‹ Galliéni, 1849-1916Chapitre 19 sur 35 · Mémoires de Gallieni (Pavot, p · texte numérisé non relu

Mémoires de Gallieni (Pavot, p

La cohue des laissez-passer a continué à déferler sur l'aile nord du lycée Duruy, arrivant parfois jusqu'à nous en rumeur sourde. J'avais voulu retenir le doktor Max Nord au, sujet boche particulièrement rongé de haine contre la France, -et l'envoyer, puisqu'il était pris à Paris, dans un camp de concentration. Mais l'aimable Myron Herrick ayant demandé grâce pour lui, le Gouverneur, très indifférent à la littérature de ce stercoraire, me donne l'ordre de le diriger sur Saint-Sébastien : ce sera une bonne recrue pour la bande d'espions prussiens qui y réside.

Nous apprenons la mort glorieuse d'un « civil » exaspéré, Albéric Magnard, fusillé et brûlé vif, r avant-veille, à Baron.

— Le noble et fier musicien de Guercœur, ai-je conté dans Guerre et Théâtre, avait \ii, par sa fenêtre, les brutes de Von Ivlûck ligoter son fils à un arbre et marcher, des torches à la main, sous les yeux de leur général, vers la chère demeure qu'ils savaient pleine de chefs-d'œuM'e français. Magnard s'est défendu : il a tué deux uhlans de sa main et s'est, sans vouloir se rendre, laissé ensevelir sous les décombres fumants de sa maison. Son jeune fils a été sauvé par le jardinier : le brave homme a déclaré aux Boches, exaspérés par la résistance meurtrière du « franktirour », que c'était son garçon. Avant d'être délivré, l'enfant a pu voir les meurtriers de son père dévaliser les reliques d'art du héros tué et charger sur un chariot les tableaux précieux et les œuvres rares en les dissimulant sous une bâche d'ambulance, marquée de la croix-rouge de Genève.

Des officiers anglais nous ont, ce soir-là, prévenus que Paris était encore infesté d'espions aile-

mands : on a remarqué, dans le Camp retranché et dans une de nos rues, une automobile militaire sur l'arrière de laquelle est fixée une valise portant l'inscription suivante : Lt Bertràm Stewnrt. « Army volontair Corp. »

Les Anglais nous avertissent — toujours un peu tard — que ce corps de troupe n'existé pas. Lorsqu'ils ont voulu, intrigués, parler aiix hommes en kaki qui se trouvaient dans l'autornobile, elle a démarré à toute vitesse et a disparu.

Où peut-elle .être? Aucune des portes de Paris n'a été ouverte pour elle. Dans quel mystérieux abri est-on allé la remiser et, sans doute, la démaquiller? Notre police secrète, réduite à un gi-oupe dérisoire depuis le départ du Gouvernement, ne peut arriver à le découvrir.

5 septembre.

L Résumé de la Journée. — Commencenient de la bataille de VOurcq.

1°. — 2 /î. 35 matin. — Le généralissime donne l'Ordre de l'offensive générale sur la Marne pour le lendemain, 6 septembre.

2°. — GalHeni, pour parer à tout revers, ordonne Qè travailler partout aux travaux de défense du G. R. et fait préparer, par le génie, la destruction éventuelle des ponts sur la Seine, de Melun à Braj», ainsi que sur l'Oise et sur la Marne.

30. — Midi. — Les 55^ et 56^ Divisions et la Brigade marocaine attaquent et prennent Montgé, Plessis-aux-Bois, Charny et Villeroy. Ordre leur est donflé de pousser respectivement jusqu'à Saint- Soupplets, ^ionthyon, Penchard, fortement défendus. Après conibats. Pertes sensibles. La ligne Montgê, Cuisy, Villeroy, Charny- ne peut être dépassée.

4°. — Dans la nuit, Saint-Soupplets est enlevé par un coup de main de la 56^ Division (général de Dartein).

