‹ Gallia typographicaChapitre 15 sur 143 · GEORGES LEPREUX · texte numérisé non relu

GEORGES LEPREUX

Claude Morel a principalement attaché son nom à la belle édition grecque-latine des œuvres complètes de Saint Jean Chrysostome, due aux soins du Père Fronton du Duc; il reçut à cet effet d'importants subsides du Clergé de France1, tant en son nom personnel qu'en celui de la célèbre société Librariorum et Typographorum, fondée par les Sonnius et autres, pour la publication

(i) Extrait du procès-verbal de l'Assemblée du Clergé de France du 27 juin i635i « Le sieur de la Meschinière a dit, qu'estant seul en la présente assemblée de tous ceux qui furent commis par l'Assemblée de 1625, pour avoir l'œil sur les impressions qui se font par l'ayde et secours du Clergé, il estoit obligé pour représenter Testât desdites impressions, de dire qu'en l'an i5g5, le Clergé presta à la Société des libraires de Paris trois mil francs, pour leur ayder à imprimer les Livres de Chant d'Église; qu'en Tannée 1602, après la conférence qui fut à Fontainebleau, entre feu Monseigneur le Cardinal du Perron et le sieur du Plessis-Mornay, le Clergé voyant que la pluspart des Pères Grecs et Latins nécessaires dans l'agitation des controverses, estoient imprimez avec desfaussetez, à Londres, à Francfort et à Basle, villes hérétiques, jugea à propos pour remédier à telles suppositions, de les faire r'imprimer en ceste ville, soubz la direction et conduitte de mondit seigneur le Cardinal du Perron, et pour ce faire, on prist sur le fonds du Clergé six mil livres qui furent prestez à Claude Morel, qui commença dès lors à imprimer le Sainct Iean Chrysostome, de la traduction du père Fronton. L'an 1608, l'Assemblée presta encore audit Morel les trois mil livres qui furent lors rendue[s] par les libraires de la Société; que Tan i6i5,Messeigneurs de l'Assemblée receurent de Morel pour les neuf mil francs qu'ildevoit, les imprimez dedeux mil tantde volumes de sainct Iean Chrysostome, qui furent baillez aux sieurs Cramoisv et Estiene, libraires, pour le prix de huict mil livres, qui leur furent prestez pour dix ans, pendant lesquels ils continueroient l'impression des Saincts Pères. L'assemblée de 1625, pour le mesme sujet leur continua ledit prest pour dix ans jusques à la présente assemblée, et ordonna qu'ils commenceroient par l'impression delà Bible grecque des Septante, avec la version latine e regioneet ensuitte continueroient Sainct Iean Chrysostome et les autres Pères Grecs ; et pour veiller de tempsen temps ausdites impressions furent commis par l'Assemblée Monseigneur de Rouen, et feu Monseigneur TEvesque d'Orléans, et luy, pour le second ordre. Qu'ils avoient prié le Père Morin, prestre de l'Oratoire, un des doctes hommes du siècle, de fournir les exemplaires pour imprimer la Bible des Septante: ce qu'il auroit fait, avec des nottes très excellentes, après laquelle Bible on auroit discontinué les impressions ordonnées par l'Assemblée, d'autant qu'Estiene [Antoine] qui avoit eu en. prest du Clergé la moitié des huict mil livres, est devenu insolvable: pourquoy on auroit esté obligé de faire saisir les exemplaires de Sainct Iean Chrysostome, qui servent comme d'hvpothèque aux huict mil livres du Clergé: à quoy il estoit à propos de donner ordre avant la séparation de l'Assemblée, et pour ce, députer quelques-uns de Messeigneurs, en la place de Messeigneurs de Rouen et d'Orléans, pour veoir et rapporter Testât des choses. Sur quoy, l'Assemblée a député Messeigneurs TArchevesque d'Arles, et Evesque de Chartres, l'abbé de Saincte Colombe, avec ledit sieur de la Meschinière, pour veoir Testât des dites impressions, et sur leur rapport estre ordonné ce que de raison. » (Procès-verba de l'Assemblée générale duClergé de France... en 1 635. — Paris, 1 635, in-f°, — pp. 86-87.)

des Pères Grecs. Parmi les autres ouvrages entrepris par Claude Morel, on peut citer avec éloge son édition des œuvres d'Archimède 4, celle des lettres de Platon2, et enfin un livre précieux de Michel Montaigne 3, au sujet duquel le Bulletin du Bibliophile publiait, en août 1846, un intéressant article.

