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CHAPITRE VIII

Examen de la conduite tenue par Galilée avant et pendant son procès.

Après avoir examiné la sentence, examinons la conduite du condamné.

Nous avons vu que la préface, dont la rédaction a été reprochée à Galilée par Tiraboschi, et de nos jours par sir Brewster et par d’autres, comme un acte d’insigne mauvaise foi et d’insolente ironie, est l’œuvre des examinateurs ecclésiastiques, qui la lui ont imposée.

Nous avons vu qu’il est faux que Galilée ait publié son Dialogue sans autorisation, ou en vertu d’une autorisation donnée, puis retirée et non renouvelée, comme l’ont prétendu Delambre et M. Valson, ou bien en vertu d’une autorisation donnée par des examinateurs qui n’avaient lu que la première page et la dernière de l’ouvrage, comme l’a prétendu le R. P. de Gabriac, ou bien que le texte imprimé ait différé du texte approuvé, comme l’a prétendu M. de la Rallaye. Nous avons vu qu’au contraire le Dialogue a été publié tel qu’il avait été lu, corrigé et approuvé en entier pour l’impression par les examinateurs ecclésiastiques de Rome et de Florence.

Cependant, par cette publication ainsi autorisée, Galilée avait désobéi à un ordre secret de l’inquisition, auquel il avait promis d’obéir : c’était là un tort légal, que dans le préambule de la sentence l’inquisition lui a reproché à titre de circonstance aggravante, et auquel elle a joint le repro-

clie, honorable pour l’accusé, de s’être occupé de son système, avant 161 G, dans des entretiens avec ses disciples et dans une correspondance avec des mathématiciens d’Allemagne. Mais la condamnation de Galilée a été motivée expressément par son système astronomique, qui était vrai. Quant aux autres torts qu’on a voulu lui trouver après coup pour justifier ses juges, nous allons voir qu’ils sont imaginaires.

Ce n’est pas Galilée, ce ne sont pas les interprètes et les continuateurs fidèles de sa doctrine, ce sont ses adversaires et surtout ses ennemis, qui, pour effrayer les théologiens, ont prétendu faussement que, si notre globle était une planète, il faudrait nécessairement conclure que des hommes existeraient aussi sur les autres planètes et sur la lune. Cette fausse conséquence, déduite par Lagalla,par le P. Scheiner et autres, est combattue par le P. Campanella dans son Apologie pour Galilée. Loin d’accepter cette conséquence, Galilée en montrait l’impossibilité par des raisons tirées de la science, en 1613 dans ses Lettres sur les taches solaires 4, en 1616 dans sa lettre du 28 février à dom Muti sur les montagnes lunaires2, en 1652 dans son Dialogue sur les systèmes du monde 3 : il déclarait que des êtres semblables à nous ne peuvent pas habiter sur ces corps célestes comme sur la terre, parce que les conditions de la vie doivent y être trop différentes; mais, sans rien affirmer, il s’avouait porté à croire, à l’exemple du cardinal Nicolas de Cues4, que ces corps peuvent être le séjour d’êtres plus ou moins intelligents.

1 III, 401. — 2 III, 174-176. — 3 1, 111-114. — 4 De docla ignorantia , II, 12, Op. t. I, p. 40-41 (Bâle, 1565, 1 vol. in-fol. en 5 tomes).

Or, non-seulement cette hypothèse, restreinte à ces termes si raisonnables, n’a jamais été l’objet d’aucune censure ecclésiastique, mais beaucoup de théologiens catholiques l’ont invoquée et l’invoquent encore contre les pessimistes, qui trouvent que tout est mal sur la terre et qui concluent que tout est mal dans l’univers. Ce que les théologiens repoussent et ce que l’Église repousse avec eux, c’est l’association de cette hypothèse avec celle de la métempsycose et des épreuves successives d’une même âme humaine, transportée, dit-on, d’astre en astre sans repos et sans terme, hypothèse renouvelée de nos jours avec tant de bruit et avec si peu de raison par l’école déclamatoire de M. Jean Reynaud et des druidistes , maintenant fondue avec l’école visionnaire des spiritistes. Galilée était bien éloigné de pareilles chimères.