IL Détails. — Le général Gallieni n'a pas dormi deux heures. Debout avant le jour, il reçoit les renseignements de la nuit et cherche à parer aux pires hypothèses. Son doute le plus noir se formule ainsi : arriverons-nous à temps pour empêcher l'ennemi de déborder l'aile gauche française?

Les travaux du Camp retranché sont poussés avec fièvre; mais c'est surtout sur Maunoury que tous nos regards sont fixés.

— J'avais déjà eu, écrira Gallieni dans son Carnet, le général Maunoury sous mes ordres, alors qu'il commanda't le 15® Corps et que j'étais chai'gê de l'inspection de l'Armée des Alpes. C'était un chef vigoureux et capable, dans lequel je pouvais avoir tout? confiance. C'était à lui qu'allaient échoir l'honneur et la responsabilité de conduire la bataille de l'Ourcq. Il sut, dans ces rudes journées, déployer ces qualités d'énergie, de décision et de sang-froid qui laisseront de lui la réputation d'un grand chef militaire.

Le Gouverneur inspecte la8® Division du 4^ Corps

(général de Lartigue) qui débarque à Asnières, la fait réorganiser et ravitailler (elle venait de se faire décimer autour de Verdun), visite la brigade Desvaux, dont presque tous les officiers étaient tués, vérifie, à Pontoise, la reconstitution des deux divisions d'Ebener et se rend compte que Von Klûck continue, avec quatre corps, sa marche de Faremontiers à Esternay et sur Montmirail pour déborder l'aile gauche de la 5^ Armée, son principal objectif depuis Charleroi et que Lanrezac avait toujours su lui dérober.

J'ai raconté, dans Guerre et Théâtre^ d'après mes notes au jour le jour, comment a commencé la bataille de l'Ourcq et comment fut tué Charles Péguy :

— L'avant -garde allemande, contenue par trois batteries, occupe les hauteurs de Monthyon. Le 5 septembre, à midi, un duel d'artillerie s'engage entre elles et le village d'Iverny où une batterie française vient de s'installer au galop. Dans la plaine, les patrouilles allemandes ouvrent le feu sur une compagnie de notre 276^ lancé contre elles à la baïonnette, au débouché de Villeroy, Là fut tué Charles Péguy, lieutenant de complément, avec 150 de ses soldats.

Le capitaine Claude Casimir-Périer — il fut, lui aussi, glorieusement tué par la suite — devait, quatre jours après, le trouver, le reconnaître et le faire ensevelir au milieu de ses hommes, sur le bord de la route de Chauconin à Villeroy, un peu avant l'embranchement d'Iverny.

Plus tard, en présence de sa veuve et des siens, les amis de Péguy l'ont exhumé, avec ses deux camarades, le capitaine Guérin et le lieutenant Lacornillière. Sous la chaux qui avaiit réduit les corps à l'état de squelettes, l'identification tragique était difficile. Péguy fut reconnu à un

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mouchoir marqué de ses initiales et retrouvé dans la poche de sa capote; le capitaine, atteint d'une claudication légère, dut à l'inégalité de ses talons la chance d'être identifié. Tandis qu'on les réinhumait sur place, un paysan montrait le profil de Monthyon ;

— Là-haut, disait-il, étaient installés les canons allemands qui balayaient la plaine vers Charny et Villeroy. Les tirailleurs marocains s'élancèrent les premiers; la plupart sont enterrés là-bas, dans ce pli du terrain où coule le ru de Rutel. Ce fut ensuite le tour du 276^.

Le premier coup de canon de la bataille de TOurcq a donc été tiré le 5 septembre, à midi, par les Allemands, du haut de Monthyon sur une de nos batteries qui débouchait d'Ivernj^; le capitaine français fut tué net, la tête emportée.