Je termine par un mot sur les marques employées par Claude Morel, mais sans m'arrêter à celles de la Fontaine dont il a été déjà question 4, et qu'il utilisa pour la plupart du temps, avec la devise H ao(piaçjTî]Y'n... ; il possédait en propre deux médaillons, reproduits par Silvestre 3, qui rappellent étonnamment ceux dont son père et son aïeul avaient fait usage. L'un offre, au premier plan d'un paysage oriental, l'image d'un amour, tenant de la main droite un nid, où se trouvent trois oiselets auxquels leur mère apporte à manger, et de la gauche, un arc, son attribut traditionnel; on lit au bas cette légende : ^Equus amor. L'autre médaillon, portant à sa partie inférieure les deux mots grecs : Ouôev uixoov (Un petit rien), représente une femme montrant du doigt une pyramide. Ces deux médaillons ont la môme origine que ceux précédemment décrits. (V. la notice de Vascosan.)

Morel (Charles) [Morellus] Imprimeur-libraire (1627- 1638). Imprimeur ordinaire du Roi (163 5-1639).

Rue Saint-Jacques, à la Fontaine.

Fils du précédent et de Jeanne Hervy, Charles Morel naquit à Paris le 6 janvier 1612 6 ; il n'était donc âgé que de 15 ans, au moment où son père décéda et par conséquent inhabile encore à diriger une entreprise aussi importante que celle qui lui était échue; la Communauté n'hésita pas cependant à l'admettre à la maîtrise, moins d'un an après, à savoir le 29 juillet 1627 7. D'un autre côté,

(1) A^tfxYxSou; Travra ÇwÇopeva. Archimedis opéra quae exstant. Novis demonstrationibus commentariisque illustrata. Per Davidem Rivaltum à Flurantia... [Grande marque de la Fontaine] Parisiis, Apud Claudium Morellum, via Iacobœa, ad insigne Fontis. CIO. IDC. XV. (In-f«. 549 p. SU. B.N., V. 1415.) - (2) n).otTcovo; ïKia-zolau. Platonis Epistolae. [Marque de la Fontaine, avec la devise II counaç... ] Parisiis, Apud Clavdivm Morellvm, via Iacobaea, ad insigne Fontis. M.DC.XIX. (In-8. B. N., Z. 671.) — (3) La Mesnagerie d'Aristote et de Xenophon. C'est-à-dire, la manière de bien govverner une famille. Tradvicte de grec en françois par Feu Estienne de la Boetie Conseillerdu Roy en son Parlement de Bordeaux: Et mise en lumière auec quelques vers françois & latins dudict la Boetie, par Michel sieur de Montaigne. [Petite marque de la Fontaine. ] A Paris, Chez Clavde Morel, rue sainct Iacques, à la Fontaine. M.DC. (In-4. 1 3 1 ff. B.N., Rés. Z. Payen 583.) - (4) Voy. supra, p. 426. - (5) N°" 1247 et 1248. — (6) La Caille, p. 190. — (7) Voy. Documenta, n° 102.

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presque aussitôt après la mort de son mari, la mère de Charles Morel avait multiplié les démarches pour conserver à son fils la charge d'imprimeur du roi que Claude Morel avait eu tant de peine à exercer sinon à obtenir, mais elle avait échoué devant une nouvelle coalition, qui s'était formée entre Claude Prévost, Antoine Estienne et Pierre Mettayer. A peine, en effet, Claude Morel était-il décédé, que revenant une seconde fois sur les arrangements conclus entre lui et le défunt, Prévost, d'accord avec Antoine Estienne, avait sollicité et obtenu du Conseil, le 18 décembre 1626, sa réintégration dans son office d'imprimeur du roi l ; plus humain qu'eux, Pierre Mettayer avait fini par consentir, le 4 mai 1627, à ce que Charles Morel obtint des lettres de provision pour remplacer son père 2 ; en ce qui concerne les deux premiers, la veuve Morel avait dû se résoudre à les assigner devant le Conseil, après en avoir obtenu l'autorisation le 2 juillet 1627 3, mais, par un arrêt du 18 août suivant, il lui avait été fait défense, ainsi qu'à son fils, « de troubler et empescher à l'advenir les dits Estienne et Prévost en l'exercice et fonction » de leur charge 4.

