ZJ
sa veuve que les enquêteurs rencontrèrent en 1701 : elle continuait le commerce de livres du défunt, et ne possédait plus qu’ « une presse et un reste de vieux corps de fonte du poids de 150 livres ou environ1 ».
Le Roy (Jacques), imprimeur à Coutances (1762-1774).
Dans ses Notes pour servir à l’histoire de V imprimerie à Valognes,
(p. 335), P- Blaizot consacre à cet imprimeur les deux lignes suivantes : « Jacques Le Roy, imprimeur à Coutances (1780), est originaire d’une paroisse de l’élection de Caen ;son père était imprimeur à Caen. » Sauf l’indication, d’ailleurs bien vague, du pays d’origine, tout est inexact dans ces maigres renseignements, ainsi qu’on va le voir. Né à Mouen (Calvados) le 21 avril 17322, Jacques était le frère, et non le fils de Gilles Le Roy, imprimeur à Caen; et en 1780, il n’exerçait plus, ayant, depuis six ans déjà, abandonné sa place, dont avait été pourvu Gilles Joubert. Ceci dit, je vais fournir sur lui quelques détails ignorés. Après avoir fait son apprentissage à Paris, chez Jean-Baptiste Despilly, qui n’était que libraire, Jacques Le Roy voulut être imprimeur : il se présenta pour remplir à Coutances la place de Julien Fauvel, mais le Conseil privé ne l’autorisa à exercer que la librairie3 4; Le Roy revint alors à la charge et, ayant justifié sans doute qu’il était capable d’imprimer, un nouvel arrêt du 21 juin 1762 ordonna qu’il pourrait s’adonner à cette profession K . Doué, comme son frère de grandes aptitudes commerciales, Jacques donna aussitôt à son établissement un essor considérable, faisant venir peu de livres de Paris ou d’ailleurs et s’attachant plutôt à en éditer lui" même. Tant que Gilles Le Roy resta simple libraire à Caen, Jacques imprima pour lui ; plus tard, les deux frères échangèrent leurs publications respectives. Avec la collaboration de Louis-Charles Bisson, devenu par la suite évêque constitutionnel de Bayeux, et de Chantereyne, négociant à Cherbourg, Jacques Le Roy créai’ Almanach historique , ecclésiastique et politique du diocèse de Coutances ,
(1) B. N., Ms. fr. n. a. 39g, f° içy. — (2) État-civil de Mouen : « Aujourd'huy
dimanche 24 d’aoust 173 v, un fils né de jeudi dernier du légitime mariage de François Le Roy et de Marie Coursier (sic), a été baptisé par moy soussigné,
prêtre, curé de Mouen, et nommé Jacques par Jacques Le Gourcier, assisté de Marie Morin, parrain et marraine... » — (3) Voy. Documenta, n° 9 1 3. —
(4) Voy. Documenta, n° 914.
dont la publication se poursuivit jusqu’en 1781 ; mais il paraît que ses initiatives ne furent pas toujours aussi heureuses et qu’il se mêla, non seulement de contrefaçons, à la suite desquelles ses ateliers furent soumis à des perquisitions judiciaires, mais encore .de l’impression d’actes officiels dont il altérait les textes1. Faut-il voir dans les ennuis qui s’ensuivirent pour lui la cause de sa retraite prématurée ? C’est très probable, car il était jeune encore quand il se retira des affaires en 1774, après avoir démissionné en faveur de Gilles Joubert, qui lui succéda.
Moisson (Nicolas), imprimeur à Cherbourg (1787).
Frère indique, dans ses Notes 2 : « Nicolas Moisson, imprimeur à Cherbourg en 1787 », sans fournir aucun autre renseignement sur ce prétendu typographe. Il est à peine besoin d’ajouter qu’il s’agit ici d’un simple libraire, qui n’a jamais possédé de presses ni fait acte d’imprimeur.