La bataille s'engage aussitôt à fond : les divisions de Lamaze et la brigade marocaine emportent Montgé, Plessis-aux-Bois et Charny; elles attaquent vigoureusement Saint-Soupplets, Monthyon et Penchard et se battent jusqu'au soir sans reculer. Le front gagné par la 6® Armée, occupait alors Montgé-Cuisy-Villeroy-Charny et avait entamé la flanc-garde allemande (IV^ Corps de réserve); le 7^ Corps (général Vautier) avec la 14^ Division active et la 63^ Division de réserve formaient la gauche de notre ligne.

Dans la nuit, le général de Dartein réussit à enlever Saint-Soupplets, à latête de la 56® Division, tandis que le général Leguay, avec la 55®, escalade Month;^on au petit jour et s'y retranche, à travers un amoncellement de matériel ennemi, barrant aux Allemands la route de Vareddes.

6 septembre.

I. Résumé. — L'Armée Maunoury enlève Saint- Soupplets et Monthyoh. Combats violents et prise de Forfry, Gesvres, Pringy, La Ramée, Marcilly, Barcy, Penchard, Cbambry, Acy, Etrépilly.

IL Détails. — Selon le plan d'offensive définitivement arrêté dans la niiit du 4 aii 5 septembre, la 6e Armée s'était disposée à franchir l'Ourcq entre Lizy et May-en-Multien. Si l'Armée anglaise avait attaqué aussitôt et fixé les colonnes allemandes qui descendaient sur elle, Maunoury pouvait, dès les premiers combats, poursuivre l'enveloppement de Von Klûck.

Mais, on l'a vu, le maréchal French avait renoncé trop tard au repli prescrit derrière la Seine; sous prétexte de « dégager le terrain pour le débouché de la ■ Armée », il avait trop infléchi la ligne anglaise vers le Sud-Ouest et continué, en somme, le mouvement de retraite.

— Ce mouvement, a écrit Gallieni dans ses Méindires, a été l'une des causes du retard de l'offensive anglaise, puisque l'armée du maréchal French reculait encore, tandis que l'Armée de Paris, au contraire, se portait en avant vers l'ennemi.

Maunoury, cependant, avait ponctuellement suivi le plan du Gouverneur : à 9 heures, il était arrivé « à la hauteur de Meaux, sur la ligne Cham-

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bry, Barcy, Gesvres, Forfry et Oissery. » Mais il se heurtait soudain à une résistance acharnée; presque tout le IV^ Corps de réserve allemand s'arc-boutait contre lui, tandis que deux colonnes ennemies, appelées à rescousse, faisaient demitour, repassaient la Marne et refluaient sur notre front vers Vareddes et Lizy-sur Ourcq.

— L'effet poursuivi par l'Armée de Pai'is eii prenant l'offensive vers l'Est dès le 4 au soir, remarque Gallieni, n'en est pas moins obtenu : la marche de ces deux colonnes allemandes (11^ corps poméranien) vers le Nord était bien le commencement de la retraite des armées ennenties, Varrêi de r offensive allemande et de V invasion de notre pays.

Si les Anglais n'avaient pas continué trop longtemps leur repli, s'ils n'avaient pas exigé que la 8^ Division (général de "L. :igue) flanquât leur gauche au sud de M eaux, où elle était condamnée à demeurer inerte, le Corps d'armée poméranien, refluant de Coulommiers, n'aurait pu retraiter et repasser la Marne sans être inquiété. C'était, pour la I™- Armée allemande, un irréparable désastre.

Le maréchal French, trop prudent, encore sous l'impression de son recul meurtrier depuis la Belgique, s'est attaché surtout à maintenir, sûr sa droite, sa liaison avec la 5^ Armée par le Corps de cavalerie Conneaii; il n a voulu àvaiicèr qu'à la condition d'être appuyé par elle et sur la même ligne.

— Ce n'est plus là de la tactique de notre époque! s'est écrié Gallieni.

Résultat : l'Armée anglaise, « sans avoir à sou-

tenir aucun combat sérieux, a mis deux jours et demi à franchir les vingt kilomètres qui séparent le Grand Morin de la Marne, où elle ne débouchera que le 9 septembre^ à midi ». Et Maunoury, les 6, 7, et 8 septembre aura sur les bras trois Corps d'armée allemands, acharnés à se frayer passage vers l'Aisne avec la fureur du désespoir.