Passons à une autre accusation, souvent répétée, notamment par Tiraboschi. Suivant cette accusation, que M. Biot avait trop facilement acceptée en 1825 de la bouche du P. Olivieri, général des dominicains et commissaire du saint office1, Galilée aurait irrité par des torts personnels Urbain VIII, son bienveillant protecteur, ce pape généreux à qui Campanella devait sa délivrance. Cette accusation remonte jusqu’en 1G52 ; les ennemis de Galilée en furent les premiers auteurs, et ils firent quelques dupes2, parmi lesquelles fut peut-être d’abord Urbain VIII lui-même3. L’audacieux calomniateur de Galilée à la fin du siècle dernier, Mallet du Pan, n’a pas manqué d’ajouter son mot, et les co-

1 Voyez notre Notice bibliogr., n0’ XX, XL1X et L. — 2 X, 159-1 GO. — 5 IX, 422,434 ; Suppl., 324; X, 159-160.

pistes sans critique sont venus à la suite. Mais les faits, maintenant connus, condamnent cette calomnie, qui n’en vaut pas mieux pour être vieille de deux siècles et demi.

Commençons par le grief le plus futile. Urbain VIII faisait des vers; il en avait fait autrefois en l’honneur des découvertes de Galilée. Mais Galilée aussi faisait des vers, et, disait-on, il s’était permis de se moquer des prétentions de son rival en poésie. Qu’on l’ait dit en 1652, c’est possible : les ennemis de Galilée avaient intéiêt à le dire alors, comme ils disaient en 1615 qu’il tenait école d'athéisme. Mais on ne cite pas un témoin dos plaisanteries inconvenantes qu’on lui attribue contre les vers d’Urbain VIII. Il est vrai qu’une plaisanterie de ce genre, citée par le P. Olivieri à M. Biot, se trouve dans une prétendue lettre de Galilée au P. Vincenzo Renieri. Mais cette lettre, qui avait déjà trompé Tiraboschi, et dont Pietro Giordani le premier avait découvert l’origine frauduleuse révélée depuis par M. Àlbèri1, est une œuvre apocryphe et pleine de faussetés palpables, qui date du dixhuitième siècle.

Arrivons au grief principal. On veut qu’Urbain VIII, sous le nom de Simplicio, ait été représenté et tourné en ridicule par Galilée dans le Dialogue sur les systèmes du monde. Pour se convaincre qu’il n’en est rien, il suffit de lire attentivement ce dialogue, où figurent trois personnages : un partisan des idées nouvelles (Salviati), un homme du monde, exempt de préjugés (Sagredo), et un péripatéticien ennemi

1 VII, 40, note 1. Le manuscrit original de cette lettre, conservé dans la bibliothèque des ducs Gaetani à Rome, loin d'être de la main de Galilée, porte une note qui indique que cette lettre est l’œuvre d’un duc Gaetani, qui a voulu se jouer de Tiraboschi en la lui envoyant.

de toute innovation dans les sciences (Simplicio). Galilée, dans son Avis au lecteur , dit expressément qu’il a donné le nom de Simplicio à son péri patéticien en souvenir deSimplicius, célèbre commentateur grec d'Aristote. Le florentin Salviati et le vénitien Sagredo sont des personnages réels, amis de Galilée, et avec lesquels il s’était entretenu souvent à Venise, pendant qu’il était professeur à Padoue; depuis, ils étaient morts tous deux, et l’emploi de leurs noms dans le dialogue était un hommage rendu à leur mémoire. Galilée ajoute qu’à Venise un péripatéticien, qu’il ne nomme pas et qui vivait encore en 1652, avait souvent pris part à leurs entretiens : ce personnage devra, dit-il, être flatté d’être représenté sous le nom glorieux de son cher et honoré confrère en péripatétisme le grec Simplicius. 11 est évident qu’Urbain VIII, qui d’ailleurs était peu attaché au péripatétisme, n’est pas le péripatéticien qui s’entretenait avec Salviati et Sagredo à Venise, à une époque où Urbain VIII, alors Maffeo Barberini , résidait à Florence ou à Rome.

