XIV
d’Iluyghens, malgré l’ingénieuse application que ce dernier y a faite de la cycloïde1.
Une lettre adressée par Pieracci à Galilée le 6 septembre 1641 prouve que, pour terminer la négociation avec les Elzevir, Galilée voulait leur permettre , sans conditions, de réimprimer toutes ses œuvres, et que Gaspard Schopp se proposait comme intermédiaire pour conclure le traité. Mais la mort de Galilée mit fin à la négociation.
Une lettre de Galilée à Bernegger nous a appris quelles étaient en 1654, quelques mois après la mort de sa fille, la fermeté d’âme de Galilée et son attente calme de la mort. On en trouve aussi la preuve dans sa lettre à Diodati, du 7 août 1658. Ce même courage, accompagné de vifs sentiments de reconnaissance et de tendresse pour ses amis, se retrouve dans les lettres de ses dernières années, par exemple dans celle qu’il dictait le 20 décembre 1641, dix-neuf jours avant sa mort, pour remercier la belle-sœur de son fils, Alessandra Bocchineri, mariée à Buonamici, delà sympathie qu’elle lui avait toujours témoignée au milieu de toutes ses misères. Dans le malheur et la souffrance, Galilée devint de plus en plus un chrétien résigné. Sa lettre du 21 février 1656 à Peiresc2, d’accord avec tous ses écrits, exprime son attachement invariable à la foi catholique. En 1655, il avait eu dans sa maison le P. Giuseppe, de la congrégation des Écoles pies. En 1659, pendant plusieurs mois de grandes souffrances, il avait eu la consolation d’avoir près de lui, d’abord ce même père, puis un autre membre de la même
1 Voyez M. Albèri, Suppl., p. lviii-lx, et 555-358. — 2 Voyez ci-dessus, fin du chap. VIII, p. 200-207.
congrégation, le savant P. Clemente, qui veillait à son chevet, en vertu d’une autorisation spéciale donnée par le bienheureux fondateur de cette congrégation bienfaisante, saint Joseph Calasanzio1. En outre, le P. Castelli, ce disciple si dévoué à la personne et aux doctrines de son maître, et dont la belle âme conciliait si bien la piété et la science, soutenait le courage de Galilée par les pensées chrétiennes et pieuses que nous trouvons exprimées dans ses lettres avec une douceur persuasive, et nous voyons par ces mêmes lettres que Galilée, dont beaucoup de réponses nous manquent, s’accordait avec lui dans les mêmes sentiments2. Le P. Castelli 5 aime à citer, d’une lettre de Galilée, cette parole de résignation : « Il plaît ainsi à Dieu, cela doit donc nous plaire aussi à nous. » Depuis 1639, à la fin de ses lettres à son pieux ami, Galilée se recommande habituellement à ses prières ; par exemple, dans sa lettre du 3 décembre 1639 : « Je vous rappelle, dit-il, de continuer vos prières près du Dieu de miséricorde et d’amour, pour qu’il extirpe la haine des cœurs de mes méchants et malheureux persécuteurs.» Le P. Clemente et le P. Castelli lui faisaient aimer la religion catholique, dont ils représentaient près de lui l’esprit véritable.
Le P. Castelli vint, à la fin de septembre 1641, passer un mois et demi avec Galilée et avec Viviani, alors âgé de dixneuf ans. Torricelli, âgé de trente-trois ans et suppléant de Castelli dans sa chaire de mathématiques à Rome, avait été désigné par ce dernier comme le meilleur aide possible pour
1 X, 74-75, 332-335 ; VII, 232. — a Outre VII, 332-33, voyez surtout X, 49, 280, 291, 310, 357, 386 ; Suppl., 287-290. — 3 VII, 280 et 508.
les derniers travaux de Galilée; il étaitlieureux de cet honneur et impatient de venir à Arcetri. Mais il était retenu à Rome par ses fonctions. Enfin, il vint versle milieu d’octobre 1641 l. Le 1er du même mois, le P. Cavalieri, ce savant moine jésuate, disciple et ami de Galilée, écrivait de Bologne à son vieux maître pour lui exprimer ses regrets de ne pouvoir, à cause de ses infirmités, aller se réunir aux trois hommes si distingués qui allaient se trouver ensemble près de lui, et il lui parlait avec admiration du génie de Torricelli2. Fra Micanzio, à qui dans une lettre Galilée avait fait connaître l’esprit élevé de son nouveau collaborateur, écrivait de Venise à Galilée, le 2 novembre, qu’il portait envie aux entretiens de cet illustre triumvirat, Galilée, Torricelli et Castelli5. Ce dernier fut obligé de retourner à Rome au commencement de novembre. Il laissait près de Galilée Torricelli, digne continuateur de l’œuvre du savant florentin, mais qui, venu bien tard près d’un mourant, fut lui-même enlevé trop tôt par la mort, et le jeune Viviani, autre continuateur distingué, qui, pendant sa longue vie, resta fidèle au culte de la mémoire de son maître, mais qui, dans sa Vie de Galilée , se montra trop peu véridique, tantôt par ignorance des faits, tantôt par dissimulation et par crainte.