Le 20 janvier 1635 seulement, Charles Morel obtint les lettres de provision lui conférant la qualité d'imprimeur de Sa Majesté, avec tous les privilèges, gages et droits dont avaient joui précédemment « Claude Morel, son père, et Federic Morel, son oncle5 ». A ce moment, la charge qui lui était dévolue ne pouvait plus être qu'honorifique, attendu qu'il n'y avait pour lors pas moins de neuf typographes royaux en exercice, savoir : Pierre Mettayer, Antoine Estienne, Claude Prévost, Pierre Rocolet, Sébastien Cramoisy, Antoine Vitré, Guillaume Citerne, René Baudry et Pierre Ballard. Cela n'empêcha pas Antoine Estienne, dès qu'il eut appris le projet de nomination de Charles Morel, de faire encore, par habitude sans doute, opposition à l'expédition des lettres du nouvel imprimeur royal : il en fut d'ailleurs, comme presque toujours, pour ses frais et s'entendit débouter de sa demande par un arrêt du Conseil du 30 mai 1634 6.

Tant de péripéties n'avaient pas éteint l'ardeur au travail du jeune typographe : il avait même continué les nobles traditions de ses ancêtres et mis au jour de belles et assez nombreuses éditions 7,

(1) Voy. Documenta, n» 10 1. — (2) Voy. Documenta, n* 1 1 5- — (3) Voy. Documenta, n» 101. — (4) Voy. Documenta, n°n5. — (5) Voy. Documenta, n# 118.— (6) Voy. Documenta no 1 1 5. — (7) Une liste assez étendue 28 nu-

•lorsque, dans le courant de l'année 1638, il prit le parti d'abandonner ses presses et d'acheter une charge de secrétaire du roi, après avoir résigné, en faveur de son frère Gilles, qui suit, ses fonctions d'imprimeur de Sa Majesté. On ne peut voir dans cette -détermination subite qu'un effet de la rancœur que le fils de Claude Morel éprouva, lorsqu'il eut constaté la profonde décadence de la typographie et l'envahissement de sa profession par une foule de praticiens, aussi peu habiles dans leur art que tout à fait étrangers aux langues classiques, trop souvent même parfaitement ignorants de leur propre langue maternelle, circonstances fâcheuses qui ne devaient pas tarder d'ailleurs à entraîner un changement radical dans les conditions d'exercice de l'imprimerie. Charles Morel avait ■eu à subir par surcroît une sorte d'ostracisme de la part des autres typographes du roi : on en peut apprécier les résultats par le fait qu'aucune impression collective de ces derniers ne porte son nom et que les siennes propres ne sont qu'en nombre très restreint.

Ce typographe n'a pas eu de marque personnelle : il n'employa jamais que celle de la Fontaine, qu'il tenait de ses ayeux, avec la devise H oocpiaç..., niais il y ajouta parfois son monogramme, formé des lettres C. M. entrelacées et surmontées du signe 4, recroisillé à droite sur le jambage horizontal, le tout dans un encadrement dont les coins représentent les quatre parties du monde '.

On ignore la date du décès de Charles Morel et l'on ne sait pas non plus s'il eut une descendance ni même une alliance.

Morel (Gilles) [TEgidius Morellus] Imprimeur et libraire (1638- 1643). Imprimeur ordinaire du Roi (1639-1647). Rue Saint-Jacques, à la Fontaine.

