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semble intéressant de publier, ces sortes d'actes n'étant pas communes et offrant au lecteur le moyen de se rendre compte de la façon dont étaient rédigés les traités d'impression à cette époque.
F. Muguet fut aussi l'un des imprimeurs les plus fréquemment employés par les auteurs appartenant à la Compagnie de Jésus et même il eut à soutenir à l'occasion de l'ouvrage de l'un de ceux-ci, un long procès de contrefaçon contre des imprimeurs de la ville d'Avignon {. Il s'agissait des Sermons du père de Lingendes et j'en fais une mention spéciale, parce que le savant P. Sommervogel 2 ne me paraît pas avoir soupçonné l'édition d'Avignon. Bref, le procès se termina par la victoire de Muguet 3, mais il ne semble
chaque volume, et pour l'obtention et l'acquit du privilège à mon nom, lequel ledit R. Père dom Pierre Coustant fera son possible pour de longues années, et que la jouissance ne commencera que du jour que chaque volume sera achevé d'imprimé. — 3°, Que ledit R. Père Dom Pierre Coustant dédira ledit ouvrage à qui il jugera à propos. — 40, Que moy veuve du sieur Muguet fournirai à la fin de l'impression de chaque volume qui sera imprimé sur tout le plus beau carré fin d'Auvergne, comme tout le reste de ladite impression, soixante-dix exemplaires, dont trente-cinq reliez en veau et trente-cinq en blanc qui font en tout soixante-dix, et si le livre est dédié à quelque magistrat pour qui j'aye l'honneur de travailler, je ferai la dépense de la relieure de ce volume en maroquin, à condition que mon homme aura l'honneur de présenter ce volume, conjointement avec le R. Père dom Pierre Coustant. — 5#, Que moy veuve du sieur François Muguet donnerai au commencement de cette impression au compagnon du R. Père dom Pierre Coustant, un Dictionnaire françoislatin de Danet de la dernière édition. — 6°, Que moy veuve du sieur François Muguet ferai, faire à la maison la première épreuve et qu'ensuite pour la perfection de l'ouvrage, le R. Père dom Pierre Coustant sera tenu de corriger les épreuves nécessaires, et que moy veuve Muguet n'en pourrai faire imprimer aucune feuille, sans estre paraphée du R. Père dom Pierre Coustant. Estant d'accord de tous les points cy-dessus énoncez, avons signé de part et d'autre, à Paris le 14 mars 1717. (Signé) : Fr. Pierre • Coustant. La veuve de François Muguet, C. Pillé. Louis-Denis Delatour. » (BVP. 635o f°, portefeuille 10. Original). (1) Du S juillet 1664. Arrêt du Conseil d'État privé du Roi entre «François Muguet, libraire, imprimeur ordinaire du Roy et de M. l'Archevesque de Paris, Et Pierre Offray et Jacques Michel, libraires et imprimeurs à Avignon » k par lequel le Conseil retient la connaissance des poursuites en contrefaçon des Sermons du Père de Lingendes, exercées parle demandeur contre les défendeurs et ordonne la production des pièces. (A N., V6482 ) — (2) Cf. Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, tome IV, col. 1847. — (3) Du 19 août 1664. Arrêt du Conseil privé du Roi par lequel il est fait droit dans l'instance entre F. Muguet et les sieurs P. Offray et J. Michel. « En conséquence du privilège accordé par Sa Majesté audit demandeur, le Conseil a déclaré et déclare les exemplaires contrefaits par lesdits défendeurs des Sermons du Père de Lingendres (sic), acquis et confisquez au profit dudit demandeur, à la représentation desquelz, lesdits défendeurs et autres destempteurs seront contrainz par touttes voyes dcues et raisonnables, mesmes par corps, avec deffences ausdits Offray et Michel d'y contrevenir à l'advenir.» (A. N., V6 483.)
guère en avoir tiré profit : après avoir longtemps cherché son adversaire, il avait eu la chance de pouvoir exercer sur lui la contrainte par corps, lorsque la complaisance, dûment achetée sans doute, du concierge de la prison où il lavait fait enfermer, rendit ses poursuites illusoires l.
On sait encore que Muguet fut l'imprimeur de l'illustre abbé de la Trappe, dom Armand de Rancé, pour lequel il publia plusieurs ouvrages, notamment le célèbre traité de la sainteté et des devoirs de la vie monastique 2, d'où sortit la réforme des Trappistes et dont le succès engagea certains libraires dans les voies de la contrefaçon 3 ; il imprima également pour les Feuillants et pour les Pères de l'Oratoire de Paris, pour Etienne Baluze et pour beaucoup d'autres dont je ne peux pas donner ici la liste.
En sa qualité d'imprimeur de l'archevêque de Paris, Muguet reçut un jour la visite du nonce du pape, lui apportant une bulle du Souverain Pontife : très flatté de la démarche d'un aussi grand personnage et ne se doutant pas du présent funeste qui lui était fait, se voyant peut-être déjà en possession d'un nouveau titre inusité à Paris, celuid'imprimeur de Sa Sainteté, Muguet s'empressa de mettre la bulle sous presse. Peu de jours après, il était mis lui-même sous les verroux et tous les exemplaires de la bulle saisis et supprimés 4. A la même époque, toujours comme imprimeur de
(1) Du 8 août 1679. Arrêt du Conseil d'État privé du Roi, rendu sur la requête de François Muguet, « imprimeur libraire ordinaire de sa Majesté à Paris», ordonnant que les sieurs Pierre Offray (ce nom est écrit Auffray) et Jacques Michel, imprimeurs-libraires à Avignon, et le sieur Guillaume Dupré, concierge de la prison de Nîmes, seront assignés au Conseil. Muguet expose dans la requête qu'à la suite de la contrefaçon qu'ils avaient faite à son préjudice des Sermons du P. de Lingendes, il avait obtenu, le 17 août 1664, un arrêt du Conseil l'autorisant à saisir et confisquer les exemplaires contrefaits; qu'il avait été longtemps sans pouvoir mettre à exécution cet arrêt, lorsque enfin, le 2 janvier 1679, il fut assez heureux pour faire arrêter et emprisonner à Nimes le sieur Offray, en vertu de la contrainte par corps. Cependant il est arrivé que Guillaume Dupré, concierge de cette prison, a cru pouvoir de son autorité privée, élargir le prisonnier, sous la caution des nommés Mathieu Planus, François Michel et François Bouscarit. Il conclut à la condamnation solidaire de tous les susnommés en 3ooo mille livres de dommages-intérêts. (A. N., V6Ô49. ) — (2) De la sainteté et des devoirs de la vie monastique [Grandes M entrelacées]. A Paris, Chez François Muguet, Imprimeur ordinaire du Roy & de Monseigneur TArchevesque, rue de la Harpe. MDCLXXXIII. (ln-4. 460 p. SU. Priv. à F. Muguet du 19 décembre 1682. Portr. du R. Père Dom Armand Jean Bouthillier de Rancé, par P. Van Schuppen. — B. N., D. 4785.) - (3) Voy. Documenta, n°22i. — (4) Arrêt du Parlement de Paris, Conseil, du 6 mai 1 665. « Ce jour, sur ce qui a esté représenté à la Cour par les gens du Roy, M'* Denis
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l'Archevêché, Muguet soutenait contre Gabriel Targa, un procès, fertile en incidents, dont il sera rendu compte ailleurs 4. J'indique seulement ici que, se prétendant aussi imprimeur du chef du diocèse de Paris, en vertu d'un titre qu'il avait recueilli dans la succession de son père, Pierre Targa, et dans celle de son aïeul, François Julliot, Gabriel Targa ne se gênait pas pour éditer les catéchismes, semaines saintes et autres livres à l'usage de l'Eglise de Paris ; Muguet en avait fait saisir une grande quantité dans l'imprimerie de son collègue et, en fin de compte, il avait obtenu un arrêt de la chambre des Requêtes de l'Hôtel, du 18 août 1665, qui le maintenait dans son privilège « d'imprimer, vendre et débiter tous jubilez, instructions pour gagner le jubilé, prières,, mandemens, catéchismes, pardons, indulgences, brefs, décrets, monitoires et généralement toutes et chacunes les choses qui pourront émaner de l'auctorité archiépiscopale, mesme de graver et faire graver les
Talon, advocat dudil Seigneur, portant la parolle, que l'Archevesque de Tarse, Nonce du Pape auprès du Roy, avoit de son autorité privée et sans permission du magistrat et juges ordinaires, faict imprimer par le nommé Muguet imprimeur en cette ville, la bulle du Pape, sans la déclaration du Roy que ledit seigneur Roy avoit apportée en son parlement le 29 avril dernier pour la publication de ladite bulle, qui ne peut estre exécutée ny paroistre en France, sy elle n'est accompagnée et autorisée par lettres patentes, et que dans la certifiication que ledit Nonce avoit donnée pour ladite impression, luy qui n'est qu'ambassadeur du Pape comme prince temporel auprès du Roy et qui n'a aucune jurisdiction, se disoit Nonce apud Christianissïmum Regem Francorum et Galliarum régna, et ainsy obmettoit la qualité du Roy de Navarre et se qualifioit Nonce apud Galliarum régna, ce qui estoit une entreprise contre l'autorité du Roy et une nouveauté contraire a l'ancien ordre et aux loix du royaume, requérant y estre pourveu. Et oui's lesd. gens du Roy en leurs conclusions, eux retirez, la matière mise en délibération. / La ditte Cour a ordonné et ordonne que tous les exemplaires de ladite bulle seront supprimez et à cet effect saisis et apportez au greffe; faict inhibitions et défenses à toutes personnes de quelque qualité et conditions qu'elles soient de publier semblables bulles sans les déclarations du Roy expédiées pour ladite publication et vériffiées en ladite Cour; enjoinct à tous imprimeurs et libraires d'observer les règlemens sur le faict de l'impression et leur faict deffences d'imprimer aucuns escrits sans la permission du magistrat et juge ordinaire, à peine de punition exemplaire; ordonne que le nommé Muguet, imprimeur, sera pris au corps et amené en la Conciergerie du Palais, si pris et appréhendé peut estre, sinon crié à trois briefs jours, ses biens saisis et annotez et qu'à la diligence du Procureur Général du Roy, le présent arrest sera leu et publié à son de trompe et cry public et envoyé dans les baillages et séneschaussés du ressort pour y estre pareillement leu et publié. Enjoinct aux substituts dudit Procureur Général d'en certiffier la Cour au mois. » (A. N., XIA83g4, à la date. (Registre non folioté.) — B. N., Ms. fr. n. a. 81 3g, f°i2i.)
(1) Voy. la notice de Gabriel Targa dans le t. lil de la présente série.
seings et paraphes du secrétaire du sieur archevesque... l » Tous les exemplaires des livres saisis chez Gabriel Targa lui furent en outre attribués à la charge par lui d'en payer la valeur à ce dernier à dire d'experts.
La situation de typographe de l'Archevêque de Paris était fort lucrative, tantétaient nombreuses et d'un débit assuré les impressions dont il était chargé; elle était par suite très enviée et fréquemment on portait atteinte aux droits de son titulaire, en réimprimant à son préjudice les pièces d'une exécution facile et d'un écoulement rapide, tels que les mandements, ainsi qu'on le verra, par exemple, dans la notice de Denis Pelé 2. C'était d'ailleurs le procédé même qu'employait la concurrence à l'égard des imprimeurs du roi, en évitant soigneusement la reproduction des pièces officielles d'une certaine importance et en ne s'emparant que des actes royaux pouvant être vivement imprimés et débités, car il était indispensable de se débarrasser au plus vite du corps du délit, pour ne pas être surpris inopinément par une visite syndicale ou policière.
Bien que pourvu dès 1661 de la charge d'imprimeur du roi par un brevet de retenue, ce ne fut guère qu'après avoir été nanti de ses lettres de provision en 1672 et les avoir fait enregistrer au Parlement 3, que François Muguet entreprit les impressions appartenant à ces fonctions, mais à partir de cette époque et jusqu'à la fin de son exercice, on les rencontre en grande quantité ; on peut même dire sans témérité que, bien avant que les Léonard, les Mabre-Cramoisy, les Le Petit aient tout à fait disparu, il s'était placé à la tête des typographes de Sa Majesté, aussi, lorsque les lettres de 1686 vinrent lui donner officiellement le premier rang, elles ne firent que consacrer une situation acquise. Si, comme je l'ai précédemment
(1) B. N., Ms. fr. 22074, pièce 18. — (2) Voy. le t. III de la présente série. (3) Du 23 décembre 1672, « Ce jour, après avoir vu l'information faite d'office à larequeste du Procureur général du Roy, par l'un des conseillers d'icelle, le vingt des présens mois et an, des vie, mœurs, conversation, religion catholique, apostolique et romaine et fidélité au service du Roy, de François Muguet, imprimeur et libraire de cette ville de Paris, pourvu d'un état et charge d'imprimeur ordinaire du Roy, ses lettres de provision de ladite charge, données à Versailles le onze novembre dernier, signées, Louis, et sur le reply, par le Roy, Colbert, et scellées du grand sceau de cire jaune; conclusions du Procureur général du Roy ; la matière mise en délibération. / A arresté et ordonné que ledit Muguet sera reçu audit état et charge d'imprimeuret libraire ordinaire du Roy, en prestant par luy le serment en tel cas requis et accoutumé, et à l'instant mandé, a fait ledit serment et juré fidélité au Roy et y a esté reçu. » (A.N., XIA 8397, à la date. (Registre non folioté.) — B. N., Ms. fr. 22078, f 86 v«.)
indiqué *, les imprimeurs du roi, en raison de leur nombre et de la communauté de leurs intérêts, n'avaient presque plus rien à redouter des entreprises de la concurrence, dont je viens de rappeler la façon d'opérer, François Muguet se trouva dans une situation inverse, lorsque Louis XIV lui eut confié en 1683, à Versailles, la charge des impressions concernant la guerre et les bâtiments ; il crut donc nécessaire de se précautionner à cet égard et il sollicita du Conseil d'État, qui le lui accorda avec empressement, un privilège spécial au moyen duquel il put briser efficacement, toute tentative d'empiétement et de contrefaçon 2. Etait-ce simple mesure préventive, ou bien l'imprimeur du roi s'était-il aperçu que déjà l'on marchait sur ses brisées ? Je ne le sais pas, car je n'ai recontré jusqu'à ce jour aucune pièce qui permette de supposer une supercherie de la part de quelque collègue ; j'aime mieux croire qu'il s'agissait là d'une simple précaution.
Je ne veux pas terminer cette notice sans un mot d'éloge pour la typographie de François Muguet, bien supérieure, à mon avis, à celle de la plupart de ses contemporains et qui, pour certains ouvrages, rappelle la manière des meilleurs maîtres du seizième siècle. Contrairement à leurs usages toutefois, cet imprimeur n'a que très sobrement fait emploi de lettres ornées ; plus rarement encore il mit une marque typographique au titre de ses livres et ce n'est que de loin en loin qu'on rencontre l'adoration des trois Rois Mages, objet de son enseigne, qu'enregistre P. Delalain dans son catalogue
(1) Voy. suprà, p. 40. — (2) Du ier avril i685. « Sur ce qui a esté représenté au Roy estant en son Conseil, par François Muguet, son imprimeur ordinaire, qu'ayant plu à Sa Majesté de le choisir dès le mois de décembre de l'année i683, pour imprimer les règlemens et ordonnances militaires et autres concernant la police et discipline de ses troupes, et ce qui regarde ses Bâtimens, il a fait des dépenses et des frais considérables pour faire un établissement d'imprimerie à Versailles, afin que lesdites impressions se fassent avec tout le soin et la diligence convenable au service de Sa Majesté ; et comme il pourroit arriver que d'autres imprimeurs et libraires entreprendroient de faire ou de contrefaire les mêmes impressions que celles dont est chargé ledit Muguet, ce qui luy causeroit un préjudice notable enle frustrant du bénéfice qu'il en doit espérer, requéroit à ces causes qu'il plût à Sa Majesté luy vouloir sur ce pourvoir. A quoy Sa Majesté ayant égard, et désirant traiter favorablement ledit Muguet et luy donner d'autant plus de sujet de servir utilement et avec assiduité. / Sa Majesté estant en son Conseil a défendu et défend très expressément à tous imprimeurs et libraires de sa bonne ville de Paris, et autres, d'imprimer ni faire imprimer, vendre ni débiter aucuns arrests, règlemens, ordonnances militaires et autres concernant non seulement la police et discipline des troupes, mais encore les Bâtimens de Sa Majesté, tant ceux qui ont déjà esté faits, décernez et publiez depuis que ledit Muguet
de marques l ; il n'employa la plupart du temps que son chiffre, en format plus ou moins grand, composé de deux M entrelacées, dont l'ordonnancement rappellerait à s'y méprendre celui du chiffre de Michallet, si l'on ne remarquait trois fleurs de lis entre les jambages des deux lettres; sur quelques livres enfin, on voit ou plutôt l'on devine une M, derrière un petit ange déployant entre ses mains le voile où Véronique reçut la première et la plus sainte des photographies.
La Bibliothèque Nationale (département des Estampes) possède deux portraits de cet imprimeur du roi, format in- 8, tous deux dans un cadre ovale contenant une légende ; on lit sur le premier, non signé : « François Muguet, Per imprimeur du Roy et du Clergé de France, âgé de 68 ans. 1698. »; sur l'autre, gravé en 1700, par S. Thomassin, d'après Simon Dequoy : « François Muguet premier imprimeur du Roy et du Clergé de France. » Au bas du cadre de chacun de ces portraits, on remarque les armoiries de la famille Muguet: de sable au chevron d'argent accompagné de trois branches de muguet au naturel, deux en chef, une en pointe et d'une canette en pointe.
Muguet (Théodore) Libraire (1686-1702). Imprimeur ordinaire
du Roi (1694-1702).
Rue Saint-Jacques, à la Toison d'Or; via Jacobea, sub signo Velleris aurei.
Fils aîné du précédent et de Catherine Pillé, né à Paris vers 1661, Théodore Muguet est bien loin d'avoir la même notoriété que son père ; il semble d'ailleurs n'avoir été officiellement que libraire et c'est en cette qualité seulement qu'il fut admis par la Communauté
a esté, comme dit est, chargé par Sa Majesté pour faire lesdites impressions, que tous ceux qui seront faits, décernez et publiez à l'avenir, à peine contre chacun des contrevenans de quinze cens livres d'amende, applicable à l'Hôtel des Soldats invalides, et de confiscation tant des exemplaires que des presseset caractères qui auront servi à les imprimer ; enjoint Sa Majesté au Lieutenant de police de la ville de Paris de tenir la main à ce que le présent arrest soit exécuté nonobstant toutes oppositions, appellations ou autres empêchemens quelconques, dont si aucuns interviennent, Sa Mqjesté s'est réservé à soy et à son conseil la connoissance, icelle interdisant et défendant à toutes ses cours et autres juges. Fait au Conseil d'État du Roy tenu à Versailles le premier jour d'avril i685. » Cet arrêt dont je n'ai pas pu trouver l'original aux Archives nationales est imprimé sous ce titre : Extrait des registres du Conseil d'Etat du Roy (S. 1. n. t. n. d. In. 4, 3 p. ch. B. N., Ms. fr. 22078, pièce 73). (f) Invent, des marques du Cercle de la Librairie, 20 éd., p. 64.
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le 14 septembre 168e1. Il ouvrit une boutique dans la rue Saint-Jacques, à l'enseigne de la Toison d'Or, dans le même local sans doute où Jean Camusat avait autrefois vendu ses livres et dans laquelle, ainsi qu'on l'a vu plus haut, Pierre Le Petit avait fait ses débuts2, mais cela ne l'empêcha pas de continuer à travailler dans l'imprimerie de son père et de l'aider à mener cette entreprise si considérable pour l'époque.
Dans le but évident de transmettre plus tard son établissement à son fils, François Muguet sollicita en sa faveur des lettres de survivance dans la charge d'imprimeur du roi et il fut assez heureux pour les obtenir le 13 septembre 1694 3. La situation de Théodore dans la maison de son père ne se trouva pas modifiée pour cela et c'est seulement lorsque ce dernier fut passé de vie à trépas que le nom de Théodore Muguet figura, à côté de celui de sa mère, sur les impressions officielles sorties de l'officine de la rue de la Harpe; on y lit en effet, dans les premiers mois de 1702, cette invariable souscription : « A Paris, chez la veuve de François Muguet et Théodore Muguet, premier imprimeur du Roy et de son Parlement, rue de la Harpe, aux trois Rois4 », Cela dura peu de temps, puisque dans le cours du mois (mars 1702) qui suivit le décès de son père, Théodore Muguet se démit de sa charge d'imprimeur du roi, qu'au mois de juillet suivant il quitta l'établissement de sa mère, qu'il liquida ensuite petit à petit son fonds de librairie et vécut bientôt en simple bourgeois jusqu'au moment de sa mort, dont je ne connais pas la date, mais qui, d'après Lottin 5, se serait produite avant 1723 6.