Le 6 au soir, « l'ennemi est refoulé sur tout le front. Nous ne sommes plus qu'à dix kilomètres de rOurcq, sur la ligne Chambry — Marcilly — Puisieux — Acy-en-Multien ». Le 11^ Corps actif allemand tente de tourner notre 7^ Corps (général Vauthier). De violents combats ont été livrés à Forfry, Gesvres, Pringy, La Ramée, Marcilly et Barcy, enlevés de haute lutte; l'héroïque brigade marocaine (général Ditte), décimée, occupe Penchard et Chambry, remplis de mourants et de morts.

Le Gouverneur a passé la journée dans le Camp retranché, en liaison continue avec Maunoury. Il a, quelque peu, malmené certaines sociétés de secours qui, les jours précédents, nous avaient tympanisés de réclamations bruyantes : le 2 septembre, elles comptaient 25.000 lits dans les hôpitaux. Deux jours après, elles n'en avaient plus que 15.000. Directeurs, infirmiers et infirmières bénévoles étaient allés, en trop grand nombre, organiser la résistance — en province.

Le soir, vers dix heures, dan» un Paris recueilli

et calme, sous une admirable nuit bleue, on écoute, du haut de Montmartre et du Panthéon, les rafales sourdes de l'artillerie au nord-ouest de Meaux.

7 septembre.

I. Résumé. — • Violentes contre-attaques de l'ennemi, renforcé de deux Corps d'armée. Prises et reprises de Marcilly, Barcy, Chambry, Acy-en- Multien, Etavigny.

— Le soir et dans la nuit du 7 au 8, les teixiautos de Paris transportent une division de Sevran- Livry et Gagny à Nanteuil-le-Haudoinetau Plessis- Belleville.

II. Détails. — La 6^ Armée, appuyant sa droite à Chambry et sa gauche à Béty, marche sur le IV^Corpsde réserve allemand, renforcé du Il^Corps contraint de rebrousser chemin pour secourir la flanc-garde rompue.

Attaques et contre-attaques se succèdent avec violence. L'artillerie lourde de l'ennemi le préserve d'un désastre et tient en respect nos divisions cruellement éprouvées. Nos lignes occupent Chambry, Barcy, Marcilly, la crête de Brunoy, Puisieux, Acy et le plateau ouest d'Etavigny.

La division Ebener, transportée en chemin de fer, vient étayer, à Villiers-Saint-Genest, la gauche du 7® Corps. D'heure en heure, les points dispu-

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tés avec jacharnement changent de main. A Chambry, la 55^ Division (général de Lamaze) et la brigade marocaine subissent, sans faiblir, des pertes effroyables.

Tandis que la 61^ Division de réserve ernporte Villiers-le-Grand et que la cavalerie du général Sordet se porte de Bargny sur Cuvergnon, on signale, derrière la flanc-garde ennemie, un mouvement de retraite des Corps allemands vers le Nord. Pour le couvrir et assurer sa sécurité, Yon Kliick lance trois colonnes puissantes sur l'aile gauche de Maunoury et tente de la déborder et de l'envelopper.

Gallieni, voyant le péril, va renforcer au plus vite le point menacé. 11 fait, dans Paris, réquisitionner 700 autos de place et, pendant la nuit du 7 au 8, ces véhicules et leurs conducteurs civils transportent « au compteur » la presque totalité de la 7^ Division, débarquée à Paris dans la journée, de Gagny et de Seyran-Livry au Plessis- Belleville et à Nanteuil-le-Haudouin.

La légende a voulu grossir cet épisode ingénieux et lui donner de^ proportions excessives. Il y avait, pourtant, quelques semaines déjà que nous ne négligions pas, surtout pour le ravitaillement de l'artillerie, de réquisitionner, faute d'autres voitures, les taxi-autos de Paris; mais on les avait très rarement envoyés dans les régions bombardées par l'ennemi.

