UN DERNIER MOT SUR GALL ET LA CRANIOLOGIE
Plus nous avons étudié Gall et rapproché ses principes de ceux que l’Ecole suit aujourd’hui, plus il nous a semblé qu’un voile, inexplicable dans ses motifs, couvre son œuvre.
Nous pouvons admettre le parti pris contre ses prétentions à localiser, d’emblée, sur le cerveau humain, 27 facultés intellectuelles et morales; mais, quand on voit nos auteurs les plus notables aborder le terrain de la localisation, sans dire un mot de Gall, peut on supposer qu^ls ont ignoré les pages imprimées sur le sens du langage de 'parole.
Dans toute l’étendue de son ouvrage, Gall se fait un devoir de rendre à César ce qui est à César. S’il s’approprie ou combat l’idée d’un auteur, ancien ou moderne, il le cite, et l’on peut dire que l’indication des sources où il a puisé est en surcharge dans' ses livres.
Sans doute, la science a marché brillamment
depuis Gall; sans doute, le terrain à peu près inculte qu’il a retourné, sous tant de faces, en le nettoyant de tant de vieilles racines^ est devenu fertile aux idées nouvelles; sans doute, l’esprit humain suivant son cours, ranthropologie, appuyée sur l’histoire naturelle, sur les progrès de l’anatomie cérébrale, et sur les obsci valions cliniques éclairées par les autopsies, a donné l’essor à la physiologie- |)sychologique ; sans doute, le présent est loin de déchoir du passé; mais, tout en avançant allègrement ne dolt-il pas quelque souvenir, quelque reconnaissance à celui qui fnt l’un des principaux initiateurs aux idées actuellement en cours?
Incontestablement, Broca a posé le principe le plus rigoureusement sensé : V autopsie après l’observation clinique.
Mais, si cette donnée a ses moyens dhnvestigations dans les hospices d’aliénés et dans les hôpitaux des grandes villes, à quelles faibles ressources la médecine ordinaire ne se trouve-t-elle pas réduite sur ce point? Faire de la clinique, c’est le rôle, forcément borné, du praticien des campagnes et des petites villes : les nécropsies y sont nulles.
Peut-on affirmer, qu’en dehors de l’anatomie pathologique il n’existe aucun autre moyen propre
à éclairer les reeherches relatives à nos facultés intellectuelles et morales?
A propos du siège ditlerent que présentent les diverses formes de l’aphasie, on a avancé ce principe : que les facultés intellectuelles, considérées d’une manière générale, ont leur siège dans la moitié antérieure des hémisphères cérébraux, et que les facultés sensitives se rattachent à leur moitié postérieure.
Sans prétendre à vérifier si cette délimitation a des fondements bien précis, nous en acceptons l’idée comme établissant un principe général de localisation. Ce principe, en effet, tend, nous le répétons, à s’accorder avec la base fondamentale du système de Gall qui place, en avant du cerveau, les facultés intellectuelles, et les affectives à la partie postérieure.
Partant de cette donnée, on comprendra que la crâniologie étudiée, non plus dans ses 27 cases, mais bien dans ses territoires antérieur, postérieur, latéral et supérieur, ne sera plus une science vaine. Pour nous, la crâniologie, ainsi comprise, offre l’accord le plus intime avec la phrénologie; car, incontestablement, dans cette vue d’ensemble et de rapports, le contenant s’est moulé sur le contenu, la morphologie du crâne traduit celle du cerveau.
Qu’on veuille bien y donner de l’attention, et l’on constatera que, pour la forme crânienne, l’irrégularité est la règle, et la régularité l’exception. Les crânes des Musées d’anthropologie mettent en évidence ce lait <jui, d’ailleurs, correspond à la prédominance habituelle d’un hémisphère sur l’autre.
Cette donnée, seule, entraîne aux déductions les jilus sérieuses. Elle démontre la grande portée du principe fondamental de Gall, et, à ce point de vue, sa doctrine serait à re[)rendre.
Combien de fois, dans les grands hôpitaux, il serait possible d’acquérir des renseignements sur les jjoints saillants du caractère d’un individu. Ne pourrait-on pas, dès lors, rapprocher ces renseignements de la conformation du crâne, et en trouver ensuite la confirmation ou la négation dans l’autopsie? Je ne parle pas des applicatons que l’on pourrait en faire à la vie ordinaire; il serait difficile d’y aboutir â des conclusions, puisque l’autopsie ferait défaut dans tous les cas.
Lfidée que Bertillon a eue de léguer son cerveau à des amis qui l’ont connu dans son intelligence, ses goûts et ses penchants, est d’un stoïcisme saisissant. Elle trouvera des imitateurs, sans doute, (juand l’entourage des familles ne fera pas de cet exemple une haute question de sentiment.
Cette 3' Partie est la seconde édition de deux Brochures publiées, la l" en 1888, la 2° en 1889.
AUTOPSYCHOLOGIE
ou
APPLICATION DU PRINCIPE : CONNAIS TOI TOI-MÊME A l’Étude de la mémoire en exercice, a l’état sain.