Bien que Théodore Muguet n'ait jamais eu d'imprimerie personnelle, ainsi que le constatent les enquêtes officielles 7, certains
(1) « Réception de Théodore Muguet, fils de François Muguet, imprimeur ordinaire du Roy... pour exercer l'art de la librairie seulement. Il a donné la somme de cent livres. » (B. N., Ms. fr. 21 856, f° 84.) — (2) Voy. suprà, p. 326. — (3) Voy. Documenta, n° 2 38. (4) Cf. B. N., Actes royaux in-4, F 23 617, pièces 3 et suiv. — (5) T. II, p. i3o. — (6) Jean Poche (P. Deschamps), dans Quelques adresses, p. 66, dit « vers 1720 », mais on ne peut accorder aucun crédit à l'indication donnée par cet auteur trop souvent fantaisiste et dont toute la méthode consiste dans la plupart des cas à inventer les choses qu'il ne sait pas. En fait, Théodore Muguet vivait encore en 1720, ainsi qu'on le voit par l'inventaire mentionné ci dessus, p. 445. — (7) En 1698 : « Théodore Muguet, rue S. Jacques, à la Toison d'or. Imprimeur du Roy et du Clergé, en survivance de François Muguet, son père. N'est pas receu en la Communauté. Ny aprentif ny garson » (BVP. 635o f°, portef. 9). — En 1701 : « Théodore Muguet, imprimeur du Roy et du clergé de France, marchand libraire, reçu en survivance de
GALLIA TYPOGRAPHICA ^.Sj
ouvrages ont été imprimés par lui *, en vertu du droit que lui conférait son titre de typographe de Sa Majesté, mais aucun d'eux ne porte de marque qui rappelle l'enseigne de la Toison d'or, sous laquelle ils étaient mis en vente.
Muguet (Hubert-Valérien, dit François-Hubert) Imprimeurlibraire (1691-1742). Imprimeur ordinaire du Roi (1702-1742). Rue Neuve-Notre-Dame, à la Croix d'Or.
Frère du précédent, et comme lui, fils de François Muguet et de Catherine Pillé, Hubert-Valérien, dit François-Hubert et que désormais j'appellerai plus simplement Hubert, naquit à Paris vers 16672 et fut le véritable héritier des talents et de l'habileté de son père, à défaut de son établissement. Tout un drame de famille, dont il est facile de discerner les causes, pesa sur les destinées de la maison des Muguet, et si Hubert, ce dont je n'entends pas me faire juge, ne fut pas, semble-t-il, un bon fils à l'égard de sa mère, il eut luimême, comme on le verra plus loin, à souffrir violemment dans sa propre descendance.
Après s'être formé pendant quatorze ans3 à l'école de son père, Hubert avait été reçu libraire dans la Communauté le 13 juin 1690 4, mais le droit au seul exercice de cette profession n'était pas de nature à le satisfaire entièrement, aussi, les trente-six places réservées à la capitale étant occupées et au delà, devint-il nécessaire de recourir au roi pour faire fléchir les règlements. Muguet père obtint facilement cette faveur et, le 12 juillet 169 1, un arrêt du Conseil ordonna la réception de son fils au nombre des imprimeurs de Paris 5. La Chambre syndicale enregistra cet arrêt sans mot
M. François Muguet, son père. [Originaire] de Paris, âgé de 40 ans. Estably en 1692 par M' son père. » (B. N., Ms. fr. n. a. 400, f° 220).
(1) Voy. notamment : Historia persecutionis vandalicae in duas partes distincta.... Opéra & studio Domni Theoderici Ruinart, Presbyteri et monachi Benedictini è Congregatione sancti Mauri. — Parisiis, Excudebat Theodorus Muguet, via Jacobea, sub signo Velleris aurei. M.DCXCIV. (In-8. 600 p. sans l'index et les lim. B. N., C. 3197.) — (2) D'après la supputation de son âge (34 ans) lors de l'enquête de 1701 (B. N., Ms. fr. n. a. 400, f° 218). - (3) V. l'arrêt du 12 juillet 1691, infrà. - (4) B. N., Ms. fr. 2i856, f° 119 v». — (5) Du 12 juillet 1691. « Sur ce qui a esté représenté au Roy que François Muguet, l'un de ses imprimeurs ordinaires à Paris, a pris soin d'élever Hubert Muguet, son fils, à l'instruire pendant quatorze années entières qu'il l'a fait travailler dans son imprimerie, en telle sorte qu'il seroit en estât de se présenter pour estre receu maistre imprimeur, si par le dernier règlement fait par Sa Majesté le nombre des imprimeurs n'avoit esté limité à trente-six
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dire, le ié du même mois l et l'on voit par l'enquête de 1692 que le nouvel imprimeur avait immédiatement ouvert ses ateliers dans la rue de la Huchette, où il avait installé quatre presses et se faisait aider par un même nombre de compagnons 2. Il tenait sa boutique de libraire dans la rue Neuve-Notre-Dame, à l'enseigne de la Croix d'or, où, par un arrêt du Conseil du 27 août 1706, il lui fut permis de transporter son imprimerie, bien que ce local fût situé en dehors du quartier de l'Université 3. A ce sujet, je surprends encore Deschamps 4 en flagrant délit d'erreur, quand il avance qu'en 1705, Hubert Muguet demeurait rue de la Harpe, aux trois Rois, où il avait remplacé son père, mort en 1702. Jamais, il importe de le souligner, Hubert Muguet n'exerça son art dans la maison paternelle ; ce qui est vrai seulement, c'est que de 1702 à 1719, les impressions qu'il fit en qualité de typographe royal portent la souscription : « A Paris, chez la veuve de François Muguet & Hubert Muguet, premier imprimeur du Roy, rue de la Harpe, aux trois Rois », mais c'était par une condescendance de sa mère, ainsi qu'on le voit dans la requête de celle-ci au garde des sceaux ; toutes ses autres impressions pendant le même laps de temps, indiquent bien son adresse personnelle : rue neuve Notre-Dame, à la Croix d'or.
et si ce nombre ne se trouvoit remply. Et sa Majesté voulant favorablement traiter ledit François Muguet et luy faciliter le moyen de régir l'imprimerie qu'il a par ses ordres étably à Versailles, sans qu'il soit pour cela obligé d'abandonner les autres emplois dont il est chargé, ny d'interrompre l'impression des grands ouvrages auxquels il travaille actuellement à Paris. Le Roy étant en son Conseil, a ordonné et ordonne que ledit Hubert Muguet fils sera reçu maistre imprimeur et libraire à Paris, en la manière ordinaire prescritte par les statuts et les règlemens, nonobstant que le nombre des dits imprimeurs porté par les dits règlemens se trouve remply. Enjoint Sa Magesté au sieur de la Reynie, conseiller ordinaire en son Conseil d'Etat et lieutenant général de police de tenir la main à l'exécution du présent arrest. Fait au Conseil d'Estat du Roy, sa Majesté y estant, tenu à Versailles le douz' jour de juillet mil six cens quatre vingts unze. Signé, Phelipeaux. » (B. N., Ms. fr 2 1 856, f° 124, v°. Je n'ai pas rencontré l'original de cet arrêt aux Archives Nationales.)
(1) « Nous Syndic et Adjoints de la Communauté des libraires et imprimeurs de Paris, en exécution de l'arrest du Conseil d'Estat du Roy cydessus transcript, et de l'ordre verbal de M. de la Reinie, lieutenant général de police, nous nous sommes assemblés en la Chambre Syndicale de notre Communauté pour procéder à l'enregistrement dudit arrest, en présence et avec les sieurs soubsignez, dont l'original cy-dessus a esté rendu audit sieur François Muguet. A Paris, le seiz' jour de juillet mil six cens quatre-vingts unze en notre dite Chambre syndicale. Et en conséquence l'avons receu. »(Ibid.) — (2) B. N., Ms. fr. 21741, f° i5. — (3) Voy. Documenta, n° 253. — (4) Quelques adresses, p. 120.
Sur la démission qu'avait donnée Théodore Muguet de sa charge d'imprimeur du roi, Hubert fut nanti de ces fonctions par des lettres de provision du 12 mars 1702 l; il devint peu de temps après imprimeur du Clergé de France 2, mais il ne conserva pas cette clientèle qui fit retour à sa mère en l'année 1704 et passa ultérieurement, avec l'établissement de cette dernière, entre les mains de Pierre Simon. A partir de ce moment, la carrière d'Hubert Muguet pourrait être tout entière dans la bibliographie des ouvrages sortis de ses presses, si l'on n'avait à signaler un certain nombre de procès plus ou moins retentissants, qu'il eut à engager ou à subir ; je ne m'attarderai pas longtemps à cet ordre d'idées et je me contenterai d'une énumération sommaire, mais suffisante pour qui voudrait aller au fond des choses.
Je rencontre d'abord diverses poursuites exercées contre lui : ■ ainsi, le 17 août 1705, il est condamné à cinquante livres d'amende pour avoir imprimé sur un privilège périmé un Traité du droit et 1 des prérogatives des ecclésiatiques dans l'administration de la justice séculière, et le Conseil ordonne la suppression de tous les exemplaires de ce livre 3; en 1706, il est englobé dans une contravention dont se sont rendus coupables plusieurs libraires et imprimeurs, en publiant sans approbation ni permission un ouvrage intitulé : Petit livre du chrestien dans la pratique du service de Dieu et de l'église : un arrêt du Conseil du 4 janvier 1706 ordonne la confiscation et la mise au pilon de tous les exemplaires de ce livre et condamne Muguet à cinquante livres d'amende et à tenir sa boutique fermée pendant un mois 4 ; un autre arrêt du Conseil du 22 février suivant le décharge de l'amende prononcée contre lui 5 et, le 11 juillet de la même année, il obtient un privilège pour l'impression et la vente d'un livre qui paraît être celui pour lequel il venait d'être condamné 6 et ce privilège malgré l'opposition des autres imprimeurs, lui est confirmé par un arrêt du Conseil du 18 octobre suivant7.
Voilà pour le côté passif, venons maintenant à l'actif: en 1707, un arrêt du Conseil du 28 mars donne complètement gain de cause à Hubert Muguet au sujet d'une saisie qu'il avait fait pratiquer
(1) Voy. Documenta, n° 246. — (2) Procez verbal de l'Assemblée générale du clergé de France, tenue à Saint-Germain-en-Laye au Chateau-neuf en l'année mil sept cent... A Paris, chez François Hubert Muguet premier Imprimeur du Roy, rue Nôtre Dame, à la Croix d'or. MDCCIII (In f\ B. N., Ld* 355.). — (3) Voy. Documenta, n° 25o. — (4) Voy. Documenta, n° 231. — (5) Voy. Documenta, n 252. — [6) Voy. Documenta, n° 254. — (7) Ibid.
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chez Claude [II] de Hansy, libraire, de divers ouvrages publiés par ce dernier et portant atteinte à ses privilèges d ; en 1708, il plaide avec succès contre l'imprimeur Michel Courtois, de Beauvais, chez lequel il avait fait saisir seize cents exemplaires d'un Ordinaire de la messe, prétendument contrefait à son préjudice 2 ; enfin, en 1727, il soutient un procès contre Claude [III] de Hansy, fils de son ancien adversaire, à l'occasion d'un Livre d'Heures, composé par le père Maupin 3. Je ne suis pas renseigné sur les suites de cette dernière affaire, mais j'ai tout lieu de supposer qu'elle fut rapidement arrangée à l'amiable entre les parties, parce que les privilèges en fait de livres d'Heures, étaient devenus bien précaires, par suite de circonstances créées par Hubert Muguet lui-même et sur lesquelles il est intéressant que j'entre dans quelques détails.
« A l'aube du xvnc siècle, dit P. Lacombe, dans la savante introduction (p. XXVIII) de son Catalogue des Livres d'Heures imprimés au xve et au xvie siècles, la fabrication des livres d'Heures se meurt et disparaît presque complètement... ». Je n'ai certes pas l'intention d'infliger un démenti à l'érudit rédacteur de ce catalogue : je demeure au contraire d'accord avec lui que le livre d'Heures, tel que l'avaient conçu les artistes typographes qui succédèrent immédiatement aux copistes et aux enlumineurs, était bien mort à la fin du xvie siècle. Ce fut la fin d'un style, c'est fort exact, mais non la disparition d'une chose, car les Heures furent plus abondantes à la fin du xviie et au commencement du xvme siècles, quelles ne l'avaient jamais été. D'un objet de luxe, on avait fait un livre populaire, dont les foires et les colporteurs se trouvaient amplement approvisionnés, et plus d'un libraire ou d'un imprimeur y trouva la source de sa fortune. Hubert Muguet précisément est l'un de ceuxci et même, s'étant rendu parfaitement compte de la richesse que pourrait acquérir l'homme assez osé pour accaparer en quelque sorte le commerce de ces livres, il tenta de s'en assurer le monopole exclusif.
Le 30 juillet 1707, sous le nom deRouxelin, curé deFremicourt, Muguet obtenait du roi le privilège de l'impression et de la vente des livres suivants : Heures dédiées au Roy, Heures dédiées à Monseigneur le Dauphin, Heures dédiées à Monseigneur le Duc de Bourgogne, } leur es dédiées à Messeigneurs les Princes, Heures dédiées à Monseigneur le
(1) Voy. Documenta n° 256. — (2) Voy. Gallia Typographica, Série départementale, t. I, p. 182. — (8) Voy. Documenta, n 283.
GALLIA TYPOGRAPHICA 46 I
Duc de Lorraine; sous le couvert d'un père de l'Oratoire, dont le prétendu nom restait voilé sous les initiales P.L.P.D.L.T.D.L.,il obtenait un second privilège pour : Heures dédiées à Madame, Heures dédiées à Madame la Duchesse d'Orléans, Heures dédiées à Mademoiselle de Chartres, Heures dédiées à Madame la Princesse, Heures dédiées à Madame la Duchesse ; enfin, sous le nom de Jacques Esiienne, libraire à Paris, il obtenait encore privilège pour trois autres livres du même genre, savoir : Heures dédiées à Madame de Maint enon, Heures dédiées aux Dames de Saint-Cyr, Heures à trois offices ; il se faisait rétrocéder le tout par un acte du 9 septembre. Tous ces privilèges, enregistrés les 3, 4 et 16 août de la même année sur le registre de la Chambre syndicale, soulevèrent un toile si général et des protestations tellement violentes ', que force fut à Muguet de faire machine en arrière. Dissimulant son dépit sous un grand geste de générosité, de désintéressement et d'ardent désir que ces livres fussent correctement imprimés, il en céda tous les privilèges à la Communauté, à la charge de lui en rembourser les frais et d'en faire désormais surveiller l'impression par la Chambre syndicale ~.
J'entre à présent dans des sujets pénibles : c'est d'abord la guerre dont j'ai déjà dit un mot, qui éclata entre le fils et la mère, lorsque celle-ci prit la détermination de céder son établissement à Pierre Simon. Dès qu'il eut connaissance de ce projet, Hubert Muguet rédigea une requête au roi, qu'il eut le soin d'imprimer pour la rendre
(1/ Voy. notamment une protestation adressée à l'abbé Bignon dans le ms. fr. [B. N.) 22072, pièce 82. — (2) Du 11 septembre 1707, transaction en forme de cession faite à la Communauté des Imprimeurs-Libraires de Paris des privilèges accordés par le Roi pour l'impression des Heures. « Par devant les conseillers du Roi, notaires au Chastelet de Paris soussignez, furent présens les Sieurs Syndic et Adjoints des sieurs imprimeurs et libraires de cette ville de Paris, comparans par Sieurs Louis Sevestre, Syndic, demeurant rue des Amandiers, paroisseS. Etienne du Mont,... d'une part. Et sieur François-Hubert Muguet, Premier imprimeur du Roy et Libraire à Paris, rue Neuve, paroisse Sainte- Geneviève des Ardens, d'autre part. Lequel sieur Muguet ayant représenté trois privilèges de Sa Majesté... A dit et déclaré que quelque droit qui luy put être acquis par lesdits privilèges, il n'a jamais prétendu se prévaloir des cessions qui luy en ont été faites pour imprimer seul lesdites paires d'Heures au préjudice de la liberté du commerce et des intérêts des autres imprimeurs et libraires de Paris, mais que divers particuliers ayant entrepris d'imprimer des paires d'Heures sous les susdits titres sans examen, ou sans se conformer ensuite aux exemplaires examinez; et Monseigneur le Chancelier, pour réprimer un pareil abus, ayant jugé à propos d'accorder pour l'impression desdites paires d'Heures privilèges spéciaux, les impétrans desquels ou leurs ayans cause seroient responsables de l'entière conformité des dites impressions avec lesdits exemplaires examinez, ledit sieur Muguet n'avoit accepté les droits desdits privilèges qu'en vue de les
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publique 4 ; il y soutenait en premier lieu que le droit de disposer de l'imprimerie de son père François Muguet lui appartenait; quant au consentement que sa mère disait avoir obtenu de plusieurs autres de ses enfants pour agir comme elle le faisait, il le répudiait, parce qu'il avait été donné par « des gens sans qualité et sans droit. Théodore, arguait-il, autrefois imprimeur du Roi, a abandonné en 1702 son établissement d'imprimeur et libraire et sur sa démission le suppliant a été nommé imprimeur du Roi et reçu au parlement. Louis et Catherine n'ont pas plus de qualité ; l'un est aveugle depuis plusieurs années et l'autre demeure dans un couvent depuis vingt à vingtcinq ans ». S'attaquant ensuite au cessionnaire de sa mère, il ajoutait : «Simon est un jeune homme à peine sorti d'apprentissage, sans fortune, sans expérience et sans nom dans la profession et qui n'a jamais eu d'autre appui que Louis de la Tour, son oncle, domestique de la veuve Muguet, depuis trente ans aux gages de la famille. » La veuve Muguet répondit à ce placet par le mémoire dont j'ai reproduit le texte intégral 2 : elle y révélait les circonstances qui la rendaient propriétaire de l'imprimerie et lui donnaient le droit d'en disposer ; elle réfutait les objections soulevées à rencontre de Pierre Simon et elle rejetait tout l'odieux de la conduite de son fils sur « l'avidité » de la femme qu'il avait épousée. Hubert Muguet fit signifier une nouvelle requête 3, où il protestait énergiquement contre les dires de sa mère et, feignant de consi-
partager avec tous ceux qui seroient disposez à se soumettre ausdits ordres et intention de Monseigneur Je Chancelier. Qu'ainsi lesdits sieursSyndic et Adjoints de ladite Communauté des Libraires et Imprimeurs de Paris ayant proposé et fait offre à Monseigneur le Chancelier de répondre en leurs propres et privez noms de la fidélité et de l'exactitude de tous les imprimeurs et libraires de la Communauté à rendre dorénavant tous lesdits livres parfaitement semblables aux exemplaires examinez, conformément aux règlemens de la Librairie, et notamment à l'arrest du 29 juillet dernier et aux clauses des dits privilèges, s'engageant aussi d'apporter tous leurs soins pour empêcher qu'ils ne soient autrement imprimez à Rouen, à Orléans, à Lyon, à Limoges, à Caen,à Reims et dans les autres villes du royaume. Pourquoy ledit sieur Muguet se faisant honneur de concourir à un si louable dessein, il a par ces présentes cédé à ladite Communauté... lesdits trois privilèges... à la charge queledit sieur Muguet sera remboursé des sommes qu'il se trouvera avoir payées pour l'obtention desdits privilèges- Fait et passé à Paris... l'an mille sept cens sept, le onzième jour de septembre.» (B. N., Ms. fr. 22072, pièce 6. — Imprimé, s. 1. n. t. In-fe.)
(1) Au Roy et à nosseigneurs de son Conseil. (In-f" S. 1. n. t. n. d. 4 p. B. N. f° Fm 1 1780.). — (2) Voy. ci-dessus, p. 446, note 1 , — (3) Au Roy et à nos seigneurs de son Conseil. (Requête signée : Desboys avocat In-f°. S. I. n. t. n. d. 3 p. BVP. 635o f°, portefeuille 6.)
dérer Delatour comme l'unique auteur de ce factum, il n'y trouvait que « des imputations où la mémoire de son père est indignement outragé par un serviteur ingrat, qui se sert du nom même de la veuve de son maître, qu'il fait parler de son mary contre la vérité et la bienséance... » On connaît l'issue de cette lutte, dans laquelle Hubert Muguet succomba ; pénétrons maintenant dans son propre ménage et faisons à cette occasion connaissance avec la femme si avide qui le poussait contre sa mère.