Frère du précédent et comme lui natif de Paris, où il avait dû voir le jour vers 1616, il semble que Gilles Morel n'ait été mis à la

méros), mais incomplète, en a été donnée par Maittaire, dans son Historia Typographorum... t II, pp. o,i-g3 : Catalogus Librorum, qui ex Caroli Morelli Ofîicinâ prodierunt ( i (V28- 1 6 3 9 ) .

(1) On peut voir ce monogramme sur le titre du tome I de l'ouvrage suivant, le plus beau, je crois, qu'il ait imprimé : Tovi ev aytoç iraz^oç yjuwv tcoavvov Xfiuçoarofjiou... Sancti Patris nostri loannis Chysostomi archiepiscopi constantinopolitani opéra omnia in dvodecim tomos distribvta Graece et latine conivnctim édita... [Marque de la Fontaine, avec devise et monogramme] Parisiis, Apud C.Morellvm, Typographum Regium, Via Iacobaea, ad insigne Fontis. ; M.DC. XXXVI. (In-f. B.N.^ C. 191.)

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tête de rétablissement de la Fontaine que pour en opérer la liquidation. Après en avoir pris la direction et signé les productions entre 1637 et 1638, il ne se décida à se faire recevoir à la maîtrise que trois ans plus tard, exactement le 19 avril 1641 4 ; mais, sur la démission de son frère aîné, il avait été gratifié, le 18 septembre 1639, delà charge d'imprimeur de Sa Majesté 2. Antoine Estienne, naturellement, avait formé opposition à sa réception 3, mais il en avait été débouté par un arrêt du Conseil du 9 août 1641 4, et il faut, dans cette circonstance, lui pardonner son obstruction, parce qu'elle nous a procuré d'importantes et utiles précisions sur la famille des Morel.

Tout compte fait, la production de Gilles est fort peu importante : Maittaire a presque tout connu en établissant une liste de six ouvrages sortis des presses de cet imprimeur3 et l'on n'aurait même pas la ressource d'essayer de la compléter en y ajoutant quelque acte royal ou quelque arrêt du Conseil qu'il aurait imprimé en sa qualité de typographe du roi, car je n'en ai rencontré aucun portant sa souscription. Le dernier des Morel ne doit donc pas m'arrêter davantage et j'aurai complètement épuisé ma modeste science en ajoutant qu'il n'eut pas de marque personnelle; qu'en 1643, il était remplacé dans la maison de la Fontaine par Siméon Piget, auquel il semble avoir cédé son fonds ; que le 27 janvier 1647, il résigna sa charge d'imprimeur du roi en faveur de Pierre Le Petit6; qu'en 1650, il devintconseiller auPresidial du Châtelet de Paris 7 et qu'enfin, du 29 janvier 1655 au 3 ] u illet 1675, il fut conseiller au Grand Conseil8.

Lottin affirme que Gilles Morel est l'auteur « des Morels depuis longtemps distingués dans la robe 9» etj. Dumoulin lui donne pour épouse une Marie du Fautray, dont il aurait eu deux enfants10. Je n'aitrouvé nulle part la preuve de ces renseignements qui me paraissent erronés, ainsi que je l'ai dit ailleurs ll ; je n'ai rencontré non 1 plus aucune indication concernant la date du décès de cet imprimeur

(1) Voy. Documenta, n° 107. — (2) Voy. Documenta, n° i3i. — (3) Voy. Documenta, N° 1 35. — (4) Voy. Documenta, n° 1 3g. — (5) Historia Typographorum, t. II, p. 94 : «1 Catalogus Librorum, qui ex yEgidii Morelli Officinâ prodierunt (1637-1643). — (6) Voy. Documenta, n° 1 58. — (7) Voy. mes Contrib. à l'hist. de Vimpr. par., p. 17. — (8) Ibid. p. 17 et 21. — (9) T. II, p. 128.— (10) Vie et Œuvres de Federic Morel, p. 97. Il existe pourtant à la B. N. (Dossiers bleus, 262), une généalogie de la famille Du Fautray. Gilles Morel aurait épousé Marie, fille de Michel, conseiller au Parlement de Rouen et il en aurait eu, non pas deux, mais trois enfants. - (11) Voy. mes Contrib. citées plus haut, p. 17.