Campanella, qui, tiré des prisons de Naples, avait pour son libérateur Urbain VIII une juste reconnaissance, n’a pas plus têt lu le Dialogue, qu’il écrit à Galilée, le 5 août 1652, une lettre de félicitations : il loue spécialement le rôle plaisant de Simplicio, qui, dit-il, « montre tout à fait la sottise de sa secte, son langage, son ignorance, son obstination. » Certes, Campanella était bien loin de penser qu’on pût voir dans ce personnage le portrait de son bienfaiteur. Le P. Castelli, protégé par Urbain VIII et admis dans l’intimité des cardinaux Barberini, aurait été bien contristé et bien inquiet, s’il avait entrevu la moindre attaque personelle de son ami Galilée

contre Urbain VIII : dans sa lettre du 29 mai 1652, après avoir lu l’un des premiers exemplaires arrivés à Rome, celui que Galilée avait enyoyè au cardinal Francesco Barberini, neveu du pape, il se déclare enchanté du Dialogue, mais surtout du rôle de Simplicio, parce qu’il y admire, dit-il, dans toute sa simplicité la balourdise de cette école. Voilà l’opinion de deux juges très-compétents et très-bien placés pour apprécier les choses.

Pour s’imaginer que Galilée avait voulu représenter Urbain VIII sous le nom de Simplicio, il fallait n’avoir pas lu attentivement le Dialogue, ou bien il fallait avoir une prévention aveugle ou très-peu de discernement. Mais, pour le dire sans le penser, il suffisait d’être méchant, et, près d’un homme irascible qui avait peu de temps pour lire, cette méchanceté pouvait avoir quelque chance de succès, quoique pour les lecteurs du dialogue elle eût contre elle l’évidence. Au point de vue théologique, Urbain VIII croyait devoir repousser le nouveau système du monde comme non démontré et comme contraire à des textes de l’Écriture sainte ; mais il n’était nullement un péripatéticien renforcé, comme Simplicio. Autrement il n’aurait pas tant applaudi, en 1624, Y Essayeur de Galilée, satire amère du péripatétisme moderne en général et de celui du P. Grassi en particulier ; il n’aurait pas, en décembre 1 625, pris tant de goût à la réponse de Galilée au péripatéticien Ingoli. Si Urbain VIII crut être le Simplicio du Dialogue , ce fut sans doute dans les premiers temps après la publication, à l’époque où on le trompait, comme nous l’avons vu, sur le contenu de cet ouvrage. Gependant il y a lieu de douter qu’il ait eu sérieusement cette pensée, même à cette époque ; car une lettre de Magalotti, parent