A une époque qu'il m'est impossible de préciser, mais qui doit se placer dans les dernières années du dix-septième siècle, Hubert Muguet avait épousé Marguerite Hérissant, fille du libraire Claude I Hérissant et il en avait eu deux enfants : un fils, auquel on donna le prénom d'Etienne, et une fille, qui devint l'épouse de Me Gaultier, avocat eh parlement. Ayant perdu sa compagne le 8 janvier (1730 ?), il fut immédiatement l'objet de la part de son fils, alors majeur et expéditionnaire en cour de Rome, d'une demande en justice, tendant à la liquidation et au partage de la succession de sa femme, à la vente préalable du fonds de la librairie, de l'imprimerie et des meubles, à la délivrance par provision des deniers comptants trouvés après le décès de la dame Muguet. Dans le mémoire qui renferme ces premiers détails1, Hubert Muguet se déclarait prêt à tout subir, sauf la vente de son fonds, et s'offrait à régler la part revenant à son fils, mais celui-ci ayant maintenu, semble-t-il, l'intégralité de ses exigences, le pauvre père se résigna à se défendre, dans un second mémoire2, en divulgant la conduite odieuse d'Etienne Muguet. « Pour récompense, dit-il en débutant, d'avoir amassé à ses enfants une fortune honnête, le sieur Muguet voit un fils entreprendre de le dépouiller du truit de ses travaux. Qu'il seroit heureux pour lui de pouvoir renfermer la défense dans ces bornes étroites ; mais doitil taire plus longtemps les motifs secrets de la conduite de son fils ? Peut-ii tarder à faire connoître, que si ce même fils paroît aujourd'hui soulevé contre lui, ce n'est que pour se venger de ce qu'il , n'applaudit pas à ses égaremens. » Il ajoute ensuite : « Ce fils dont il a
(1) Mémoire Pour François Hubert Muguet, premier Imprimeur du Roy, Défendeur. Contre M0 Estienne Muguet, Expéditionnaire en Cour de Rome, son fils, Demandeur. [A la fin] : De l'imprimerie de Paulus-du-Mesnil. (In-f°. 2. p.ch. BVP. 635o f°, portefeuille 6.) — (2) Mémoire Pour François-Hubert Muguet, premier Imprimeur du Roy, Contre Maistre Etienne Muguet son fils, Expéditionnaire en Cour de Rome. Demandeur, [A la fin]: De l'imprimerie de Paulusdu-Mesnil. (In-f°, 10 p. ch. BVP., portefeuille 6.)
reçu les plus vifs chagrins, étoit le premier objet de leur tendresse ; c'est à leur prédilection qu'il doit les successions de trois oncles (Louis et Etienne Muguet et Michel Hérissant); loin d'en savoir gré à ses parents, à peine eut-il été revêtu de l'office de banquier en Cour de Rome, qu'il s'installa rue Galande et retira chez lui une fille, dont la mère a reçu les billets à la porte des Marionettes, et qui est proche parente d'un farceur de l'Opéra-comique. Le scandale éclata et le sieur curé de Saint-Etienne se crut obligé de donner aux sieur et damoiselle Muguet des avertissemens sur la conduite de leur fils. On fit tout pour le séparer de cette fille avec laquelle il prétendoit contracter un mariage honteux; un ordre du Roi du mois d'octobre 1728, la relégua àBeauvais, Etienne Muguet l'y suivit et y établit en quelque sorte son domicile... La présence de ses parents lui devint en horreur et il ne leur écrivit que pour les abreuver d'outrages ; il refusa même de rendre à sa mère les derniers devoirs, bien qu'elle l'eut fait supplier la surveille de sa mort de venir l'embrasser une dernière fois, et n'assista point à ses obsèques... » Quel fut le résultat de cette triste affaire ? Je ne le sais pas, toujours est-il qu'Hubert Muguet continua son industrie et son commerce jusqu'au moment de son décès: Lottin en place vaguement la date avant le 6 décembre 1742, mais d'après le billet mortuaire, dont la Bibliothèque Nationale conserve un exemplaire1, il dut mourir le ; 17 ou le 18 juillet 1742. Son fils et son gendre qui figurent seuls sur ce billet, firent procéder quelque temps après à la vente au détail du fonds de la librairie2; quant au matériel de l'imprimerie, il fut cédé à plusieurs confrères, et enfin la place de François-Hubert Muguet parmi les trente-six imprimeurs de Paris fut attribuée à Christophe-Jean-François Ballard 3.
(1) « Vous êtes priés d'assister au convoy, service et enterrement de M. Muguet, premier imprimeur du Roy, marchand libraire, Doyen de sa Communauté, et de Messieurs les Marguilliers de l'Église de Sainte Geneviève des Ardens, décédé en sa maison, rue Neuve-Notre-Dame; Qui se feront Jeudy dixneuf du présent mois de Juillet 1742, à 11 heures du matin, en TÉglise de Sainte Geneviève du Miracle des Ardens sa Paroisse, où il sera inhumé. — De la part de M. Muguet, son fils, conseiller du Roy, expéditionnaire en Cour de Rome. Et de M.Gaultier, son Gendre, Avocat en Parlement. » (B. N., Pièces Orig., 2079 Muguet.) — (2) Etat du fonds de librairie de feu M. Muguet dont la vente se fera en détail au plus offrant et dernier Enchérisseur, en la Chambre Royale et Syndicale des Libraires et Imprimeurs. (S. 1. n. t. n. d. In-P-4 p. ch. BVP., 635o, f°, portef. 9. Deux exempl. avec prix marqués.)— (3) Voy. ci-dessus, p. 93.
GALLIA TYPOGRAl'HICA 46 5
Néobar (Conrad) [Nêobarius] Imprimeur Libraire (15 39-1 540).
Imprimeur du Roi en lettres grecques (15 39-1 540).
Rue du Mont-Saint-Hilaire, à l'Image Notre-Dame ; via ad <livum Hilarium, sub diva Virgine Maria.
Conrad Néobar est le premier, sinon le plus célèbre des imprimeurs du roi en lettres grecques. Né à Kempis-Vorst, en Allemagne, dans le diocèse de Cologne l, probablement dans les dernières années du xve siècle, il était fils de Geoffroy Néobar et d'Ovyde Lefranc S'étant rendu de bonne heure à Paris pour y étudier et y « faire profession de bonnes lettres 2 », il avait épousé dans la capitale Edmée Tusan ou mieux Toussain, fille d'un professeur royal de grec et cherchait depuis un certain temps quelque emploi public 3, dans lequel il put utiliser son savoir et sa parfaite connaissance de la langue hellénique, lorsque François Ier, qui venait de jeter les fondements du collège des trois langues, hébraïque, grecque et latine, conçut le projet d'adjoindre à chacune de ces chaires, un typographe qu'il doterait d'un matériel créé spécialement pour cet usage. Le Père des lettres songea tout d'abord à la typographie grecque et jeta les yeux précisément sur Néobar pour remplir l'office de son imprimeur en cette langue : il lui aurait en conséquence octroyé des lettres patentes, portant la date du 17 janvier 1539 (n. s.), aux termes desquelles le typographe royal devait recevoir un traitement annuel de cent écus d'or dits au soleil, être exempt d'impôts et jouir des privilèges accordés au clergé et aux membres de l'Université de Paris ; défenses étaient en outre faites aux autres imprimeurs de réimprimer avant cinq ans les ouvrages édités par lui pour la première fois et avant deux ans ceux qu'il aurait seulement réimprimés 4.
Le fait même de cette nomination n'est pas contestable, mais je n'ai pas très grande confiance dans l'authenticité des lettres qui la consacrent et qui pourraient bien être le chef-d'œuvre de quelque Raoul Spifame 5 ; je dirai ailleurs ce que je pense de leur forme intrinsèque6; quanta leur date, elle me paraît peu véridique, en la rapprochant des lettres de naturalisation du même jour, où
(1) Voy. Documenta no 7. — Kempen et Vorst sont à peu de distance l'un de l'autre dans le district actuel de Dusseldorf. — (2) Voy. Documenta, n° 7. — (3) Voy. Documenta n° 6. — (4) Ibid. — (5) Avocat au Parlement au xvie siècle (1 524-1 565;, auteur d'un recueil d'arrêts fantaisistes et inventeur de plusieurs édits et ordonnances. — (6) Voy. Deuxième partie de ce volume, p. 5. G. Lépreux. Gallia Typographica. P. I. 3o
4^6 GEORGES LEPREUX
Conrad est qualifié « nostre imprimeur es lettres grecques», ce qui peut laisser supposer qu'il l'était déjà depuis quelque temps. Il est en outre fort singulier qu'étant en possession de deux lettres royales aussi importantes et adressées l'une et l'autre au prévôt de Paris, Néobar se soit contenté de n'en faire enregistrer qu'une.
Il ne faut pas toutefois attacher à ces critiques plus d'importance qu'elles n'en ont, car il est indéniable que sous une forme ou sous une autre, des lettres de même nature ont été concédées à Néobar et je n'en veux pour preuve qu'un acte dressé le 21 février 1538 (1539 n. s.) par le recteur de l'Université de Paris. La Caille affirme, et tout le monde après lui a répété, même les auteurs les plus consciencieux, que Conrad Néobar avait été « receu libraire juré en 1538 » et que le Recteur en le recevant, le congratula « en des termes très obligeans l ». Ainsi qu'il est facile de s'en convaincre par la lecture de cet acte, la délibération de l'Université dont parle La Caille a été mal lue par lui ; en réalité le nouvel imprimeur de sa Majesté fut bien félicité à l'unanimité à l'occasion de la charge dont il avait été gratifié par le roi 2, mais il ne fut jamais, que je sache, reçu libraire juré de l'Université.
Conrad Néobar, au surplus, ne réunissait pas les qualités nécessaires pour remplir cet emploi, car il n'était ni libraire ni imprimeur de profession et c'est probablement en s'adjoignant quelque bon praticien qu'il a pu satisfaire à la volonté royale et nous transmettre des produits de ses presses. Ces productions, si peu nombreuses qu'elles aient été, témoignent d'un grand souci de la correction des textes ; elles n'ont pas échappé toutefois à la fatalité qui pèse sur toutes les œuvres de la typographie, car sur le titre même de l'un de ces ouvrages 3, apparaît une lamentable coquille, qui, prise à la lettre, donnerait au typographe du roi une longévité malheureusement démentie par les événements. Conrad Néobar en
(1) Hist. de l'imp., p. 1 10. — (2) « Anno Domini i538. 21 Februarii convocata fuit tota Academia Parisiensis. Supplicavit D. Procurator publicus, ut omnes dicerent quidnam sentirent de officio excudendi libros grœcos D. Conrado Neobario a Regia Majestate concesso. Quibus auditis mox post consilium hac de re habitum conclusit D. Rector ex omnium suffragiis Universitatem congratulari prœdicto Conrado : sperabat enim non parùm commodi exinde totam rem nostram literariam consecuturam. » (Actes concernant le pouvoir et la direction de l'Université de Pans, p. 3o.) - (3) API2T0TEA0Y2 KAI/$IAQN02 nEPI/ K02M0Y. [Marque du serpent]. Parisiis / Per Conradum Néobar. / Regium typographum. M. D. LX. (Pet. in.-8. 5g ff. ch. et if. blanc portant au verso la. même marque qu'au titre. (B. N. R. 26890.)
effet avait cessé de vivre depuis longtemps déjà à la date de 1560 que porte ce livre: dans les derniers mois de Tannée 1540, il avait succombé à de violents maux de tête, ainsi que nous l'apprend l'épitaphe que lui a consacrée Henri II Estienne 4.
Edmée Toussain continua pendant deux ans environ de diriger l'établissement organisé par son mari, jalouse avant tout d'achever elle-même les impressions entreprises par lui ; elle fut l'objet pendant ce laps de temps de diverses tracasseries, à propos de l'une des impressions du défunt 2; puis, sans doute dans le courant de l'année 1542, elle céda son matériel et son fonds à Jacques Bogard, son beaufrère.
Certains auteurs ont avancé que Conrad Néobar s'était servi des Grecs du Roi pour l'impression de ses ouvrages : le fait est matériellement impossible, puisque les premiers de ces caractères n'ont été fondus qu'en 1544 et d'ailleurs il suffit de jeter un coup d'œil sur les livres en question pour s'apercevoir immédiatement que les caractères employés par Néobar, bie n que supérieurs à ceux de Gilles de Gourmont, n'ont rien de commun avec les types gravés par Garamond.
Les impressions de Néobar et de sa veuve sont ornées d'une marque typographique représentant le serpent d'airain : en petit format sur les titres, en grand format à la fin des ouvrages. Ces marques ont été reproduites dans le recueil de Silvestre, sous les numéros 96 et 729.
Nyverd (Guillaume II) ou de Nyverd. Allas Niverd ou de Niverd. Imprimeur et libraire (1552-1573). Imprimeur ordinaire du Roi en langue française (1 568-1 573). Sur, au bout ou joignant le Pont aux Meuniers3, vers le Châtelet,
à l'enseigne du Bon Pasteur (1558-1567). — En son hôtel, rue
de la Tannerie, près le pont Notre-Dame, à la Tête de bœuf
(1) Conradii Neobarii Epitaphium :
Doctrina paucis, nulli probitate secundus, Conradus fato hic accélérante jacet.
Namque Typographicae semper labor improbus Artis Incolumen Musis voluit esse diu.
Sed tamen longo capitis comitante dolore, Illum Musarum spem pariter que rapit.
(3) Voy. Documenta, n* 347. — (2) Détruit par un incendie en 1621, ce pont fut remplacé par celui qui porte aujourd'hui le nom de Pont au Change.
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La plupart des renseignements fournis jusqu'à ce jour sur cet imprimeur du roi sont fautifs ou contradictoires, et ce n'est pas le côté le moins ardu de ma tâche que de relever ces diverses inexactitudes, pour faire ensuite briller, s'il est possible, le flambeau de la vérité. Qu'on me permette donc d'indiquer tout d'abord l'état de la science au sujet du personnage dont je dois retracer l'existence.
Fils de Jacques Nyverd et de Jacqueline Gault1, il aurait commencé à exercer en 1549 au moins, d'après Deschamps2, en 1557, d'après P. Renouard3, en 1560, d'après Harrisse 4 et serait devenu en 1561, libraire et imprimeur du roi, d'après Lottin5, et seulement libraire ordinaire du roi en langue française, selon P. Renouard6 ; postérieurement à l'année 1571, il aurait modifié son nom, en y ajoutant la particule, et à partir du même moment, il est perdu de vue par tous les auteurs.
Je vais essayer de montrer maintenant ce qu'on peut retenir de ces diverses indications et ce qu'il est possible d'y ajouter.
Aucun document ne permet en premier lieu d'affirmer que Guillaume II Nyverd ait eu pour père Jacques Nyverd et pour mère Jacqueline Gault, à laquelle, entre parenthèses, il convient de conserver ce nom, bien qu'on ait supposé, sans la moindre preuve, qu'il n'était qu'une abréviation de Gaultier7. Cette filiation n'est qu'une induction tirée : i° de l'emploi de semblables caractères gothiques par Jacques et par Guillaume; 2° de ce que Guillaume n'aurait, prétend-on, commencé à imprimer qu'après la mort de Jacqueline Gault, qu'il remplaça, affirme Harrisse8, dans la maison delà rue de la Juiverie. Or: i° si les prémisses posées .par cet auteur, au sujet de la distinction des ateliers par l'examen des caractères, sont excellentes en théorie, il s'en faut de beaucoup qu'en fait elles puissent servir de règle générale et permettre à elles seules de trancher les difficultés si complexes qui se présentent lorsqu'il s'agit d'étudier la transmission des établissements typographiques. Dans l'espèce, s'il est exact que Jacques et Guillaume II Nyverd ont employé la môme gothique, qui nous dit que tous les deux ne l'avaient pas fondue dans les matrices créées par Guillaume I Nyverd ; 20 je ne vois pas du tout sur quels monuments s'appuie l'auteur des Excerpta Colombiniana, pour dire que
(1) Harrisse, Excerpta Colombiniana, Introduction, p. XLI. — (2) Supplément au Manuel du libraire, t. I, col. 478. — (3) Impr. par., p. 284. — (4) Op. et loc. cit. — (5) T. II, p. i33. — (6) Op. et loc. cit. — (7) Brunet, Manuel, t. IV, col. 218. — (8) Op. et loc. cit.
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Guillaume II Nyverd ne commença à imprimer qu'après avoir remplacé, dans la maison de la rue de la Juiverie, sa prétendue mère décédée, il faudrait d'abord établir qu'il s'y soit installé, tandis qu'en fait, il exerçait depuis plusieurs années déjà, lorsque Jacqueline Gault mourut ou se retira des affaires, vers 1557 4.
Guillaume II Nyverd, pour résumer, était probablement un fils de Guillaume I et un frère ou un neveu de Jacques Nyverd ; je ne connais pas exactement l'époque à laquelle il fonda son établissement, mais on ne peut pas accepter la date de 1549, donnée par Deschamps, parce qu'il attribue à la légère à Guillaume II Nyverd une édition qui paraît n'avoir jamais existé que dans son imagination. A la vérité, on ne trouve mention de cet imprimeur qu'en 1552, dans un document analysé par P. Renouard2 ; on y voit qu'il est dès ce moment établi et marié à Noëlle, fille du libraire Gilles Pacot ou Pacquot et arrière-petite-fille de l'imprimeur Wolfgang Hopyl ; en 1553, il jouissait déjà d'une notoriété assez grande pour être chargé de la prisée d'une bibliothèque délaissée par Michel Du Vau3, mais c'est surtout à partir de Tannée 1558, que de nombreuses impressions le signalent à l'attention des bibliographes et qu'il devient l'un des imprimeurs-libraires notables de la capitale. De 1559 à 1565, il obtint du Parlement un certain nombre de privilèges pour des impressions d'édits, d'ordonnances, d'arrêts et de livres divers, que je crois devoir reproduire in extenso, ces documents étant inédits et pouvant aider, le cas échéant, à dresser la liste complète des productions de ce typographe ; j'en ai rencontré un en 1559 4, un en 15615, neuf en 1562 6, deux en
(1) La dernière impression portant son nom paraît être : Letres patëtes &Ordônace du Roy / nostre Sire : sur le faict du Ban & arrière Bà / pour aller au lieu ou est besoing de augmen/ter les forces dudict Seigneur. || Aussi est déclare le iour pour faire leur/ monstre en armes & en équipage telz qu'ilz/sont tenuz : pour marcher droit au lieu ou y / plaira audict Seigneur. || Publiées a paris a son de trompe par les/carrefours dicelle ville. Le vèdredy vingt/troisiesme iour de Apuril. Mil cinq cens. /cinquante & sept après Pasques, 1 Auec Priuilege, || Imprime a paris : pour la veufue Ia/ques Nyuerd imprimeur & libraire demou- /rant rue de la Juifrie & tenant sa boutique/ioignant la première porte du palais. (Pet. in-8. 4 f. n. ch. Impr. gothique. A la fin, marque de J. Nyverd. avec sa devise : Soh Deo honor et gloria. BVP., 550090.) — (2) Documents, p. 209. — (3) Cf. Documenta, n* 24. — (4) Du 25 septembre i55(j « La Chambre ordonnée ou temps des vacations, après avoir veue la requeste à elle présentée par Guillaume Nyverd, imprimeur et libraire juré à Paris, a permis et permect à icelluy suppliant imprimer et exposer en vente îr^w Voir notes 5 et 6 page suivante.