L'admirable carrière du maréchal Gallieni

compte beaucoup d'initiatives plus glorieuses que celle-là; les Boches, dès leur traversée en Belgique, l'avaient abondamment réalisée. Certains ont voulu y fonder une amusette capable de faire oublier, dans une anecdote pittoresque et faite pour divertir le public, Ips services les plus importants rendus par le Gouverneur à notre victoire.

Il ne faut donc pas oublier que, dès août 1914, l'intendant général Burguet et le général Coupillaud se servaient abondamment des taxis de Paris pour le transport des vivres aux troupes combattantes. Le 2 septembre encore,' 242 autos de réquisition, avec des convoyeurs militaires il est yrai, avaient ravitaillé en vivres toute la zone combattante du Nord-Est.

C'est ce procédé, adopté par Gallieni, qui permit au gros de la 7^ Division (général de Trentinian) de faire face à l'ennemi surpris, dès le point du jour; son artillerie était arrivée en même temps par la voie ferrée. Dans la légende tenace (|ue les journaux eux-mêmes ont vulgarisée, les chiffres de la réquisition sont d^venus fabuleux. Voici, pour tout remettre au point, comment les archives du service des transports du C. R. P. ont rendu compte de l'opération :

— Le 6 septembre 1914,1a Direction a reçu, par l'intermédiaire d'un capitaine d'état-major, l'ordre du Gouverneur de rassembler, boiilevard des Invalides, le plus grand nombre de taxis possible, pour partir à minuit 30, afin d'être

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rendus, à 2 heures, à Tremblay-les-Gonesse. A cause du manque de chauffeurs, 170 voitures seulement ont pu partir à l'heure indiquée.

Le 1 septembre, la Direction des transports dirigeait 500 taxis sur Gagny, où ils se joignaient aux 170 voitures déjà parties la veille, à la disposition du commandant de la 6^ Armée.

Dans la nuit du 7 au 8, ces 670 voitures ont transporté, à raison de 4 hommes par voiture et en faisant deux voyages, la plus grande partie d'une division, de Sevran-Livry et Gagny àNanteuil-le-Haudouin et au Plessis-Belleville. De plus, 30 taxis ayant été mis à la disposition du l^r régiment de zouaves, c'est donc 700 taxis qui ont été réquisitionnés en même temps et ont marché les 7 et 8 septembre.

A partir du 9 septembre, les taxi-autos n'ont plus été employés que par petites unités et pour les besoins du service ( transport des blessés, prisonniers, etc.).

Il s'agissait, cette nuit-là, d'appuyer Maunoury, qui venait d'enlever la crête d'Etavigny et progressait vers rOurcq; la division du général de Trentinian, épuisée de fatigue, fut ainsi reposée, ravitaillée et prête à entrer en action dès le 8 au petit matin.

Gallieni se rend de Compans, quartier général de la 6^ Armée, à Monthyon (Q. G. du général de Lamaze), sur la ligne de feu, violemment battue par l'artillerie lourde des Allemands. De là, le Gouverneur revient par Gagny, où il organise lui-même la mise en marche des premiers taxis de Paris.

Rentré au lycée Duruy, le Général travaille, très avant dans la nuit, à faire hâter, autour de la ville, au-delà des forts, la triple ligne de batteries,

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de tranchées et d'ouvrages bétonnés ou cimentés qui va définitivement mettre Paris à l'abri d'un coup de main des Boches.

Nous y apprenons que les Allemands tentent encore un débordement de notre gauche vers Betz. Des détails nouveaux parviennent au G. M. P. sur les opérations des divisions de Lamaze, attaquées furieusement, le matin, par les colonnes ennemies : elles ont franchi la Marne à Isles-les- Maldeuses et se sont ruées surtout sur la 55® Division et sur la brigade marocaine, les refoulant d'abord jusqu'à Pringy et Penchard. Barcy demeure au pouvoir des nôtres. En fin de journée, la 56® a repris Marcilly et les pentes de la hauteur de Champfleury, en liaison avec le 7® Corps» Chambry n'a pas encore été repris.

