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CHAPITRE IX

Suites et exécution de la condamnation de Galilée. — Mort de sa fille aînée. — Perte de la vue. — Derniers travaux de Galilée. — Ses publications. — Sa mort. — Ses funérailles — (1G53 à 1G42).

Vovons maintenant les suites de la condamnation. Com-

mençons par celles qui ne concernent pas la personne de Galilée. Conformément à l’ordre secret du pape, comme nous l’avons vu, mais au nom de l’inquisition seule, la sentence et l’abjuration reçurent la plus grande publicité dans tous les pays catholiques : on en trouve la preuve dans les nombreuses réponses1 faites aux lettres d’envoi par les nonces de France, d’Espagne, de Belgique, de Pologne et de

1 Elles sont cataloguées par M. de l’Épinois, p. 10G-107.

GAULÉE.

Suisse, par l’archevêque de Fatras, résidant à Vienne en Autriche, par les inquisiteurs, archevêques et évêques de toutes les parties de l’Italie. On a la lettre du nonce de Bruxelles aux universités de Douai et de Louvain. De Douai on lui répond que les professeurs de l’université sont si opposés à Y opinion extravagante de Copernic, qu’ils ont toujours jugé qu’il fallait la proscrire des écoles. Dans notre collège anglais de Douai, ajoulc Mathieu Keilison, ce paradoxe ne fat jamais approuvé et ne le sera jamais1. A Florence, les principaux amis et disciples de Galilée furent convoqués nominativement par l’inquisiteur dans l’église de Sainte-Croix, pour entendre la lecture de la sentence et de l’abjuration, comme Guiducci l’écrit à Galilée dans une lettre du 27 août 1635 ; mais il ajoute que la demande d’une copie de ces pièces a été refusée : sans doute on désirait qu’elles ne fussent pas examinées de trop près à Florence. Cependant à Liège elles furent imprimées dans une patente dès le 20 septembre 1655; une traduction française de ces deux pièces fut publiée à Paris, en 1654, par le P. Mersenne; une traduction italienne le fut à Venise, en 1644, par Polacco, et le texte latin à Bologne, en 1651, par le P. Piiccioli 2 . Urbain VIII se réserva à lui seul le pouvoir de permettre à quelques personnes la lecture du livre condamné3. Le 8 septembre 1653, il ordonna d’admonester l’inquisiteur de Florence, pour avoir donné licence d'imprimer des œuvres de Galilée 4. Il fut défendu désormais de publier en Italie aucun ouvrage nouveau de ce savant et d’y réimpri-

1 P. 75 de M. l’Épinois. — - Y. notre Notice bibliogr., n° IV. — 3 Vit. 58. — 4 Pièce publiée par M. de l’Épinois, p. 10G.

mer aucun de ses anciens ouvrages1. Ainsi, pour n’être pas comme mort au monde savant, Galilée devait chercher des imprimeurs à l’étranger. Sur cette aggravation de sa peine, outre les jusles sarcasmes deMicanzio, il faut lire les plaintes de Galilée, surtout dans sa lettre à Peiresc du 21 février 1656. On voulait donc qu’en Italie, non-seulement son système du monde, mais tous ses livres et tous ses travaux restassent comme flétris avec sa personne et exposés à toutes les attaques de ses adversaires, sans qu’il lui fût permis de les défendre et sans qu’ils pussent se défendre eux-mêmes par la publicité. Dans toute l’ Italie, l’inquisition fit signifier aux professeurs des universités l’interdiction d’enseigner la doctrine condamnée, et de nombreux champions entrèrent en lice contre le nouveau système du monde.

Pour attaquer ce système, les péripatéticiens catholiques ou protestants, les partisans des systèmes de Ptolémée ou de Tycho Brahe, n’avaient pas attendu ce signal : suppléant au mérite par le nombre, et à la force des arguments par leur étendue et leur variété et plus encore par la violence des invectives, les défenseurs de l’immobilité de la terre remplirent l’Europe de leurs écrits2, surtout pendant une quarantaine d’années depuis 1651. Kepler était mort; Galilée était condamné à ne pas leur répondre et allait bientôt mourir. Ils purent faire illusion au vulgaire et se donner l’apparence du triomphe. Cependant nous verrons que, dès avant 1668, époque où Newton était déjà en possession de la grande loi de l'attraction universelle, qui ne fut publiée par lui qu’en

1 X, 75-77, 81; Suppl., 501-565. — 2 Voyez notre Note supplémentaire B.

GAULÉE.

1687, la plupart des savants les plus distingués, les uns ouvertement, les autres avec plus ou moins de réserve extérieure, avaient adopté, sur le système du monde, les vues de Galilée, à l’exception de sa fausse théorie des marées. Depuis la sentence de 1655, de nombreux ouvrages favorables au système condamné continuèrent de paraître, même dans les États catholiques, au grand mécontentement d’Urbain VIH, qui, au lieu de comprendre l’inutilité de ses efforts pour étouffer cette doctrine, espérait du moins en préserver l’Italie, en réduisant Galilée à l’impossibilité delà propager, et en faisant de sa séquestration un exemple pour ceux qui seraient tentés de l’imiter. Ainsi, le succès des idées de Galilée continua de nuire au repos de sa vie.

Ce ne fut point par haine et par rancune, comme M. Parchappe l’a supposé, qu’Urbain VIII accorda si lentement, avec tant d’inquiètes restrictions, et d’une manière toujours imparfaite et précaire, les adoucissements que lui-même avait annoncé l’intention d’apporter peu à peu à la séquestration de Galilée, et la réhabilitation progressive qu’il avait fait espérer pour lui à ses amis1, mais qui ne fut pas complète, même après sa mort. C’est que, sous l’influence des hommes auxquels, depuis 1652, il avait laissé prendre trop d’empire sur son esprit, sa conscience trompée lui disait qu’il avait eu tort de laisser paraître en Italie un livre plein d’une doctrine contraire à l’Écriture sainte, et que, pour réparer sa faute, il devait étouffer, au moins en Italie, cette erreur, qu’il voyait se propager malgré les condamnations ecclésiastiques. Il ne fallait pas, pensait-il, avoir l’air de fai-

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