Muguet (François), Imprimeur-Libraire (1659- 1702). Imprimeur

ordinaire du Roi (1661-1702).

Rue de la Harpe, à l'Adoration des trois Rois, ou aux Trois Rois.

Fils de Louis Muguet, imprimeur-libraire à Lyon, rue Mercière, François Muguet naquit dans cette ville vers 1630 * et y apprit son

' art dans la maison paternelle ; vers 1653, il était arrivé à Paris dans l'intention de s'y établir et il avait recommencé son apprentissage

1 chez l'imprimeur Pierre Des Hayes 2, mais sans prendre la précaution d'en faire dresser contrat, ce qui le mettait dans l'impossibilité d'en tirer avantage. Une heureuse circonstance l'engagea bientôt à réparer cette omission et, le 29 octobre 1655, il passait un brevet devant Delaballe et Ménard, notaires au Châtelet 3 ; François Muguet venait en effet d'épouser Catherine, fille du libraire Jean Pillé, alors décédé, et nièce et pupille de son patron, Pierre Des Hayes 4 ; il fallait bien songer plus sérieusement à l'avenir. Le jeune lyonnais n'avait pas encore terminé ses quatre années de stage obligatoire, que déjà il faisait des démarches pour se faire recevoir dans la Communauté, afin de s'installer à son compte. La Chambre syndicale commença par lui opposer un refus, mais, sur les instances du Procureur général Fouquet, dont il s'était ménagé la protection, il obtint bientôt (1658) des lettres de maîtrise, moyennant un versement de cent livres au profit de la Communauté et à la condition de ne pas exercer avant d'avoir achevé le temps de son apprentissage, étant stipulé que « sy par rencontre, il arivoit la mort dudit Des Hayes, son oncle, sur lequel il s'est obligé, ledit François Muguet pourra s'instaler et lever imprimerie dans les bornes de l'Université... 5 »

De fait, ce ne fut qu'en 1659, après la mort de Pierre Des Hayes, dont Catherine Pillé avait recueilli la succession 6, que Muguet put commencer à exercer; il conserva l'installation de son bel-oncle dans la rue de la Harpe, mais il en remplaça l'enseigne (Les Gants

(1) D'après la supputation de l'âge (71 ans) qu'il déclara aux enquêteurs de 1701 (B N., Ms. fr. n. a. 400, fo 217), et aussi d'après la mention figurant surl'un de ses portraits. (Voy. infrà, p. 455).- (2) B.N., Ms. fr. n. a. 400, f°2 1 7. — (3) B.N., Ms. fr. 21843, f° 62. — (4) Requête de la veuve Muguet au Garde des sceaux, infrà, p. 446, note 1. — (5) B.N., Ms. fr. 21843, f« 62. — (6) Requête de la veuve Muguet déjà citée.

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couronnés) par celle de l'Adoration des trois Rois, Le successeur de Pierre Des Hayes s'assura très vite une place distinguée parmi les imprimeurs-libraires de la capitale, autant par l'importance et le nombre de ses publications que par la beauté et la correction de leur tirage. Dès 1661, il avait été signalé au roi, qui, par un brevet de retenue du 29 novembre, l'avait désigné pour être l'un de ses imprimeurs ordinaires1; en 1664, l'archevêque de Paris l'avait choisi pour les impressions de son diocèse, suivant une lettre de nomination du 28 avril, latifiéepar des lettres royales du 15 mai suivant 2. Le 8 mai 1671, François Muguet avait été élu adjoint au syndic de sa Communauté et il avait rempli ces fonctions jusqu'au 17 juin 1675 3j dans l'intervalle, par des lettres de provision du 11 novembre 1672 4, le roi l'avait confirmé dans l'office de son imprimeur ordinaire, avec tous les droits et privilèges y attachés ; vers 1683, Ie Parlement l'avait également désigné pour son imprimeur et, pour couronner le tout, par des lettres royales du 10 décembre 1686, il avait été pourvu du titre même de Pierre Le Petit, auquel étaient attribués des gages annuels de 225 livres 5et qui, plus précieux avantage, en faisaient en quelque sorte l'émule des Morels et des Estiennes, les anciens possesseurs de cette charge convoitée entre toutes. Enfin, en 1690, lorsque Frédéric Léonard avait abandonné ses fonctions d'huissier et d'imprimeur du Clergé de France, l'Assemblée avait laissé à l'archevêque de Paris, qui la présidait, le soin de le remplacer 6 et tout naturellement le choix du prélat s'était fixé sur son propre imprimeur, François Muguet, qui, dès ce moment et jusqu'à l'époque de sa mort, ajouta ce nouveau titre à tous ceux qu'il possédait déjà.

