‹ Gallia typographicaChapitre 14 sur 143 · l6 GEORGES LEPREUX · texte numérisé non relu

l6 GEORGES LEPREUX

impressions non signalées jusqu'à ce jour. Je tiens plus spécialement à rappeler avec quel zèle l'imprimeur royal défendit contre tous le trésor typographique dont il avait la garde, bien que les Grecs du Roi, ou, pour parler plus exactement, les poinçons de ces précieux caractères ne fussent pas entre ses mains. Turnèbe, dans sa lettre au chancelier Michel de l'Hospital, rend à cet égard pleine et entière justice à son successeur, en disant : « Hic etiam commemorare possum, literas régis astatedetritas et fugientes ejussumtibus fusas atquerenovatas esse. » Conservés pendant quelques années dans la bibliothèque du roi à Fontainebleau, ces poinçons étaient confiés depuis le mois de juillet 1562 à Me Pierre Baron, procureur au Parlement, et l'on sait par la publication qu'en a faite P. Renouard1, qu'au mois de janvier suivant, Guillaume Morel avait présenté requête à la Cour, à l'effet de les faire « visiter, huiler etaccoustrer» pour les soustraire au danger « d'estre enroillez et gastez ». On ignorait jusqu'ici comment et pourquoi ces poinçons avaient quitté la bibliothèque de Fontainebleau, on ne sera pas surpris d'apprendre que ce fut encore à la sollicitation de Guillaume Morel que le Parlement en avait ordonné le transfert, au commencement de

XIA i6o3, f° 2.— B.N., Ms. fr. n. a. 8061, P 497 v°.) — E./ Du 16 juillet i5Ô2, « La Court, ayant esgard à Ja requeste à elle présentée de la part de Guillaume Morel, imprimeur du Roy en ceste ville de Paris, et après avoir veu la censure des docteurs en la faculté de Théologie en l'Université d'icelle ville et oy le Procureur Général,du Roy, Ladicte Court a permis et permect audict Morel imprimer et vendre le livre intitulé Balduim altéra defensio adversus Jo. Calvinum,el a inhibé et défendu à tous imprimeurs et libraires et autres qu'il apartiendra d'imprimer ou vendre ny faire imprimer ou vendre ledict livre pendant trois ans sans permission et adveu dudict Morel, sur peine de confiscation de ce qui auroit esté imprimé par dessus lesdictes deffenses et d'amende arbitraire. » (A.N., XIA i6o3, f° 94 v°. — B.N., Ms. fr. n. a. 8061, f° 524.) — F./ Du 5 lévrier i563 (n. s.) « La Court a permis et permet à Guillaume Morel, imprimeur du Roy en ceste ville, imprimer et exposer en vente le traitté intitulé Institution du père chrestien à ses en/ans et faict inhibition et deffenses à tous autres imprimeurs et libraires de ce ressort, de imprimer et exposer en vente ledict traicté sur peine de confiscation de ceux qui autrement seront imprimez, et d'amende arbitraire. » (A. N., XIA 1604, f. 262. — B. N., 8062, fo 186 v.) — G./ Du 20 février i563 (n. s.). « La Court a permis et permet à Guillaume Morel, imprimeur du Roy en ceste ville, imprimer et exposer en vente une Epistre parluy recouverte et composée par un évesque, adressée aux ministres desEglises nouvelles, et faict inhibitions et deffences a tous autres imprimeurs de ce ressort de imprimer ne exposer en vente ladicte Epistre, sans l'adveu et consentement dudict Morel, sur peine de confiscation de ceux qui autrement se trouveront imprimez et d'amende arbitraire. (A. N., XIA 1604, f° 340. — B. N., Ms. fr. n. a. 8062, fo 220 v*.) (1) Voy. Documenta, n° 38.

l'année 1562, pour assurer leur meilleure conservation. Il paraît, en effet, que le garde de la bibliothèque royale, en dépit de la leçon de 155 1 4, confiait les précieux poinçons aux divers imprimeurs désireux d'en obtenir des matrices et que ceux-ci, de leur côté, laissaient le soin de la frappe à des ouvriers inexpérimentés, au risque de détériorer l'œuvre de Garamond. Un ^rrêt du Parlement du 10 mars 1562, avait ordonné que ces poinçons seraient remis aux mains de Me Jean Camus, notaire et secrétaire du roi 2, d'où sans doute, ils avaient passé entre celles du procureur Baron.

Après, quinze années d'un considérable labeur, Guillaume Morel mourut à Paris, le 13 février 1 5 64 3, laissant une veuve, Barbe de Mascon, qui continua pendant plus d'un an de diriger l'établissement de son mari 4 et qui, en 1565 ou 1566, convola avec Jean Bienné, auquel échut dès lors la conduite de la maison 3. Guillaume Morel avait eu de son mariage au moins une fille, Jeanne, qui devint l'épouse d'Etienne Prevosteau, imprimeur du roi supposé, dont il est question plus loin.

Guillaume Morel ne s'est pas fait remarquer seulement dans la typographie grecque, on lui doit aussi quelques impressions hébraïques d'une exécution absolument parfaite 6. Il avait pour

(1) Cf. suprà, p. 46. — (2) Du 10 mars i5Ô2 (n. s.) « Sur la requeste présentée à la Court par Guillaume Morel, imprimeur du Roy es lettres grecques, tendant à ce que pour les causes y contenues, comandement fust faict à André Wechel et tous autres de cesser et surseoir à fraper en matrice les poinsons des trois sortes de grec que le feu Roy François premier avoit faict faire, lesquelz poinsons il auroit par surprise retiré par une simple lettre missive, et iceux faisoit fraper en matrices par gens inexpertz, ce qui ne se pouvoit faire sans les rompre, chose irréparable et dommageable au publicq. Ladicte requeste communiquée au Procureur Général du Roy qui l'auroit consenty, et tout considéré. / Ladicte Court a ordonné et ordonne que les poinsons et caractères dont mention est faicte en ladicte requeste seront mis es mains de Me Jean Camus, nottaire et secrétaire du Roy et l'un des quatre nottaires de ladicte Court, pour les garder ou faire porter là par où le Roy commandera et à ce faire les dicts Wechel et autres en la possession desquelz ils sont, contraintz par toutes voyes, mesmes par emprisonnement de leurs personnes. » (A. N., XiA 1604, f« 289 Yo. b. N., Ms. fr. n. a. 8061, fo 279.) - (3) Lettre de Turnèbe au chancelier de l'Hospital : « Gullielmus Morelius magno literarum incommodo idibus februariis obiit ». — (4) Cf. Maittaire, Historia typogr. aliquot Paris., tome II, pp. 5 1 -52 : Catalogus librorum qui apud Gulielmi Morelii Viduam excusi sunt (1 564-1 566, 1 1 ouvr.) — (5) Voy. sur cet imprimeur le second volume de la présente série. — (6) Voy. notamment : Chaldaea / interpretatio pro-/verbiorvm Salomonis, pvn-/ctis iuxta analogiam grammaticam accu- / raté notata, & à multis mendis quibus an- / te scatebat, repurgata, / G. Lépreux. Gallia Typographica. P. I. 27

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marque, comme imprimeur privé, un 0, lettre fatale chez les Grecs et la première du mot Oavatoç (la mort), qu'il semble avoir adoptée par allusion à son nom. Cette marque n'apparut pas sur ses éditions avant l'année 1553. L'imprimeur du roi en lettres grecques s'était contenté, dans les premiers temps de son exercice, d'inscrire au titre de ses livres la devise : AeirrEoai cpqovtlôeç aocpcotepai (La réflexion est supérieure à l'idée première); il y ajouta ensuite le ©, sur le cercle extérieur duquel s'enroulent deux serpents ailés et dont la barre intérieure sert fréquemment d'assise à un Amour tenantde la main gaucheune torche enflammée, ce qui, d'après La Caille, signifie qu'en la mort il faut aimer l'immortalité. Lorsque la devise grecque Aeweoai... est au dessus de la marque, on lit <iénéralement en dessous de celle-ci le vers de Martial : Victurus genium débet habcre liber. Enfin, comme imprimeur du roi pour le grec, Morel fit aussi très souvent usage de la marque spéciale dont j'ai déjà parlé L Silvestre a reproduit ces différentes marques dans son recueil (nos 161 et 164), mais, ainsi que l'a déjà fait remarquer Aug. Bernard "2, on ne voit pas sur la seconde, par suite d'un oubli du graveur, la signature qui figure sur les originaux, c'està dire la croix de Lorraine, caractéristique des œuvres sorties des ateliers de Geofroy Tory.

