites sur l’esprit du pape, que Galilée attribua ses malheurs.

Galilée avait abandonné le projet de développer l’opuscule sur les marées présenté par lui en 1616 au cardinal Orsini, et de ne combattre les objections contre le système de Copernic qu’à propos du flux et du reflux de la mer expliqués à l’aide de ce système. 11 avait conçu et il exécuta un proj, t plus vaste. Désabusé de son espérance de pouvoir sous Urbain VIII soutenir ouvertement le double mouvement de la terre, il se décida à exposer fidèlement les raisons scientifiques apportées pour et contre les systèmes de Ptolémée et de Copernic par les partisans et les adversaires de ces deux systèmes, et, parmi les raisons en faveur du dernier, toutes celles que lui-même avait trouvées. Voilà ce qu’il fit dans un dialogue, où il ne se mit pas lui-même au nombre

des interlocuteurs ; mais ses doctrines y sont exposées par son ami et disciple défunt, Salviati de Florence : sans y être nommé, Galilée y est souvent cité et clairement désigné par son titre de membre de l’académie des Lincei. Le sénateur vénitien Sagredo, autre ami défunt de Galilée, y joue le rôle d’un homme judicieux, impartial et désireux de s’éclairer. Simplicio, personnage pseudonyme, y représente le péripatétisme; il en expose les doctrines, telles qu’on les trouve dans les écrits des péripatéticiens de l’époque, adversaires de Galilée; si à côté des doctrines de ce dernier elles font triste figure, c’est la faute des péripatéticiens, et Simplicio a sur la plupart d’entre eux l’avantage de discuter avec loyauté et modération. Par prudence, Galilée, représenté par Salviati, s’abstient de toute conclusion 1. Ce Dialogue sur les deux principaux systèmes du monde , ceux de Ptoléme'e et de Copernic , se divise en quatr ejournëes, dont la dernière, où Salviati explique les marées par le double mouvement de la terre, se termine par l’expression d’un doute et par l’annonced’une cinquième journée, dans laquelle les interlocuteurs devront tâcher de conclure. Galilée avait-il l’intention de faire plus tard ce complément de son œuvre? C’est très-probable; car il pouvait encore alors penser que peut-être de son vivant l'autorité ecclésiastique reviendrait à la tolérance à l’égard du nouveau système, surtout si quelque nouvelle découverte, par exemple celle d’une petite parallaxe annuelle pour des étoiles fixes, apporiait en faveur de ce système une démonstration positive. Alors enfin il aurait été permis à Galilée de dire franchement toute sa pensée.

1 Voyez surtout I, 387.

Les circonstances semblaient favorables pour la publication des quatre journées du Dialogue. Mgr Ciarnpoli était convaincu qu’un voyage de Galilée à Rome lèverait toutes les difficultés l. Telle était aussi l’opinion du P. Castelli2. Ce savant, disciple et ami dévoué de Câblée, avait été appelé en 1826 de Pise cà Rome, et il avait été introduit dans l’intimité de la famille florentine des Barberini, qui, outre le pape, se composait surtout du cardinal Antonio Barberini, frère du pape, du neveu Francesco Barberini, nommé cardinal par son oncle dès 1625 et très-influent près de lui, d’un second neveu, Antonio Barberini, élevé au cardinalat en 1629, mais moins influent que les deux précédents, et du jeune Taddeo Barberini, auquel en 1626 le P. Castelli enseignait les mathématiques, et qui plus tard devint général de l’armée de l’Église 3. Galilée pouvait trouver dans le P. Castelli un puissant protecteur près des Barberini, qui d’avance semblaient bien disposés. Le cardinal Antonio ne voyait pas grand inconvénient au mouvement de la terre, du moins à titre de simple hypothèse, pourvu que Galilée prouvât que malgré ce mouvement la terre n’était pas un astre; et le P. Castelli, dans une lettre du 6 février 1650, recommandait à Galilée de donner cette preuve dans son Dialogue , pour calmer les scrupules. Le cardinal voulait dire sans doute que les astres n’étaient pas des terres habitables, et qu’ainsi la terre ne leur ressemblait pas ; car, en tout autre sens, la question de savoir si la terre, supposée mobile autour du soleil, était un astre , se serait réduite à une pure question