8 septembre.

I. Résumé. — L'armée Maunoury tient tête aux Allemands renforcés de trois Corps, fixe l'ennemi et se maintient avec la dernière énergie vers Acy, Vareddes, Etavigny, Betz et Thury. Le Gouverneur, pour l'étayer en arrière, porte la 62® Division de réserve à Dammartin et à Montgé.

IL Détails. — Ce matin, deux mauvaises impressions : nous apprenons que Maubeuge a capitulé hier; visite du nouvel ambassadeur d'Espagne.

Le haut diplomate, grave et silencieux, est accompagné d'un colonel qui dissimule mal ses convictions : pour lui, comme pour son chef, Paris sera pris par les Boches dans quelques jours. Notre sourire, celui surtout du Gouverneur sont, pour nos -sdsiteurs, des indices d'une confiance et d'un espoir déments. Nous ne savons pas résister au plaisir de leur annoncer que la Division algérienne et la 56^ Division de réserve viennent d'emporter définitivement Chambry : l'imbattable Von Klûck est battu. Cette nouvelle stupéfie nos Espagnols; mais, pour eux, tout n'est pas dit : gare aux inévitables lendemains!

C'est aussi la pensée très sage du Gouverneur. Il nous emmène, chez Maunoury, voir ce qu'il advient de notre division des autos-taxis, sur laquelle le IV^ Corps actif allemand, remonté de rOurcq à la rescousse de la flanc-garde disloquée, se rue avec une violence où il y a comme un élan de rage et de désespoir.

Le commandant de la 6^ Armée vient d'installer son Quartier général à Saint-Soupplets, encore tout fumant d'incendies et de canonnades; deux drapeaux prussiens pavoisent le seuil de la maison où campe Maunoury. Nous le trouvons penché sur ses cartes, énergique, confiant, soucieux tout de même; car son armée se heurte à des masses enragées; elles ont l'ordre manifeste de déborder son aile gauche à n'importe quel prix.

■Gallieni examine et définit avec lui la situationi;

Insuffisamment retenu par l'offensive anglaise, très en retard sur la nôtre, l'ennemi s'est tourné avec fureur contre la 6^ Armée; mais celle-ci l'immobilise dangereusement, les Anglais pouvant survenir d'un moment à l'autre et prendre les Allemands entre deux feux. Il faut donc tenir et, si possible, progresser coûte que coûte : le Gouverneur donne l'ordre de porter la 62^ Division de réserve à Dammartin et à Montgé, pour étayer Maunoury et, s'il devenait inévitable sous la formidable pression des Corps allemands, pour assurer et fixer son repli.

Nous parcourons le champ de bataille, à travers les bûchers puants et pleins de cadavres de Saint- Soupplets, de Gesvres et de Brunoy. Jusqu'à Etrépilly, toutes les déclivités sont, hélas! jonchées de morts, où les pantalons garance du début de la Guerre sont souvent les plus nombreux. Trocy, Acy-en-Multien, Vincy-Manœuvre reçoivent encore des obus fusants qui hachent leurs ruines tragiques d'une grêle de balles. On nous a fait, sur la route, un étroit passage entre les morts; ceux des Boches, cette fois, sont plus fréquents que les nôtres.

Nous rentrons à Paris, vers la nuit tombante, au milieu d'une population d'artisans, de femmoa et d'ouvriers accourus au-devant du Gouverneur : il nous autorise à les rassurer et à leur faire entrevoir les meilleurs espoirs. Leur confiance indéfectible n'en est pas surprise.

Dans la rue Lafayette, noire de monde, Gallieni est acclamé et s'étonne : il ignore tout de sa popularité et sa modestie s'en alarme.

Au lycée Duruy, une lettre du généralissime attend le Gouverneur. Il la lit et nous la tend avec un sourire. La voici :

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