Je ne terminerai pas cette notice, un peu trop sommaire peutêtre eu égard à la valeur de celui qu'elle concerne, sans essayer de réfuter en quelques lignes, certaines critiques, témérairement dirigées à mon avis, contre ce remarquable typographe du roi. Plusieurs auteurs prétendent que ses dernières éditions sont inférieuresaux précédentes; d'autres ne craignent pas de le représenter au point de vue religieux comme un chrétien pusillanime et indécis, maintenu seulement par la crainte dans le giron de l'église catholique. Tout cela repose sur une épitaphe satirique 3 composée par Henri

Opéra Io. Merceri Regii / Hebraicarum literarum professons. [Marque du Thêta, sans devise] Parisiis, / Apud Guilielmum Morelium / typographum Regium M.D.LXI. (In-4. i65 p. ch. B. N., A. 2739.)

(1) Voy. suprà, p. 42.— (2) Geofroy Tory (Paris, 1 865, in-8),p. 355.— (3)Guillelmi Mordli Epitaphium :

Doctus et hic quondam, magni patiensque laboris,

Auxilia hase Artis magna Typographicae.

Sed quod non hujus respondent ultima prirais,

Ars bene rida prius non bene rida manet. Ne mirare fidem, quod et ars sua fregerit illi,

Namque datam Christo fregerat ille fidem.

Estienne et qui semble lui avoir été dictée par le dépit, en voyant sa famille supplantée par Guillaume Moiel dans la charge d'imprimeur royal pour le grec. En réalité, aucune circonstance de la vie de ce dernier ne permet de suspecter ses convictions catholiques ; il en donna des gages multiples en composant et en éditant de nombreux ouvrages contre les dissidents, et cela sans y être aucunement contraint et souvent de son propre mouvement l ; et même, lorsque son frère Jean fut emprisonné sous l'accusation d'hérésie, Guillaume n'hésita pas à l'aller voir et fit tous ses efforts pour le ramener à la foi de sa jeunesse 2. Quant à l'infériorité de ses dernières éditions, il suffit de jeter un coup d'œil sur le bel in-folio, contenant les œuvres de Démosthène, qu'il était en train d'imprimer au moment de son décès, pour faire bonne justice de cette imputation calomnieuse.

C'est bien l'avis également de l'illustre Adrien Turnèbe, qu'on ne taxera pas d'incompétence et je me plais à reproduire ici la lettre qu'il adressait au chancelier de l'Hospital pour obtenir que la veuve de Guillaume Morel conservât la libre disposition des matrices royales. Cette lettre, dont voici le texte, constitue le plus bel éloge qu'on puisse faire du savant imprimeur que la mort venait de ravir : « Adr. Turnebus Mich. Hospitali cancellario Gallias S. P. D. Obsecro, vir amplissime, ut ignoscas mihi, si literis intempestivis tua tempora interpellare ausus sim . Jus et fas cogit me, ut apudtepotius solitudini et inopiaspatrociner, quam tacendo desim. Gullielmus Morelius maçmo literarum incommodo idibus februariis obiit, magnumque sui desiderium bonis omnibus et acerbum mœrorem amicis reliquit. Is quandiu vixit, in iis edendis elaboravit libris, qui rem magis publicam juvarent quam privatam augerent. Uxori et liberis nihil nummorum reliquit, aeris vero alieni multum. Demosthenem ingenti asrumnosoque labore, plurimis excussis bibliothecis, collatisque exemplaribus inchoavit, longeque jam progressus erat. Nunc tuam istam non tantum nostne Galliai, verum etiam orbi terrarum notam, imploramus fldem et

(1) Voy. notamment ses traites des Images, sa Table des sectes des philosophes et l'opuscule de Jean du Tillet, évêque de Meaux : Epistre d'un evesque aux ministres des églises nouvelles (Paris, 1 5 ô 3 , in-8), pour lequel il avait obtenu le privilège que j'ai rapporté plus haut (p. 416, note , lettre G.) Sur le titre de cet opuscule figure une marque inédite, représentant le serpent d'airain dans un semis de flammes, avec la devise : Epyw xoù Xoyto- — (2) Cf. J. Crespin, Histoire des martyrs, déjàcitée, p. 612.

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asquitatem, ne prajclara opéra, ereptis viduae mulieri matricibus regiis, irrita et inchoata jacere sinas : quod i 11 i non majore damno quam doctis omnibus esset futurum. Hic etiam vere commemorare possum, literas regias aetate detritas et fugientes ejus sumtibus fusas atque renovatas esse. Est iniquum ex demortui et viduae incommodis homines alios sua comparare commoJa conari. Non enim dubito quin jam ad vos multi advolarint petitores : sed qui ambiiione nescio qua capti tituli regias typographiae, malint etiam atque etiam ipsas literas, quam operosas, habere, ut régis typographi dicantur, qui quidem eis non magis uti possent quam gladio pneri. Quam ob rem a te peto ut viduam tua justifia ab omni injuria tuearis, alios petitores negligas. Equidem me petitorem libenter ferrem : et si per te haec nunc fero et profiteor, ut viduae potius et pupillis consulatur, quam subsidia vitae par alienos homines eis eripiantur : sed, ut exorsus eram dicere, obsecro te iterum, vir amplissime, ut ignoscas mihi, si amicitia mortui impulsus, dum ejus uxori et liberis consuhum cupio, tuae amplitudinis non satis rationem habuisse videar, qui te his de rébus interpellare ausus sim. Vale. Lutetiae Parisiorum, XIIII Kal. martias l. »

Morel (Fédéric I) [Morellus (Lat.) Morello (Ital.)] Imprimeur et libraire (1557-1581). Imprimeur ordinaire du Roi (1 571-

Rue Saint-Jean-de-Beauvais, au Franc Meurier ; in vico Bellovaco, adurbanam Morum (15 57-1578); — Rue Saint-Jacques, à l'enseigne de la Fontaine; in vico Iacobaeo,ad insigne Fontis (1578-1581).

A l'exception des Estienne, aucune famille, dit Maittaire, n'a autant t honoré ni aussi longtemps la typographie que celle des Morel. Cette appréciation est fort juste, on a seulement le droit d'y ajouter quelques réserves au bénéfice de plusieurs autres familles, moins célèbres peut-être, mais dont la pérennité dans l'imprimerie est tout aussi remarquable. Quoi qu'il en soit, il faut admirer chez les Morel, surtout les trois premiers, porteurs du même prénom, un savoir très étendu joint à une grande habileté dans la pratique de

(i)B.N., Ms.fr., Epist. clar. vir., n" 8. Cette lettre a été antérieurement reproduite par Aug. Bernard, dans son Histoire de Vimpr. roy. du Louvre (Paris, 1867, in-8), p. 14-16.

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leur art, et ces qualités leur permettent d'occuper l'un des meilleurs rangs parmi les imprimeurs français. Mais la particularité la plus saillante, et même unique, qui distingue cette famille, c'est que tous ses membres, pendant quatre générations, ont été successivement investis de la charge d'imprimeur du roi, et comme, par suite, aucun d'eux ne reparaîtra plus dans les autres parties biographiques de cet ouvrage, je résume ici en un tableau tout ce que l'on savait et le peu que j'ai pu apprendre au sujet de leur généalogie, après en avoir éliminé des filiations qui ne présentaient aucun caractère d'authenticité.

federic i morel

Epoux de Jeanne de Vascosan

dont:

Federic II Morel

Epoux d'Isabelle Duchesne

dont :

Federic III Morel Claude Morel

1 573 r'-iô ? 1 574-1626

Epoux de ? Epoux de Jeanne Hervy

dont : dont :

Catherine Morel Charles Morel Gilles Morel

Femme de Claude Prévost Imprimeur du roi

Fédéric I iMorel, le chef de la famille, n'est uni au précédent, Guillaume Morel, par aucun lien de parenté ; on dit qu'il était originaire de la Champagne et de noble extraction, mais on n'a jamais pu fournir la preuve authentique de ces deux assertions, formulées, la première par La Croix du Maine, La Caille et Chevillier, la seconde par Maittaire ; il est vrai qu'elles ont pour fondement les inscriptions d'une épitaphe et d'un portrait l, inspirées par Fédéric II Morel et elles acquièrent de ce chef un degré de certitude permettant d'y ajouter créance, à moins de contester la bonne foi de celui qui les a avancées. Mais dans quel lieu de la Champagne

(1) Cf. J. Dumoulin, Vie et Œuvres de Fédéric Morel, p. 8.