des Barberini', indique qu’au commencement de septembre 1652 Urbain VIH, à qui l’on avait montré unpassagede la fin du dialogue, était offusqué seulement de voir qu’un argument dont il était l’auteur, fût exposé par le ridicule péripatéticien Simplicio, plutôt que par un autre personnage plus sensé. Si jamais Urbain VIII crut que Simplicio lui -même fût sa caricature, il ne le crut pas longtemps. Il est vrai qu’on le lui avait dit, et que les amis de Galilée craignaient qu’il n’en eût gardé quelque arrière-pensée ; mais ils finirent par s’assurer qu’il n’en était rien. En décembre 1655, le P. Castelli, rentré en faveur, parle de celte calomnie au cardinal Barberini ; en juillet 1656, il insiste près du même cardinal : celui-ci assure qu’il croit parfaitement à tout ce que le P. Castelli lui dit sur ce point, et il promet d’en parler au pape. Peu de temps après, Urbain Mil, sollicité en faveur de Galilée par le comte de Noailles, ambassadeur de France, se déclare convaincu que Galilée n’a jamais eu l’intention de l’offenser2. Galilée savait bien que cette calomnie était entièrement effacée de la pensée d'Urbain VIII; car, en 1656, à l’époque des sollicitations pour sa grâce entière, et en 1658, tandis qu’il pétitionnait pour obtenir au moins la permission d’aller se faire soigner à Florence, il se serait bien gardé d'offenser ce pape, arbitre de son sort. Or, en 1656, il mettait la dernière main à ses quatre Dialogues sur les sciences nouvelles , ouvrage dans lequel Simplicio jouait le même rôle d’honnête péripatéticien très-obstiné dans ses erreurs, quoique très-tolérant envers ceux qui ne pensaient pas comme lui. En cette même année 1656, il remettait entre les mains

525, note 1. — 2 X, 152, 159-100.

1 Suppl., 525. Comparez Suppl.,

du comte de Noailles, son intercesseur, le manuscrit de cet ouvrage, dans lequel il n’était pas question du système du monde, mais dont la publication était interdite en Italie à cause du nom de l’auteur. En 1658, le comte de Noailles servait d’intermédiaire à Galilée pour publier cet ouvrage à l’étranger.

A la fin du Dialogue sur les systèmes du monde , lepéripatélicieii Simplicio cite un argument, qu’il a appris, dit-il, d'un homme très-docte et très-éminent. Cet argument plaisait beaucoup à Urbain VIII, qui en avait fait l’essai sur Galilée, et qui le citait à Niccolini, le 15 mars 1655, avec un mécontentement évident de n’avoir pas réussi à détourner ainsi Galilée de son système1. Si, au lieu d’être un savant, Galilée avait été un courtisan, il aurait feint de se rendre entièrement à l’argument du pape. Nous verrons tout à l’heure que, sans aller si loin dans la condescendance, Galilée a accordé à cet argument tout ce qu’il pouvait lui accorder, et que par conséquent Urbain VIII n’avait pas le droit de se plaindre à cet égard. Mais, dès maintenant, nous avons une autre conclusion à tirer : c’est que, si Urbain VIII est l’homme très-docte et très-éminent que Simplicio désigne, Urbain VIH n’est pas Simplicio, comme on a prétendu cependant, par un étrange paralogisme, le conclure de ce passage même.

Mais, dit-on, Urbain VIII avait raison de trouver mauvais qu’un argument qu’il avait adressé à Galilée fut répété dans le Dialogue par un personnage tel que Simplicio. L’on aurait dû remarquer, comme l’a fait Magalotti3, comment cet argument, à l’auteur duquel on témoigne un profond res-

» IX, 437. — * Suppl., 525.

pect sans le désigner, est accueilli par les deux autres interlocuteurs, et l’on aurait dû se demander si Galilée pouvait omettre cet argument ou le mettre dans la bouche d’un autre personnage. Pouvait-il omettre cet argument? Non ; car ce dont ses ennemis commencèrent par l’accuser près d’Urbain VIII , ce fut précisément d’avoir omis dans l’impression quelques arguments décisifs du pape contre le système de Copernic1; mais il fut reconnu que ces arguments d’Urbain Y1I1 se réduisaient à un seul, à celui que Galilée s’était bien gardé d’omettre. Que n’auraient donc pas dit ses ennemis, si, dans un dialogue où il faisait profession d’exposer tous les principaux arguments apportés pour et contre les deux systèmes du monde, il avait omis l'argument qu’Urbain VIII lui avait opposé à lui-même? Cette omission aurait été vraiment blessante pour le pape. D’un autre côté, si Urbain VIII avait été nommé ici dans le Dialogue, ou bien si, sans nommer Urbain Mil, on avait fait allusion à un entretien dans lequel Y académicien Linceo , ami de Salviati, c’està-dire Galilée toujours désigné ainsi dans le Dialogue, aurait entendu cet argument de la bouche d’un éminent personnage, Urbain VIII aurait pu se plaindre de cette révélation indiscrète d’une conversation intime. D’un autre côté, suivant la remarque de Magalotti2, cet argument ne pouvait être allégué dans le Dialogue que par l’adversaire du système de Copernic, c’est-à-dire par Simplicio. Mais Urbain VIII aurait pu se plaindre, si Simplicio, personnage qui brille peu dans le Dialogue , avait présenté cet argument en son propre nom. Galilée a évité tous ces inconvénients, en fai-*