1 IX, 174 et 193. — 2 IX, 177. — 3 IX, 101 , 103 ; Suppl. , 186-187. Comparez VII, 7; IX, 36, et l’art. Barberini dans la Biogr. univ.

de mots. La même lettre du P. Castelli annonçait que le P. Riccardi, qui en sa qualité de maître du sacré palais était chargé de l’examen des livres à imprimer, et qui avait déjà approuvé, en 1625, Y Essayeur de Galilée, montrait les intentions les plus bienveillantes : le P. Castelli lui ayant dit que Galilée serait heureux de soumettre ses ouvrages à l'approbation d’un savant comme lui, il s’était déclaré tout dévoué au savant florentin. Il est vrai que sa bienveillance pour Galilée lui attirait quelques querelles de la part de ses confrères, mais il en prenait son parti l. Galilée espérait qu’une autorisation ecclésiastique pour la publication des quatre journées du Dialogue couvrirait sa responsabilité d’auteur. L’ambassadeur de Toscane Niccolini, dans une lettre adressée à Galilée le 19 juillet 1651, exprimait cette même confiance.

En 1626, le P. Campanella avait été sauvé par Urbain VUI des prisons de Naples et des mains du .gouvernement espagnol, sous le prétexte d’une accusation d’hérésie ; retenu pour la forme au palais du saint office pendant trois ans, il était libre à Rome depuis 1629. En 1650, il disait à son bienfaiteur Urbain VIII qu’ayant essayé de convertir au catholicisme quelques protestants d’Allemagne, il les avait trouvés scandalisés du décret porté en 1616 contre Copernic. Urbain VIII répondit que ce décret lui paraissait regrettable, et que, si cela avait dépendu de lui, il n’aurait pas été rendu. Dans une lettre du 16 mars 1650, le P. Castelli raconte à Galilée cette conversation encourageante pour ses projets.

i IX, 124.

GAULEE.

En mai 1630, Galilée porta lui-même à Rome le manuscrit du Dialogue sur les deux principaux systèmes du monde , et fut parfaitement accueilli par Urbain VIII. L’auteur ou le colporteur d’une odieuse et absurde calomnie contre Galilée fut honteusement éconduit par le cardinal Barberini, qui lui dit que la fausseté de son accusation était bien connue, et que Galilée n’avait pas de meilleur ami que le pape l.

Le P. Riccardi approuva le Dialogue après un mûr examen, auquel le P. Raffaele Visconti fut. associé 2. Vers la fin de juin, Galilée revint à Florence avec son manuscrit revu et corrigé par les deux examinateurs et revêtu d’une permission d’imprimer signée par le P. Riccardi5. L’auteur devait ajouter une épître dédicatoire au grand-duc, une labié et d’autres accessoires, puis rapporter le manuscrit au prince Cesi, qui se chargerait de surveiller l’impression à Rome, et le P. Riccardi devait revoir les épreuves 4. Mais le prince Cesi mourut le 1er août. Le P. Castelli apprit sans doute que des menées se préparaient à Rome pour empêcher l’impres-