47° GEORGES LEPREUX
1563 * et enfin, après une année de silence, un en 1565 2. Guil-
ung esdict publié en la Court de parlement, le septiesme de ce mois, de défenses de faire et instituer procureurs tant es cours souveraines que sièges présidiaux, inhibant et défendant à tous aultres imprimeurs et libraires faire impression ou vente dudict esdict sans la permission et congé dudict suppliant sur peine d'amende arbitraire. » (A.N., XIa i5o,i,f° Sy5. — B. N., Ms. fr. n. a. 8o58,f"35o v°.) — (5) Du 10 mai i56i. « La Court a permis et permect à Guillaume Nyvert, libraire et imprimeur juré en l'Université de Paris, imprimer et exposer en vente les lectres patentes du Roy sur le faict de la résidence desarchevesques et évesques en leurs diocèses, cejourdhuy publiées en icelle, et faict inhibitions et défences à tous autres libraires et imprimeurs de ce ressort de imprimer ne exposer en vente lesdictes lectres sans l'adveu et consentement dudit Nyvert, sur peine de confiscation d'iceulx et d'amende arbiiraire. » (A.N., X1A i5u7, f°i22. — B.N., Ms. fr. n. a. 8060, f° 317 v .) — (6) A. /Du 18 avril i562. «La Court a permis et permect à Guillaume Nyverd, imprimeur et libraire à Paris, d'imprimer ou faire imprimer ung petit livre qu'il a recouvré en la ville de Reims, intitulé Traicté de purgatoire ; défend à tous autres imprimeurs et libraires de ceste ville de Paris, d'icelluy petit livre ne faire imprimer ne exposer en vente, sinon de ceulx que aura faict imprimer ledict Nyverd, jusquesà deux ans prochainement venant sur peine de confiscation de ce qui se trouvera avoir esté imprimé par dessus lesdictes défences et d'admende (sic) arbitraire. » (A.N., XIAif)oi, f° 79. — B.N., Ms. fr. n a. 806 1, f# 403 v°.) — B./Du même jour. « La Court a permis et permect à Guillaume Nyverd, imprimeur et libraire à Paris, d'imprimer ou faire imprimer et exposer en vente ung petit livre qu'il a recouvré dans la ville de Reims, intitulé Epislre envoyée à ung quidam faulteur des nouveaulx évangélicques, défendant à tous aultres imprimeurs et libraires de ceste ville de Paris d'icelluy petit livre imprimer ou faire imprimer ne exposer en vente sinon de ceulx que aura faict imprimer ledit Nyverd jusquesà deux ans prochainement venant sur peine de confiscation de ce qui se trouvera avoir esté imprimé par dessus lesdictes défenses et d'amende arbitraire. » (A.N.,XIA itioi, f° 79 v°.) — C./Du 20 juin i5Ô2. « La Court a permis et permect à Guillaume Myverd (sic), imprimeur et libraire à Paris, exposer et mettre en vente le Catalogue des livres censure^ , faict par la Théologie de Paris depuis Tan mil cinq cens quarente quatre jusques en l'an cinq cens cinquante et ung et aultres livres censurez et depuis imprimez que ladicte Faculté de Théologie vouldra y adjouster, ensemble l'arrest de ladite Court concernant les imprimeurs et libraires et l'admonition de l'inquisiteur de la toy et de l'official de Paris, inhibant à tous aultres l'impression et vente de ce que dessus sans la permission dudict suppliant sur peine d'amende arbitraire et de confiscation desdicts livres. (A.N., X1Ai6o2, f# 489 v». — B. N., Ms. fr. n. a. 8061, f* 38o.) — D./Du même jour. « La Court a permis et permect à Guillaume Myvert (sic), imprimeur et libraire juré de ceste ville de Paris, imprimer et exposer en vente les Articles de la faculté de Théologie en l'Université de Louvain jà imprimez par permission de ladicte Court dès le quinziesme may cinq cens quarantecinq et ce pour le temps et terme de deux ans, inhibant à tous aultres l'impression et vente desdictz livres sans son congé et permission sur peine d'amende arbitraire. » (A.N., XIA 1602, f* 440.)— E./Du 26 juin i5Ô2. « La Court a permis et permect à Guillaume Nyverd, imprimeur et libraire à Paris, imprimer et exposer en vente ung petit livre : Comme la saincte Larme fut apportée à Vendosme et depuis. àChelles, Les miracles, oraisons et la messe d'icelle, inhibant à p&~ Voir note 1 page suivante.
G ALLIA TYHOGRAFHXCA 47 I
laume II Nyverd était alors dans toute l'activité de ses travaux, consistant surtout en l'impression de plaquettes de circonstance et de
tous aultres l'impression et vente dudict petit livre, sans le gré et permission dudict suppliant, sur peine d'amende arbitraire » (A.N., X1*- 1002. f° 488 v\ — B.N., Ms. fr. n. a. 8061,. f° 463 v°.) — F/Du 4 septembre i5Ô2. « La Court a permis et permect à Guillaume Nyverd, imprimeur et libraire de ceste ville, imprimer et exposer en vente l'arrest d'icelle cour du cinquiesme jour d'aoust dernier passé, avec la commission du lieutenant civil de la Prévoste de Paris sur lefaict des lonaiges des maisons appartenans aux rebelles et séditieux, et faict défences à tous aultres imprimeurs et libraires de ce ressort de imprimer ne exposer en vente lesdicts arrest et commission sans le consentement dudict Nyverd, sur peine de confiscation d'iceulx et d'amende arbitraire »(A N..XIA i6o3, f 36o v°. — B. N., Ms. fr. n. a. 8061, f° 6 1 2 v° ) —G. /Du même jour « La Court a permis et permect a Guillaume Nyverd, imprimeur et libraire en ceste ville, imprimer et exposer en vente ung petit traicté par luy recouvert, intitulé Discours des miraculeuses punitions divines, ledict traicté certiffié et approuvé par la Faculté de Théologie de ceste dicte ville le vingt-septiesme jour d'aoust dernier passé, signé Benoist, et faict défence à tous aultres libraires et imprimeurs de ce ressort de imprimer et exposer en vente ledict traicté jusques à troys ans, sur peine de confiscation d'iceulx et d'amende arbitraire. » (A.N., XIAi6o3, fr 36 1. B N., Ms. fr. n. a. 8061, f 61 2 v°.) - H. < Du 27 octobre i5'">2. « La Chambre ordonnée ou temps de vacations a permis et permect à Guillaume Nwerd, libraire en ceste ville de Paris, d'imprimer et vendre l'arrest et ordonnance faicte cejourdhuy par ladicte Chambre, touchant les bleds, vins et autres grains pour la fourniture de ceste dicte ville, réfe.tion et réparation ■des pavez, destroictz, travers et passaiges d'alentour icelle dicte ville et a inhibé et défendu à tous aultres imprimeurs et libraires d'imprimer et vendre ladicte ordonnance pendant ung an sans le congé et adveu dudict Nyverd sur peine de confiscation de ce qui en auroit esté imprimé contre la présente permission, et d'amende arbitraire. » (A.N.. X1A r6o3, f° 407 v°. — B. N., Ms. fr. n. a. 8061, f° 658.) — I./lJu 24 novembre 1 5 6 2 . « La Court après avoir veu la requeste à ■elle présentée par Guillaume Nyverd, imprimeur et libraire en ceste ville de Paris, afin que luy fust permis imprimer et exposer en vente Les articles pour la doctrine delà Communion des petite ou en bas a^ge, publiez en la session cinquiesme du Concilie assemblé en la ville de Trente soubz notre sainct père le Pape Pie quatriesme, dès le seiziesme juillet dernier passé, avec défenses à tous de les imprimer ne exposer en vente jusques à tel temps qu'il plaira à ladicte Cour et sur les peines accoustumées, et veuz ledits articles, a permis et permect audict Nyverd, imprimeur, exposer en vente iceulx^ articles, et faict défences à tous libraires imprimeurs de ce ressort de iceulx imprimer ne exposer en vente ju>ques à trois ans sans le consentement dudict Nwerd suppliant, sur peine de confiscation de ceulx qui autrement se trouveront avoir esté imprimez, et d'amende arbitraire. » (AN., XIA 1604, f° 26 v°. — B.N., Ms. fr. n. a. 8062, f* 106 v», y daté par erreur : 2 3 novembre.)
(1) A/Du 6 février 1 563 (n. s.). « La Court a permis et permect à Guillaume Nyverd, imprimeur et ljbraire juré en l'Université de Paris, imprimer et exposer en vente l'arrest par elle donné le troisiesme jour de ce mois sur les défences de ne faire meurtres ou homicides, inhibant à tous imprimeurs et libraires l'impression et vente dudict arrest sans son congé et permission sur peine •d'amendearbitraire. » (A.N., XIA 1604; ^264 v°. — B.N., Ms. fr. n. a. 8062, f9 34.) S^*" Voir note 2 page suivante.
472 GEOKGES LEPREUX
documents officiels, dont l'exécution généralement très remarquable attira sur lui les yeux de la cour.
On a toujours fixé à la date de 1560 l ou à cellede 1561, ainsi que je l'ai dit plus haut, la nomination de ce typographe comme imprimeur du roi sans prendre garde qu'il ne s'était paré de cette qualification sur aucune pièce, avant l'année 1569; il avait de bonnes raisons pour cela, puisque cetitrenelui fut octroyé que par des lettres patentes du 22 novembre 1568. Je n'ai pas pu mettre la main sur cet intéressant document, mais j'en ai trouvé l'analyse sommaire dans un arrêt du Parlement du 7 mai 1569, qui, surun ordre exprès du roi, procéda à son enregistrement 2. Cet arrêt
— B./Du 10 juillet 1 563 « La Court a permis et permect à Guillaume Nyverd, imprimeur et libraire en ceste ville de Paris d'exposer et mectre en vente ung petit livre traduict d'italyen en vulgaire françoys, intitulé La Guy de des postes aux couriers par F Italie, France, Espaigne et Allemaigne, inhibant à tous aultres l'impression et vente dudict livre ni adjonction d'icelluv avec aultres livres sans le gré et consentement dudict Nyverd sur peine d'amende arbitraire et de confiscation de ce qui se trouvera avoir esté itnpriméau contraire. ». (A.N., XIA i6o5, f° 477. — B.N., Ms. fr. n. a. 8062, f° 527 v°.) — {2) Du 17 octobre 1 565. « La Chambre ordonnée par le Roy ou temps des vaccations, ayant esgard à la requeste à elle présentée par Guillaume Nyverd, imprimeur et libraire en l'Université de Paris, et oy sur ladicte requeste le Procureur général du Roy auquel elle a esté communicquée, a permis et permect audict Nyverd imprimer et vendre, faire imprimer et vendre l'arrest et ordonnance faicte par ladicte Chambre le huictiesme jour du présent mois pour le faict des taverniers et cabaretiers, et a inhibé et deffendu à tous imprimeurs et libraires de ceste dicte ville et aultres qu'il appartiendra d'imprimer ou vendre, faire imprimer ou vendre ledict arrest et ordonnance pendant ung an du jordhuy, sans vouloir ou permission dudict Nyverd, sur peine de confiscation de ce qui aura esté imprimé au préjudice de la présente permission et d'amende arbitraire. » (A.N., XlA 1614, fc 45i v°. - B.N., Ms. fr. n. a. 8064. f° 55g v°.)
(1) B. N., Ms. fr. 22078, pièce 85. Liste des imprimeurs du roi. — (2) Du 7 mai i56q. « Veues parla Court les lettres patentes du Rov données à Orléans le vingt deuxiesme jour de novembre l'an mil cinq cens soixante huict soubz signées par le Roy, Robertet, par lesquelles ledict seigneur retient Guillaume de Nyverd, imprimeur et libraire de ceste ville Paris, en Testât de son imprimeur ordinaire en langue françoyse pour doresnavant le servir et ce faisant imprimer et exposer en vente ensemblement ou séparément touttes ordonnances, esdietz et publications qui seroient par luy faictes ou par ses courtz de parlement et aultres courtz et jurisdictions, tout ainsi que les aultres ses imprimeursordinaires avoient accoustumé de faire ; — aultres lettres patentes dudict Seigneur données à Joynville le premier jour de febvrier dernier passé soubs signées Charles et au dessoubz, par le Roy, Robertet, contenantz mandement à ladicte Court de procéder à la publication et vérification desdictes lettres d'octroy sans attendre aultre plus ample mandement ou déclaration.
— la requeste présentée à ladicte Court par ledict de Nyverd, tendant à ce que les dictes lettres fussent publiées et enregistrées en icelle; — leréquisitoire
nous révèle non seulement que Nyverd avait été pourvu du titre d'imprimeur de Sa Majesté en langue française, mais encore qu'il était investi du droit d'imprimer toutes les ordonnances, édits et autres publications émanant aussi bien du souverain que de son parlement et des autres cours et juridictions, preuve évidente qu'il possédait tout autre chose que les fonctions purement honorifiques qu'on a voulu lui attribuer l. Il ne faut pas chercher d'ailleurs d'autre motif à l'opposition qu'il forma contre la nomination de Fédéric I Morel à la charge d'imprimeur du roi, que son désir très légitime et bien humain de ne point partager avec un nouveau venu une prérogative, dont il avait sans doute espéré recueillir tous les fruits à lui seul, en apprenant le décès inopiné de son collègue Robert II F.stienne. La concurrence de ce dernier était redoutable, on ne peut pas se le dissimuler, et Nyverd avait tout à craindre de celle qu'il voyait tout à coup surgir en la personne d'un maître habile, actif et déjà l'allié d'un autre imprimeur du roi : sa production ne semble pas cependant s'en être ressentie et jusqu'en 1573, il continua comme précédemment de fournir à la bibliographie spéciale des actes officiels un contingent assez important.
En 1567, Guillaume II Nyverd avait quitté le Pont aux Muniers et s'était installé, non loin de là, rue de la Tannerie, dans un immeuble qu'il appela pompeusement son hôtel et auquel il conserva ou donna l'enseigne delà « Teste de bœuf"2 ». A la même époque, et non après 1571 seulement, il fit précéder son nom de la particule de, qui lui est également donnée par le Parlement à partir de l'année 1569 3; il exerça dans cette maison pendant quelques
du procureur général du Roy sur ladicte requeste, auquel de l'ordonnance de ladicte Court le tout a esté communicqué, et tout considéré. /Ladicte Court enenthérinant lesdictes lettres, a ordonné que l'impétrant jouyra de l'effect et contenu en' icelles sellon leur forme et teneur. (A. N., XIA 1626, f° 86 v°. — B. N., Ms. fr. n.a. 8069, f° 234.)
(i) Voy. suprà, pp. 36-37- (2) v°y- notamment la plaquette suivante, dont le titre offre en outre la singularité de quelques accents aigus assez intempestifs : Ordonnance du Roy, / Par laquelle il enioinct à tous, de / la Religion prétendue [sic) reformée / sortir & vuyder hors la ville de / Pans» dans vingt-quatre heures. / [Marque n" 3] A Paris. / Par Guillaume de Nyuerd, Im- / primeur & libraire, tenant sa bou- / tique dans la court du Palais, & son / hostel rué (sic) de la Tennerié (sic) (près le / pont nostre Dame) ou pend pour / enseigne la teste de Bœuf. / Avec privilège. (Pet. in-8. 4 fi", n. ch. Ordonnance du 24 décembre 1567. B. N., F. 46834, pièce 17.)— (3) Voy. p. 472 note 2.
474 GEORGKS LKPKKUX
années encore, puis il disparut définitivement avec Tannée 1573, date de ses dernières impressions connues l. Nyverd mourut-il à ce moment ou se retira-t-il simplement des affaires ? Je n'ai rencontré aucun document qui me fixe sur ses destinées, mais le fait qu'il ne fut remplacé dans sa charge d'imprimeur du roi que vers 1577, me laisse supposer qu'il vécut encore quelques années; voici d'ailleurs une indication peut-être susceptible de fournir à quelque chercheur l'occasion de nous renseigner à cet égard : c'est un arrêt du Parlement du Ier avril 1572, dont on trouvera ci-dessous le texte intégral 2, duquel il semble résulter, que Guillaume Nyverd avait perdu sa première femme, Noëlle Pacot, et avait épousé en secondes noces une personne appartenant aux familles Soullas ou Mamyon. La bibliographie des impressions de Guillaume II Nyverd serait l'une des plus curieuses du xvie siècle, non à cause de l'importance de ses ouvrages, — il n'en a guère publié qui excèdent cinquante
(1) A. / L'ordre / Tenu & gardé/ par les potentatz / & seigneurs Polognois, en Peslection de Très, illustriss. / Monseigneur le Duc / d'Anjou, en Rov / de Pologne. [Arm. de Pologne] A Paris, / Par Guillaume de Nyuerd, Imprimeur. / Auec priuilege du Roy. (S. d. L'élection étant du 9 mai i5j3, cette plaquette dut paraître en juin-juillet. Pet. in-8. 8 ff. n. ch. et un grand tableau. B. N., L. b 3'' 12.) - B. / Epistre presen / tee av très- excel- / lent & inuincible Roy de Polo-/ gne, fil« & frère de Roys de Fran- / ce, a son entrée en la ville de Paris, / le xiiii. iour de septembre. i5y3. / Par le sieur de Pauillon. / Avec / Lesiouïs sance des François de l'vniverselle ele- / ction du Roy de Pologne. / Plvs / Vne epistre Narratiue de la procession gênerai- / le faicte à Paris, le vij. Ium audict an. [Fleuron] A Paris,/ Par Guillaume de Nyuerd Imprimeur. / Auec priuilege du Roy. (Pet. in-8. i5 ff. n. ch. A la fin : marque n,J 2. — B.N., L b. 3* 38j — (2) Du 1" avril 1572. « Veu par la Court le deffault obtenu en icelle par Guillaume Nyverd, tant en son nom à cause de sa femme que comme tuteur et curateur de Jehan Sollas, fils mineur d'ans de feux Philvppe Soullas et de Loyse Mamyon, Pierre Buisson, aussy tant en son nom à cause de sa femme que comme tuteur et curateur de lehanne et Edme Soullas, enffans myneurs desdietz deffunetz Soullas et Mamyon, et Jehan Cousin, à cause de sa femme, demandeurs à l'enthérinement d'une requeste du dix-septiesme jour de décembre dernier et requérans l'adjudication et proffict dudict deffault. Contre Marguerite Le Doyen, veufve de feu Estienne Bernard, en son nom et maistre Hiérémye Darin, conseiller du Roy au siège présidial de Sens, et Edmée Bernard, sa femme, fille et héritière seulle dudict deffunct Estienne Bernard défendeurs à l'enthérinement de ladicte requeste, deffaillans affaulte de deffendre, — la demande et proffict dudict deffault, la responce faicte à la sUniffication d'icelle par le procureur des susdicts deffendeurs, et tout ce que par les dietz a esté mis et produict par devers ladicte Court. Et tout considéré./ Il sera dict que sur l'enthérinement de ladicte requeste, ladicte Court a appoincté et appoincte les dictes parties en droict à escripre par advertissement et produire tout ce que bon leur semblera dedans trois jours, pour ce faict et ledict temps passé leur estre faict droict. Despens dudict deffault réservez. » (A. N., XIA .635, f» 245 )
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feuillets, — mais au contraire en raison même de leur peu d'étendue, ce qui les a fait dédaigner des anciens collectionneurs délivres et les a rendus presque tous fort rares. Les plaquettes publiées par ce typographe portent à peu près toutes soit Tune des marques qu'il avait adoptées comme éditeur d'actes relatifs aux affaires publiques et politiques, soit celle qu'il avait gravée pour rappeler l'enseigne de sa maison. Dans le premier cas, ce sont les armoiries du roi Charles IX, tantôt simplement gravées au trait (marq. n° i), tantôt soutenues par deux anges debout et présentées avec un luxe d'ornements du plus bel effet (marq. n° 2), ou bien l'écu de France tenu du haut par deux anges et accosté de chiens (marq, n° 3), ou bien, encore les armoiries de Charles IX, dont les différentes pièces forment un médaillon, au centre duquel est le portrait de ce souverain (marq. n° 4). Dans le second cas, on voit, au milieu d'un encadrement très compliqué, la figure du Bon Pasteur, accompagnée des mots : Ego sum pastor bonus ; dans le cadre luimême, on lit cette devise : Non est comparatio auri et argent i cutn fideli amico 4.
Pâtisson (Mamert) [Patissonius] Imprimeur et Libraire (1574- 1601). Imprimeur ordinaire du Roi (1578-iéoi). Au logis de Robert Estienne ; — in officina Roberti Stephani.
Originaire d'Orléans et probablement fils ou peiit-fils de Philippe Pâtisson, qui figure comme libraire sur la taille de cette ville en 1528 2, Mamert était correcteur dans l'imprimerie de Robert II Estienne, lorsque la mort de ce typographe le laissa seul, en 1570, dans un établissement en pleine activité, en présence d'une veuve cplorée et de deux jeunes orphelins. Le dénouement
(1) La marque 2 est reproduite dans le recueil de Silvestre, n° 1 1 38 ; la marque 4 figure sur plusieurs plaquettes, voy. notamment : B. N., recueil des Actes Royaux, in-8, F. 46834, pièce 12. Quant a la marque du Bon Pasteur, on peut la voir au dernier feuillet de l'ouvrage suivant : Le / Double des Let - / très missiues enuoyees de par le Roy no = / stre sire a messieurs les Preuost des mar / chans & Escheuins de la Ville de Paris / sur ladvertissement du iour de / la prinse de Thionuille. / Plus les articles de la capitulation/ accorde entre moseigneur le duc de guise / & le seigneur de Caderabes gouuerneur/ de Thionuille, & les capitaines estant / en icelle. [ Arm. roy. ] A Paris / Par Guillaume Nyuerd, / Imprimeur & libraire. ( S. d. ( 1 558) Pet. in-8. Impr. goth. 4 ff. n. ch. B. N., Lb31 77 ) — Les marques, les lettres ornées et la plupart des fleurons dont s'est servi G. Nyverd, portent de chaque côté les initiales g. n. — (2) Arch. comm. d'Orléans, CC. 33.
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de cette situation fut ce qu'il devait être : en 1574, le 20 janvier,. Mamert Pâtisson passait contrat de mariage avec Denise Barbé, la veuve de Robert Estienne ; en 1575, ^e I2 ) taillée, il devenaitle tuteur des deux enfants mineurs, Robert et Henri ~. La direction de l'imprimerie lui avait été confiée dès les premiers jours du veuvage de Denise Barbé, on n'en saurait douter ; il n'y eut donc rien de changé pour lui du fait de son mariage, mais il semble bien que, par suite de conventions particulières, encore officiellement ignorées, il ait été fait deux parts de l'établissement de la rue Saint-Jean de Beauvais : Tune, celle de la veuve, exploitée sous le propre nom de Pâtisson, au profit des nouveaux époux ; l'autre, demeurée la propriété des enfants de Robert et administrée en leur nom jusqu'à ce qu'ils fussent en état d'exercer par eux-mêmes. On a déjà vu que seul, Robert III reprit plus tard l'établissement de ses aïeux, j'ai montré plus haut 3 comment la maison et la marque des Estienne passa en fin de compte entre les mains d'un étranger, Jacques Dugast ; je n'ai donc à m'occuper ici que de Mamert Pâtisson, ce qui ne demandera pas de longs développements, car tout a été dit à son sujet dans l'excellent ouvrage de A. -A. Renouard, aussi bien au point de vue biographique que bibliographique 4.