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Fédéric I Morel avait-il vu le jour? Avec une louable intention, J. Dumoulin ' a bien essayé de le préciser, cependant la probabilité à laquelle il s'est arrêté, en donnant à cet imprimeur Chûlons-sur Marne pour patrie, ne repose que sur des déductions erronées. Il est impossible en effet de reconnaître en Claude Morel, docteur de Sorbonne et chanoine de Paris, qui testait en 1665 en faveur de divers établissements de Châlons, un fils de l'imprimeur Claude Morel, puisqu'il résulte des énonciations du testament même, reproduites par M. Dumoulin, que ce chanoine avait été baptisé à Châlons et que ses père et mère s'y trouvaient enterrés. Or, il est incontestable que tous les enfants de l'imprimeur du roi, Claude Morel, sont nés à Paris et que lui-même est décédé également dans la capitale. Tout l'édifice laborieusement construit par le biographe de Féderic Morel s'écroule du fait de cette simple constatation et Ton se retrouve alors en présence de ce qu'affirme Jean Grosley, dans sa Vie des Troyens illustres2, à savoir que Fédéric Morel était le fils d'un bourrelier de Troyes. J. Dumoulin a fait bonne justice de cette prétention, à laquelle je ne m'attarde pas davantage et, en .fin de compte, il faut confesser qu'on ne sait absolument rien du lieu d'origine de cette famille d'imprimeurs royaux.

D'après la supputation de son âge au moment de son décès, Fédéric I Morel avait dû voir le jour vers l'année 1523 : de sa jeunesse, on ne sait rien non plus, sinon que vers 1545, d'après Maittaire3, il était à. Paris et suivait les cours du célèbre Jacques Toussain, dont les savantes leçons firent rapidement de l'écolier champenois, un helléniste suffisamment instruit pour devenir luimême le précepteur de l'un des fils de Louis de l'Estoille, président de la Cour des Aides4. En 1549, sa vocation typographique se dessina et il entra comme correcteur chez Charlotte Guillard, alors veuve en deuxièmes noces de Claude Chevallon ; quelque temps après, sans doute dans le courant de l'année 1550, il épousa l'une des filles de l'habile imprimeur Michel de Vascosan, dont on trouvera plus loin la notice. Cela ne l'empêcha pas de continuer ses fonctions dans l'atelier du Soleil d'Or, que tenait la veuve Chevallon et d'où sortirent de nombreuses éditions, vantées pour leur

(ij Vie et Œuvres de Fédéric Morel. pp. 10-1 1. — (2) Paris, 1 8 1 2-18 1 3. In-8. 3 vol., tome II, p. 210.— (3) Historia Typographorum aliquot Paris..., t. 1, p. 87. — (4) A. Chevillier, Origine de l'imprimerie de Paris, p. i5o.

correciion par plusieurs poètes de l'époque, dont les louanges sont tout à l'honneur de l'employé, aussi bien que de la maîtresse de céans.

La mort seule de Charlotte Guillard, en 1557, détermina Fédéric Morel à s'installer à son propre compte : grâce à la générosité de son beau-père, il ouvrit son établissement dans une maison de la rue Saint-Jean-de-Beauvais, où pendait l'enseigne des Si^eaulx d'or et qui provenait de la succession de Josse Badins1; il remplaça la vieille enseigne par celle du Franc Mcurier, dont la traduction latine formait sur son nom l'un de ces jeux de mots, si recherchés à l'époque. En 1558, il fit paraître ses premiers ouvrages et rapidement il sut, par son habileté et les soins assidus qu'il donnait à tout ce qui sortait de ses presses, conquérir une place en vue parmi ses collègues ; aussi, lorsque le décès de Robert II Estienne, inopinément survenu en 1570, eut rendu vacante l'une des charges d'imprimeur de Sa Majesté, le roi jeta-t-il les yeux sur le gendre de Vascosan pour la lui octroyer. Des lettres de Charles IX datées à Paris du 4 mars 1571 -, lui conférèrent en effet cette dignité avec la plénitude des droits et des privilèges dont avait joui le précédent titulaire, c'est à dire que tout en se qualifiant imprimeur de Sa Majesté tant en hébreu, grec, latin, que français, il avait le pouvoir d'éditer tous les mandements, ordonnances, édits et lettres patentes du roi et les arrêts des cours souveraines, qu'il conservait l'usage des caractères grecs du roi et qu'enfin une pension annuelle de cent écus d'or lui était allouée. Cependant les choses n'allèrent pas toutes seules pour le nouveau typographe royal et quand il voulut faire enregistrer ses lettres de provision au Parlement de Paris, il se

[heurta a une opposition de Guillaume de Nyverd. La difficulté soulevée par ce dernier n'était pas bien sérieuse, et Fédéric Morel en triompha rapidement au Conseil privé, devant lequel il s'était pourvu en sa qualité d'officier du souverain : Guillaume de Nyverd fut débouté par un arrêt du 4 avril 1 5 7 1 :î et les lettres de Morel purent être ensuite enregistrées par le Parlement le 30 du même mois*.

La production de Fédéric I, aussi bien comme imprimeur royal

(1) Cf. J. Dumoulin, op. cit., p. 22. — (2) Voy. Documenta, no 53. — (3) Signalé dans l'arrêt indiqué à la note suivante. Un grand nombre d'arrêts du Conseil au xvie siècle et notamment celui-ci paraissent perdus. — (4) Cet arrêt est reproduit in extenso par J. Dumoulin, op. cit., pp. i58-i5y.

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que comme typographe privé, est précieuse et importante : on en possède une excellente bibliographie à la suite de l'ouvrage de M. Joseph Dumoulin !, dont elle occupe les pages 161 à 27e et où l'on trouve la description de 292 impressions; l'œuvre littéraire de cet imprimeur, y compris ses préfaces, a été également fort bien étudiée par le même auteur 2. Il est donc superflu que j'examine, fut-ce sommairement, ces deux objets, auxquels il serait néanmoins facile d'ajouter encore un certain nombre de remarques et de renseignements : ainsi, tout en me restreignant aux indications fournies par les registres du Parlement et sans revenir ici aux poursuites que Fédéric Morel crut devoir exercer contre Jean Dallier 3, je peux reproduire la permission qui lui fut accordée en 1563 d'imprimer un livre de Jean Vauquelin de la Fresnaye cité par J. Dumoulin 4, celle de la même année qui concerne les Declamationes de Quintilien, seulement signalées par cet auteur 5 et enfin un arrêt du Parlement du 24 septembre 1577, qui autorise le même imprimeur à faire saisir toutes les impressions des Œuvres morales de Plutarque, traduites par Amiot, qui n'auraient pas été exécutées par Vascosan ou par lui 6. On trouvera aussi dans les