1 IX, 191. — 2 YI, 57-4, 585; Suppl., 255. 255. Voyez surtout, p. 05-95 de M. de l’Epinois, le Mémoire remis au pape par la commission préparatoire, au commencement des poursuites contre Galilée. — 5 Je ne sais par quelle distraction M. Albèri [Suppl., 258, note 2) a pu méconnaître ce fait, constaté par Mgr Marini (p. 110-111), et sur lequel M. Albèri luimême a publié non-seulement les témoignages de Galilée (YI, 574-570) et de l’ambassadeur Niccolini (IX, 420), mais ceux du P. Iiiccardi luimême (IX, 245) et du P. Visconti [Suppl., 255), et celui du pape (IX, 421), qui constate et blâme les deux approbations données par Riccardi, l’une pour l’impression à Rome, l’autre, plus tard, pour l’impression à Florence. Il est vrai que cette seconde approbation a été donnée sans une nouvelle lecture de l’ouvrage entier (IX, 420) ; mais le reproche fait par le pape (IX, 420-421) de lui avoir recommandé l’ouvrage sans l’avoir lu, s’adresse à Ciampoli seul, et non à Riccardi, qui l’avait lu et corrigé en entier avant la première approbation (IX, 425). — 4 IX, 425-424; Mgr Marini, p. 15 et 110-111, et M. de l’Epinois, p. 94.

GAULÉE.

sion autorisée ; car, le 21 août, il écrivit à Galilée que, nonseulement à cause de la mort du prince Cesi, mais pour brancoup de considérations importantes qu'il ne voulait pas confier au papier pour le moment, il pensait que ce qu'il y avait à faire, c’était de faire imprimer le plus tôt possible le Dialogue à Florence. Il ajoutait que le P. Visconti, examinateur adjoint au P. Riccardi, n’y voyait aucune difficulté et désirait vivement l’impression. Galilée obtint, le !1 septembre, la permission d’imprimer de l’inquisiteur général de Florence, de son vicaire général et de l’autorité civile 1 ; mais, en outre, il demanda l’agrément du P. Riccardi pour le changement du lieu d’impression. Alors les difficultés commencèrent. Le P. Riccardi, qu’on avait sans doute inquiété, redemanda le manuscrit pour le revoir encore. Mais, cà cause de la peste qui s’était déclarée en Toscane, les lettres passaient à peine, et un gros manuscrit aurait été arrêté à la frontière2. Le 19 octobre 1650, une lettre de l’ambassadrice annonça à Galilée que le P. Riccardi se contenterait de l’envoi du préambule et de la fin du Dialogue, et que le surplus serait examiné de nouveau par un théologien de Florence accepté de part et d’aufre. Ce fut le P. Jacinto Stéfani qui revit et approuva le manuscrit. Mais, à Rome, l’affaire tira en longueur : le P. Riccardi gardait le préambule et la fin du Dialogue, au lieu de les renvoyer.

Pendant ce temps d’attente, Galilée adressa, le 16 janvier 1651 , à Staccoli, auditeur du tribunal des eaux de Toscane, un long rapport, sous forme de lettre, sur le projet de cana-

1 Voyez ces permissions imprimées en tète de la lre édition du Dialogue e't reproduites en tête de la trad. lat.. (Strasbourg, 1035, in-i0}. — 2 IX, 205, 209.

lisation du Bisenzio. Le 22 juillet de la même année, il adressa au grand-duc Ferdinand II un rapport motivé sur un projet de canalisation de l’Arno. Dans ces deux rapports, Galilée se montre le digne maître du P. Castelli, qui avait publié à Borne, en 1628, un remarquable traité De la mesure des eaux courantes.

Le 7 mars 1651 , Galilée écrivit au ministre Cioli une lettre, par laquelle il sollicitait une intervention de la cour de Toscane à Rome, pour hâter la permission d’imprimer son Dialogue : dans cette lettre, il se dit prêt à accepter toutes les corrections, atténuations et déclarations que l’autorité ecclésiastique exigera, à donner lui-même aux pensées développées dans son livre le nom de chimères, de songes, de paralogismes, de vaines fantaisies, à soumettre le tout à la sagesse absolue et à la doctrine certaine des sciences supérieures, etc., pourvu que son Dialogue , fruit de ses longs travaux, paraisse de son vivant. La pensée intime de cette lettre est bien claire Galilée était convaincu d’avance que les vrais savants, en vue desquels il écrivait, trouveraient bonnes ses raisons, lors même que, pour complaire à l’autorité ecclésiastique, il les déclarerait insuffisantes. Le P. Riccardi céda aux instances faites près de lui par l’ambassadeur iNiccolini au nom du grand-duc. Le prélat Giampoli, florentin, devenu secrétaire du pape, obtint l’assentiment d’Urbain Vlil; il fut décidé que Galilée pourrait faire imprimer son livre en Toscane, à la condition d’obtenir la permission de l’inquisiteur général de Florence F Dans deux lettres du 24 mai et du 19 juillet 1651, lîiccardi fit connaître