Je n'apprendrai par conséquent rien de neuf au lecteur en disant que Mamert Pâtisson se montra digne par sa science et par son habileté de l'illustre maison qu'il avait été appelé à continuer. Dès 1578, il porta le titre d'imprimeur du roi, je ne sais malheureusement pas dans quelles conditions, n'ayant point retrouvé ses lettres de provisions, mais je ne pense pas être bien t éloigné de la vérité, en supposant qu'il avait remplacé dans cette charge Michel de Vascosan, décédé peu de temps auparavant. Il est aisé de se rendre compte, par le nombre important de pièces officielles qu'il a imprimées 5, que Pâtisson ne remplissait pas ses fonctions à titre seulement honorifique, mais avec tous les droits et privilèges dont avait joui le prédécesseur que je lui crois; il importe même de signaler que, nonobstant les dispositions de l'arrêt du Conseil
(1) H. Stein, Nouv. doc. sur les Estienne, p. 37. — (2) Ibid, p. 38. — (3) Voy. suprà, pp. 2 17 et 245. — (4) Vov. Annales des Estienne, 2e Ed ; pour a biographie, pp. 493-495; pour la bibliographie, pp. 178-192. — (5) Voy. notamment dans la collection des Actes royaux in-8° delà B. N. : F. 4686 1 , pièce 1 o ; F. 4685o, pièce 2 ; F. 46.872, pièce 1 ; F. 46877, pièce 6 ; F. 4C881, pièce 3 ; F. 46892, pièce 1 3; etc.
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du 20 avril 1594 4, il continua de les exercer jusqu'à l'époque de 5011 décès 2, tout en restant étranger à la communauté des typographes royaux que Henri JV avait organisée.
On dit qu'en 1602 ou 1601, au retour d'un voyage à Orléans, Pâtisson tomba dans les fossés de Chastres-sous-Montlhéry et s'y noya3; la seconde date seule me paraît être la vraie, car, dès le 25 lévrier 1602, Denise Barbé, redevenue veuve, obtenait un privilège personnel 4, et les démarches administratives qu'elle dût faire à cet effet, laissent peu de marge à la supposition que son mari fût mort tout récemment. Les dernières impressions connues de Mamert Pâtisson sont d'ailleurs de l'année 1601, que j'adopte comme étant celle du funeste événement qui trancha le fil de ses jours. La veuve Pâtisson, ainsi que je l'ai déjà dit5, continua à imprimer jusqu'en 1604, puis la maison fut dirigée par le fils qu'elle semble avoir eu de son second mariage et enfin, en 1606, Robert III Estienneen prit possession.
Mamert n'a pas eu démarque typographique personnelle : il fit constamment usage de l'Olivier des Estienne et de leur devise; il avait de plus si complètement adopté les traditions de ces derniers, qu'on ne remarque aucune différence essentielle entre ses impressions et les leurs ; il est donc bien de la famille des Estienne et c'est ajuste titre que le savant A. -A. Renouardl'a considéré comme tel.
Pautonnier (Pierre) Alias Pontonnier, Potonnier. Imprimeur, ibraire et relieur (1 581-1609). Prétendu imprimeur du roi pour le grec (1581).
Pierre Pautonnier aurait été, d'après Lottin 6, libraire et imprimeur du roi dès 1581 ; P. Renouard, de son côté, indique : « Pierre Pautonnier, libraire, imprimeur et relieur, exerce de 1581 à 1608, imprimeur du roi pour le grec 7 ... » Dans le tableau
(i)Cf. Documenta, n° 74. — (2) Voy. dans la collection indiquée des Actes royaux : F. 46898, pièce 9; F. 46904, pièce 22; F. 46908 pièce 7; F. 46909 pièce 23. — (3) P. Renouard, lmpv. par., p. 288. — (4) Recveil / de qvelqves/ versamovreux [Marq. de l'Olivier] A Paris, / Par la VeufueMamert Pâtisson, / Imprimeur ordinaire du Roy. / M.DC1I. / Auec Priuilège de sa Majesté (Pet. in-8. 87 ff. ch. sll. Au v° du titre : extrait du priv. donné à laveuve Pâtisson le 25 février 1602. B. N., Ye. 11435). — (5) Voy. suprà, p. 240. — (6) T. II, p. 1 36. — (7) Impr. par., p. 289.
47§ GEORGES LEPREUX
chronologique des imprimeurs du roi, tiré du recueil Châtres de Cangé 4, il n'est aucunement question de Pautonnier, mais dans la Liste des Imprimeurs du roi 2, on signale « Pierre Pautonnier, pour le grec et langues orientales » nommé aux lieu et place de Guillaume Morel, en 1603 ! Enfin, Auguste Bernard 3 fait figurer parmi les imprimeurs du roi pour le grec, Pierre Pautonnier, de 1600 à 1605, en se conformant à une indication précédemment donnée par le P. Adry.
En dépit de l'unanimité presque parfaite, à désigner cet imprimeur comme typographe royal, il ne m'est pas possible de l'admettre dans ce livre d'or, car, ainsi que cela s'est passé pour Prevosteau, on le verra plus loin, le titre d'imprimeur du roi pour le grec qu'on donne à Pautonnier, ne repose que sur une interprétation erronée de la souscription lue sur un assez grand nombre de ses impressions : Parisiis, typographia Pétri Pautonnier, Nepotis Guillelmi Morellii in graecis Typographi Regii, ce qui ne veut pas dire : Pierre Pautonnier, imprimeur royal pour le grec, mais : Pierre Pautonnier, neveu de Guillaume Morel l'imprimeur du roi en lettres grecques. Il était en effet fils d'un premier Pierre Pautonnier et de Barbe Morel, sœur de Guillaume.
Je n'en dis pas davantage ici et je renvoie le lecteur à la notice de Pierre Pautonnier, qui paraîtra dans le troisième volume de la présente série.
Pierres (Philippe-Denis) Libraire (1763) et imprimeur (1768- 1792). Imprimeur ordinaire du Roi (1779-1792). Rue Saint-Jacques.
Né à Paris et baptisé à Saint-Séverin le 1 9 septembre 1741 4, Philippe-Denis Pierres était le fils posthume de Denys- Antoine Pierres, libraire rue Saint-Jacques, à Saint-Ambroise, mort le 31 mai 1741, et de Marie-Marguerite Lottin, propre sœur d'Augustin-Martin Lottin, dont j'ai parlé plus haut 5. Aussitôt que ses études furent achevées, il fit son éducation typographique chez son oncle Lottin, puis il se fit admettre à la maîtrise de libraire, le 10 mai 1763 6, tout en continuant à se perfectionner dans l'art
(1) B. N., Ms. fr. 22.078, pièce 52. — (2,; Ibid., pièce 85. — (3) Geofror Tory 2e éd., loc. cit. — (4) Arrêt du parlement du 25 janvier 1780. Voy. Documenta, no 336. —(5) Voy. suprà, pp. 36 1 et suiv. — (6} Lottin, II, p. 139.
de l'imprimerie chez son grand-oncle Pierre-Gilles Lemercier, qui, le 19 avril 1768, démissionna en sa faveur *. Cela permit à Pierres de solliciter son admission au nombre des imprimeurs de Paris : par arrêt du Conseil du 16 mai suivant 2, il fut autorisé à représenter ses titres et à subir l'examen réglementaire, puis, ayant accompli ces formalités, un arrêt du Conseil du 27 juin de la même année 3 ordonna sa réception, à laquelle il fut procédé en la Chambre syndicale le 15 juillet 1768 4.
Par la manière distinguée dont il exerça son état, dit l'un de ses biographes 5, « par ses talents dans plus d'un genre et par ses excellentes qualités, Pierres se concilia une considération dont il a recueilli d'honorables témoignages dans plusieurs circonstances ». Cette appréciation est des plus exactes. Dès 1767, Pierres avait donné une édition du Lexicon de Schrevelius 6, à laquelle il avait ajouté des notes tirées par lui des éditions les plus récentes de Hollande, d'Angleterre et d'Allemagne, et il l'avait tait précéder d'un excellent avertissement dans la plus pure latinité, qui attira sur lui les regards du monde lettré. Aussi, quelques années plus tard, sur la recommandation de son savant doyen, Jean-Claude Capperonnier, le Collège royal de France choisit-il Pierres pour son imprimeur ; cette compagnie attacha même à cette nomination diverses prérogatives, absolument inusitées jusque là, telles que le droit d'assister aux séances du comité, au rang des professeurs, de participer, même absent, à la distribution des jetons et de se servir du sceau du collège (qu'on peut voir sur plusieurs de ses impressions). Bientôt la Société royale de Médecine suivit cet exemple et attribua à Pierres de semblables prérogatives, en le nommant son imprimeur et enfin, le roi lui-même le désigna pour l'un de ses typographes 7, aussitôt qu'une place fût devenue vacante par le décès de Le Breton.
On doit à cer imprimeur du roi beaucoup d'éditions, principalement recommandables par leur correction, car il ne voulut jamais,
(1) Arrêt du Conseil du 27 juin 1768. Voy. Documenta, no 328. — (2) Voy. Documenta, no 327. — (3) Voy. Documenta, no 328. —(4) B. N., Ms. fr. 21859, f° 376 v°. — (5) Notice surPhilippe-Denis Pierres, Ancien premier Imprimeurordinaire du Roi, par M. P. X. Leschevin (S. 1. n. t. n. d. In-8, 16 p. B. N., Ln *7 16 290.)
(6) Cornciii Schrevelii Manuale Graeco-latinum... Editio novissima. . Lutetiœ Parisiorum, Sumptibus Viduae Pierres ejusque Filii, Bibliopolarum, via San- Jacobaeà, sub insigni S. Ambrosii. MDCCLXVII. [A la fin :] Kxcudebat August. Mart. Lottin, Serenissimi Delphini Bibliopola nec non Typographus ordinarius, 1767. (In-8. 2 vol. B. N., X. 7282.) — (7) Voy. Documenta, n© 336.
paraît-il, en entreprendre de celles qu'on dit de luxe, dans la persuasion où il était que l'art de l'imprimerie n'atteint véritablement son but d'utilité que lorsqu'il sert à multiplier les bons ouvrages et à les mettre, par leur prix, à la portée du plus grand nombre. Il ne faut donc pas s'étonner que, pendant toute sa vie, Pierres se soit attaché au perfectionnement des procédés d'impression et qu'il ait assidûment recherché à les rendre plus rapides et partant moins coûteux. Très habile mécanicien, nous apprend Leschevin, dont je n'ai plus guère à présent qu'à reproduire et à paraphraser la notice sur cet imprimeur, il avait en outre le talent d'exécuter en petit le modèle de ses inventions et il entretenait chez lui, pendant toute l'année, un serrurier et un menuisier-charpentier. A portée de juger journellement de la fatigue excessive des ouvriers employés à la presse, il conçut le projet de diminuer beaucoup cette fatigue, en faisant des changements à la machine. Il sentit bien qu'il n'y parviendrait qu'en substituant au mouvement de pression en usa^e, un autre agent d'après lequel les frottements seraient considérablement atténués. Il atteignit le but, après avoir employé plusieurs années en tentatives multipliées et fort onéreuses et, en 1786, il soumit au jugement de l'Académie des sciences sa nouvelle presse, qui, après avoir été examinée par des commissaires, fut jugée digne de l'approbation de l'Académie. Pierres fit imprimer, sous le privilège de cette compagnie, la description de sa presse l et fut admis à en présenter un exemplaire au roi, qui, déjà au courant d'ailleurs du but atteint par son typographe, avait voulu récemment lui donner « une nouvelle marque de bienveillance » et le récompenser « de son zèle et du succès de ses travaux pour la perfection de l'an de l'imprimerie », en lui accordant le titre de son Premier imprimeur ordinaire, par lettres patentes du 9 juillet 1785 2.
Louis XVI, toujours heureux de se renseigner sur ce qui touchait aux arts mécaniques, reçut l'inventeur avec plaisir, se fit expliquer les avantages de la nouvelle machine et témoigna le désir d'en avoir un modèle : tous les détails de cette entrevue sont consignés
(i) Description d'une nouvelle Presse d'imprimerie, Approuvée par l'Académie Royale des Sciences, et imprimée sous son privilège ; Par M. Pierres, Premier imprimeur ordinaire du Roi, &c &c &c. {sic) Membre de plusieurs sociétés littéraires. [Arm. de France] A Paris, Imprimé chez l'Auteur, par sa nouvelle presse. 1786.(^-4. 46 p. ch. et 2 planches. B.N.,Y. i6658.) — (2) Voy. Documenta, n° 240.
GALLIA TYPOGRAPHICA 48 I
■dans la Description publiée par Pierres et présentent beaucoup d'intérêt. Loin de s'endormir sur ses premiers succès, l'imprimeur du roi continua ses essais et réussit assez bien à amener la presse à un certain degré de simplicité; il est inutile d'entrer ici dans l'explication détaillée d'une invention fort honorable sans doute, mais depuis longtemps détrônée par le génie créateur des grands mécaniciens du xixe siècle.
Pendant son voyage en France, Franklin, qui s'intéressait vivement aux progrès d'un art qu'il avait exercé lui-même, ne tarda pas à distinguer Pierres ;il se lia très particulièrement avec lui et obtint de son amitié qu'il se chargerait de montrer à son petit-fils, Benjamin Bitche, les principes de la typographie. L'illustre américain avait fait dans son pays un grand nombre d'essais pour multiplier très promptement les copies et vit avec plaisir ceux auxquels Pierres s'était livré depuis 1773, sur le polytypage. Il l'engagea fortement à les continuer et l'on peut voir dans le Journal de Paris { et dans un ouvrage spécial de A. -G. Camus2, quels avaient été les résultats de cette suite de recherches.
De même que Franklin, plusieurs ministres, le baron de Breteuil, Le Noir, de Calonne, vinrent visiter les ateliers de Pierres ; un grand nombre d'hommes célèbres, dont quelques-uns, tels que La Rochefoucault, le président de Saron, Bailly, l'abbé Bossuet, appartenaient à l'Académie des sciences, l'encouragèrent, lui communiquèrent leurs propres idées et vinrent s'assurer journellement par euxmêmes du progrès de ses tentatives. Trois Académies lui ouvrirent leurs portes. Le pape Clément XIV ordonna, sur la demande de l'ambassadeur de France, qu'il lui fût envoyé une épreuve de toutes les espèces de caractères de l'imprimerie du Vatican et enfin, en 1782, le roi de Pologne, Poniatowski, dans l'intention d'instituer à Varsovie une bibliothèque publique, s'adressa à lui et le chargea de rédiger le plan de cet établissement et d'indiquer les livres les plus utiles et les plus estimés dans tous les genres et sur toutes les matières. Ce travail considérable occupa son auteur pendant près d'une année et le roi de Pologne lui témoigna sa satisfaction en lui envoyant une fort belle médaille en or, portant d'un côté le portrait de sa Majesté et, au revers, trois couronnes de laurier, chêne et olivier, avec la légende : Merentibus.
(1) Avril et mai 1786. — (2) Histoire et procédés du Polytypage et du Stéréotypage. (Paris, Renouard, an X-1802. In-8), pp. 52-53.
(J. Lépreux. Gallia Typographica. P. I. 3i
482 GEORGES LEPREUX
En 1787, Philippe-Denis Pierres fut chargé de monter une imprimerie à Versailles pour le service de l'Assemblée des notables, il fut même, l'année suivante, autorisé à former lui-même un établissement dans cette ville, mais bientôt, dépossédé de tous privilèges et ayant subi des pertes considérables, il se trouva dans un état de gêne voisin de la misère. S'étantmis sur les rangs pour la place de directeur de l'Imprimerie de la République, devenue vacante par la mort de Dubois-Laverne, il échoua, bien que tous les autres concurrents se fussent spontanément effacés devant lui. Il fut alors contraint d'accepter, en 1807, au Bureau des postes de Dijon, une petite situation à laquelle venait de le faire nommer, pour assurer son sort, un de ses anciens camarades de collège, Anson, administrateur des postes. Il était à peine arrivé dans cette ville, que l'académie locale se l'associa, il y avait acquis de vrais amis et son état de santé semblait lui promettre de longs jours encore, lorsque tout-àcoup, une attaque d'apoplexie vint le ravir à sa famille et à ses amis, le 28 février 1808. Dans son numéro du 16 mai suivant, le Moniteur ou Galette Nationale lui consacra un long article nécrologique.
Philippe-Denis Pierres ne fut pas seulement imprimeur du Roi, du Collège royal de France et de la Société royale de Médecine, il joignit à ces qualités celles d'imprimeur du Grand Conseil, de la Police, de l'Administration des Postes, des Chanoines réguliers de la Congrégation de France, des Bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur et des États de Provence; aussi ses presses, activement occupées, ont-elles fourni un nombre considérable de productions dans tous les genres et dans tous les formats. Je me borne à noter, au point de vue bibliographique, qu'il fut, à partir de 1774 * et jusqu'à la Révolution, le continuateur du Catalogue hebdomadaire ou Liste alphabétique des livres tant nationaux qu'étrangers, qu'avait fondé le libraire Jean-Baptiste Despilly, et qui peut être considéré comme l'ancêtre de la Bibliographie de la France, qu'édite encore aujourd'hui le Cercle de la Librairie. On peut trouver, dans ce Catalogue presque toutes les publications des imprimeurs de la seconde moitié du xvme siècle et notamment celles de son rédacteur, dans l'examen desquelles il n'est pas possible d'entrer ici.
(1) On rencontre en effet l'avis suivant dans le numéro du 3 septembre 1774: « Le public est averti, que dorénavant il faudra s'adresser à Ph. D. Pierres, imprimeur, rue Saint Jacques, pour souscrire audit ouvrage ».
Prault (Laurent-François) Libraire (1733) et imprimeur (1758- 1780). Imprimeur ordinaire du Roi (1714-1780). Quai de Gèvres, au Paradis.
Fils de Pierre Prault, libraire et imprimeur, et de Françoise Saugrain, Laurent-François naquit à Paris et y fut baptisé, le 18 juillet 17 12, en l'église Saint-Jacques de la Boucherie l ; il semble avoir été admis à la maîtrise de libraire dès le 24 avril 1733 "2, date que donne également Lottin 3, mais l'arrêt du Conseil du 21 août 1758, dont il sera parlé plus bas, mentionne cette réception comme étant du 11 juillet 1758. Je pense bien que la première date est la bonne, car il est difficile d'admettre que le même personnage se soit résigné à verser deux droits de réception de 600 livres, pour le seul plaisir d'en faire profiter la Communauté. Au surplus, que L.-F. Prault ait été ou non reçu deux fois pour une, cela importe peu dans l'espèce, attendu qu'occupé jusque là dans la maison de son père, il ne commença réellement à exercer que quand il eut été reçu imprimeur, après la démission de Pierre Prault, donnée en sa faveur le 10 juillet 1758 \ Admis par un arrêt du Conseil du 24 juillet suivant 3à représenter « ses titres et capacités », il fut définitivement nommé imprimeur en remplacement de son père, par un autre arrêt du Conseil du 21 août 1758 6 et admis dans la Communauté le Ier septembre suivant 7.
Si les gens heureux n'ont pas d'histoire, Laurent-François Prault dut jouir pendant toute sa vie d'une félicité sans égale, car je n'ai pas rencontré le moindre document qui me révèle qu'il ait jamais éprouvé une difficulté quelconque dans l'exercice de son commerce ou de son industrie. La Bastille ouvrit bien ses portes h un Laurent Prault, en 1752, mais il s'agit d'un de ses frères cadets, simple libraire ; la Communauté le délégua bien dans les fonctions d'adjoint, le 20 août 1772, mais il cessa de les remplir le 3 août 1774 8, sans qu'aucun incident notable les ait marquées. J'avais cru pouvoir du moins donner quelques renseignements à son sujet comme imprimeur du roi, ici encore L.-F. Prault a dérouté mes recherches : non seulement il m'a été impossible de mettre la main
(1) Arrêt du Conseil du 24 juillet 1758. — (2) B. N., Ms. fr. 21857, P- 3o5. — (3) T. II, p. 142. — (4) Arrêt du Conseil du 21 août 1758. — (5) Voy. Documenta, no 3 18- — (6) Voy. Documenta, n°3ic).— '-/) B. N., Ms. fr. 2i858, P237 v°. — (8) Lottin t. I, pp. 200 et 258.
484 GEORGES LEPREUX
sur les lettres de provision qui durent lui être octroyées, mais encore les registres du Parlement ne m'ont pas fourni l'arrêt de sa réception.