(1) Vie et Œuvres de Fédéric Morel. — (2) Ibid., pp. 80-93. — (3) Voy. suprà, p. 178. — (4) Du 27 février 1 563 (n. s.) « La Cour ayant veu la requeste à elle présentée par Fédéric Morel, libraire et imprimeur à Paris, tendant à avoir permission d'imprimer et exposer en vente un livre intitulé : Pour la monarchie de ce Royaume contre la division, A la Roy ne mère du Roy, par Jean Vauquelin de la Fresnaye, et la certification de deux docteurs en la Faculté de Théologie en cette Université et le consentement du Procureur général du Roy, auquel le tout a esté communiqué, a permis et permet audict Morel l'impression susdite jusques à trois ans, inhibant à tous autres pendant ledit temps l'impression d'icelluy, sans son gré et volonté sur peine de confiscation et d'amende arbitraire. » (A. N., X1A 1604, f 363. - B. N., Ms. fr. n. a. 8062, f 228.) - (5) Du 20 juillet 1 563 . « La Cour ayant veu la requeste a elle présentée par hédéric Marcel [sic) libraire et imprimeur à Paris, a permis et permet audict Marcel (sic) d'imprimer et exposer en vente ung petit livre intitulé Les vrayes déclamations de Quintillian reveues, corrigées et exposées e{ lieux plus difficilles par Mc Pierre Ayrault, advocat en icelle Court, inhibant à tous libraires et imprimeurs l'impression et vente dudict livre jusques à quatre ans prochains sans son gré et consentement sur peine d'amende arbitraire et de confiscation de ce qui se trouvera autrement avoir esté imprimé. » (A. N., XIA i6o5, f° 552 v°. — B.N., Ms. fr. n. a. 8062, f° 536.) — (6) Du 24 septembre 1577. — « Veue par la Cour la requeste à elle présentée par Fédéric Morel, imprimeur du Roy, par laquelle attendu que par lettres pattentes dudict Seigneur, son plaisir auroit esté que les Vies et autres œuvres morales meslées de Plutarque, translatées de grec en langue françoyse par Messire Jacques Amyot, évesque d'Angiers et grand aulmosnier de France, fussent imprimées par feu Michel de Vascosan et ledict suppliant, et par mesme moyen faict inhibitions et deffences à tous imprimeurs et autres de quelque

Documenta, un arrêt du Conseil d'État relatif an paiement de monitoires sur le fait des usures que ce typographe avait imprimés par ordre du Parlement '.

En 1578, vers le mois de juin, Fédéric Morel avait quitté la rue Saint-Jean-de-Beauvais et abandonné l'enseigne du Franc Meurier, pour reprendre l'établissement de son défunt beau-père. Michel de Vascosan, situé danslarue Saint-Jacques, à l'enseigne de la Fontaine. En réunissant ses ateliers a l'ancienne imprimerie de ce dernier, le gendre de Vascosan n'eut pas, dit J. Dumoulin2, « à craindre les inconvénients que présente l'emploi simultané de deux matériels différents, puisqu'il se servait des mêmes types que Vascosan et en possédait les mêmes séries ». Cette observation est fort juste : on ne remarque pas en effet de différence entre les impressions de

estât, qualité et condition, de quelque pays et nation, qu'ils fussent sujets dudict Seigneur Roy ou estrangers, qu'ils n'eussent à imprimer, vendre, trocquer, débiter, tenir ny avoir soit en publicq ou en privé aucuns desdicts livres et œuvres de Plutarque, translatées comme dessus, sur peine d'amende corporelle arbitraire et confiscation desdits livres qui se trouveront imprimez par d'autres que par lesdicts Vascosan et Morel ou l'un deulx, et néantmoins se trouvoit desdits livres et œuvres qui n'estoient de la qualité susdite, et d'aultant que Iedict suppliant auroit faict faire ses préparatifs pour imprimer lesdicfes œuvres, et adverty que quelques-uns se seroient advancez et jà commencez à faire imprimer lesditz livres et œuvres de Plutarque, en auroit faict plainte et présenté requeste à ladicte Cour, de l'ordonnance de laquelle quelques-uns desdicts entrepreneurs auroient esté assignez en icelle, lesquelz touttes fois ne délaissement à poursuivre leurs dictes entreprises et contrevenir aux deffences portées par lesdictes lettres, il requéroit luy estre permis faire procéder par voye de saisye et arrest par un des huissiers de ladicte Cour sur touttes et chascune les dictes œuvres de Plutarque delà translation dudict Amyot et tout ce qui en seroit trouvé d'autre impression que dudict Vascosan et dudict suppliant, et le tout estre mis en bonne et seure garde, nonobstant oppositions ou appellations quelconques jusques à ce que par ladicte Cour eut esté ordonné sur la confiscation, despens, dommages et interests dudict suppliant, ainsy que ladicte Cour verroit estre à faire par raison, et cependant deffences estre faictes de passer oultre ausdictes impressions sur les peines portées par lesdictes lettres. Veu aussy la coppie desdictes lettres, ensemble les conclusions du procureur général du Roy, après avoir oy les parties au parequet, et tout considéré./ La Cour a permis et permect audict suppliant faire procéder par voyes de saisie et arrest par l'un des huissiers d'icelle sur les Œupvres de Plutarque seulement de la translation dudict Amyot qui se trouveroient d'autre impression que dudict Vascozan et dudict suppliant et pour iceux estre mis en bonne et seure garde, nonobstant oppositions ou appellations quelconques et sans préjudice d'icelles, jusques à ce qu'autrement en ait esté ordonné par ladicte Cour, laquelle cependant a faict et faict inhibitions et deffences à tous qu'il appartiendra de passer oultre ausdictes deffences sur les peines portées par les dictes lettres. » (A. N., Xu 1 656, f° 462. — B. N., Ms. fr. n. a. 8077, f° 261 v\) (1) Voy. Documenta, n* 64. — (2) Op. cit., p. 71.

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Fédéric Morel qui suivent cette époque et celles qui la précèdent, mais il n'en est pas de même en ce qui concerne les marques typographiques dont il fit usage. Etant donné leur variété et leur nombre, il est essentiel de faire une première distinction entre ses marques comme imprimeur privé et celles qui ornent plus spécialement ses impressions officielles.

Dans la première catégorie, on observe qu'il employa dès les premiers temps de son établissement, un emblème qui correspondait à son enseigne : c'était un mûrier dans tout l'épanouissement de sa végétation, au tronc duquel s'enroule une banderole sur laquelle on lit cette devise grecque, tirée de l'Evangile de Saint Mathieu : nAN AENAPON ArAOON KAPII0Y2 KAA0Y2 nOIEI ; on en connaît un grand, un moyen et un petit format ; sur ce dernier, la devise grecque est souvent remplacée par sa traduction en latin: Omnis arbor bona fructus bonos facit l. Plus rarement il fait figurer un arbre, dont plusieurs rameaux se détachent et au pied duquel on lit : AENAPON LTAIAEIAD; autour du tronc s'enroule également une banderole, avec cette phrase empruntée a Pythagore : TAYTA IIONEI, TAYT' EKMEAETA, TOYQTON XPH EIIAN 2E. (Ces choses fatiguent, ces choses exercent, il faut que tu les aimes2.)

Après son installation dans la rue Saint-Jacques, Morel adopta la marque de Vascosan, la Fontaine, et la fit regraver en différents formats; elle est suffisamment connue pour qu'il soit inutile d'en donner ici une description ; on en trouve des reproductions dans l'ouvrage de J. Dumoulin3 et dans le recueil de Silvestre4. La seconde série de ses marques est encore plus variée que la première: je ne rappelle que pour mémoire celle du Basilic, avec l'hommage au roi, qu'employèrent tous les imprimeurs pour le grec et celle de l'écusson de France entouré du collier des ordres, mais l'emblème aux armes et à la devise de Charles IX, qui se présente sous deux formats différents, mérite une description détaillée : on y voit au centre les armoiries de France surmontées de la couronne royale, reposant sur les deux colonnes qui appartiennent en propre au blason de ce souverain, et sur les côtés la représentation parlante du sens mystique de ces colonnes (pietas et justitia) ; à droite, la Justice, assise ou debout, coiffée d'un casque ou simplement couronnée de

(i) Ces marques sont reproduites par J. Dumoulin, op. cit., p. 1 3 2 , et dans le Recueil de Silvestre, n08 1 65 et 83o. — (2) Reproduite par J. Dumoulin, op. cit., p. 1 33. — (3) Pp. 134 et 1 35 - (4) N08 424, 569,570.

feuillages, tient dans ses mains le glaive et la balance; à gauche, la Piété, debout ou assise sur les tables de la loi, la tête couverte d'un voile, tient dans ses mains la croix et la bible1.

Enfin', FédéricMorel et ses successeurs firent fréquemment figurer soit au verso du titre soit à la page finale de leurs productions des représentations allégoriques de la Liberté : EAEY0EPIQ2, et de la Vérité: AAH0EIA, en forme de médaillons. La Liberté apparaît dans l'un sous les traits d'une femme marchant nu-pieds, au premier plan d'un paysage oriental; elle tient de la main gauche une corne d'abondance et de la droite un éventail garni de plumes. Dans l'autre, la Vérité s'avance au milieu d'un paysage du même genre que le précédent, éclairé par un brillant soleil, et, tenant encore le pied sur la boîte dont elle vient de sortir, elle étend les bras d'un geste qui veut dire : me voici. Ces deux beaux médaillons, qui ne sont pas des marques (Voy. Vascosan), ont été reproduits par J. Dumoulin02 ; celui de la Vérité seulement par Silvestre 3.

