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Galilée par une conjecture très-douteuse de Sperassi, comme M. Rezzi l’a montré d’après l’examen du manuscrit sur lequel Sperassi avait pris sa copie : ce manuscrit ne porte pas le nom de Galilée et n'est pas de son écriture. Est-ce une copie prise par une main étrangère sur le volume du Tasse perdu par Galilée? Rien ne le prouve. Quoi qu’en dise M. Àlbèri, la ressemblance du style et quelques rapprochements avec les deux lettres adressées par Galilée à Rinuecinisur ce sujet et avec les notes surl’Arioste ne suffisent pas pour établir l’authenticité, ni surtout pour prouver que dans ce manuscrit anonyme d’une main inconnue tout soit de Galilée. Tout ce que M. Albèri prouve, c’est que le manuscrit n’a pas été interpolé après coup. Mais par qui et avec quels matériaux a-t-il été rédigé, et quelle peut être la part de notes de Galilée dans ces matériaux? On l’ignore.
Quant aux œuvres poétiques de Galilée, elles consistent surtout en une ébauche de comédie, et en une longue invective bouffonne contre l’usage des vêtements, à l’occasion de l’habitude qu’avaient certains professeurs de Pise d’aller en robe dans les rues. Cette satire envers ne manque pas d’une certaine verve; mais, outre les longueurs, il faut lui reprocher surtout l’obscénité. Le même reproche s’adresse à l’esquisse en prose d’une comédie, qui aurait été trop comparable sous ce rapport à la Calandra , œuvre de jeunesse du cardinal Bibbiena, et dont une scène rappelle trop YAsinaria de Plaute. Ce sont là des juvenilia, que Galilée aurait dû brûler. Quant à quelques sonnets qu’on a publiés sous son nom, un seul paraît authentique; les autres sont peut-être de son fils Vincenzo, poète trop fécond. Quoi qu’il en soit, ces sonnets n’ajouteraient rien à la gloire de l’illustre sa-
vant, qui, sur des sujets plus sérieux, fut en même temps un très-habile écrivain.
Revenons à l’enfance de Galilée et à ses études. Par manière de récréation, son père lui apprit la musique et fit de lui un exécutant très-distingué. Il annonçait aussi des dispositions extraordinaires pour le dessin, et fut toujours un excellent appréciateur en peinture. Mais ce fut surtout pour les inventions mécaniques que Galilée montra dès l’enfance une aptitude merveilleuse b
Il fallait trouver à ce jeune homme si heureusement doué par la nature, mais non par la fortune, une profession honorable et lucrative. Son père, se souvenant peut-être de son illustre ancêtre lemédecinGalileo dei Galilei, fit immatriculer à l’université de Pise, le 5 novembre 1581 *, le jeune Galilée,
1 Oulre Viviani (XV, 328), voyez Nelli, t. I. — 2 Sur l’entrée de Galilée à l’université de Pise à dix-sept ans et demi, en 1581, voyez Gherardini, dont le témoignage est confirmé par la découverte de la date précise de l’inscription sur les registres de l’université, suivant le témoignage de Nelli (t. I , p. 29). De même, suivant la première rédaction de Viviani (XV, 350-334), Galilée est entré à l’université de Pise à dix-lmit ans, il y est resté trois ou quatre ans, et il en est sorti à vingt-deux ans, par conséquent en 1580. Viviani ajoute qu’il en sortit sans aucune notion de mathématiques, et en cela il se trompe : il veut qu’alors seulement Galilée ait reçu des leçons de Ricci d Florence. Ensuite, ayant reconnu sans doute que Galilée avait étudié dès l’àge de dix-neuf ans les mathématiques avec Ricci, Viviani, par une correction malheureuse de sa rédaction première, a fait entrer Galilée comme élève à l’université de Pise dès l'âge de seize ans, et l’en a fait sortir à dix-neuf ans. Gherardini explique tout, en nous disant comment Galilée, suivant son propre témoignage, avait reçu les premières leçons de Ricci à Pise, en 1583, en sa seconde année d’études universitaires. M. Albèri a eu tort de préférer la seconde des deux versions contradictoires de Viviani sur des faits antérieurs de quarante ans à sa naissance, au lieu d’accepter le récit simple et naturel de Gherardini, contemporain et ami de Galilée, et sans s’inquiéter de la note tirée par Nelli des registres de l’université de Pise.
fxALILEE.
