‹ GaliléeChapitre 32 sur 41 · XIII, 25-24. — 2 XIII · texte numérisé non relu

XIII, 25-24. — 2 XIII

que, puisque le vide existe, cette force n’est pas infinie, et qu’elle doit avoir une intensité mesurable. Il ajoute que, cette force restant seule dans les liquides, dépourvus, suivant lui, de cohésion, c’est dans les liquides qu’on peut la mesurer, et il indique le moyen d’obtenir cette mesure. Mesurer, telle est toujours l’utile préoccupation deGalilée en physique, et c’est cette préoccupation qui l’a mis sur la voie de toutes les découvertes. Dans ce cas particulier, il n’est pas arrivé jusqu’au but, mais il en a bien approché, comme le prouve un passage, trop peu remarqué, de la première journée de ses Dialogues , document plus sûr et plus important que l’anecdote qui en a été tirée très-inexactement par Pascal1, et tant de fois répétée depuis, sur une conversation de Galilée avec les fontainiers de Florence. Dans ce passage2, Galilée remarque que dans les pompes aspirantes l’eau s’élève jusqu’à 18 brasses, quelle que soit la grosseur de la colonne liquide, mais qu’au delà de cette hauteur, malgré la force du vide, l’eau ne suit plus le piston ascendant, et que, pour d’autres liquides, tels que le mercure, le vin, l’huile, etc., la hauteur est en raison inverse de la densité du liquide rapportée à celle de l’eau. Galilée sait donc bien qu’au delà de cette hauteur, le liquide ne suivant plus le piston ascendant, le vide se produit au-dessous du piston, si le liquide ne se vaporise pas. Suivant Galilée, le poids d’une colonne liquide de diamètre uniforme, soulevée au-dessus du niveau dans le corps de pompe, est égal à la résistance exercée par le vide sur une section de cette colonne. Pour dissiper l’er-

1 Conclusion des traités de l’équilibre des liqueurs et de la pesanteur de l’air (Paris, 1065, in-12). — 2 XIII, 20-22.

reur sur le rôle du vide dans ce phénomène, si bien étudié du reste par Galilée, et auquel personne n’avait rien compris avant lui, que restait-il à faire? Dans ces observations résumées par Galilée, il y a une lacune : il n’avait pas observé que, pour l’ascension du liquide, il est nécessaire que la surface du réservoir soit en communication avec l’atmosphère, et par suite il n’a pas vu que c’est la pression atmosphérique qui cause celte ascension, et que par conséquent le produit de la hauteur de la colonne liquide par sa densité est la mesure de la pression atmosphérique. Si Galilée avait fait cette dernière observation, le principe du baromètre aurait été trouvé par lui : il l’a été après sa mort, suivant sa méthode mise en pratique par Torricelli, confident de ses dernières pensées et dépositaire de ses dernières instructions pour le progrès de la science. Par la même méthode de l’expérimentation et de la mesure, Pascal a confirmé la découverte de Torricelli, en constatant l’inégalité de la hauteur de la colonne barométrique au sommet du Puy-de-Dôme et dans la plaine, au sommet et au pied de la tour Saint-Jacquesla-Boucherie.

Ainsi, en physique, de la mesure des effets constants ou des effets variables dans des conditions connues, Galilée enseigne à s’élever à la connaissance des causes secondes et de leurs lois, sans scruter l’essence métaphysique de ces causes, ni leur rapport avec la cause première, dont il se borne à proclamer l’existence nécessaire et la toute-puissance créatrice et souverainement intelligente. En un mot, il s’est renfermé dans le domaine de la physique, mais il est d’accord avec la philosophie spiritualiste et avec la religion : il a dit et répété, dans ses ouvrages et dans ses lettres,

que, soit entre la physique et la philosophie, soit entre la science et la religion, il n’y a aucune incompatibilité. Il a lutté avec une conviction profonde contre l’intolérance religieuse, qui, abusée par la fausse science des péripatéticiens, accusait d’impiété ses doctrines astronomiques. Si notre siècle avait été le sien, il aurait renié toute solidarité avec une autre doctrine, qui voudrait mettre la science au service de l’irréligion et de l’athéisme soit matérialiste, soit idéaliste, et à laquelle, pour être intolérante, il ne manque que d’avoir le pouvoir en main. Malgré la condamnation prononcée à tort par deux congrégations romaines, d’après la volonté secrète de deux papes, mais sans aucune ratification régulière et officielle de leur part, contre sa théorie du double mouvement de la terre, et malgré son abjuration forcée de cette théorie, Galilée est resté ce qu’il était auparavant : il a continué de concilier dans sa pensée deux ordres de vérités qui étaient en effet et resteront toujours conciliables.

Dans ses notes sur la réplique du P. Grassi à Y Essayeur *, et dans la première journée du Dialogue sur les sciences nouvelles 2, il proteste contre l’intention calomnieuse de son adversaire, qui, parce que Galilée croit, comme Démocrite, Epicure et leurs sectateurs, à l’existence actuelle des atomes et du vide, insinue que, comme ces philosophes, Galilée doit admettre l’existence éternelle, incréée et nécessaire de ces atomes, et supprimer, comme eux, la providence créatrice et ordonnatrice du monde. Dans la quatrième journée de son Dialogue astronomique*, il déclare, par la bouche de son ami Sagredo et de son disciple Salviati, qu’au delà de toutes

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