Fédéric I Morel était dans la pleine activité de ses travaux, lorsqu'en 1581, il ressentit les premières atteintes d'un mal qui devait rapidement le conduire au. tombeau ; il sollicita aussitôt du roi la faveur que son fils lui succédât dans sa charge d'imprimeur de Sa Majesté et, après avoir obtenu cette grâce, il abandonna à ce jeune homme la direction de ses affaires, tout en continuant à s'y intéresser jusqu'au moment de son décès, inopinément survenu le 17 juillet 1583 4.I1 fut inhumé dans les charniers de l'église Saint- Benoît, à côté de son beau-père, Michel de Vascosan et de l'aïeul de sa femme, Josse Badius, et en 1603, Fédéric II Morel érigea sur le lieu de leur sépulture, un tombeau de marbre sur lequel il fit graver une épitaphe, dont le texte seul nous a été conservé 5.

Morel (Fédéric II ) [Morellus] Imprimeur et libraire (1 581-1602). Imprimeur ordinaire du Roi (1581-1602).

Rue Saint- Jacques, à la Fontaine.

Fils du précédent et de Jeanne de Vascosan, Fédéric II Morel naquit à Paris en 1552, et non pas en 1558, ainsi que l'avance

(1) Ces marques sont reproduites par J. Dumoulin, op. cit., pp. \3y et 1 3g. — (2) Op. cit., p. 140. — (3) Recueil de marques, n» 108 1. — (4) Dumoulin, op. cit., p. 77, dit le 7 juillet. La Caille, Lottin, P. Renouard donnent la date du 17 juillet. — (5) Cf. Dumoulin, op. cit., pp. 78-79.

42& GEORGES LEPREUX

J. Dumoulin i, en s'appuyant d'une part sur l'inscription d'un portrait dont je parlerai bientôt2 et en invoquant d'autre part l'autorité (!) d'un des rédacteurs de la Biographie Michaud. Cette allégation erronée serait sans importance et je n'aurais même pas cru devoir la relever, si elle n'avait eu pour conséquences fâcheuses de fausser par la suite toutes les indications fournies par le même auteur sur Fédéric II3 et même de l'amener à créer des circonstances de pure imagination autour de la nomination de ce dernier comme imprimeur du roi, mais je reviendrai un peu plus bas sur ce point et je ne veux mi employer pour l'instant qu'à justifier la date de 1552 que j'ai inscrite ci-dessus.

Fédéric Morel père, on le sait, et M. Dumoulin lui-même l'atteste4, avait épousé Jeanne de Vascosan vers 1550; La Caille nous apprend qu'il eut un fils prénommé Michel qui vit le jour le 14 septembre 1555 5; or, d'une part, à la page 94 de son ouvrage, J. Dumoulin déclare que Fédéric II était l'aîné des enfants de Fédéric I (il devait donc être né antérieurement à 1555) et d'autre part, G. Duval, l'auteur du Collège Royal de France 6, qui avait dû connaître les Morel et dont l'autorité n'est pas contestable, affirme que Fédéric II était âgé de 78 ans, lors de son décès en 1630, ce qui reporte bien l'année de sa naissance à 1552. Que nous importent dès lors, en présence d'un pareil concours de précisions, les énonciations d'un portrait peut-être apocryphe et dans tous les cas dénué d'authenticité.

Fédéric II Morel avait donc atteint l'âge de 29 ans, lorsqu'en 1581, son père lui céda son établissement et le fît pourvoir de sa charge d'imprimeur du roi, aux conditions énoncées dans les lettres patentes du 2 novembre 15817, qui lui furent octroyées par Henri III. J. Dumoulin raconte8 qu'une difficulté se présenta à cette occasion. « Fédéric le jeune, dit-il, n'avait que vingt-trois ans et il fallait en avoir vingt-cinq pour porter le titre d'imprimeur royal. Fédéric le père alla trouver Amyot, se souvenant de l'accueil favorable que celui-ci lui avait jadis témoigné ainsi qu'à son fils, et le pria instamment de vouloir bien user de l'influence qu'il avait auprès d'Henri III pour faire décerner à Fédéric le jeune le titre

(1) Op. cit., p. 28. — (2) Voy. infrà, p. 432. — (3) Il n'était âgé que de 17 ans en 1 575 (p. 60); il avait atteint sa 23° année en i58i (p. 74), etc. — (4) Op. cit., p. 14. — (5) Hist. de Vimpr., p. 142. — (6) Paris, 1644, m~4> P- 4*3 • ~~ (7) v°y- Documenta, n° 66. — (8) Op. cit., p. 74.

d'imprimeur du roi. Jacques Amyot y consentit volontiers, et le 2 novembre 1581 Fédéric le jeune obtenait les lettres patentes qui le nommaient imprimeur royal en remplacement de son père. Mais on ne transgressa pas la règle ; cette nomination fut provisoire et Je nouvel imprimeur royal ne porta ce titre que deux ans après, lorsque ses vingt-cinq ans furent révolus. » Non seulement je ne rencontre pas dans l'ouvrage de M. Dumoulin la moindre preuve de ces dernières assertions, mais encore elles sont formellement démenties par un arrêt du Parlement du 22 janvier 1582, qui reçoit le nouvel imprimeur du roi dans l'exercice immédiat de ses fonctions1, ce qui, en l'absence de toute opposition, démontre bien qu'il avait l'âge exigé par les règlements.

Plus savant que son père et tout aussi habile, Fédéric II Motel tient la première place parmi les imprimeurs de la fin du xvie siècle, autant par le nombre que par la qualité de ses impressions, dont le catalogue dressé par Maittaire 2 ne comprend pas moins de cent quarante-six ouvrages. Il est vrai, comme on le verra bientôt, que toutes ces productions ne sont pas l'œuvre d'un seul typographe ; néanmoins, tout en rendant à Fédéric III, qui suit, ce qui lui appartient, il est facile de se faire une idée de la féconde activité des presses de Fédéric IL Si l'on dressait également le catalogue des

(1) Du 22 janvier 1 582. « Veues par la Cour les lettres pattentes du Roy données à Paris le deuxiesme jour de novembre mil cinq cens quatre vingt ung, signées sur le reply, par le Roy, Pinard, par lesquelles ledict Seigneur pourvoit Fédéricq Morel, fils de Fédéricq Morel, imprimeur ordinaire du Roy, dudict estât et office d'imprimeur ordinaire tant en hébrieu que de latin, françois et autres, à la survivance dudict Morel père, pour en jouir par ledict Morel fils et le survivant d'eulx deux, aux honneurs, authoritez, prérogatives, franchizes, privillèges tant général que particulliers, aucthoritez, droits, gages, libertés et autres accoustumez et audict estât appartenant, sans que au moyen du décez advenant de Tun, ledict estât et office soit déclairé vaccant ne impétrable n'y qu'il y puisse estre pourveu tant que l'un des deux vivra, comme plus au long le contiennent lesdictes lettres, par lesquelles ledict Seigneur veult et entend que eulx et chascun d'eulx ayent les poinsons, mousles, matrices et carractaires et fontes du grec audict Seigneur appartenant, pour eulx s'en aider et s'en servir quand requis en seront, avec deffences à tous imprimeurs et libraires d'imprimer et vendre aucuns livres imprimez par lesdicts Morel sans leur consentement, les dictes lettres de l'ordonnance deladicte Cour communiquées au Procureur Général du Roy, ses conclusions sur ce, et tout considéré. / Ladicte Cour, en enthérinant lesdictes lettres, a ordonné et ordonne qu'elles seront communicquées et enregistrées ez registres d'icelle, oy sur ce le Procureur général du Roy, pour jouir par lesdicts Morel père et filz impétrans de l'effect et contenu en icelles. » (A. N., Xu i673, ^267. — B. N., Ms. fr. n. a. 8o83, f° 107 v°). — (2) Historia aliquot Typogr. Paris., t. II, pp. 73-83: Catalogus Librorum, qui ex Federici Morelli Fed. F. officinâ prodierunt (i58i-i6i7J.