La nomination de Prault à cette charge est antérieure à l'année 1775, car on rencontre dès cette époque des livres imprimés par lui, qui en portent l'indication1 et je ne serais pas surpris qu'il en eut été pourvu en 1773 ou 1774? en remplacement de Pierre-Alexandre Le Prieur. J'ai adopté la dernière date, sous les réserves qui s'imposent, celle de 1780, donnée par A. Bernard, dans sa liste des typographes royaux n'étant pas admissible et n'ayant, d'ailleurs, d'autre fondement que le renseignement fourni par Lottin, à savoir que L.-F. Prault mourut cette année, « étant imprimeur du roi2». C'est en effet le 15 septembre 1780, que ce typographe passa de vie à trépas. De son mariage avec Claude- Françoise Des Fefves, décédée elle-même le 12 mai 1746 3, il laissait trois fils pour se disputer sa succession : Louis-François, qui suit ; Marcel, connu sous le nom de Prault de Saint-Germain, d'abord libraire (1773-1778), puis avocat au parlement ; et Laurent-François, dit Prault de Saint-Martin, commis aux Fermes.
La production de cet imprimeur n'offre pas un grand intérêt, car il employa surtout ses presses à des labeurs de ville et à la réimpression des arrêts du Conseil et des ordonnances royales qui étaient la spécialité de sa maison et à ce point de vue encore, Laurent-François Prault n'acquérera jamais la notoriété de la plupart de ses collègues. On a pourtant la satisfaction de pouvoir contempler ses traits, qui nous ont été conservés sur une belle gravure de L.-J. Cathelin, dont le cabinet des estampes à la Bibliothèque nationale possède des exemplaires en deux états, d'après un dessin de C.-N. Cochin fils, exécuté en 1765 ; sur tous deux, l'imprimeur est représenté de profil à gauche, dans un cadre ovale, autour duquel on lit cette mention : « L. F. Prault Filius primogenitus Typographus Parisiensis. » Dans le second état l'inscription seule a été modifiée ; les deux derniers mots ont été remplacés par ceux-ci : « Régis Typographus», mais on n'a pas
(1) Guillaume de Nassau ou la Fondation des provinces-unies. Par M. Bitaubé, De l'Académie Royale des Sciences & Belles-Lettres de Berlin. Nouvelle édition considérablement augmentée et corrigée. [Vignette.] A Paris, Chez Prault, Imprimeur du Roi, Quai de Gèvres. M.DCC.LXXV. (In-8. Liv-486 p. B. N., Ye 9726.) — (2) Lottin, t. II, p. 142. — (3) Ibid.
G ALLIA TYPOGRAPHICA 485
pris garde que la date de 1765 ne concordait plus du tout avec ce titre.
Prault (Louis-François) Libraire (1753) et imprimeur (1781-1806).
Imprimeur ordinaire du Roi (1781-1792).
Quai des Augustins, à l'Immortalité (1781-1797) — Rue Taranne, à l'Immortalité (1798-1806).
Né à Paris et y baptisé en l'église Saint-André des Arcs le 10 mars 1734 4, Louis-François Prault était le fils aine du précédent et de Claude-Françoise Des Febves, et il n'avait pas encore vingt ans, lorsqu'il fut reçu à la maîtrise de librairie le 12 octobre 1753 2. Il exerçait depuis vingt-trois ans déjà cette dernière profession, lorsqu'il fut gratifié, le 2 février 1776 3, d'un brevet de libraire du roi, en récompense, dit ce document, « des connaissances qu'il a acquises dans la bibliographie, de sa bonne conduite et de sa probité scrupuleuse » ; il avait atteint l'âge de 47 ans, lorsque la mort de son père lui fournit l'occasion de devenir typographe à son tour. Admis à remplir la place de ce dernier par un arrêt du Conseil du 5 février 1781 4, il fut reçu dans la Communauté le 13 du même mois 5 et, trois jours après, par des lettres de provision du 16 février 178 1 6, il était pourvu de la charge d'imprimeur du roi que Laurent-François avait précédemment tenue.
A ne lire que les documents officiels, on pourrait croire que la transmission de l'établissement du père au fils se soit effectuée avec une simplicité qui n'aurait d'égale que la rapidité avec laquelle on procéda aux formalités d'usage, mais en réalité les choses ne se passèrent pas aussi aisément qu'elles le paraissent et la justice eut à intervenir pour mettre d'accord les fils de Laurent-François Prault et ses seuls héritiers. La partie industrielle de la succession, si je puis m'exprimer ainsi, se composait de l'imprimerie et de son matériel, installés dans une maison tenue en location, en plein milieu du quai de Gèvres et qui furent estimés à la somme de 39.836 livres ; d'une maison au coin du même quai, à l'enseigne du Paradis, vis-àvis le Pont-au-Change, propriété acquise autrefois par Pierre Prault et dans laquelle lui et son fils Laurent-François avaient successivement exercé leur commerce de libraire ; elle était estimée 22.000 livres ; du fonds de librairie, estimé 82.729 livres ; et du
(1) Arrêt du Conseil du 5 février 1781. - (2) B. N., Ms. fr. 2i858, f° 184 v°.— (3) Voy. Documenta, n° 334. — (4) Voy. Documenta, n° 337. — (5) B. N., Ms. fr. 21860, f° 673 v°. — v6) Voy. Documenta, n° 338.
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fonds d'arrêts, d'une valeur de 28.580 livres. Suivant un pacte de famille conclu entre les trois frères le 17 novembre 1780, il avait été convenu que Louis recevrait pour sa part de succession, l'imprimerie et le fonds des arrêts, qu'il paierait à ses frères la valeur du fonds de librairie et qu'il jouirait de la maison du coin du quai, moyennant un loyer annuel de 1.100 livres. Mais à peine ces conventions étaient-elles arrêtées, que Marcel et Laurent, pris d'un vertige de spéculation, se ravisèrent et ne voulurent plus laisser à leur frère, sinon a un prix excessif, la jouissance de la maison de commerce, sachant bien qu'elle lui était pour ainsi dire indispensable, parce que la clientèle, même pour les commandes d'imprimerie, avait accoutumé de venir dans cette maison et ne connaissait qu'elle. On batailla 4... et finalement, adoptant le parti le plus sage, Louis Prault se résolut à abandonner l'immeuble du Paradis et à concentrer ses opérations dans l'établissement qu'il avait, du vivant de son père, ouvert sur le quai des Augustins, à l'Immortalité, enseigne d'heureux augure d'ailleurs pour les écrivains qui s'adressaient à lui.
Les événements politiques de la fin du xvine siècle trouvèrent Louis-François Prault dans la période la plus active de ses travaux, mais ils ne le jetèrent point dans le désarroi, bien qu'ils lui eussent fait perdre une bonne part de ses ressources, c'est-à-dire son fonds d'arrêts et d'ordonnances ; il mit ses presses à la disposition de l'assemblée électorale de Paris, se montra favorable aux mesures de rénovation sociale et accepta même un mandat d'assesseur de juge de paix. Après la chute de la royauté, qui entraîna pour lui la privation de son titre d'imprimeur du roi, Prault se retira de la vie publique et traversa tant bien que mal la période orageuse du gouvernement révolutionnaire ; vers 1798, il transféra ses ateliers dans la rue Taranne, où il semble être mort en 1806. On possède son portrait dessiné, en 1786, par C. N Cochin fils et gravé par de Saint-Aubin ; le département des estampes à la Bibliothèque nationale en conserve trois exemplaires en états un peu différents.
Cet imprimeur a fait usage parfois d'une marque qui se compose des initiales LFP enfermées dans un cadre oblong formé par un serpent qui se mord la queue (symbole de l'immortalité), on voit
(1) Précis pour Louis-François Prault, l'ainé, Imprimeur du Roi. Contre les Sieurs Prault S. Germain. Avocat, & Prault S Martin, Commis aux Fermes, ses deux Frères. [A la fin] : De l'imprimerie de Grange, rue de la Parcheminerie (In-4. S. d. 8. p. ch. B. N., Ms. fr. 22070, pièce 56.)
GALLIA 1 YPOGKAPHICA 487
dans le bas deux branches d'olivier, le tout est entouré d'une gloire.
Prévost (Claude) Imprimeur ordinaire du roi (1624-1634). Sans adresse,
Bien qu'il porte le titre d'imprimeur et que Lottin nous dise qu'il exerçait en 1639 *, Claude Prévost n'a jamais eu de presses ; il ne fut donc pas typographe, mais il était le gendre de Fédéric III Morei, dont il avait épousé la fille Catherine, et en cette qualité, qui le dispensait, paraît-il, de tout apprentissage et d'une justification quelconque d'aptitude, il avait été appelé, sur la démission de son beau-père 2, à le remplacer comme imprimeur du roi, par des lettres patentes du 28 février 1624 3.
On sait déjà quelles difficultés cette nomination provoqua dans la famille Morel 4 et je n'ai pas besoin de rappeler qu'à plusieurs reprises Prévost résigna sa charge, puis, qu'il revint sur sa détermination, mais je n'ai pas dit encore, et il convient de le consigner ici, pour faire comprendre la singulière attitude du gendre de Féuéric Morel, qu'il avait partie liée avec Antoine Estienne et que, sans aucun doute, ce dernier, dans son intérêt personnel, ne se fit pas faute d'entretenir des querelles dont il tirait profit. On lit, en effet, dans un arrêt du Conseil du 16 mars 1634 5, qu'une sentence du Parlement du 18 décembre 1626, en confirmant ces deux imprimeurs du roi dans leur office, avait ordonné qu'Estienne seul, à l'exclusion de Prévost, pourrait imprimer, vendre et distribuer tous les édits, ordonnances, règlements, arrêts tant du Conseil que du Parlement et autres cours souveraines et tout ce •qui touche l'emploi de sa charge et serait tenu, au commencement des impressions, de mettre le nom de Prévost conjointement avec le sien, et que ce dernier jouirait seul, à l'exclusion d'Estienne, des gages de l'office d'imprimeur et libraire de Sa Majesté, à la charge « d'avoir l'œil et prendre garde par luy es dites impressions sans autre sallaire ».
Ainsi donc, on le voit, grâce au simple abandon des 225 livres d'appointements, dont avaient précédemment joui les Morel et •qui ne leur étaient pas toujours payées sans difficulté, Antoine Estienne avait trouvé le moyen d'accaparer l'impression et la vente de tous les documents officiels, bien autrement lucratives et
(1) T. II, p. 143. — (2) Voy. suprà p. 434. — (3) Cf. Documenta, rv>s 1 1 5 et 1 Hg. — (4) voy. suprà, pp. 437 et 440. — (3) Voy. Documenta, n<> ri5.
4°° GEORGES LEPREUX
l'on comprend que dans son désir de n'en être pas dépossédé, il ait poussé Prévost à multiplier les obstacles, chaque fois qu'un concurrent appartenant à cette même famille obtenait des provisions d'imprimeur du roi. Il n'avait rien à craindre de Prévost,. qui n'était pas imprimeur, mais avocat en parlement ; il avait tout à redouter au contraire d'un typographe de profession. D'autre part, Prévost lui-même n'avait-il pas plus d'intérêt à conserver 225 livres d'appointements qu'à prendre les 100 livres de rente que lui offrait la famille Morel ?
Prévost apparemment le comprit ainsi et pendant de longues années, tous les documents imprimés par Antoine Estienne, en vertu de sa charge, portent à côté du sien et de celui de Pierre Mettayer, le nom de Claude Prévost l : en 1634 seulement, par acte du 22 janvier 2, le gendre de Fédéric Morel se décida à abandonner définitivement son office au profit de Charles Morel, moyennant le paiement de la rente qui lui avait été offerte dès 1626. On rencontre encore cependant, de 1635 * 1638 2, un certain nombre d'impressions officielles, où le nom de Prévost figure auprès de celui d'Antoine Estienne et des autres imprimeurs du roi.
Prévosteau (Etienne) Imprimeur libraire (1579-1610). Prétenduimprimeur du roi pour le grec (1581-1600).
De même que de Pierre Pautonnier, on a fait d'Etienne Prévosteau un imprimeur du roi en lettres grecques, mais il a. moins de partisans que le premier nommé et on ne le rencontre que dans les listes d'imprimeurs du roi du P. Adry et d'Auguste Bernard. Prévosteau a quelquefois signé ses productions en sequalifiant « hœredis Guillelmi Morelii in graecis Typographi Regii » et il n'en a pas fallu davantage pour qu'on lui attribue le titre qu'il ne donnait lui-même qu'à son beau-père, avec le désir
(1) Voy. dans la collection des Arrêts du Conseil, in-8 (B. N.) : F. 47044 pièce 22 ; F. 47045, pièce 2 ; F. 47046, pièce 5 ; F. 47047, pièce 7 ; F. 47048,. pièce 1; F 47049, pièce 38 ; F. 47050, pièce 3 ; F. 47051, pièce 17 ; dans la collection des Actes Royaux, in-8 (B. N.) : F. 46952, pièce 4 ; F. 46957, pièce 14; F. 46959, pièce 1 ; F. 46963, pièce 7 ; F. 46969, pièce 2; F. 49972, presque toutes les pièces; F. 46975, pièce 1 ; F. 46977, pièce 10. — (2) Voy. notamment dans les Actes Royaux, in-8 (B. N.) : F. 46980, pièce 16 ; F. 46.989, pièce 14 ; F. 46994, pièce 7.
bien légitime de faire rejaillir un peu de la gloire de ce dernier sur ses propres éditions.
Etienne Prévosteau ne peut donc pas figurer autrement dans ce livre ; sa notice trouvera la place que lui assigne Tordre alphabétique dans le troisième volume de la présente série.
Rocolet (Pierre) Alias Rocollet. Libraire et imprimeur (1610- 1662). Imprimeur ordinaire du Roi (1635-1662). Tenant sa boutique dans la grande Salle du Palais, joignant la Chambre des Consultations (16 14-1620) ; dans la Galerie des Prisonniers (1621-1634); dans la Galerie des Prisonniers, aux Armes de la Ville (1635-1636) ; dans la Galerie des Prisonniersr aux Armes du Roi et de la Ville (1636-1662).
Natif de Paris, d'après La Caille !, Pierre Rocolet aurait été reçu imprimeur-libraire en 1618, suivant le même auteur, et en 16 10, selon Lottin 2 ; je crois que tous les deux se trompent et que la réception de cet imprimeur est antérieure à la dernière date, car il figure sur le registre de la Confrérie de Saint Jean l'Evangéliste parmi les cotisants de 1610 3, mais nullement parmi ceux qui payèrent cette année-là la taxe d'ouverture de boutique. Faute de mieux, je conserve pourtant la date fournie par Lottin, attendu que Rocolet ne paraît pas auparavant sur le registre de la Confrérie. A partir de l'année 16 14 seulement, onrencontre de ses productions, qu'il signe en compagnie d'Antoine Champenois 4; en i6i8> il édite un curieux petit livre 5, dont le privilège avait été donné au libraire Michel Thévenin, qui, lui-même, en publia une édition Tannée suivante 6 ; les deux volumes sortent de la même imprimerie et, comme celui de Rocolet porte la marque, la devise et le monogramme d'Antoine Du Breuil, il est probable que c'est ce dernier
(1) Hist. de Vimpr., p. 228. — (2) T. II, p. i5o. — (3) B. N., Ms. fr. 21872, 1° 33 v°. — (4) La lettre dv fidelle françois. Présentée av roy. [Arm. roy.] A Paris, Chez Antoine Champenois, au Griffon d'Or, deuant le Palais. Et Pierre Rocolet, tenant sa boutique dans la grand'salle du Palais. M.DC.XIIII. Avec permission - (Pet. in-8. 8 p. ch. B. N., Lb38 248.) — (b) La conivration de conchine. [Marq. d'Ant. Du Breuil] A Paris, Chez Pierre Rocolet, en la grande sale du Palais, joignant la Chambre des Consultations. M. DC. XVIII. Auec Priuilège du Roy. (Pet. in-8. 327 p. ch. SU. B N., Lb>6 IOi8.) — [6) La Conivration de conchine ov L'Histoire des mouuemens derniers. [Marq. de Mich. Thévenin] A Paris, Chez Michel Thévenin, rue de la Calendre, à l'enseigne de la Cloche. M.DC.XIX. Auec Priuilège du Roy. (Pet in-8, même pagin. B. N.,. Lb36ioi8A.)
49° GKOKGKS LEPREUX
qui a imprimé le tout. Jusqu'en 1625, P. Rocolet ne se fit guère connaître que par des nouvelles à la main, dont il a publié un nombre considérable 4, à partir de cette époque, il se signala par des ouvrages plus importants, parmi lesquels on remarque une réimpression (In-f°,i627) du bel ouvrage d'Antoine de Pluvinel, L'instruction pour monter à cheval, dont, deux années auparavant, Michel Nivelle avait donné la première édition, « au dépens de Crispin de Pas le vieux à Utrecht», On voit qu'a la même époque (1625), Rocolet s'intitulait «imprimeur ordinaire de la maison de ville, » c'est a dire delà ville de Paris ; en 1626, de compte à demi avec son confrère François Targa, il publiait une traduction des œuvres morales et politiques de François Bacon, Grand Chancelier d'Angleterre2; puis, d'année en année, on peut juger par les productions de son ofricine, que ses affaires s'accrurent constamment jusqu'au jour où, enfin, il fut pourvu, par des lettres patentes du 14 avril 1635, d'une charge d'imprimeur du roi 3. Nonobstant une opposition formée par Antoine^ Estienne et Pierre Mettayer, en conformité d'un vieil usage, il fut admis par le Parlement à exercer ses nouvelles fonctions, suivant un arrêt rendu en Chambre du Conseil le 23 juin de la même année 4.
(1) Je cite au hasard : A. / L'Assavlt général donné à sainct Jean d'Angely, par Monsieur le Duc d'Espernon, La demande faicte au Roy par Monsieur de Soubise, Et la response de sa Majesté. — A Paris, Chez Pierre Rocolet, en sa boutique au Palais, en la Galerie des prisonniers. M.DC.XX1. Auec permission. (Pet. in-8, i3 p. ch. B. N., Lb36 1666.) — B / La conversion de monseignevr le dvc d'Esdigvieres à la religion Catholique, Apostolique & Romaine. Ensemble le Breuet de l'Estat de Connestable de France à luy enuoyé par sa Maiesté le septiesme de ce mois de juillet 1622. — A Paris, Chez Pierre Kocollet, au Palais. M.DC.XX1I. Avec permission. (Pet. in-8, 14 p. ch. B. N., Lb362ooo.) — C. / Le dernier règlement povr le rabais des loyers des Maisons [Arm. royales] A Paris, Chez Pierre Rocolet en la gallerie des Prisonniers. M. DC. XXIII. (Pet. in 8, 8 p. ch.B. N.,Lk? 6552.) - D. / La Deffaite generalle de larrnee navalle dv sievr de sovbize. Par Monseigneur de Montmorancy, Admirai de France... A Paris. Chez P. Rocollet, imprimeur ordinaire de la Maison de Ville. M.DC.XXV. Auec permission. (Pet. in-8, i5 p. ch. B. N., Lb36 2862.) — (2) Les Œvvres morales et politiqves de Messire François Bacon grand Chancelier d'Angleterre. De la version de I. Baudoin, M.DC.XXVI. A Paris. Chez Pierre Rocolet, François Targa, au Palais a lentree de la galerie des P crs. (In-S, 848 p. ch. Front, gr. : en haut, la marque de Targa et sa devise; en bas, la devise de Rocolet: Hoc opus. Hiclabor. — Priv. donné à Rocolet le 3 janvier 1626. B.N., * E. 2552.) — (3) Voy. Documenta, n° 119.— (4) Du 23 juin 1 635. « Veu par la Cour les lettres patentes données à Sainct- Germain en Laye le quatriesme jour d'avril mil six cens trente cinq, signées Louis, et sur le reply, par le Roy, de Loménie, et scellées du grand sceau de cire jaune, par lesquelles ledict Seigneur donne et octroyé à Pierre
Adjoint au syndic de sa Communauté du 23 juin 1636 au 28 septembre 1639 *, Rocolet parvint lui-même, sept ans plus tard, au syndicat, qu'il occupa du 2 octobre 1646 au 8 mai 1649 2, et pendant lequel éclatèrent à Paris les émeutes dont l'Histoire nous a conservé le souvenir sous le nom de la Fronde. Il donna, dit La Caille 3, « des témoignages si publics de sa fidélité envers le Roy, au milieu des troubles dont cette grande ville fut agitée, estant pour lors capitaine de son quartier, qu'il pensa périr : aussi Sa Majesté, qui sçait si bien récompenser ses sujets, l'honora d'une médaille et d'une chaîne d'or, que M. de Saintot, maître des cérémonies, luy apporta le cinq octobre 165 1, se servit à peu près des mesmes termes qui sont dans ce brevet : « Le Roy estant à Paris, voulant tesmoigner à Pierre Rocolet, son libraire et
' imprimeur ordinaire, la satisfaction qu'il a de ses bons, fidèles et agréables services et luy départir quelques remarques d'honneur
; et de sa bienveillance, pour l'obliger de continuer, Sa Majesté luy a fait don et présent d'une chaîne d'or, avec la Médaille de sa Figure et Portrait ; afin que la portant et conservant, ses enfants soient conviez à l'imiter en l'affection et service de Sadite Majesté, et les autres excitez à se rendre digne de ses autres gratifications. Et à ce que sa postérité en soit bien informée et que la mémoire leur en demeure : Sadite Majesté m'a commandé de luy en expédier le présent Brevet; qu'elle a voulu signer de sa main, et contresigné par moy Conseiller et Secrétaire d'Estat, le vingt-
Rocolet, imprimeur en cette ville de Paris, Testât et charge de son imprimeur ordinaire tant en hébreu, grec, latin, françois qu'autres langues, avec pouvoir : d'imprimer les esdictz, ordonnances, statutz et lettres patentes ou autres manl démens dudict seigneur Roy, arrests de son Conseil et des Cours souveraines, ' pour en jouir par ledict Rocolet aux honneurs, autorités, prérogatives, prééminences, privillèges, exemptions, gaiges, droictz, fruictz, revenus etesmolumens accoustumés, et ce tout ainsv qu'en jouissent les aultres imprimeurs dudict seigneur Roy. Requesté par ledict Rocolet présentée à ladicte Cour, affin de vérification desdictes lettres. Actes passés par devant nottaires le dix-huic- \ tiesme may mil six cens trente quatre, par lesquels Antoine Estienne et Pierre Mettaier. imprimeurs et libraires ordinaires du Roy, se sont désistés de l'opposition par eux formée à l'entérinement desdictes lettres et consenti que ledict Rocolet jouisse de l'elfect d'icelles. Conclusions du Procureur Général du Roy et tout considéré. / Ladicte Cour a ordonné et ordonne que lesdictes lettres seront enregistrées au greffe d'icelle, pour jouir par l'impétrant de l'effet et contenu en icelles selon leur forme et teneur ». (A.N., XIA 2093, à la date. — B. N., Ms. fr. n. a. 81 11, f° 1 57.)