1 IX, 209, 225-22G, 242-247; Suppl., 255, 258; Marini, p. 115.

à cet inquisiteur les intentions du pape : ces intentions étaient favorables à la publication, mais à certaines conditions concernant le titre, le préambule et la fin de l’ouvrage et destinées à en marquer l’esprit et l’intention conciliables avec le décret du 5 mars 1616. La dernière de ces deux lettres contenait une préface toute rédigée, qu’on imposait à Galilée, en lui permettant seulement d’en modifier le style sans en changer la substance, et le P. Riccardi déclarait vaguement que la fin de l’ouvrage devait être dans le même sens1 . La déclaration par laquelle se termine le Dialogue, et qui conclut au doute provisoire sur le système du monde, n’est pas en désaccord avec la préface, et l’inquisiteur se contenta de cette conclusion. Quant à la préface, outre une adhésion complète au décret de 1616, elle exprime, comme but de l’ouvrage, l’intention démontrer que d’une part, sans être vrai, le système de Copernic satisfait aux phénomènes et a pour lui quelques apparences de vérité ; que d’autre part les raisons pour et contre les deux systèmes du monde sont connues à Rome aussi bien qu’ailleurs, et qu’en 1616 la congrégation de l’index, en condamnant le système de Copernic, a jugé en connaissance de cause, beaucoup de de critiques de toute nuance, tels que le jésuite Tiraboschi et le protestant sir Rrewster, considérant Galilée comme auteur de celte préface, l’aceusent de mauvaise foi. Nous venons de voir que la préface est du P. Riccardi, qui l’a imposée à Galilée comme condition de l’impressiôn de son livre : Galilée semble donc n’y avoir mis que sa signature. Mais on reconnaît dans cette préface les pensées principales d’un

1 IX, 244-245, 247 ; Marini, p. 115 et 114.

GAULÉE

passage de la réponse adressée par lui en 1624- à Ingoli. Voici quelle me paraît être, sur ce point, la vérité tout entière. Galilée avait le choix entre deux partis : supprimer son Dialogue, ou bien en dissimuler la portée à l’autorité ecclésiastique, à laquelle il était forcé de le soumettre. 11 prit le second parti ; mais, au lieu de rédiger lui-même cette préface peu sincère, il eut l’habileté de l’inspirer d’abord au P. Riccardi, et de se la laisser imposer ensuite par ce P. Prodige (il padre Mostro ), ainsi surnommé par admiration pour son éloquence, mais qui n’était pas un prodige.de perspicacité comme examinateur.

L’ouvrage fut imprimé à Florence, d’après le manuscrit tel qu’il avait été approuvé à Rome et à Florence; mais, dans son impatience, Galilée avait fait commencer l’impression avant l’arrivée des lettres du P. Riccardi, et dix feuilles étaient tirées avant le 20 mars 1651 l. Ainsi, quand la préface vint, il fallut l’imprimer à part; mais elle fut publiée telle que l’autorité ecclésiastique l’avait voulue. Si les examinateurs, avant de permettre la publication, n’avaient pas assez lu le manuscrit pour le comprendre, s’ils ne s’étaient pas aperçus que ce qui était contraire à la pensée du décret de 1616, ce n’était pas tel ou tel détail, mais l’ensemble et l’effet général de l’ouvrage, et qu’aucune préface n’y pouvait rien changer, ils ne pouvaient s’en prendre qu’à leur peu de discernement, et non à Galilée, qui leur avait tout montré et qui avait obéi à tous leurs avis. L’inquisition eut, comme nous le verrons, le droit de lui reprocher son silence sur un fait antérieur ; mais, sur la présentation de son

manuscrit et sur l’impression, elle ne trouva à lui reprocher que d'avoir fait imprimer la préface en caractères différents de ceux de l’ouvrage et sur une feuille qui ne contenait rien de plus 1 ; nous venons d’en voir la cause. Mais l’inquisition ne put pas articuler conlie lui le reproche d’avoir profité de cette disposition typographique pour mettre en circulation des exemplaires sans la préface.

