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GAMLÉE.
châtiment. Voilà pourquoi Urbain VIII, par son décret du 16, avait dicté d'avance l’arrêt, dans la prévision certaine de la persistance de Galilée à refuser l’aveu de l’intention sans se laisser effrayer par une vaine menace de torture.
Les auteurs que nous avons cités se trompent, quand ils prétendent qu’un aveu de l’intention, obtenu par un rigoureux examen de la personne de Galilée1, c’est-à-dire, suivant eux, par la torture, est mentionné dans la sentence. Les mots rigoureux examen ne signifient pas nécessairement la torture. V examen rigoureux est l’interrogatoire du 21 juin avec menace de torture, menace que le pape avait ordonnée, mais, comme nous l’avons vu, en défendant de l’exécuter. Dans ce décret du 16 juin, le pape avait nommé la torture par son nom2. C’était, de même, par son nom quelinquisition nommait la torture. Si elle avait dissimulé ses rigueurs par des artifices de langage, elle l’aurait fait surtout pour la torture subie par un accusé qu’ensuite elle avait absous comme innocent. On a publié3, d’après des registres soustraits à l’inquisition romaine, les expressions latines d’une sentence d’absolution prononcée par elle à une époque peu éloignée de celle du procès de Galilée : on y lit que l’accusé, qui était un moine, avait soutenu la négative dans la torture (in tortura) pendant l'espace d'une heure. Si Galilée avait été torturé, les pièces du procès l’auraient dit nettement.
D’autres mots du texte de la sentence, infidèlement traduits parM. Parchappe, ne signifient pas davantage que Galilée ait avoué l’intention. Si cet aveu avait été fait, l’in-
1 Rigorosum examen tui. — 2 Comminata ei tortura. — 5 Voyez M. Henri Gaidoz, p. 10 du tirage à part des deux articles cités à la fin du n° LIV de notre Notice bibliogr.
quisition n’aurait pas manqué de le constater de la manière la plus précise dans sa sentence, comme elle l’a fait pour les aveux réels de l’accusé, en employant les mots : confessus es. Au contraire, sur cet aveu prétendu, voici la la traduction fidèle du passage du texte latin de la sentence1 : « Mais, comme il nous paraissait que tu n’avais pas dit toute la vérité touchant ton intention, nous avons jugé nécessaire d’en venir à un rigoureux examen de toi, dans lequel (sans préjudice aucun des choses que tu as confessées et de celles qui ont été déduites plus haut contre toi touchant ladite intention) tu as répondu catholiquement.)) La parenthèse signifie clairement que la réponse catholique de Galilée est acceptée sans préjudice de ses aveux antérieurs sur les faits, et sans préjudice des déductions antérieures de ses juges sur rintention obstinément niée par lui. Si, à ces déductions tirées de l’ouvrage même, s’était joint un aveu de l’auteur, les juges auraient dit : confessus es intentionem. 11 n’auraient pas dit seulement : respondisti catholice. En effet, puisque l’inquisition prétendait que la doctrine du double mouvement de la terre était une hérésie, en déclarant, comme il l’avait fait dans la séance du 21 juin en réponse à la menace de torture, qu'il ne tenait pas l'opinion de Copernic , et qu'il ne l'avait pas tenue depuis qu'on lui avait prescrit de V abandonner , Galilée avait fait une réponse que l’inquisition devait appeler catholique. D’ailleurs, les aveux réellement faits par Galilée se retrouvent dans l’acte
1 Voyez le texte dans Riccioli. M. Parchappe (p. 242) se permet de fermer la parenthèse avant les mots cire a tuam dictant intentionem , tandis que îe texte la ferme après ces mots . et de faire croire ainsi que l’intention a été avouée par la réponse catholique.
GAULÉE.
d’abjuration : l’aveu de l’intention ne s’y trouve pas, parce que cet aveu n’avait pas été fait.
En résumé, Galilée n’a pas été torturé avant le 21 juin; il n’y a pas eu de séance entre celle du 21 et celle du 22, où Galilée fut condamné et abjura ; il n’y a pas de lacune dans les pièces; non-seulement ni le procès-verbal de la séance du 21, ni le texte de la sentence rendue le 22 et de l’acte d’abjuration, ne prouvent que Galilée ait été torturé et qu’il se soit laissé arracher l’aveu de l’intention, mais ces pièces prouvent le contraire. De plus, une pièce publiée en 1867, le décret d’Urbain VIII, qui prescrit la menace, mais qui ne permet pas de l’exécuter, et qui dicte d’avance le dispositif de l’arrêt, cette pièce, dis-je, auraittranché la question, lors même qu’elle n’aurait pas été résolue d’avance : Galilée n’a pas été torturé, et l’aveu d’intention, demandé avecmenace, n’a pas été obtenu.
Cependant, outre le fait de sa désobéissance à l’intimation personnelle que l’inquisition lui avait faite en 1616, Galilée avait ôté obligé d’avouer la témérité irréfléchie avec
laquelle, sans intention, disait-il, il s’était rendu véhémentement suspect d’hérésie, en présentant avec plus de force que les arguments contraires les arguments favorables à une doctrine condamnée par une décision, qu’à tort, comme nous le verrons, les inquisiteurs attribuaient au chef de l’Église. Parla sentence du 22 juin, outre cet aveu incomplet, jls lui imposèrent l’abjuration de ses erreurs et hérésies sur le mouvement de la terre et V immobilité du soleil, et, qui pis est, une promesse de dénonciation contre les hérétiques et les hommes suspects d’hérésie. Ils prohibèrent son ouvrage. Faisant grâce à l’auteur, et ne voulant pas cependant , dit la
sentence, que cette grave et pernicieuse erreur et transgression de sa part restât tout à fait impunie , ils lui prescrivirent des prières à réciter pendant trois années, et le condamnèrent à une réclusion illimitée, qu’ils se réser vaient le droit d’abréger. Cette réclusion fut convertie, comme nous le verrons, au bout de deux jours, en une séquestration, avec surveillance, dans une résidence imposée.
Comme MM. Trouessarl et Bertrand l’ont montré, ce que le pape et les inquisiteurs voulaient, et ce qu’ils croyaient pouvoir, c’était d’étouffer dans les pays catholiques, pour le présent et pour l’avenir, le système de Copernic, en intimidant ses partisans par cet exemple , en abaissant Galilée par cette abjuration, mais en ménageant le plus qu’ils pourraient sa personne. Ces ménagements mêmes, toujours précaires et révocables, concouraient à leur garantir son silence. En effet, nous verrons qu’un jour, pour faire cesser ses demandes de grâce, ils le menacèrent de le remettre en prison à Borne. Ils obtinrent son silence sur le nouveau svstème
du monde; mais, pour tout le reste, ils manquèrent entièrement leur but; car la séqueslralion à laquelle ils soumirent jusqu’à la fin de sa vie ce savant habitué aux douceurs de la conversation et des doctes entretiens, lui fut très-pénible, malgré les adoucissements et les nombreuses exceptions qu’on toléra, et toutes ces mesures furent inutiles et impuissantes contre sa doctrine, qui se propagea sans nouvelle intervention patente et punissable de sa part.