âgé de dix-sept ans et demi, pour y étudier la médecine. Rappelé par son père, qui avait sollicité vainement une bourse pour lui1, et qui ne pouvait plus suffire à la dépense, il revint à Florence en 1586, à l’âge de vingt-deux ans, sans diplôme, mais, comme le dit Viviani, avec des notions de médecine, de physique et de philosophie péripatéticienne. C’est par erreur qu’on lui a donné pour professeur de philosophie à Pise le philosophe éclectique Jacopo Mazzoni de Cesena, qui n’entra à l’université de Pise qu’en 1588 2. Ce fut comme collègue, et non comme maître, que Mazzoni aida Galilée dans les études comparatives, qu’étant élève il avait entreprises seul, et que, devenu professeur de mathématiques à Pise, il continua, sur les doctrines de Platon, de Pythagore et d’autres philosophes anciens.
Dès le temps où il était élève, Galilée avait compris que pour la physique les livres et les leçons ne peuvent pas remplacer l’étude directe des phénomènes. L’observation du balancement d’un lustre dans une église et de l’isochronisme des oscillations lui donna la première idée du pendule, dont il montra aussitôt l’application possible à l’observation médicale de la fréquence du pouls, application qui devint bientôt usuelle en Italie, suivant le témoignage de Viviani. De plus, à Pise, à l’âge de dix-neuf ans, suivant son propre témoignage répété par son ami et son plus ancien biographe Gherardini3, le jeune étudiant avait négligé les cours de médecine pour aller écouter furtivement les leçons de mathématiques données aux pages du grand-duc de Toscane, pendant un séjour delà cour à Pise, par le pro-
i Voyez Nelli, t. I, p. 32-53. — 2 Albéri, XV, 8, note 1. — 5 XV, 387-388.
GAULEE.
fesseur Ricci; ensuite, à Pise, et plus lard à Florence pendant les vacances de l’université, il fut aidé des conseils bienveillants de ce professeur, étonné des progrès que le jeune homme faisait en étudiant seul Euclide et Archimède. Ricci intervint près de Vincenzo Galilei, et obtint au jeune mathématicien la permission de renoncer à ses études médicales pour se livrer à l’élude des mathématiques et pour s’en faire une carrière.
Dès 1586, en méditant le livre d’Archimède sur les corps flottants, Galilée se rappela le récit de Vitruve sur le procédé d’Archimède pour découvrir la quantité d’argent contenue dans la couronne d’or d’Hiéron: il inventa sa balance hydrostatique, sur la construction et l’usage de laquelle il écrivit un ouvrageinlitul èlaBilancetta, opuscule qui, communiqué plus tard en manuscrit à ses élèves et à ses amis avec permission d’en prendre des copies, ne fut imprimé qu’après sa mort, en 1655. En 1587, il écrivit en latin ses Théorèmes sur le centre de gravité des solides , publiés en 1658 comme appendice à la quatrième journée des Dialogues sur les sciences nouvelles. En cette même année 1587, il fit un voyage à Rome, où il lia connaissance avec le savant jésuite allemand Clavius, fixé en cette ville1, bientôt renommé comme mathématicien dans toute l’Italie et au delà, il entretenait une correspondance scientifique avec les principaux mathématiciens de son temps , par exemple, dès le commencement de 1588, avec Clavius à Rome, avec Michel Coignet à Anvers, et avec le marquis Guidubaldo del Monte à Pesaro.