Le dialogue, dont l’impression fut terminée vers le 15 janvier 16522, parut enfin, à la grande satisfaction de tous les amis et disciples de Galilée, excepté un seul : le chanoine mathématicien Paolo Aproino de Trévise, ignorant encore que l’ouvrage fût imprimé, écrivait à Galilée, le 15 mars 1652, qu’il avait lu une copie du dialogue chez Fra Micanzio, et que, par crainte de quelque extravagance qui pourrait advenir, il lui conseillait de ne pas le faire imprimer, mais d’en mettre seulement trois ou quatre copies dans des bibliothèques publiques et libres, savoir : une à Venise, une en France, une en Allemagne ou en Flandre, avec quelque lettre annexée, qui en fixât la date, et d’en laisser prendre copie à qui voudrait. Il ajoutait que Fra Micanzio s’était rangé à cet avis. Ce conseil arrivait trop tard, et, quand même il serait arrivé à temps, il est bien probable qu’il n’aurait pas été suivi.

En résumé, l’ouvrage n’avait paru qu’après avoir ôté dûment examiné en entier et approuvé à Rome et à Florence : Galilée avait tout montré; il avait accepté et exécuté tout ce qu’on lui avait imposé. Mais le préambule de la sentence rendue contre lui en 1655 contient un reproche que dans les

' Marini, p. 110-117. Comparez Suppl., 524-525, — 4 VI. 380

interrogatoires il n’a pas contredit1 ; il n’avait pas parlé d’un fait grave, qui, si les examinateurs l’avaient connu, les aurait sans doute empêchés d’accorder l’autorisation demandée. Pourtant il avait une excuse : rappelons-nous que, dans l’attestation délivrée en 1616 par le cardinal Bellarmino, le décret public rendu le 5 mars 1616 par la congrégation de l’index était mentionné à tort comme étant celui qui avait été notifié personnellement à Galilée: les termes de ce décret, cités dans cette attestation écrite, avaient peut-être fait oublier à Galilée, comme il l’a dit dans son procès, les termes plus précis et plus sévères de l’interdiction personnelle qui, le 26 février 1616, lui avait été faite par ce même cardinal, au nom du pape et de l’inquisition, de soutenir , enseigner ou défendre ce système d'une manière quelconque , par parole ou par écrit : interdiction secrète et verbale, à laquelle Galilée avait promis d’obéir, mais que, depuis seize ans, il croyait peut-être oubliée; il ignorait que la formule écrite en était restée à Rome au saint office. Quoi qu’il en soit, il n’avait pas parlé de ce fait aux examinateurs de son livre. De plus, il ne leur avait pas dit que la préface imposée par l’autorité ecclésiastique n’était d’accord ni avec ses sentiments intimes ni avec ses espérances. Il s’était bien gardé de leur prédire, ce qu’il devait prévoir parfaitement, qu’au jugement des hommes compétents l’exposé fidèle et lumineux des raisons apportées de part et d’autre donnerait gain de cause au système de Copernic, et couvrirait de ridicule les défenseurs obstinés du système de Ptolèmée et de la mauvaise physique des péripatéticiens. Pour défendre un système condamné à

i IX, 462, 468, 469,

tort, Galilée n’avait pas eu le choix des moyens: il avait dû publier ainsi son ouvrage ou ne pas le faire imprimer. En prenant le premier parti, il s’était compromis ; il avait désobéi à l’inquisition, qui l’en a puni ; mais la science doit lui savoir gré de son utile imprudence.

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