430 GEORGES LEPREUX

actes officiels et des arrêts des cours souveraines et autres qu'il a imprimés, on arriverait aisément à quintupler le chiffre qui résulte de la liste donnée par Maittaire. Le typographe du roi avait cependant à subir de nombreuses concurrences, sans compter celle de ses collègues dans la même charge, aussi, peu de temps après sa nomination, avait-il jugé nécessaire de s'armer d'un arrêt du Parlement pour écarter toutes les rivalités1 : peut-être eût-il réussi à faire le vide complet autour de lui, sans la fâcheuse politique, qui le jeta bientôt dans les factions.

Au milieu des troubles de la Ligue, en effet, Fédéric II Morel semble avoir abandonné le parti du roi et fait chorus avec les tauteurs de désordre ; dans tous les cas, au lieu de suivre dans ses pérégrinations forcées le souverain auquel il devait son titre et ses fonctions, il préféra rester dans Paris et ne se fit pas faute de mettre ses presses au service de la Sainte Union. Sa situation n'était donc pas très nette, lorsque Henri IV entra dans sa bonne ville de Paris, mais le Béarnais avait l'âme généreuse. Loin de se laisser aller à la mesure de proscription contre Morel, à laquelle le conviaient ses imprimeurs restés fidèles 2, Henri IV le confirma

(i) Du ig juillet 1 583. — « Veue par la Cour la requeste à elle présentée par Federicq Morel, imprimeur ordinaire du Roy, tilz de deffunct Federicq Morel, aussy en son vivant imprimeur dudict Seigneur, tendant pour les causes y contenues et attendu que au contempt et préjudice de Testât dudict suppliant et mesmes depuis le décez dudict deffunct, plusieurs libraires et imprimeurs de ceste ville s'ingéroient imprimer les lettres pattentes, esdits, ordonnances, déclarations et aultres lettres dudict Seigneur Roy, luy demourant en ce faisant son estât inutille et sans effect, au mespris des arretz d'icelle, il pleust à ladite Cour ordonner que deffences particullières fussent faictes à tous libraires, imprimeurs et autres qu'il appartiendra, de doresnavant imprimer ou faire imprimer aulcuns esditz et ordonnances, mandemens, déclarations et autres lettres pattentes du Roy, sur peine de confiscation et de deux cens escus d'amende et de prison, et oultre, que tous les esdicts, déclarations et lettres pattentes du Roy qui seront trouvez imprimez et à imprimer par lesdicts libraires, imprimeurs et autres fussent saisiz par le premier des huissiers de ladicte Cour ou autre sergent royal pour estre confisquez au proffict dudict ; suppliant et néantmoins condamnez envers luy en ladicte somme de deux cents escus de réparation ou autre telle somme qu'il plairoit à ladicte Cour arbitrer. Veuz les conclusions du Procureur général du Roy, et tout considéré./ Ladicte Cour a ordonné et ordonne que itératives inhibitions et défences seront faictes, et les faict icelle Cour, à tous libraires, imprimeurs et autres qu'il appartiendra, d'imprimer ou faire imprimer aucuns esdicts, ordonnances, mandemens, déclarations et autres lettres pattentes du Roy sur peine de confiscation d'iceux et de deux cens escus d'amende payable sans déport. » (A. N., X1Ai6y6, f» 2 58 v°. - B. N., Ms. fr. n. a. 8084, f" 242.) — (2) Voy. infrà la notice de Jean Jamet Mettayer.

GALLIA TYPOGRAPHICA 43 I

dans sa charge et pour gage de paix entre les trois titulaires alors en fonctions, il les réunit en une communauté de droits et d'intérêts 4; il fit plus encore: le 19 juillet suivant (1594), aux conditions les plus libérales, il accorda à Morel le renouvellement du privilège que celui-ci tenait du défunt roi, pour l'impression et la vente du Code Henry 2. Pénétré de reconnaissance envers son souverain, Fédéric II lui dédia peu de temps après l'une de ses œuvres, en y insérant une petite pièce de vers français de sa composition, qui dénote assurément plus de bonne volonté que de génie poétique 3. En 1598 et en 1599, il obtint le paiement de

(1) Cf. Documenta, n° 74. — (2) Du 29 juillet 1594, arrêt du Parlement. « Veu par la Cour les lettres pattentes du Roy données à Paris le dix-neufiesme de ce mois juillet 1 5g4, signées, par le Roy en son Conseil, Forget, et scellées du grand sceau de cire jaulne à simple queue, par lesquelles est mandé à ladicte Court, vérifier et enthériner le privilège octroyé par le Roy Henry troisiesme à M' Federic Morel, son lecteur et imprimeur ordinaire, d'imprimer ou faire imprimer, exposer en vente et débitter le Code Henry, par lettres pattentes du sixiesme may mil cinq cens quatre vingts sept, signées, par le Roy, de Neuville, et scellées, que ledict Seigneur veult sortir son plain et entier effet et que ledict Morel jouisse de l'émolument en conséquence d'iceluy et en tant que de besoing les confirme; pour cet effet, donne, renouvelle, proroge et continue ledict privillège pour le temps et aux fins y contenues, mesmes des défences aux peines et charges contenues es dictes lettres pattentes du sixiesme may dernier et selon la teneur d'icelles à commancer du jour et datte de l'enthérinement nonobstant le laps de temps et ce qui en est escheu, comme il est plus au long porté et déclaré par lesdictes lettres du dix-neufiesme de ce mois, — lesdictes lettres du sixiesme jour de may mil cinq cens quatre vingt sept, attachées soubz le contrescel de la Chancellerie. — requeste présentée à ladicte Cour par led. Morel, tendante aflin d'enthérinement des dittes lettres, — conclusions du Procureur Général du Roy, et tout considéré. / Ladicte Cour a ordonné et ordonne que lesdictes lettres seront registrées ez registres d'icelle pour jouir par l'impétrant de l'effect et contenu en icelles, a faict et faict inhibitions et défences à tous autres d'y contrevenir aux peines y mentionnées. » (A. N., XIA 1731, f- 73 v". — B. N., Ms. fr. n. a. 8092, f" 3o3 v°. ) — (3) Discovrs / de S. Jean bovehe dor, / Svr la Création / des animaux, & et de la dignité / de l'homme. / Traduict sur l'original grec, par Federic / Morel, Lecteur & Interprète du Roy. / [Petite marque de la Fontaine] A Paris, / Par Federic Morel, Imprimeur /ordinaire du Roy. / 1594 / Avec Priuilege dudit Seigneur. ( In-8 16 p. ch. B. N., Rés. C. 2721.) Au verso du titre : « A» Roy / de France \& de Nauarre : /

A qui plus iustement doit on, De ces saincts discours faire don, Ou se lit l'excellence humaine, Qu'au Roy de vertu souueraine ?

Prenez donc (Sire) ce thrésor Du cabinet de Bouche d'or. Vostre tres-humble & tres-obeissant / subject & seruiteur, Fed. Morel, Lecteur ordinaire de V, Majesté. »

432 GEORGES LEPREUX

diverses sommes pour des impressions qu'il avait faites en sa qualité d'imprimeur du roi et pour le règlement de ses gages ', et enfin, en 1602, désireux de transmettre sa charge à son fils aîné, nonobstant les dispositions contraires de l'arrêt du Conseil du 20 avril 1594 2> il sen démit au bénéfice de ce dernier et fut assez heureux pour obtenir à cet effet l'agrément de Sa Majesté 3.

L'ex-imprimeur et architypographe du roi se consacra dès lors entièrement au professorat et à ses travaux de vulgarisation et de traduction d'auteurs grecs et latins, et enfin la mort l'arracha à ses études le 27 juin 1630 4, à l'âge de 78 ans 3. Il fut inhumé dans le charnier de Saint-Benoît, auprès de son père et de son aïeul. « Le dociissimeMorel, dit G. Duvai 6, estoit extraordinairement studieux et laborieux, estant certain qu'il a laissé deux cens et plus de belles et admirables traductions, notes, écrits, et commentaires sur les plus notables et anciens autheurs grecs et latins, sans compter plusieurs traittez de son invention et ses propres compositions. »

Le département des estampes à la Bibliothèque Nationale possède trois portraits de cet imprimeur : le premier, qui a été reproduit par J. Dumoulin 7, ne diffère du second que par l'encadrement, au haut duquel on a ajouté après coup les deux têtes de maure, tirées, dit-on, des armoiries delà famille de Fédéric Morel ; quant au troisième, il est de très petit format, mal gravé et porte en exergue cette légende: « Federicus Morellus Federicifiliusanno^Etatis XXVI. 1584. » Aucun de ces portraits n'est signé, mais tous paraissent être de fantaisie, attendu que les traits du personnage représenté sont exactement les mêmes, bien que d'un côté on lui donne l'âge de 26 ans et de l'autre celui de 59 ans.