(1 ) Lottin, t. I, pp. 97 et 100. — (2) Ibid., pp. 109 et 1 1 1. Voy. sur son syndicat le t. IV de la présente série. — (3) Hist. de l'Impi\, p. 229.
492 GEORGES LEPREUX
troisième septembre 1651. Signé, Louis, et plus bas, de Guenegaud l. »
Il est intéressant de noter que Rocolet n'était pas seulement capitaine de son quartier, ainsi que ledit La Caille, mais qu'il avait rempli, pendant toute la durée des troubles, les fonctions de lieutenant-colonel du régiment de Champlastreux 2 ; malheureusement, je n'ai pas pu me rendre compte des exploits qu'il avait accomplis à la tête de ses troupes. Quoiqu'il en soit, aussitôt la guerre civile terminée, l'imprimeur du roi remit l'épée au fourreau et reprit l'exercice de son art plus paisiblement qu'il ne l'avait fait jusqu'alors. De 1638 à 1643, en effet, il avait traversé une période critique, pendant laquelle il avait eu à lutter contre de nombreux contrères pour la conservation de ses privilèges : en 1638-1639, il avait soutenu contre Jean Pétrinal et autres, une première instance, dont on trouvera l'analyse et la solution heureuse dans les Documenta 3 ; en 1641-1643, victime des empiétements de Jean Tompère et d'André Soubron, il s'était résolu à les attaquer et finalement il les avait vaincus, nonobstant une intervention intempestive d'Antoine Estienne et de plusieurs autres 4, qui prétendaient non seulement faire tomber les privilèges du demandeur, mais encore profiter de la circonstance pour renverser le syndic alors en charge, Antoine Vitré et son adjoint, Claude Calleville, en les accusant de travailler à la ruine de la Communauté 5.
P. Rocolet avait pris ensuite une part assez active à la publication des Mazarinades ; comme imprimeur de la ville de Paris, il avait édité quelques ouvrages relatifs à l'histoire delà capitale, parmi lesquels il en est d'importants et toujours recherchés 6 ; enfin, il
(1) Cf. La Caille, Hist. de Vimpr., p. 229, et Documenta, n° i6ï. — (2) Cf. Leroux de Lincy et Douet d'Arcq, Registres de V Hôtel de Ville de Paris pendant la Fronde (Paris, 1848,111-8), T. 1, pp. 3o2, 3o7,38i, 390,411,421 ; t. II, p. 6 ; t. III, p. 2. — (3) Nos i28et 129— (4)Voy. Documenta, nos 141, 143, 148.— (5) Sur cette tentative, vraiment révolutionnaire, voy. le t. IV de la présente série, syndicat d'Antoine Vitré. — (6) Voy. notamment : A./ Les Antiqvitez de la ville de Paris., (par Claude Malingre) [Marque n» 1.] A Paris, chez Pierre Rocolet, imprimeur ordinaire du Roy. Cardin Besongne. Henry le Gras, en la Grand'Salle, & la vefue Nicolas Trabovilliet. Au Palais, en la gallerie des Prisonniers, M DC.XL (ln-f° B.N., LK? 6993) - B./ Les Annales générales de la ville de Paris, représentant tovt ce que l'Histoire a peu remarquer de ce qui s'est passé de plus mémorable en icelle, depuis sa première fondation jusques à présent Le tout par Tordre des années & des règnes de nos Roys de France. A Monseignevr le chancelier. [Marq. n» 2.] A Paris, chez Pierre
avait, en sa qualité d'imprimeur du roi, souscrit une quantité considérable de documents de toute nature 4, lorsque, le 18 janvier 1662, il décéda dans sa maison de la rue de la Vieille Draperie (emplacementoccupé aujourd'hui parle marché aux fleurs), où, depuisde longues années, il avait installé ses presses, bien que la plupart de ses productions soient datées de la boutique qu'il possédait au Palais.
Du mariage qu'il avait contracté avec Jeanne Robinot, fille de libraire, Rocolet n'avait eu, semble-t-il, qu'une fille, devenue la femme du libraire Claude Bonjan, dont la fille, Anne, épousa Damien Foucault, l'imprimeur du roi qui fait l'objet d'une des précédentes notices 2. Jeanne Robinot continua pendant quelque temps de diriger l'établissement de son défunt mari, mais, dans le cours de l'année 1663, vers le mois de juin, elle céda la place à son petit-gendre, ainsi que nous le font connaître les diverses phases des procédures, que tout au début de son veuvage, elle avait introduites contre Claude Prignard, imprimeur, Charles Becqueret, relieur et Jacques Le Gras, libraire, et au sujet desquelles je me borne à renvoyer le lecteur à la partie documentaire de ce volume 3-
Parvenu à une fort enviable situation de fortune, l'imprimeur du roi, dont je viens d'esquisser rapidement la biographie, s'était plu à répandre ses bienfaits sur diverses églises de la capitale ; il les avait même étendus à l'église de Franconville 4, où il possédait une maison de campagne. Tout en se trompant sur le prénom du donateur, l'abbé Lebœuf rappelle en effet5, que le 3 juin 1657, l'Archevêque de Paris permit d'exposer dans cette église, « une croix enrichie du bois de la vraie Croix, laquelle avoit été léguée à cette paroisse, par le testament du 28 juin 1647 de Simon (sic) Rocolet, imprimeur de Paris, neveu de Simon de Vaux, dont le père l'avoit eue du Cardinal de Bourbon, dont il avoit été parfumeur ». La Caille nous apprend de son côté que Rocolet « fut aussi honoré
Rocolet... (In-fc B.N., LK.7 6480. Cet ouvrage est également de Claude Malingre, qui en obtint privilège le 6 novembre 1637.).
(1) Voy. entre autres, à la B.N., dans la collection des Actes Royaux, In-8 : F. 47048, pièce 47 , F. 47049, pièce 1 1 ; F. 47050, pièces 7 et 32 ; F. 47052, pièce 2; F. 47053, pièce 1 1 ; F. 47055, pièce 9 ; F. 47056, pièce 175F. 47061, pièce 8; F. 47064; pièce 2. — (2) Voy. suprà, pp. 257-260. — (3) Voy. Documenta, n" 182, 1 85 et 186.— (4) Seine-et-Oise. Cette église a disparu pour faire place à un nouvel édifice, également dédié à Sainte Madeleine et dont la première pierre a été solennellement posée le 14 juin 1903. — (5) Histoire de Paris (éd. 1 883), t. II, p. 46.
de la bienveillance particulière de M. le Chancelier Séguier, à qui il ne fut pas inutile pendant les troubles, dans les risques qu'il courut de perdre la vie ; mais si ce grand ministre eut quelques bontez pour luy, la reconnaissance de Rocolet alla si loin dans le grand nombre des dons qu'il a fait à diverses églises, qu'il n'en est presque aucune qui ne porte les armes de ce chancelier, ainsi qu'il est aisé de voir à Saint-Pierre des Arcis(où il fut enterré le 19 janvier 1662), aux Barnabistes, au Saint-Esprit, et en plusieurs autres couvents, aussi bien qu'en l'église de Franconville près Paris, lieu où il avoit une maison, qui est encore toute semée de ses armes *. » Je n'ai plus maintenant que quelques mots à ajouter, au sujet des marques typographiques dont Pierre Rocolet s'est servi, en empruntant aux armoiries du roi et au blason de la ville de Pans leurs pièces les plus saillantes. L'une de ces marques (n° 1) représente la nef de Lutèce dont les voiles larguées sont semées de rieurs de lis ; une autre (n° 2) reproduit en son entier l'écu de la ville, au bas duquel un homme (Neptune), assis à droite, laisse s'écouler l'eau s'échappant d'un vase et une nymphe, assise à gauche, répand les eaux de deux urnes (les affluents de la Seine) ; une dernière enfin (n° 3), montre les deux armoiries géminées et accompagnées de la devise : Invertit viam aut fecit, variante de celle employée par Claude Morlot.
Roffet (Nicolas) Libraire et imprimeur (1560-1581). Imprimeur
du Roi pour les monnaies (1579-1581).
Rue neuve Notre-Dame, à l'enseigne du Faucheur (1560- 1574); — Sur le Pont Saint-Michel, à la Rose blanche (1575- =
Rien n'est plus obscur que la généalogie des Roffet, famille dont Lottin a catalogué cinq personnages, qu'il fait exercer de 1528 à 1606, dates toutes deux inacceptables, attendu que le premier des Roffet, Pierre, imprimait déjà en 1506, que le dernier, Nicolas, mourut en 1581, et que la veuve de celui-ci ne cessa d'imprimer qu'en 1629. Il y aurait beaucoup de choses intéressantes à faire connaître sur cette famille de typographes, mais cela viendra en son temps et je dois me borner ici à coordonner les notes que j'ai recueillies sur Nicolas, imprimeur du roi pour les monnaies.
(ï) Histoire de Vimpr., p. 229.
Fils de Ponce Roffet, dit le Faulcheur, il aurait exercé, d'après P. Renouard 4, comme libraire et relieur, de 1564 a 1582. Ces chiffres ne sont pas tout à fait exacts et la qualification paraît incomplète, car je pense qu'il y faut ajouter celle d'imprimeur.
Dès 1560, en effet, Nicolas Roffet était établi libraire et imprimeur et travaillait de conserve avec Jacques I Kerver, pour l'évêque de Paris, ainsi que cela résulte d'un arrêt du Parlement du 14 janvier 1563(11. s.), dont P. Renouard n'a donné qu'une analyse sommaire 2, mais qu'il est utile, je crois, de reproduire dans son intégralité 3. Il est probable d'ailleurs que Roffet exerçait déjà depuis deux ou trois ans à cette époque, son père étant décédé avant le mois de décembre 1557''. Ce n'est pourtant, je dois le reconnaître, qu'en 1564, que des monuments typographiques nous apportent la preuve évidente de ses labeurs 5 et celui que je cite ici en témoignage démontre très clairement que Nicolas Roffet continuait alors à imprimer pour le compte de l'évêque de Paris. Comme il n'est pas indispensable de suivre pas à pas ce typographe, je franchis d'un
(1) Impr. paris., p. 028. — (2) Doc, p. 243. (Voy. dans les documenta ci-après le n° 3y.) — (3) Du 14 janvier i5Ô2 (a. s.) « Veue par la Court la requeste à elle présentée par Nicolas Roffect et Jacques Kerver, libraires et imprimeurs de l'Évesque de Paris, contenant que dès le premier jour de juing XV c.LX, ledict Evesque leur auroit permis et non. à aultres d'imprimer ou faire imprimer bien et correctement tous et chascuns les livres ecclésiastiques pour servir au service divin selon l'usage de l'évesché de Paris, comme Antiphonaires, Graduelz, Psaultiers, Misselz, Bréviaires, Manuelz, Processionnaires, statuts sinodaux et tous autres livres qui pourront servir audict usage de Paris, après que lesdicts livres auroient esté veuz et corrigez par ledict évesque et son chapitre, et pour ce que telz livres imprimez en notte estoient de grands fraix à l'impression plus que aultres livres tout noirs, ils doubtoient que après les avoir imprimez et exposez en vente, aultres libraires et imprimeurs les voulsissent pareillement imprimer et par ce moyen les frustrer de leurs labeurs et des deniers exposez et avancez à ladicte impression, requéroient leur y estre pourveu. Veuz la permission de FEvesque de Paris et autres pièces attachées à ladicte requeste, et tout considéré./ LadicteCourt a permis et permet à iceulx supplians imprimer ou faire imprimer et exposer en vente lesdicts livres, inhibant à tous aultres imprimeurs et libraires l'impression et vente desdicts livres jusques à dix ans prochains à compter du jour qu'ilz auront esté parachevez d'imprimer, sur peine de confiscation d'iceulx et d'amende arbitraire au cas qu'il s'en treuve d'imprimez ou vendus au contraire.» (A. N.,XIA if)04,f° 164 v°. — B. Nv Ms. fr. n. a. S062, f° i5i .) — (4) Cf. P Renouard, Documents, p. 243. — (5) Edict/ dv roy, par / leqvel est defendv / a tovtes gens degverre / & autres personnes de la suitte dudit / Seigneur, de quelque estât, qualité / ou condition qu'ilz soyent, de loger / es maisons Presbyterales des Curez / du diocèse de Paris, auec autres exe / ptions & priuileges y contenuz. [Marq. n" 1] A Paris. / Par Nicolas Roffet, demeurant en . la rue neuue Nostre / Dame, à l'enseigne du Faucheur. / 064. /Avec privilège. (Pet. in-8.8 ff.n. ch. B.N.. F. 46824, pièce 36.)
496 GEORGES LEPREUX
seul coup quelques années et je le retrouve en 1572 dans la même situation d'imprimeur de l'Évêque et dans le même local de la rue Neuve Notre-Dame l; mais bientôt après, la nature de ses opérations éprouva un changement presque radical, c'est que la mort de Jean Dallier venait de lui permettre de rentrer en possession des anciens privilèges de sa famille, en ce qui touchait l'impression des documents concernant les monnaies.
On sait déjà, par les notes que j'ai fournies sur Jean Dallier, que ce typographe était le beau-père de Nicolas Roffet, non pas que celui-ci eut épousé une fille de Dallier, mais en qualité, je pense, de second mari de Nicolle Place, qui, sans doute d'un premier hymen avec un sieur Le Roy, avait retenu la demoiselle Jeanne Le Roy, femme de Roffet. Aussitôt Jean Dallier décédé, Nicolas Roffet s'associa avec sa belle-mère ; il quitta la rue Neuve Notre-Dame, abandonna l'enseigne du Faucheur, et s'installa sur le Pont Saint-Michel, à l'enseigne de la Rose blanche 2, qu'Etienne Roffet. son oncle, avait autrefois illustrée. Le 24 avril 1579, il obtint du roi la confirmation des privilèges de Jean Dallier pour « le faict » des monnaies 3, mais à peine cette grâce lui avait-elle été octroyée, que la mort le prenait à son tour dans les premiers mois de l'année 158 1.
(1) A. / Advertisse / ment et reiglement / par Môseigneur l'Euesque de Pa-/ris aux Curez de son Diocèse, tou / chant la réception et reconcilia- / tio de ceux qui ont erré en la foy / Catholique, & désirent de retourner & estre revniz en l'Egli- / se Catholique, Apostolique & /Romaine. [Marq. n0 2] A Paris, / Chez Nicolas Roffet, demourant rue neufue / nostre Dame, à l'enseigne du Faulcheur./ Auec Priuilège. (Pet. in-8. 8 ff. n. en. dont un pour le priv. donné à Roffet le 26 septembre j5-j2, et un blanc. B. N., E. 4719.) — B. / Forme / d'abivration/ d'heresie et confes- / sion de foy que doiuent faire les / desvoyez de la foy, prétendans / estre receuz en l'Eglise. [Marq. n° 2] A Paris, / Chez Nicolas Roffet, demourant rue Neufue / nostre Dame, a l'enseigne du Faulcheur. (S. d. In-8. 8 ff. n. ch. Priv. à N. Roffet du rr Octobre 1572. BVP., Rec. Valençay, t. XII, pièce 39.) — (2) A./ Edict / dv roy svr / le restablissement / des Offices des Gardes des Seeaux, & Clercs / de l'Audience des Chancelleries prési- / diales de France. [Marq. n° 3] A, Paris, / Pour Nicolas Roffet, demeurant sur/ le pont S. Michel a la Rose blanche. / 1575. (Pet. in-8. i5 ff. et 1 n. ch. pour le priv. accordé à N. Roffet le icr juillet ibjb. B. N., F. 46848, pièce 3). — B. / Déclaration / & règlement qve le Roy / entend estre obserué es iugemens / donnez par les luges Presidiaux de / ce Royaume. Auec attribution au / grand Conseil dudict Sieur, de la / congnoissance des contrauentions / audict Règlement. [Marq. n° 3] A Paris. Pour la Veufue Iehan Dalier, & Nicolas / Roffet, demeurant sur le Pont S. Michel, / à l'enseigne de la Rose blanche. / 1578. (Pet. in-8, 14p. ch. et 1 f. n. ch. B. N., F. 46847, pièce 26.) — (3) Cf.suprà, l'arrêt du Parlement de Paris du 26 mai 1679.
GALL1A TYPOGRAPHICA 497
L'époque de cet événement ne nous est pas révélée seulement par une modification subite au cours de cette année, de la souscription des pièces sorties des presses de l'officine de la Rose blanche1, elle est encore attestée par un arrêt du Parlement du 9 août 2, qui prononce l'entérinement de lettres patentes du 27 juin précédent, par lesquelles Henri III continuait à Jeanne Le Roy les privilèges dont avait joui son défunt mari.
La veuve de Nicolas Roffet dirigea pendant de nombreuses années encore rétablissement de la Rose blanche, mais, en 1617, on la trouve installée rue de la Harpe, à la Mort qui trompe 3 ;
(i) A / Déclaration / et règlement fait / par le Roy sur la distribution des / permissions que les Hostelliers, Ta/uerniers &Cabarctiers de ce Royau-/me doyuent prendre, & perception / des deniers qui en prouiendront, sui / uant l'Edict fait par >a Maiesté au/ mois de Mars, mil cinq cens soixante / & dix-sept. [Vignette] A Paris, / Chez Nicolas Roffet, sur le pont S. / Michel, à la Rose blanche. / i58i.(Pet. in-8. 8 ff. n. ch. B.N.,F. 46864, pièce 18.) — B. / Edict et déclaration dv / Rov, de la reappre-/ciation Evaluatiô des mirchan-/dises, & denrées sugettes aux / droits de l'imposition foraine, / domaine forain resuë & haut/passage. [Marq. n° 3, à l'envers] A Pans, / Chez la veufue de Nicolas Roffet sur / le pont S. Michel, à la Roze blanche. M.D.LXXXI. (Pet. in-8. 24 ff. n. ch. B.N., F. 468 >6, pièce n). — (2) Du g août i58i. « Veues par la Cour les lettres patentes du Roy donnies à S. Maur des Fossez, le vingt-septiesme juin dernier, signées par le Roy en son Conseil, Thielement, par lesquelles et pour les causes y contenues, inclinant libéralement à la supplication qui luy a esté faicte par Jehanne le Roy, vefve de feu Nicolas Roffect, marchant libraire de cette ville, affin de luy donner quelque moyen de se pouvoir récompenser des grands frais, mises et impenses que ledict feu Roffect, son mary et elle ont ensemblement faicts, pour tailler et pourtraire touttes les lettres françoises et ligures des espèces de monnoyes et continuer l'impression des edits, ordonnances, arrests et jugements sur le cry ou descry d'icelles, icelluy seigneur veult que icelle vefue le Roy jouisse et uze plainement et paisiblement de la grâce et permission octroyée à son mary de son vivant par ses lettres patentes du quatriesme avril mil cinq cens soixante et dix neuf, de pouvoir privativement à tous autres, imprimer ou faire imprimer ou exposer en vente tous et chacun les esdits, ordonnances, cris et descris, mandemens, déclarations et jugemens aicts et à faire concernant lesdictes monnoyes. soit de France ou estiangères, ain^v qu'il est plus amplement porté par lesdictes lettres patentes et arrests de vériflication d'icelles attachées soubz le contrescel de la Chancellerie, la requeste par ladicte Jeanne le Roy, vefue dudict Roffect, présentée affin de la vériffication desdictes lettres, conclusions du Procureur général du Roy./ Ladicte Cour, en enthérinant lesdictes lettres, a ordonné et ordonne que ladicte impétrante jouira de Teffect et contenu en icelles selon leur forme et teneur et tout ainsy qu'en a jouy et uzé ledict deffunct son mary, privativement à tous autres. » (A.N. XAi 1762, f° 38. — B. N., M s. fr. n. a. 8082, f« 243.) — (3) Arrest de la/covr des monnoyes portât defféces d'exposer, prëdre & receuoir en payement les pie-/ces estrangeres d'ecriees par le / dernier Edict, & autres nouuelle-/ment introduictes & fabriquées / dot les empraintes sont cy-aptes (sic) déclarées. [Marq. n° 5] A Paris, / Chez la vefue Nicolas Roffet, rue de / la G. Lépreux. Gallia Typographica. P. I. 32
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en 1621, au bout du Pont au Marchand, sur le quai du Palais l ; en 1623, au long de l'horloge du Palais, vis-à-vis le Pont de bois2 ; à partir de 1624, elle exerça de nouveau sur le Pont Saint-Michel, à la Rose blanche 3 et c'est là, sans doute, qu'elle est morte, dans les derniers mois de Tannée 1628 ou tout au commencement de Tannée suivante. Un arrêt de la Cour des monnaies du 16 février 1629 confère, en effet, à Sébastien Cramoisy la charge de sort imprimeur, en remplacement de Jeanne Le Roy décédée 4.