Bien qu'il fût à la tête de l'une des imprimeries les plus achalandées delà capitale et que ses affaires s'accrussent continuellement, — il possédait sept presses en 1679 7 ; neuf presses desservies par dix compagnons en 1692 8; dix presses en 1694 9; neu^ presses, onze

(i) Cf. Documenta, n° 180. — (2) Mentionnées dans un arrêt des Requêtes de l'Hôtel du 18 août 1 665 (B.N.,Ms. fr. 22074, Pièce l8)- — (3) Lottin, t. II, p. 137. — (4) Voy. Documenta, n° 207. — (5) Voy. Documenta, n* 224. — (6) Voy. suprà, p. 3 16, note 5. — (7) « François Muguet, imprimeur du Roy : 7 presses. Il imprime : Lactentius, De perfectione ; Thomassin, De lncarnaiione Verbi; Breviarium parisiense ; Le Livre d'église à l'usage de Paris; Méditations du P. Nouet; Considérations Chrestiennes. N'a point d'apprenty. » (B.N.,Ms. fr. 21 741, f°i4.) — (8) « François Muguet: 9 presses, dont une démontée ; 10 compagnons; bons caractères. Imprime : S. Hilarius ; Histoire des Papes d'Avignon; le 8' volume des Ordonnances de la guerre. » (Ibid. , f° i5.) — (9) « Muguet père : 10

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compagnons et trois apprentis en 170 1 *, — F. Muguet avait encore accepté, en 1683, la direction de l'établissement typographique que le roi avait résolu d'installer à Versailles, dans l'hôtel de Seignelay, rue de l'Orangerie, pour l'impression des documents concernant l'armée et les bâtiments, mais il avait son fils aîné, Théodore, qui le secondait à Paris et il avait confié à l'un de ses cadets, François Hubert, la conduite de l'imprimerie de Versailles. Le vieil imprimeur était resté néammoins l'âme de son entreprise et il s'en occupait toujours avec une égale activité, lorsque, le 9 février 1702 2, la mort vint, sinon le surprendre, du moins l'arrachera ses presses.

De son mariage avec Catherine Pillé, François Muguet laissait au moins sept enfants, dont six figurent à l'inventaire dressé lors du décès de leur mère 3, savoir : Théodore, libraire et imprimeur, qui suit; Hubert-Valérien, dit François-Hubert, aussi libraire et imprimeur, qui suit également ; Etienne, qui embrassa l'état ecclésiastique, se fit recevoir docteur en théologie et obtint en commende le prieuré de Thulluy; Madeleine-Geneviève, qui épousa François Lemaître, avocat en Parlement, conseiller du roi, expéditionnaire en cour de Rome; Louis-François, aussi avocat en Parlement, conseiller du roi et expéditionnaire en cour de Rome ; Catherine-Madeleine, ultérieurement épouse de Pierre Richard, sieur de Saultray, avocat en Parlement. Le septième, Henri Muguet, après s'être fait recevoir imprimeur, n'avait pas persévéré dans cette profession, il avait même été déchu de la maîtrise pour n'avoir pas dressé d'imprimerie, s'était engagé, en 1703, dans le régiment de Lancy 4 et était mort avant 1720.