De son mariage avec Isabelle Duchesne, fille de Léger (Leodegarius à Quercu), qu'il avait remplacé, en 1586, dans la chaire d'éloquence latine au Collège royal, Fédéric eut, je crois, au moins deux fils: Fédéric, son successeur, qui suit, et Claude, qui s'établit libraire en 1599, puis, ainsi qu'on le verra dans sa notice, devint en 1625 imprimeur du roi.

Je rappelle pour finir que Fédéric II Morel n'a pas eu de marque typographique qui lui soit propre ; il fit constamment usage de celles

(1) Voy. Documenta n03 79 & 81. — (2) Voy. Documenta n° 94. — (3) Voy. la notice suivante. — (4) La Caille, p. 167. — (5) G. Duval, op. cit., p. 4?. —(6) Ibid. - (7) Op. cit., p. 9.

de son père, — la Fontaine, en différents formats, — aussi bien sur les documents officiels que sur ses autres impressions, en y ajoutant partois cette devise : H ootpiaç m\yr\ ev 6i6Àioici oeei (La fontaine de la sagesse coule dans les livres). On cite cependant quelques livres qui sont ornés d'un 0, entouré d'une phrase grecque que P. Renouard1 transcrit ainsi : Auçu.oqov jtovt]T(dv yevoç ovç, eir/oau^a xuÀivôei, mais ce texte n'a pas été bien lu et il faut le rétablir comme suit : AU2M0P0N Q 0NH0QN TEN02 OY2 EN TPAMMA KYAINAEI (Qu'elle est donc infortunée la race de ces mortels qui ne se préoccupent que de la lettre.). Dans tous les cas les livres qui portent cette marque 2 ne semblent pas être sortis des presses de F. Morel3. Cet imprimeur utilisa également les armoiries de France et de Charles IX, avec la devise Pietate et Justifia, ainsi que les médaillons représentant la Vérité et la Liberté, auxquels il en ajouta un troisième, ayant la même origine (V. la notice de Vascosan), figurant la Justice (AIKAIQ2), ressemblant fort à la Liberté, mais portant de la main droite une balance, et de la gauche une gerbe de fleurs des champs 4.

Morel (Fédéric III) [Morellus] Imprimeur et libraire (1602-1624). Imprimeur ordinaire du Roi (1602-1624). Rue Saint-Jacques, h. la Fontaine.

L'existence de cet imprimeur a échappé ci tous les auteurs qui se sont occupés de l'histoire de l'imprimerie de Paris: elle ne m'a même été révélée en premier lieu que par des lettres patentes de Henri IV, données à Saint-Germain-en-Laye le 5 février 1602 5, lui conférant la charge d'imprimeur de Sa Majesté, en remplacement de son père démissionnaire. En raison du silence général des auteurs, j'ai longtemps hésité à considérer comme réelle la personnalité de ce troisième Fédéric Morel et j'avais cru tout d'abord à un lapsus des lettres royales, où le prénom de Fédéric aurait été substitué par mégarde à celui de Claude, car La Caille affirme que c'est ce dernier qui fut pourvu, à la date sus indiquée, de la charge d'imprimeur du roi G. Mais, comme il résulte d'autres lettres

(1) Impr. Paris., p. 27D. — (2) Reproduite dans le recueil deSilvestre, n05oy. — (3) Voy. notamment : Ato^uXou tpaywîia tTcxon! tnidr,^ nç / JEschyli tragœdia/ Septem-Thebana. [Marque du Basilic] Lvtetiae,/Apud Federicum MorellumTypographum Regium, via Iacobea, ad insigne Fontis./M.D.LXXXV./Kx privilegio régis. [A la fin : le 0 avec l'inscription]. — (In 4. 19 f. ch. pour le texte grec et 16 f. ch. pour le texte latin. B.N., Yb. 239-240.) - (4) Figure dans Silvestre, n» 1080. — (5) Voy. Documenta, n« 82. — (6) Hist. de l'impr., p. 190.

G. Lépreux. Gallia Typographica. P. I. 28

434 GEORGES LEPREUX

patentes que Claude Morel ne fut nanti de ces fonctions qu'en 1625 l et que par ailleurs, les monuments typographiques de 1602 à 1625 font nettement ressortir la coexistence de ces deux personnages : Fédéric, imprimeur du roi, et Claude, libraire ; il fallait bien se rendre à l'évidence. Au surplus, la preuve se complète par cette circonstance qu'ayant résigné sa charge, le 15 février 1624, au profit de son gendre, Claude Prévost -, Fédéric renouvela sa démission, le 31 juillet 1625, en faveur de son frère, Claude Morel 3, après que Prévost y eut lui-même renoncé 4.

Tous les documents s'accordent par conséquent pour nous montrer un Fédéric Morel exerçant effectivement la charge d'imprimeur du roi de 1602 à 1624. Mais qui était ce Fédéric, le fils ou le petit-fils de Fédéric I ? Ce ne peut pas être le fils de Fédéric I, c'est à dire Fédéric II, attendu que les lettres patentes de 1602 5 disent positivement que ce dernier avait résigné ses fonctions entre les mains du roi au bénéfice de Fédéric Morel, son fils ; celui-ci était donc un troisième Fédéric, puisqu'il était frère de Claude 6 et que Claude lui-même était fils de Fédéric II 7.

J'aurais voulu fournir à présent quelques indications sur la personnalité de Fédéric III Morel ; j'avais dans ce but multiplie mes recherches, je suis malheureusement resté les mains à peu près vides. Claude Morel, fils cadet de Fédéric II, étant né en 1574, il est à supposer que Fédéric III avait vu le jour vers 1573 ; il eut luimême une fille, prénommée Catherine, née le 25 juillet 1596 8, qui, le 28 juin 161 5, épousa Claude Prévost 9, mais je ne possède aucune donnée sur la date même approximative de son décès.

Quant à la production de ce Morel comme imprimeur, on la trouvera d'une part dans la liste des éditions de Fédéric II Morel dressée par Maittaire, qui a tout englobé sous le même nom, et d'autre part dans les collections d'actes royaux et d'arrêts du Conseil de la Bibliothèque nationale. Je me borne à noter deux ouvrages, à titre de curiosité: l'un10, quoique portant le nom de Fédéric Morel,

(1) Voy. Documenta, n03 10 1 et 139. — (2) Voy. Documenta, n°3 1 1 5 et 139. — (3) Voy. Documenta, n83 101 et 1 3 g- — (4) Voy. Documenta, nos 1 1 5 et 1 3g. — (5) Voy. Documenta, n° 82. — (6) Voy. Documenta, n03 101, 118 et 1 3g. — (7) Voy. ci-après la notice de Claude Morel. — (8) Cf. La Caille, op. cit, p. 167, qui en fait une fille de Fédéric II. — (9) Ibid. — (10) De nvmerorvm historia, Carmen <piÀoaoa>o9£oXo)-- Troiririxoov. Fed. Morellvs professor Reg. pridem collegit, recentauit, composuit, digessit. [Arm. de France] Lvtetiae, Apud Federicvm Morellvm, Architypographum Regium. M.DC.IX. [A la fin: ] Ex Typographia Ioannis Iannon, via D. Io. Lateranensis (In 8. 16. p. ch. B. N. Yb. 2194.)

G AL LIA TYFOGRAPHICA 435

est imprimé par le célèbre imprimeur de Sedan, Jean Jannon, alors établi à Paris; l'autre, dont l'auteur est Fédéric II Morel, alors -doyen des professeurs et interprètes du roi 4, contient, à la p. 8, sur le nom de l'illustre professeur, une poésie anagrammatique de Guillaume Du Pont, abbé de Lantenac, qui forme pour ainsi dire une réplique de celle qui se trouve au bas du portrait reproduit par J. Dumoulin 2. La voici textuellement pour clôturer mes notes sur les trois Fédéric Morel :

Anagrammatismus in Interpretis nomen.