Il convient de remarquer que, pendant toute la durée de son exercice, Nicolas Roffet n'eut pour ainsi dire pas de matériel qui lui fût personnel : de 1^75 à 1628, lui et sa veuve se sont servis du matériel provenant de Jean Dallier. La même observation peut s'appliquer aux marques. Durant le cours de son installation dans la rue Neuve Notre-Dame, Roffet orna ses productions (marq. n° 1) du Faucheur debout auprès d'un arbre, auquel est attaché un écu portant la lettre R 5, qui provenait d'Etienne Roffet ; vers 1572 seulement il modifia le monogramme de l'écu (marq. n° 2), en ajoutant une N devant l'R ; lorsqu'il eut succédé à Jean Dallier, il reprit les marques de ce dernier, savoir : la rose
Harpe, à la Mort qui trompe. / M.DC.XVII. (Pet. in-8. i5 p. ch., Fig. de monnaies. BVP., Rec. de pièces sur les monnaies, 55o5i8, pièce 19.)
(1) Arrest de la covr / des Monnoyes, portant deiîences d'exposer aucunes Es-/peces descriees par l'Edict du/ Roy sur le fait de ses Mon-/noyes, du mois de Décembre / mil six cens quatorze, ny cel-/les permises par ledict Edict à / plus haut prix qu'il n'est porté par iceluv. [Marq. n" 3J A Paris, / Chez la vefue Nicolas Roffet, /demeurant au bout du Pont au / Marchant, sur le Guay (sic) du Palais. / M.DC.XIX./ Auec Priuilege du Roy. (Pet. in-8. 8 p. ch. BVP., ibid., pièce 20.) — (2) Arrest / de la covr des / Monnoyes, portant deffences / d'exposer la pistolle d'Espagne / à plus haut prix de sept liures / quatre sols pièce, suiuant l'Or-/ donnance de l'an 1614 sur les /peines contenues en ladite Or-/donnance & présent Arrest. [Marq, n° 3.] A Paris, / Chez la vefue Nicolas Roffet, / demeurant au long de l'horloge du / Palais, vis-à-vis du Pont debois. / MDCXXIII. / Auec Priuilege du Roy. ( Pet. in-8. 7 p. ch. et non ch. BVP., Rec. de pièces sur les monnaies, 55o5i8, pièce 23. ) — (3) A. / Arrest / de la Cour des / Monnoyes. / Portant deffences de prendre, recepuoir, ny exposer autres espèces d'or, argent / billon & cuiure, que celles permises / & spécifiées par le présent Arrest. [ Marq. n° 3 ] A Paris, chez la veufue Nicolas Roffet, sur le pont S. Michel à la Rose Blanche. / MDCXXI1II. / Avec privilège dv roy. (Pet. in 8. 12 p. ch., BVP., ibid., pièce 24). — B. / Arrest de /la Covr des / Monnoyes. / Portant iteratifues defences d'exposer ny receuoir/ les Patagons, Ducatons, Reailes et toutes autres / espèces estrangeres, d'or d'argent, billon et cuiure / descriees par l'Edict de 16 14. [ Marq. no 3 ] A Paris, chez la vefue Nicolas Roffet, sur le / pont S. Michel à la Rose Blanche. / MDCXXVIII /. Auec priuilege du Roy. ( Pet, in- 8.14 p. ch. BVP., ibid.. pièce 27.) — (4) Voy. suprà, p. i58. — (5) Figure dans Silvestre, sous le n° 3i3.
naturelle avec sa tige (marq. n° 3), la rose héraldique surmontée du croissant, dont il ne changea jamais le monogramme composé des lettres I. D. A. (marq. n° 4); enfin, sa veuve adopta plus tard une rose épanouie plantée en terre et entourée d'un encadrement 4, qui renferme la devise Ut rosa inier spinas (marq. n° 5). Et il semble en eifer, que si Nicolas Roffet ne connut que la rose sans épines, il n'en fut pas de même de sa veuve, qui d'après une indication lournie par le savant auteur de la Bibliographie Lyonnaise, aurait eu maille à partir en 15 87, avec l'imprimeur Jean Pillehotte, de Lyon 2, probablement au sujet de contrefaçons faites par ce dernier de documents concernant les monnaies.
Je signale, pour finir, une petite singularité, due peut-être au hasard : la première impression de la veuve Roffet après la mort de son mari, porte une marque renversée3, symbole touchant du bouleversement qu'elle avait éprouvé à la suite de cette douloureuse circonstance.
Sassier (Guillaume) Imprimeur-libraire (1643- 1685). Imprimeur
et libraire ordinaire du roi (1647-1685).
Rue des Cordiers, proche la Sorbonne, aux deux Tourterelles ; — via Restionum, prope Sorbonam, ad insigne duorum Turturum (1643-1661) — Rue Saint-Jacques, devant les Jésuites, aux deux Tourterelles (1662-1685).
Reçu libraire et imprimeur le 14 novembre 1643'% Guillaume Sassier, dont je ne connais pas l'origine, était installé l'année suivante en la rue des Cordiers, aux deux Tourterelles et l'enquête de 1644 nous Ie montre en possession de deux presses et occupant à divers travaux quatre compagnons et un apprenti 5. Bien que la notoriété de ce typographe fût très modeste, il avait obtenu, le 31 décembre 1647, un brevet d'imprimeur et de libraire du roi qui fut confirmé par des lettres patentes du 4 avril 1650 6, et il
(1) Voy. supra, p. 497,. note 3, une brochure sur laquelle cette marque est apposée. — (2) « Du 21 août 1587. Procuration donnée, par Jean Pillehotte mt libraire et impr pour le Roy à Lyon à (nom en blanc) pour le défendre en une assignation à luy donnée par devant nosseigneurs tenant la Court des Monnoies, à la requête de Jane Le Roy, veuve de feu Nicolas Rosset ■ sic). » (Bibliographie lyonnaise, II, p. 236.) — (3) Voy. suprà, p. 497, note i,B. — (4) La Caille, p. 3o2. — (5) Voy. mon opuscule intitulé : Une enquête sur l'imprimerie de Paris en 1644.— (6) Voy. infrà, p. 5or, note 2, Requête de G. Sassier au Conseil d'État.
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paraît, car je n'ai pas eu la chance de mettre la main sur ces documents, qu'il devait cet honneur à ses belles impressions « tant de l'Histoire Grecque, Histoire de France et autres livres dont il en a iroit mis dans la Bibliothèque de Sa Majesté au nombre de trente, que des lettres de cachet qu'il a imprimées pendant les guerres pour le service du Roy et de l' Estât, quiluy estoient données par feu M. le Mareschal de l'Hospital, pour lors gouverneur de la ville de Paris, dont il avoit l'honneur d'estre l'imprimeur 4». Je ne suis pas à même d'apprécier ce-» ouvrages, n'en ayant pas rencontré d'exemplaire, mais d'après les impressions de ce typographe qu'il m'a été donné d'examiner, je dois avouer que son talent était assez médiocre et je ne m'étonne pas outre mesure des assauts répètes qu'il eut à subir de la part des autres imprimeurs du roi et des officiers de sa Communauté.
Dès l'a.mée 1648, en effet, les divers imprimeurs du roi contestaient à Guillaume Sassier la qualité de typographe de Sa Majesté et, par un arrêt du Parlement du 14 octobre 2, ils obtenaient l'autorisation de saisir son marériel ; il ne semble pas cependant qu'ils aient recouru à cette extrémité et peut-être avaient-ils fiai par reconnaître les droits de leur collègue. Toujours est-il qu'en 1650 et années suivantes, Guillaume Sassier s'intitule hardiment imprimeur et libraire ordinaire du roi3. En i66i,il fut l'objet de nouvelles poursuites, mais devant le Conseil privé : on prétendait alors que ses lettres de provision étaient nulles et que des condamnations avaient été prononcées contre lui « pour l'impression et la vente de plusieurs libelles contre l'Estat4.» Quinze jours lui furent
(1) Vov. sa requête au Conseil d'État, p. 5oi, note 2. — (2) Cf. Documenta, n° 161. — (3) Voy. notamment : A. / Arrest de la covr de parlement de Bovrdeavx. Portant inhibitions & deifence^ au Sieur Duc d'Espernon, de prendre & vsurp;r à I'aduenir les qualitez de très-haut & puissant Prince & d'Altesse, & à toutes personnes de les luy bailler. [Fleuron.] Iouxte la copie Imprimée à Bourdeaux chés I.-M. Millanges, Imprimeur ordinaire du Roy Et à Paris, Chés Guillaume Sassier, Imprimeur & Libraire ordinaire du Roy, rue des Cordiers, proche Sorbonne, aux deux Tourterelles. M.DC.L (In-8. 6 ff. ch. B. N., f° Fm.554S.) — B. /Déclaration â\r roy du 25 Février 1 65 1 Par laqvelle sa maiesté reuoque toutes les Lettres de Cachet données en conséquence de la détention de Messieurs les Princes de Condé, de Conty, & Duc de Longueville, & recognoist leur Innocence : Et les remet dans tous leurs biens, Gounernemens (sic) & Charges. [Écu de France] A Paris, Chés Guillaume Sassier, Imprimeur & libraire ordinaire da Roy, rue des Cordiers, proche la Sorbonne aux deux Tourterelles. M.DC.LI. Auec Priuilege. du Roy. (In-4. 7 p. ch. B. N., F.23612, pièce 5o.) — (4) Voy. Documenta, m 177.
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départis pour faire vérifier la validité de ses lettres, et je ne crois pas qu'elles aient été trouvées irrégulières, puisque cet imprimeur ne cessa pas de se parer du titre qu'on cherchait à lui ravir.
En 1667, Sassier fut de rechet attrait devant le Conseil d'État, mais cette fois le cas était beaucoup plus grave, car les officiers de la Communauté allaient jusqu'à lui contester le droit de tenir imprimerie et, de fait, un arrêt uu 17 février lui fit, ainsi qu'à plusieurs de ses collègues, «très expresses inhibitions et detfenses... de tenir cy-après imprimeries, n'y u'en faire exercice, à peine, en cas de contravention, de confiscation des ouvrages qu'ils imprimeront, des presses, caractères et ustanciles servans à l'impression et de cinq cents livres d'amende ; et en conséquence ordonne Sa Maiesté qu'à la diligence de son procureur au Chastekt, les presses et caractères servans ausdites impressions seront incessamment transportez dans le Collège Royal et vendus par autorité de justice, pour les deniers en provenans leur estre délivrez, le tout sans aucuns irais1 ». Guillaume Sassier ne se tint pas pour battu : on l'attaquait comme simple imprimeur, il se prévalut de sa charge de typographe du roi et présenta immédiatement au Conseil une requête2, qui semble avoir convaincu ses
(1) B.N., F. 2 3636, pièce 33 1. Cet arrêt sera publié in extenso dans le t. IV de la présente série. — (2) « A Nosseigneurs du Conseil d'Estat du Roy. Supplie humblement Guillaume Sassier, imprimeur et libraire ordin ire du Roy ; disant qu'il auroit pieu à Sa Majesté le retenir pour son imprimeur et libraire par brevet à luv accordé dès l'année 1 647 le dernier jour de décembre, et depuis, par lettres patentes en date du 4 avril i65o qui luy auroient esté délivrées gratuitement; en conséquence desquelles il auroit preste le serment, esté enregistré en la Chambre aux Deniers, Cour des Aides, Grande Prévosté de France, et couché sur Testât des officiers de Sa Majesté, ainsi qu'il appert par ses lettre.-. : ce que ledit suppliant auro t obtenu en considération de ses services et des belles impressions qu'il a faites tant de l'Histoire Grecque, Histoire de France et autres livres, dont il en auroit mis dans la Bibliothèque de Sa Majesté au nombre de trente, que des lettres de cachet qu'il a imprimées pendant les guerres pour le service du Roy et de l'Estat, qui luy estoientdonnées par feu M, le Mareschal de l'Hospital, pour lors gouverneur de la ville de Paris, dont il avoit l'honneur d'estre imprimeur, comme il l'est à présent de M. le Mareschal d'Aumont, Gouverneur de ladite ville de Paris, qui l'a receu sur les attestations de feu M. le duc de Guise, et de plusieurs seigneurs de la Cour, qui l'assurèrent de la fidélité et des bonnes vie et mœurs du suppliant ; néantmoins, quoy que les lettres dudit suppliant ayent esté depuis six mois confirmées et enregistrées au Chasteau et Varenne du Louvre, pour imprimer, par préférence, tout ce qui dépend de ladite juridiction, ses ennemis, en haine des procès qu'il a eus contr'eux, tant au Conseil, au rapport de Messieurs Baltazar et de la Galissonnière, qu'au Parlement et Grande Prévosté de France, pour raison de sa charge et fonction d'imprimeur
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juges, puisqu'il continua d'exercer comme devant et qu'en 1675, il fut même nanti d'un nouveau privilège pour l'impression de tout ce qui concernait la juridiction du « Baillage et Capitainerie des Chasses du Chasteau et Varennes du Louvre 4 ».
Son établissement, qu'il avait transféré vers 1662 dans la rue Saint-Jacques2, ne figure pas dans l'enquête de 1679, mais, sur une liste imprimée en 1682 3 et dressée pour la perception des cotisations de tous les membres de la Communauté, Sassier se trouve porté comme exerçant encore l'imprimerie. Il devait être à ce moment plus que septuagénaire et il ne tarda pas d'ailleurs à quitter cette vie. Dccêdé le 9 juillet 1685, ^ mt inhumé dans l'église Saint-Séverin 4. Guillaume S.issier avait épousé, en 1642, Catherine Du Clos, morte en 1647 et inhumée le 23 juillet dans l'église Saint-Benoît 5 ; il en avait eu une fiile, prénommée Marguerite, née le 9 iuin 1643, Qm ^ut 'a feiniî^e de Pierre Colin, imprimeurlibraire à Paris de 1659 a 1697.
Sans pénétrer dans le domaine de la bibliographie, je ne puis omettre de rappeler que ce typographe du roi s'est signalé par l'impression d'un assez grand nombre de Maçarinades ; il possède aussi cà son actif quelques ouvrages d'un autre genre 6 et une
du Roy après luy avoir fait souffrir toutes les rigueurs imaginables, ne pouvant a^ir autrement, se seroient avisez de le faire glisser dans un mémoire, celant la charge et qualité qu'il a plu a Sa Majesté luv donner, et auroient poursuivy un arre.->t de suppression, l'ayant mis au rang de ceux que l'on dit avoir fait des libelles, ce qu'il n'a jamais fait, ny devant ny après l'amnis ie ; bien au contraire, lors de la suppression, il travailloit sur un livre intitulé Chaîne Histo>ique, dédiée à M. Col bert. Ce considéré, Nosseigneurs, il vous pi. lise ordonner que le suppliant soit ou.- par devant tel qu'il vous plaira pourse justifier et cependant continuera s i charge et fonction d'imprimeur et libraire ordinaire du Roy, conformément à >es brevets et lettres patentes. Et vous ferez bien. » ( Cette pièce est imprimée sous ce titre : A nosseignevrs du Conseil d'Estat du Roy. S. 1. n. t. n. d In-f°4p. dont 2 blanches. — B. N.,Imp., f° Fm. 15474. — Mss. f. fr. 21741, f»43.)
(1) Voy. Documenta, n» 210, — (2) Panegyriqve, et oraison fvnebre, d'Anne Mavrice d \vtriche, Infante d'Espagne, Reine de France, & Mère du Roy. Présenté à la Reine, Par le R. P. Charles Magmen, Docteur de Paris en Théologie, & Gardien du Convent des Pères Cordeliers de Noyon. [Vignette] A Paris, chez Guillaume Sassier Imprimeur & Libraire ordinaire du Roy, & de M. le Gouverneur de la Ville de Pans, rue S. Iacques, devant les Iesuites, aux deux Tourterelles M.DC.LXVI. Avec Permissio-i. (In-4. 49 p.ch.B N., Lb 353g.) (3) B.N., Ms. fr. 2207g, Pièce 57- - (4) La Caille, p. 3o2. — (5) La Caille, exannoté Ms.fr. 22104, f° 186. — (6) Voy notamment : Galliae dignitas aduersus praeposterum Catalaniae assertorem vindicata,siue Disquisitio belli,quo Ludovicus Mespledus, reiectis Catalaniae vendicandae veris, legitimisque monumentis...
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marque, inspirée par son enseigne, qui représente deux tourterelles aupied d'une tige fleurie et surmontée de deux étoiles, dans un encadrement genre rocaille, ponant la devise : Tutibi sume parem, au bas duquel on remarque le monogramme de l'imprimeur composé du signe 4, dont la branche horizontale est recroisillée à droite et dont la ligne verticale, fortement prolongée dans sa partie inférieure est accostée des lettres G. S. * Cette marque paraît également sur des bandeaux.
Thiboust (Claude-Charles) [Theobusteus] Libraire, graveur et fondeur de caractères(i735). Imprimeur (1737-1757). Imprimeur ordinaire du Roi (1742-1758).
Place de Cambrai.
Descendant d'une vieille famille d'imprimeurs-libraires, qui exerçaient à Paris dès le xvie siècle et s'adonnaient en même temps à la gravure et à la fonte des caractères, Claude Charles Thiboust naquit dans la capitale le 6 novembre 1701 2 de Claude- Louis Thiboust, libraire et imprimeur de 1694 a 1737. Après avoir fait d'excellentes études, il éprouva l'irrésistible désir de se faire Chartreux et entra au noviciat de la maison de Paris, niais les sollicitations de sa famille et surtout l'austérité du genre de vie qu'il avait embrassé, inconciliable avec la délicatesse de sa santé, le déterminèrent à abandonner la rè^le de saint Bruno; il se consacra dès lors à la profession de ses ancêtres. Admis par la Communauté la maîtrise de lioraine le 4 mars 17373, il se rit recevoir imprimeur le 18 juin suivant 4, en vertu de deux arrêts du Conseil privé des 6 mai et 17 juin de la même année, en remplacement Je son 1 père décédé depuis peu de temps 5.
D'après Lortin, comme d'après Auguste Bernard, Claude-Charles Thiboust aurait été nommé imprimeur du roi en 1756, mais ces
Per F. Ioannem Nicolai Ordinis Prœdicatorum Doctorem ac Regentem 1 Theologum Parisiensem. Parisiis, Apud Guilielmum Sassier, via Restionum
propé Sorbonam, ad insigne duorum Turturum. 1644. (In-4. 68, p. ch. sll. B.N.,
Lb« 277.) (1) On en peut voir un exemplaire sur le titre de l'ouvrage suivant : Carj men Iocvlare et Tvmvltvarivm [Marq. décrite] Parisiis, Apud Gvillelmvm
Sassier, Typographum Régis, via Restionum. . M.DC.LII1, (In-4, 2° P- cn- ^ N., : Yc. 1 5 1 7 ) — (2) Cf. Année Littéraire, 1757, t. V, pp. 1 33-i 4.1 , une notice sur ; Claude-Charles Thiboust. — (3) B. N., Ms. fr. 21857, P- 33'>- — (4) Ibid > P-