Le 8 janvier 1 642, l’année à la fin de laquelle Newton allait naître, Galilée, âgé de près de 78 ans, mais dans toute l’intégrité de son intelligence, mourut pieusement à Arcetrij entouré des secours de la religion et de la tendresse de ses deux disciples, de son filsVincenzo et do sa bruSestilia Bocchineri.
X, 413, note 2; X, 417-418, 424-426, 432-423 ; 434. Comparez Suppl,, 293-295. — 3 X, 435.
Des représentants de l’inquisition avaient assisté à sa mort chrétienne. Cependant quelques théologiens prétendirent qu’un homme condamné comme suspect d’hérésie n’avait pas le droit de tester et ne devait pas être inhumé en terre sainte. Mais, comme nous allons le voir, Galilée reçut la sépulture ecclésiastique, et l’on exécuta son testament : il laissait une petite rente à sa fille survivante Giulia, en religion sœur Arcangela, et sa petite fortune à son fils, légitimé en 1619 par une ordonnance du grand-duc Cosme II; mais il avait placé en fidéi-commis ses deux propriétés de Monte et de Stabili, afin de priver de son héritage ceux de ses descendants qui se feraient moines. Peut-être était-il inquiet des tendances d’un de ses petits-fils, dont nous parlerons bientôt, et qui, entré dans le clergé séculier, respecta peu, dit-on, la mémoire de son aïeul. Galilée avait demandé à être inhumé dans le tombeau de sa famille, dans l’église de Sainte-Croix à Florence : cette dernière demande fut refusée. Ses nombreux disciples et admirateurs avaient fait une souscription pour lui ériger un monument funéraire. Mais Urbain VIII, bien occupé pourtant de sa guerre pour les duchés de Castro, de Parme et de Plaisance, 11e perdait pas de vue son idée fixe du danger causé à la religion par le système de Copernic et de Galilée : ayant entendu parler du projet de monument, il déclara à l’ambassadeur Niccolini, qu’;7 serait de mauvais exemple pour le monde que de tels honneurs fussent rendus à un homme qui avait été traduit devant V inquisition romaine pour une opinion si fausse et si erronée, qui l'avait communiquée à beaucoup d’autres, et qui avait donné un si grand scandale à la chrétienté. En rendant compte de cette conversation dans sa dépêche du 25 jan-
vier 1642, l’ambassadeur conclut qu’il faut au moins différer. Il rappelle au grand-duc que le pape a fait enlever de la chartreuse de Mantoue et placer à Saint-Pierre de Rome les restes de la grande-comtesse Mathilde, sans en avoir même parlé au duc de Mantoue, et malgré les réclamations de ce prince souverain, sous le prétexte que toutes les églises sont au pape, et que les corps qui y reposent appartiennent au pouvoir ecclésiastique. Le corps de Galilée n’aurait donc pas été en sûreté, sous la faible protection du grand-duc, dans le tombeau que les Florentins lui destinaient1. De son côté, l’inquisiteur de Florence, Fanano écrit au cardinal Barberini qu’il transmettra au grand-duc les instructions quil a reçues du cardinal pour les funérailles. Il ajoute qu’il veillera aussi à V exécution de ce qui lui a été prescrit pour V épitaphe et pourV oraison funèbre. Le grand-duc obéit aux instructions venues de Borne : GaliTée fut inhumé, non dans le tombeau de sa famille, comme il l’avait demandé, mais dans la petite chapelle dite du noviciat et attenante à l’église Sainte-Croix, sans oraison funèbre, sans monument et sans épitaphe2. Mais, quoi qu’on fît, comme il l’avait écrit dans sa lettre du 17 août 1654 à Bernegger, l’on ne pouvait pas enfermer son nom avec son corps dans son humble tombeau.
1 Mais il est faux que le cadavre de Galilée ait failli être jeté à la voirie, comme M. Libri l’a prétendu [Journal des savants, 1840, p. 459). — 2 XV, 401-404.