1 Suppl., 321. — - Suppl., 525.

saut citer l’argument par Simplicio, mais en n’attribuant à celui-ci que l’honneur de l’avoir entendu exposer par un homme très-docte et très-éminent. Ainsi cet argument, qui ne pouvait pas être omis, a été introduit par Galilée avec autant de discrétion que de convenance. Ajoutons, avec Magalotti, qu’il est accepté delà manière la plus respectueuse par les deux autres interlocuteurs. Nous allons même montrer que le Dialogue , dans lequel les arguments de Simplicio avaient eu peu de succès, donne gain de cause à l’argument d’Urbain NUI, sinon complètement, du moins dans une juste mesure.

Cet argument consiste à dire que la toute-puissance de Dieu peut réaliser le phénomène des marées autrement que par le double mouvement de la terre, et que par conséquent on n’a pas le droit de conclure de l’observation des marées que Dieu ait choisi ce moyen et que la terre ait ce double mouvement. Salviati convient de l’insuffisance de la preuve du mouvement de la terre par les marées. Ce personnage, dont la doctrine est celle de Galilée, conclut que la question reste douteuse, et qu’elle est abandonnée aux conjectures des hommes, tous incapables de comprendre l’immensité des œuvres de Dieu, mais auxquels une parole divine a permis d’exercer leur esprit en discutant sur la constitution du monde. Ensuite le Dialogue se termine par l’annonce d’une cinquième journée, restée à l’état de projet. Galilée avait raison, plus qu’il ne croyait sans doute, d’avouer l’insuffisance de sa preuve tirée des marées ; car cette preuve est fausse. Mais enfin l’aveu de l’insuffisance existe, et il est amené par l’argument qu’Urbain VI H avait opposé autre-’ fois à Galilée. Il est vrai que cette concession ne va pas jus-

qu’à renier d’une part les raisons pour le moins très-probables présentées auparavant dans le Dialogue en faveur du nouveau système du monde, d’autre part la prévision trèsjuste de découvertes qui pourraient fournir des preuves positives de ce système. Mais la concession ne pouvait pas aller jusque-là, et l’argument cité ne pouvait pas conduire à l’abandon du système nouveau. Les adversaires du système de Copernic disaient: « Admettons que ce système satisfasse à tous les phénomènes célestes et terrestres connus jusqu’à présent, il n’est pas prouvé qu’un autre système ne puisse pas y satisfaire également, et que cet autre système ne soit pas celui que la toute-puissance du Créateur a réalisé : cela n’est pas prouvé et ne pourra jamais l’être. » Galilée avait le droit de répondre : c Le système de Ptolémée, qui est le vôtre, ne satisfait pas du tout aux phénomènes connus depuis l’invention du télescope, par exemple aux phases de Vénus et de Mars et aux variations énormes de leurs diamètres apparents, et par conséquent il doit être rejeté ; le mien y satisfait parfaitement et d’une manière plus simple, plus naturelle et infiniment plus vraisemblable que le troisième système, c’est-à-dire que celui de Tycho Brahe ; laissez-moi donc le mien comme très-probable, jusqu’à ce que vous en ayez trouvé un meilleur. » Galilée avait dit cela dans Y Essayeur1, ouvrage si goûté en 1625 par Urbain VIII. Galilée aurait eu le droit logique de répéter la même chose à litre de conclusion de son Dialogue; mais les examinateurs de l’ouvrage ne le lui auraient pas permis. 11 s’est contenté de dire que le système de Copernic n’était pas démontré;

i IV, 17 1-172.

mais il aurait menti, s’il avait accordé que ce système ne pourrait jamais l’être.