(1) Voici deux lettres relatives à ces objets, que j’ai rencontrées aux Archives départementales du Calvados (C. 2888); la ier est du Chancelier de Maupéou à de Fontette, intendant de Caen; la seconde est adressée par celui-ci au Chancelier. — A. De Paris le 3o septembre 1773. « Monsieur, on vient de m’informer que le nommé Le Roy, libraire-imprimeur à Coutances, a été condamné par sentence du Présidial de cette ville, en 3o livres d’amende, pour avoir altéré les dispositions d’anciens arrêts qu’il a imprimés. Vousvoudrés bien vous instruire de cette affaire et de ses circonstances et m’en rendre compte. Ce libraire est connu pour un assés mauvais sujet, qui ne se borne pas à contrefaire toutes sortes d’ouvrages et qui en imprime encore de temps à autre de prohibés et des plus dangereux. Jesuis, Monsieur, votre affectionné serviteur, De Maupéou. » — B. A Caen ce 8 octobre 1773. « Monseigneur, J’ai l’honneur de vous envoyer la copie que je reçois de la sentence rendue au Bailliage de Coutances, le
iQ juillet dernier, contre le sieur Le Roy, libraire-imprimeur de la même ville. Sa contravention, comme vous le verrés, Monseigneur, consistoit à avoir obmis d’indiquer son nom, le lieu et l'année de l’impression sur deux arrêts du Parlement de Rouen. 11 avoit d’ailleurs été peu exact en annonçant que ces deux arrêts condamnoient tous les habitants de deux paroisses, tandis qu’ils ne condam noient que deux particuliers, mais cette faute n’étoit peut-être pas aussi grave qu’on vous l’a annoncé, et un des juges en m’envoyant les deux sentences, me mande qu’il' a été suffisamment puni. Le sieur Le Roy peut être soupçonne avec fondement de contrefaire des ouvrages. Il paroit constant qu’il a imprime la Théologie de Poitiers, dont le sieur Faucon, imprimeur dans cette ville, a le privilège; mais dans les différentes visites que j’ai fait faire chés lui, on n’a rien vu qui annonçât qu’il imprime des ouvrages prohibés ou dangereux et il ne paroit pas d’après ce qu’on me mande qu’il ait cette réputation dans Coutances. Je suis avec un profond respect... ». — (2) Liasse 1 3 3 .
MANCHE
Motays (Les), imprimeurs à Avranches (1647-1722).
I. Philippe (1647-1668). D’après M. l’abbé Pigeon 4, Philippe Motays aurait été l’élève et le successeur de Jean Le Cartel. Je ne sais pas sur quels fondements repose cette assertion invraisemblable et il suffit pour la juger de constater que Le Cartel cessa d’imprimer vers 1618 et que Motays ne débuta que 30 ans plus tard2. Je 11e possède au surplus aucun renseignement biographique sur cet imprimeur, dont la carrière semble s’être terminée en 1 668 3.
IL Nicolas (1668-1684). Probablement fils et successeur du précédent, Nicolas n’est également connu qu’au point de vue bibliographique ; ses débuts sont de 1668 sa dernière impression paraît être de 1684 5. A quelque temps de là, vers 1685, on rencontre des livres imprimés par sa veuve6, qui conserva l’établissement de son mari jusqu’en 1733, époque où elle le céda à Jean- Baptiste Bernard.
En 1722, Louis Motays, sans doute l’un des fils de Nicolas, a imprimé sous son propre nom, une pièce qui a été citée par M. Delisle 7. Malgré la qualification qu’il se donne d 'imprimeur ordinaire de l’Evêché, Louis n’a dû travailler qu’avec sa mère et d’une manière accidentelle.
Pien (Jean), imprimeur à Saint-Lô (1659-1670).
Longtemps considéré comme étant le prototypographe de Saint-
(1) Les Anciens livres liturgiques dans les diocèses de Coutances et d' Avranches, p. i5. — (2) Voy. : — Déclaration de rassemblée generale dv Clergé de France : svr ce qvi est à observer sous la conduite de Messeigneurs les Euesques, par les Réguliers, & autres Exempts sans en ce comprendre les Eglises Cathédrales & Collegiales, ny leurs dépendances, véritablement exemptes. Faite en Fassemblee generale dudit clergé en l’année 1625. Confirmée en celle de 1 6 35 . & renouuellée en celle de i6q5. [Vignette offrant le monogramme IHS.] Suiuant la Coppie Imprimée à Paris, A Avranches, chez Philippes Motays, Imprimeur & Libraire, demeurant en la ville. M.DC.XLVII. (In. .12. 3i p. ch. B. N., LdGi83 b.) — (3) Voy. Pluquet, op. cit ., p. 224. — (4) Ibid., p. 415. — (5) Cf. Pigeon, Ane. livres liturgiq., p. 17. — (6) Voy. notamment : — Histoire abbregée du Mont S' Michel en Normandie, Avec les Motifs pour utilement & saintement faire le Pèlerinage du glorieux Archange Saint Michel, & de tous les saints Anges. Par un Religieux Bénédictin de la Congrégation de Saint Maur. Avec l'Inventaire de toutes les Reliques qui sont au Trésor. [Tète d’ange ailée. J A Avranches, chez la Veuve Nicolas Motays. Impri. ordinaire de l’Eveché. (In-12. 96 p. ch. B. N., Rec. Fontanieu, t. 33o, pièce 6.) — (7) Cf. Le Théâtre au Collège de Valognes, p. i3.