En dépit d'une aussi nombreuse famille et bien que trois fils eussent embrassé la profession de leur père, l'établissement de Muguet passa quelques années plus tard entre des mains étrangères, on va voir par suite de quelles circonstances. Malgré son âge déjà avancé, la veuve Muguet prit la résolution de conserver l'imprimerie et la librairie, qui lui appartenaient d'ailleurs en

presses, dont 2 démontées; 6 compagnons. Réimprime Saint Augustin, t. VI, in-(°, et la Morale Chrestienne, in 12. Ouvrages de ville. » (B.N., Ms. fr. 21748, f« 190.)

(i; « François Muguet, premier imprimeur du Roy. Né à Lyon, 71 ans. A fait son apprentisage dès i653 chez Pierre Deshayes, s'est marié en [655, a été reçu maître en n>58. 9 presses, dont 2 seulement travaillent. 1 r compagnons, 3 apprentis. » (B. N., Ms. fr. n. a. 400, f° 217.) — (2)Lottin, II, p. i3o. — (3) B.N.. Pièces originales, 2079, Muguet. —(4) Arrêt du Conseil privé du 27 mars 1703.

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propre, parce qu'elle avait à cœur d'éteindre un passif de quatre vingt mille livres qu'avait laissé son défunt mari *. Elle eut dans les premiers moments l'aide de son fils Théodore, puis, quittée par celui-ci, dans le cours même de l'année 1702 et ne se trouvant pas en très bons termes avec son fils François-Hubert, elle s'adjoi-

(1) «A Monseigneur le Garde des Sceaux. Monseigneur, Hubert Muguet, mon fils poussé par l'avidité insatiable de sa femme, m'oblige de représenter à Votre Grandeur ce que je voulois tenir secret toute ma vie. M. Muguet, mon mary, n'ayant aucun bien et estant compagnon imprimeur chez mon oncle Pierre Deshayes, m'obtint de mon oncle en mariage, et pour ce a hérité de l'imprimerie de mondit oncle et de la plus grande partie de son bien, ce qui détruit le faux exposé de mon fils Hubert Muguet, soutenant que son père mon mary s'cstoit ruiné à faire une belle imprimerie, ce qui n'est pas : car du fonds de l'imprimerie de mon oncle, mon mary en a tiré deux imprimeries, une pour Théodore Muguet mon fils aîné, et l'autre pour Hubert Muguet, mon fils, qui m'attaque ouvertement aujourd'hui ; c'est ce qui m'oblige de faire cette très humble supplication, malgré moy, à Monseigneur le Garde des sceaux ; mais l'équité et la justice m'obligent de la faire, parce que mon mary m'avoit laissé en mourant près de quatre-vingt mille livres de dettes qui portaient presque toutes interest, ce que j'ay payé et les intérests six ans après la mort de mon mary, mesme tout ce quiestoit dû à mes enfants de la succession de leur père. A la mort de mon mary, mon imprimerie estoit bien diminuée par l'établissement de mes deux fils ; mais par les soins, et mesme les dépenses qu'y a fait le sieur de la Tour, mon garçon, depuis que je suis veuve j'ay soustenu mon imprimerie avec honneur : et pour faire connoistre mon fils Hubert Muguet, qui s'oppose aujourd'hui ouvertement contre moy, et qui a traversé secrètement la maîtrise de Pierre Simon depuis qu'elle est agitée, je n'ay rien oublié pour l'avancement de ce fils. Dès que j'ay eu le malheur d'estre veuve, j'ay commencé par le faire recevoir imprimeur du Roy et à mettre son nom sur tous les Édits et Déclarations, quoy qu'il n'y ait nullement travaillé; mesme je l'avois produit au Clergé dans le temps que j'avois le plus besoin de travailler pour gagner ma vie, ce qu'il n'a pas sçu conserver, ayant été choisie de nouveau pour continuer lesdits ouvrages. Je ne me suis soutenue que par ma grande assiduité et le travail de mon garçon, le sieur de la Tour, qui demeure depuis plus de trente ans chez moy et qui, depuis la mort de M. Muguet, a sceu rétablir toutes mes affaires. Mon fils Hubert Muguet et sa femme, ennuyez de ce que je vis encore, me donnent des années davantage, et me font paroistre hors d'estat d'aider à régir mes affaires^ et cela parce que je souhaite reconnoistre les services du sieur de la Tour mon garçon, en la personne de Pierre Simon son neveu, qui conduit depuis plus de quatre ans mon imprimerie avec toute la sagesse et la capacité possible ; mon fils Hubert Muguet par l'avidité de sa femme, se sert de toutes sortes de détours pour soustraire à la justice l'équité de ma demande, parce qu'il espère que je mourray bientost ; c'est ce qui m'engage à supplier très humblement M. le Garde des Sceaux de m'accorder par grâce très spéciale la maistrise d'imprimerie de Pierre Simon, estant une affaire que je regarde comme la mienne. Je continueray mes vœux et prières pour la conservation de Votre Grandeur. » (B. N.f Ms. fr. 22065, pièce 24. Cette requête est imprimée sur un placard in-f° ; elle porte à l'encre la date de 1667, Ç[ue M. Coyecque a reproduite dans son inventaire de la collection Anisson, bien qu'elle soit inexacte elle est en réalité de l'année 1 7 1 8).

