SUR LE LANGAGE DES ANIMAUX
— Tout langage est l’expression ou la manifestation (les idées ou des sentimens qu’éprouvent les hommes ou les animaux. Il y a, par conséquent, autant de langages différens qu’il y a de moyens différens d’exprimer ou de communiquer ses idées et ses sentimens. Ces moyens sont: ou des sons, des paroles; ou des gestes, des signes imperceptibles par l’oreille Les sons et les gestes sont ou naturels ou arbitraires. L’homme se sert de deux langages; où les signes naturels ne lui suffisent pas, il en invente d’arbitraires. Les animaux ont le langage des gestes, personne n’en doute.
Cette introduction est suivie d’un long extrait des Lettres philosophiques de C.-G. Leroy sur l’intelligence et la perfectibilité des animaux. Elles fournissent de nombreux exemples tendant à démontrer que les bêtes ont entre elles un langage pour la communication de leurs idées. Ces exemples ne sont pas sans intérêt; mais les propres observations de Gall nous paraissent mieux accentuées; nous les reproduirons de préférence.
Lorsqu’on a, dit-il, des occasions fréquentes d’observer les animaux, on apprend à entendre leur langage.
on connoît les inflexions différentes que prend le cri du coq, de la poule et des autres oiseaux, selon le sentiment ou l’idée qu’ils veulent exprimer.
Je vis une troupe de canards proférer des sons confus avec toutes les marques de l’inquiélude; leurs mouvemens singuliers fixèrent mon attention; je ne pus douter qu’ils ne fussent occupés de quelque chose qui les inléressoit beaucoup; leur inquiétude devenoit plus visible de moment en moment; à la fin, une cane qui accourut d’assez loin à toutes jambes, se précipita dans la cour. Toutes ses camarades la reçurent avec les marques de la joie la plus vive; toutes s’approchèrent d’elle, allongèrent la tète vers elle en se baissant, en agitant la queue et en faisant des espèces de révéï'ences; le caquet s’anima de plus en plus, et toutes finirent par se retirer très-contentes dans leur loge. Viendra-t-on me soutenir que ces canards ne se sont pas parlé ? Je suis instruit de tous les besoins de mes chiens par les différens sons qu’ils profèrent. Mon singe manifeste, par des sons toujours modifiés, les besoins, les sentimens, les affections et les idées les plus diverses. Il n’y a pas jusqu’à mes domestiques, qui ne comprennent son langage.
Ce langage est naturel aux animaux; il est inhérent à leur être; il est le même chez tous les individus de la même espèce ; aucun individu ne l’apprend, tous le parlent bien, et tous le comprennent parfaitement. L’observateur attentif se convaincra facilement que ce langage est beaucoup plus étendu, surtout dans les espèces les plus intelligentes, qu’on ne le suppose communément.
. Mais ce qui prouve encore bien plus en faveur d’une faculté des animaux pour le langage, c’est leur aptitude
à entendre les langues arbitrairement formées de l’homme. Tous nos animaux domestiques fournissent des preuves en faveur de celte dernière assertion. Ils apprennent à comprendre non-.seulement des mots isolés ou des sons articulés, mais des périodes entières, exprimant plusieurs idées. J’ai fait, à ce sujet, les observations les plus suivies. J’ai parlé souvent à dessein d’objets qui pouvoient intéresser mon chien, en évitant de le nommer lui-même, et sans laisser échapper aucune intonation ou aucun geste (jui eût pu réveiller son attention. Il n’en lémoignoit pas moins du plaisir ou du chagrin, selon l’occasion; il manifestoit enfin par sa conduite qu’il avoit très-bien compris que la conversation le concernoit. J’avois amené une chienne de Vienne à Paris; au bout de très-peu de temps, elle comprenoit le français aussi bien que l’allemand; je rn’en suis assuré en disant devant elle des périodes entières dans l’une et l’autre langue.
Il me reste à examiner jusqu’à quel point l’anatomie comparée confirme ces observations par l’examen du crâne et de la tête des animaux.
SUR l’org.yne du sens du langage