Urbain VIII n’avait donc nul droit de se croire personnellement blessé, et nous avons vu qu’il le reconnut expressément plus tard. Mais Magalotli 1 se faisait illusion, quand il espérait que le pape, détrompé, allait permettre la circulation du livre à Rome. Naturellement irascible, Urbain VIII avait écouté d’abord les clameurs et les insinuations perfides des ennemis de Galilée et s’était cru gravement offensé par lui. Il s’était cru joué aussi par les amis de Galilée, surtout par MgrCiampoli, qui depuis longtemps avait cessé de lui plaire et qui était partisan du nouveau système du monde. Un lui faisait croire que Y imprimatur avait été surpris au P. Riccardi. Lui-même s’irritait d’avoir pu consentir à l’impression du livre, et d’avoir été trompé dans cette affaire, où, disait-il, l’Écriture sainte et la foi étaient en jeu. Ces préventions du pape subsistaient dans toute leur force le 15 mars 16552, quoiqu’il répétât ce qu’il avait déjà dit le 18 septembre 1652, que Galilée avait été et était encore son ami5. Pourtant, depuis la fin de mars 1635, sous l’influence du cardinal Barberini et du P. commissaire Firenzuola, il s’était radouci beaucoup4. Il avait peut-être trouvé le temps de parcourir le fameux dialogue, et d’y chercher en vain les allusions moqueuses contre ses arguments et les interprétations téméraires de l’Écriture sainte dont on lui avait parlé. Mais il restait persuadé que Câblée avait eu grand tort de ne pas céder à ses raisonnements et au conseil qu’il lui avait

1 Suppl., 321-522, 328, 530. — 2 IX, 436-438. — 5 IX, 427 et 457, * IX, 440 et 443-444.

donné de renoncer à son système1. Mais surtout, et c’est là le point capital, on lui avait fait croire, et il crut toujours, depuis ce moment, que le livre était dangereux pour la religion, et il pensait que Galilée, qui l’avait écrit et publié malgré une défense personnelle de l’inquisition et après avoir promis d’obéir, devait être puni pour l’exemple. Telle est la vérité, plus favorable au pape Urbain VIII que les mensonges de certains défenseurs officieux des juges de Galilée.

Le protestant genevois Mallet du Pan s’est donné les apparences de ce rôle d’apologiste de l’autorité ecclésiastique romaine ; mais il a trouvé le secret de calomnier du même coup Galilée, Urbain VIII et l’inquisition même, et cela aux applaudissements des catholiques pris pour dupes. Suivant lui, Galilée s’était vanté d’être meilleur poète qu’Urbain VIII, qui faisait des vers; de plus, Galilée dans son Dialogue avait raillé Urbain VIII sous le nom de Simplicio ; blessé dans son amour-propre de docteur et de poète, ce pape, très-favorable d’ailleurs, suivant Mallet du Pan, à la liberté de la philosophie et de la science, a exercé, sous prétexte de religion, une vengeance personnelle, dont les inquisiteurs ont bien voulu se faire les instruments; mais pourtant, après la condamnation, Urbain VIII a daigné pardonner, et Galilée, malgré ses torts, a bientôt obtenu de la clémence du pape sa grâce complète. Ce qu’il y a de plus étonnant encore que l’audace avec laquelle Mallet du Pan a développé ce thème faux d’un bout à l’autre, c’est la légèreté avec laquelle cette triple calomnie, contre Galilée, contre le pape et contre les inquisiteurs, a été adoptée par des catholiques ardents, qui

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