gnit un ancien compagnon de son mari, Louis-Denis Delatour, reçu libraire, mais encore sans établissement, par lequel, au dire de son fils François-Hubert, elle se laissa complètement circonvenir et dominer, tandis qu'au contraire, elle affirme, dans sa requête au garde des sceaux, qu'il lui avait rendu les plus grands services. En 1718, parvenue à l'âge de 86 ans et sentant sa fin prochaine, elle se démit de son imprimerie en faveur d'un neveu de Delatour, Pierre Simon, qui, sur la supplication de la veuve Muguet 4, fut agréé par un arrêt du Conseil d'Etat du 20 mai 1719, malgré les protestations de François-Hubert et son offre de reprendre l'imprimerie paternelle pour un prix fixé à dire d'expert. Quelques mois plus tard (vers février 1720), Catherine Pillé décédait, laissant encore une assez jolie fortune et instituant pour son exécuteur testamentaire L.-D. Delatour, auquel elle avait légué le dixième de son fonds de librairie, mais d'autre part, l'enseigne des Trois rois et l'imprimerie de François Muguet étaient devenus la propriété de Pierre Simon.

On n'aurait que des renseignements bien sommaires sur François Muguet, si je devais m'en tenir aux lignes qui précèdent et Ton ne se ferait qu'une idée insuffisante de la place considérable qu'il a tenue en son temps, ainsi que de l'importance et du mérite de ses travaux ; il est donc essentiel que j'entre à présent dans quelques détails à son sujet. J'ai montré plus haut avec quelle rapidité le nombre de ses presses s'était accru de 1679 a 1694 : cette augmentation eut été plus sensible encore si, non content d'imprimer et de vendre des livres, Muguet n'eut fait aussi le trafic de matériel d'imprimerie ; rien qu'en l'année 1681, par exemple, il s'était rendu acquéreur des presses de Sébastien Martin2, de ce qui subsistait encore de l'imprimerie de la veuve de Jacques I Langlois 3, puis des quatre presses et des caractères ayant appartenu à Gilles II Blaisot4. La plus grande partie de tout cela avait fait l'objet de rétrocessions à d'autres typographes, une autre part était venue

(1) Yoy. ci-dessus sa requête au garde des sceaux. — (2) B. N., Ms. fr. 2i856, f° 35 v°. — (3) Voy. suprà, p. 291, note 3. — (4) Du 3i décembre 1681. « Je soussigné, imprimeur ordinaire du Roy, certifie que le 18 décembre i68i,j'ay acheté l'imprimerie de Madame la veuve du feu sieur Gilles Blaizot; de laquelle imprimerie j'ay vendu une presse au sieur Denis Thierry, une autre au sieur Antoine Lambin, une autre au sieur Denis Pelle et une autre au sieur Christophe Journel et à l'égard des caractères, je les ay vendus à plusieurs maistres imprimeurs de cette ville de Paris. Signé: F. Muguet. » 'B. N., Ms. fr. 2i856, f 35 v\)

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