Federicus Morellus

Fers mel dulcius ore.

Mellea Morelle hec sunt, ut tua, nomen et omë,

Moribus es dulcis, dulcis et ominibus Quippe (apis ut docta es) Fers mel, tu, dulcius ore. Pubiica dum spectas commoda, docta loquens.

Morel (Claude) [Morellus] Libraire et imprimeur (i 599-1 626). Imprimeur ordinaire du Roi (1625 - 1626). Rue Saint-Jacques, à la Fontaine.

Né à Paris en 1574, s'il faut en croire l'inscription figurant dans l'encadrement de son portrait que possède la Bibliothèque Nationale. Claude Morel est le fils puîné de Fédéric II, et d'Isabelle Duchesne, ■cela paraît incontestable pour plusieurs raisons: tout d'abord, parce que s'il était, comme d'aucuns le prétendent, le fils de Fédéric I, on ne comprendrait pas qu'il ait attendu seize ans après la mort de -ce père (1583) pour s'établir à son propre compte (1599), car> ainsi que le fait fort justement remarquer Maittaire 4, la date

(1) Procli lycii philosophi Hymni in solem et Mvsas : A Fed. Morcllo Professorum & Interpretum Reg. Decano Latinis versibus expressi. Accessit Ecphrasis ■Regiae Solis Ouidiana & Morelliana. (Arm. de France) Lutetiae, Apud Fed. Morellvm Architypographum Regium. MDCXVI. Non sine privilegio. (In 8. 8ff'., B.N., Yb.2 10,3.) — (2) Op. cit., p. 9. Je donne ici cette inscription pour Ja plus grande facilité du lecteur :

Fers mel, dvlcivs ore Fœdus Musarum, quod non Violabile serues, Federici nomen prouida Musa dédit Cognomenq. tibi est Syrio sermone Morelli Doctrinam quod âmes obsequiumq. Dei

(3) « Claudius Morel Architypographus regius, Anno 1626, Œtatis suœ 52. » Ce portrait n'est pas signé, mais il semble plus authentique que celui de Fédéric II. — (4) Hist. Typogr., p. 143 : « Mentio ejus nulla (quantum hactenus scire licuit) ante annum 1599, cluo vitam P. Rami Nancelio authore excudit».

436 GEORGES LEPRKUX

de 1579, donnée pour ses débuts dans la librairie, n'est justifiée par rien. En second lieu, les documents officiels le qualifient toujours frère d'un Fédéric qui ne peut être que le troisième du nom 4. Enfin, la date de naissance de ses enfants, dont la première n'est pas antérieure à 16 12, ne permettent pas d'admettre qu'il fût né lui-même dans la cinquième décade du seizième siècle, cequi pourtant devrait être s'il avait eu pour père Fédéric I.

Comme tous les membres de sa famille, il était, dit La Caille2, « très docte et très sçavant dans les langues grecque et latine et l'un des plus célèbres libraires et imprimeurs de Paris, comme. il paroist par la grande quantité d'auteurs grecs et latins qu'il a imprimez^ dans une partie desquels se lisent même des préfaces et avis de sa composition ». La Caille entre ensuite dans le détail de quelques unes de ses impressions, mais le lecteur en trouvera une liste beaucoup plus étendue dans l'ouvrage de Maittaire 3.

Dès le début de son exercice, on rencontre Claude Morel installédans la maison de la Fontaine : il y était sans doute l'associé de son frère et il semble qu'il ne se soit jamais mêlé que de librairie, tout au moins jusqu'en 1625, car il ne s'intitule pas imprimeur dans la souscription de ses livres pendant tout ce laps de temps et encore moins imprimeur du roi, sauf une ou deux exceptions en i6224et en 1623 5, qui demeurent pour moi inexplicables c. La date de sa nomination à cette charge n'est en effet pas antérieure à Tannée 1625 et s'il eut le droit, à partir de ce moment, de prendre cette qualification, en fait, ainsi qu'on va le voir, il n'eut guère la satisfaction d'exercer réellement les fonctions d'imprimeur de Sa Majesté, ni d'en tirer les avantages qui s'y trouvaient attachés.

Les documents officiels nous apprennent effectivement que le- 15 février 1624, Fédéric III Morel résigna son titre d'imprimeur du* roi en faveur de Claude Prévost, son gendre 7, lésant ainsi son 1

(1) Voc. Documenta, nos ror, 118 et 139. — (2) Hist. de l'impr., p. 190. — (3) Hist. typogr..., pp. 84-90 : Catalogus Librorum, qui ex Claudii Morelli officinâ prodierunt (099-1627,95 ouvrages décrits). — (4) Histoire des grands, chemins de l'Empire Romain,... par Nicolas Bergier, avocat au siège présidial de Reims. [Petite marque de la Fontaine] A Paris, Chez C. Morel, Imprimeur du Roy, rue sainct Iacques, à la Fontaine. M.DC.XX1I. (In-4. 856 p. 13. N., J. 3909.) — (5) Cf. B. N., Collection des arrêts du Conseil d'État, F. 47040, pièce 4. —

(6) A moins que cela ne résulte de la « Procuration en forme de commission » du 16 mars 1617, que lui avait donnée son frère Fédéric et dont il est fait mention dans un arrêt du Conseil du9 août 1641 (Voy. Documenta, n° 139.) —

(7) Voy. Documenta, n° u5. Prévost est ici qualifié beau-frère.

frère du bénéfice d'une situation qu'il attendait sans doute depuis de nombreuses années. Or, Claude Prévost n'était rien moins que typographe et l'on peut se demander véritablement à quels mobiles Fédéric Morel avait obéi pour prendre une pareille détermination.

11 est probable que Claude Morel ne se fit pas faute de protester ■contre cette atteinte à ses droits, toujours est-il que le 29 janvier 1625, Prévost faisait abandon de sa fonction au profit de l'oncle de sa femme *; que le 31 juillet suivant, Fédéric Morel passait un nouvel acte de démission en faveur de son frère 2, et, que Je 13 août de la même année, des lettres de provision de la charge si disputée étaient octroyées à ce dernier par le roi Louis XITI 3.

A partir de ce moment il se passe des choses étranges : le

12 décembre 1625, Pierre Mettayer fait opposition à la réception de son nouveau collègue 4, tandis que Prévost, revenant sur sa décision première, entend profiter des avantages d'une fonction à laquelle il a renoncé et signifie également une opposition ; le 23 janvier 1626, Prévost se désiste moyennant une rente annuelle de cent livres tournois que lui constitue Claude Morel 5 et le même jour, un arrêt du Parlement ratifie la transaction et envoie -enfin l'imprimeur du roi en possession de sa charge 6. Mais hélas, à peine était-il entré en fonctions, que la mort à son tour venait brusquement l'en interdire à jamais, le 16 novembre 1626 7. Il laissait une veuve, Jeanne Hervy, et plusieurs fils, dont deux seulement, Charles et Gilles sont connus dans l'histoire de l'imprimerie.

Jeanne Hervy fit courageusement face aux événements et pour conserver à ses enfants, encore tous en état de minorité 8, le bénéfice de la situation acquise par son défunt mari, elle n'hésita pas d'une part, à prendre la direction de l'établissement, qu'elle mena d'une main ferme pendant plus longtemps que ne le laissent supposer les apparences 9, et d'autre part à lutter avec énergie contre les autres imprimeurs du roi, pour essayer de faire maintenir son fils aîné dans la charge de son père. On verra dans la notice suivante qu'elle échoua, momentanément du moins, dans son second objectif.

(1) Voy. Documenta, n° 101. - (2) lbid. —(3) Ibid. — (4) Ibid. — (5) Ibid. — (6) Ibid. — (7) La Caille, Hist. de l'impr., p. 190. — (8) Voy. Documenta, n° 101.— (9) Bien que les productions de l'imprimerie ne portent la souscription de la Veuve C. Morel, qu'en i6i6 et 1627, il est certain que cette veuve continua de diriger la maison jusqu'à ce que Charles Morel eut atteint sa majorité.

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