GA [.LIA TYPOGRAPHICA
Lô, cet imprimeur a dû rétrograder depuis de plusieurs rangs ; cependant, et bien que ses productions soient très médiocres au point de vue typographique, car il semble n’avoir jamais possédé que des caractères usagés et acquis par lui d’occasion, il n’en a pas moins été honoré d’une notice écrite par l’éminent Léopold Delisle. Il n’y a que peu de chose à ajouter aux renseignements déjà fournis sur ce typographe ; toutefois, ses débuts dans la carrière ont été ignorés jusqu’à présent et je comble immédiatement cette lacune en indiquant que Jean Pien avait fait son apprentissage à Paris, chez Gilles Tompère. Suivant brevet passé devant Dorléans et Nourry, notaires au Châtelet, le 8 décembre 1654, il s’était obligé à servir ce maître pendant 4 ans L Ce n’est donc que dans les derniers mois de 1658, que Jean Pien put obtenir son exeat et un certificat de capacité ; par conséquent, il n’a pas pu s’établir à Saint-Lô en 1656, comme on l’a cru jusqu’ici, mais seulement en 1659. D’ailleurs sa première impression connue dans cette ville n’est que de l’année 1660 1 2. Il s’y qualifie : imprimeur et libraire du Collège ; bientôt, il substitua à ce titre celui d’imprimeur de la Ville3, et s’engagea, en 1 666, à 11e pas quitter la localité ; on l’exonéra en échange des charges qui frappaient les autres bourgeois et on lui fournit un logement gratuit à l’Hôtel de ville 4 *. En 1669, Jean Pie11 imprimait YUrbs san Laudus 3, panégyrique de la ville de Saint-Lô écrit en vers latins par Guillaume Ybert, professeur d’humanités et principal du collège : ce fut le chant du cygne de notre typographe qui trépassa, semble-t-il, l’année suivante. Il fut remplacé par sa veuve, dont on ne connaîtrait, d’après M. Travers 6, qu’une seule impression, le Cereale cannen7, in-4, sans date, autre poème du même Guillaume Ybert ; cette veuve a pourtant à son actif une autre production, que j’ai rencontrée à la Bibliothèque Nationale 8 * * et sans doute en trouvera-t-on d’autres, puisqu’elle n’a cessé d’imprimer qu’en 1702, époque à laquelle, d’après des notes que j'ai
(1) B. N., Ms. fr. 21837, f° 45. — (2) Voy. L. Delisle, L' Imprimerie à S. Lô,
p. 4. — (3) Ibid., p. 7. — (4) Cf. Documenta, n° 659. — (5) Cf. Delisle, Op. Cit.,
p. 14. — (6) Op. Cit., p. 45. — (7) Voy. Frère, Manuel , t. II. p. 621. — (8) Abrégé
de la vie et miracles de S. Gavde Evesqve d'Evrevx, décédé dans le Diocese
de Constances en Normandie. Avec le sommaire de ce qui s’est passé à la
Translation de son corps miraculeux, & de quelques miracles. Par Permission
de Monseigneur l’Illustrissime & Reuerendissime Euesque dudit Constances.
[Vign. sur bois, signée : P. P., représentant S. Gaude.] A Saint-Lo chez la
vefve de Iean Pien, imprimeur Librire (sic). (S. d. In 12. 128 p. ch. B. N.,
Ln27833i a.)
MANCHE
sous la main, mais qui n’offrent malheureusement rien d’authentique, elle céda son fonds à Jacques Le Baron.
Quesnot (Pierre), prétendu imprimeur de Saint-Lô (1595).
Suivant une note insérée par M. Lepingard, dans les Notices , Mémoires et Documents publiés par la Société d’ Agriculture, d’ Archéologie et d' Histoire naturelle du département de la Manche 4, un sieur Pierre Quesnot, bourgeois de Saint-Lô, aurait exercé la typographie dans cette ville, vers la fin du xvie siècle, et ceci résulterait d’un acte d’acquisition faite, en 1595, par ce personnage, d’un jardin attenant « au pignon de hault de son imprimerie ». Mais, ainsi que le fait remarquer M. Travers 1 2, « comme, dans cet acte, Pierre Quesnot n’est point qualifié d’imprimeur, comme 011 ne connaît aucun livre sorti d’un atelier portant son nom, il est bien probable que ce particulier était simplement propriétaire de l’immeuble dans lequel Thomas Bouchard et Jacques Le Bas avaient exercé leur industrie. »
(1) T. VIII (S. Lô, 1889, ln 8). pp. 183-184. Note intitulée: Le plus ancien
imprimeur connu à Saint-Lo. — {2) Op. Cit., p. 44.